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( 258 ) rapeutiques rentrent dans ces trois divisions , et la science ne pouvait les réduire à ce degré de simplicité avant de posséder les précieuses données que vient de lui fournir la doctrine physiologique, et qui sont renfermées dans la proposition CXL1I.
On ne doit pas non plus omettre de tenir compte de la résorption du pus dont la surface cutanée est couverte à l'époque de la fièvre secondaire , dans les varioles confluentes ; car ce pus est une nouvelle cause de l'irritation viscérale. Au surplus elle n'est pas la principale, le pus est résorbé sans inconvénient, toutes les fois que l'inflammation qui le produisait n'abandonne pas subitement la peau, mais s'y affaiblit insensiblement ; et les urines fournissent à cette humeur une voie d'élimination qui n'offre aucun inconvénient. C'est donc à l'inflammation que le praticien doit veiller, afin de l'empêcher de devenir excessive dans les ïissus qu'elle doit nécessairement parcourir, ou de les déborder, en quelque sorte, pour envahir d'autres tissus comme le cellulaire, les membranes séreuses , les parenchymes , le cerveau.
Après avoir médité ces importantes considérations, on se demande ce que veulent dire ceux qui font consister toute l'essence de la variole dans le virus, ou qui osent soutenir que les médecins physiologiques ne voient dans cette maladie autre chose qu'une gastro-entérite ordinaire.
GXLIII.
C'est par la gastro-entérite et par un ca-
( ^9 ) tarrhe oculaire , nasal , guttural ou bronchique, aigu, que débutent la rougeole et la scarlatine. Ce sont ces phlegmasies qui constituent tout le danger de ces maladies, en s'exaspérant, en envahissant le cerveau et la totalité des viscères. L'angine de la scarlatine devient souvent funeste, et l'on doit faire attention au catarrhe bronchique de la rougeole , qui donne , dès le principe , une expectoration puriforme, et qui, lors même qu'il ne se convertit pas en pneumonie, peut produire la strangulation en interceptant le passage de l'air.
Qu'il existe dans l'atmosphère, à certaines époques de l'anne'e , un principe particulier, une sorte de venin qui s'attache d'abord à la conjonctive et aux fosses nasales, les enflamme, propage son action dans la membrane muqueuse de l'appareil respiratoire, affecte ensuite celle des voies gastriques, et produise la fièvre, se fixe enfin sur la peau pour y développer cette phlegmasie superficielle qui donne à la maladie le nom de rougeole; ou que tous ces phénomènes inflammatoires soient l'effet d'un virus miasmatique qui ne fait que se transmettre d'un sujet à un autre , soit immédiatement, soit après avoir séjourné dans quelque corps propre à le receler sans lui faire perdre sa propriété contagieuse, toujours est-il que ce n'est point cette cause que le médecin
f 260 ) est appelé à modifier, et que toute son attention doit se fixer sur les inflammations qui en résultent.
Vous remarquerez ici le même fond de théorie que dans la variole. Ce n'est point la phleginasie de Ja peau qui constitue le phénomène fondamental : la fièvre précède celle inflammation, qui d'ailleurs est fort peu de chose, et celle fièvre dépend d'abord d'une phleginasie qui, pour être plus rapprochée de la surface du corps que celle qui prélude à l'éruption varioleuse, est plus facile à saisir par l'observateur. Il voit d'abord le malaise, la dédolation avec un léger trouble du pouls, phénomènes inséparables des coryzas ordinaires un peu intenses, et qui constituent déjà un commencement d'état fébrile; l'enrouement paraît avec la toux, et toutes les sympathies deviennent plus marquées; ensuite la fièvre se déclare avec plus de force ; mais alors le défaut d'appéiit, la rougeur et la contraction de la langue, la soif, l'augmentation du sentiment de fatigue de l'appareil locomoteur, tout, indique que l'estomac et les intestins grêles viennent de participer à l'irritation, et l'on peut se représenter leur membrane interne dans le même état où l'on a vu la muqueuse des yeux et celle des fosses nasales. Enfin l'éruption parait ; c'est une inflammation, et jusqu'ici tout est semblable, à quelques différences près dans le siège primitif de l'irritation, à ce que nous a présenté le développement de la variole. Mais le temps est arrivé où ces maladies vont nous offrir des différences bien plus tranchées. Les phîegmasies viscérales ne tendent point à se dissiper après l'éruption; la bron-
( s6i ) chite continue de s'enfoncer dans le poumon sans diminuer d'abord dans les bronches, ei le malade court le double danger de la suffocation et de la péripneumonie : la gastro-entérite ne sera pas nécessairement aussi opiniâlre, car c'est l'inflammation des voies respiratoires qui constitue le phénomène principal de la rougeole; la marche de la phlegmasie gastrointestinale sera donc subordonnée à la prédisposition individuelle, ainsi qu'au mode de traitement. Mais revenons à la peau.
L'inflammation dont cette membrane est affectée ne peut plus se comparer à celle de la variole. Il est fort peu de cas où elle soit assez intense pour influer sur la marche des irritations viscérales. Toutefois ces cas ont été observes , et de vastes érysipèles phlegmoneux ont occasioné la perle des malades. Mais ce qui se passe le plus communément ne sert qu'à justifier ce que nous avons dit plus haut sur la réaction de l'inte'rieur vers l'extérieur, et vice verset. En effet, dans la rougeole, l'irritation n'estpoinl repoussée vers les sécréteurs de la périphérie. La rougeur cutanée ne paraît être ici qu'un phénomène sympathique; elle esta peine inflammatoire, et, après son apparition, les catarrhes, qui désormais ont pénétré jusque dans le fond des cavités viscérales, loin de s'apaiser, n'en paraissent que plus intenses, au moins chez les adultes. La rougeur, après avoir duré quatre ou cinq jours, s'affaiblit, s'efface en produisant une légère desquamation, et sa disparition ne parait pas influer sur les irritations viscérales. Celies-ci se comportent donc d'une manière indé-
( 262 ) pendante de l'affection cutane'e; mais, encore une fois, d'une manière subordonne'e à la disposition clés sujets et à l'action des modificateurs dont le médecin peut disposer. Le plus ordinairement la gastroentérite cède la première, et la fièvre se dissipe avec elle. Il reste donc la bronchite, qui s'affaiblit et se dissipe après avoir parcouru toute l'étendue des surfaces respiratoires , ce qui exige souvent plusieurs semaines.
Telle est la marche naturelle, ou pour mieux dire normale, de la rougeole ; mais que de chances sont possibles qui écartent la maladie de cette heureuse direction! Tantôt l'inflammation et le spasme qui en est la conséquence prédominent dans les bronches , et font périr les malades de suffocation ; d'autres fois la bronchite, que Ton croyait sur le point de se terminer, pénètre le parenchyme et se convertit en pneumonie ou en pleurésie. Dans d'autres cas , et surtout chez les sujets adultes, dont les organes digestifs étaient déjà irrités avant la maladie, la gastroentérite devient le phénomène prédominant, ou elle concourt avec l'inflammation pulmonaire à trancher subitement les jours du malade. Parfois aussi l'irritation est transmise à l'encéphale , et les malades subissent toutes les conséquences d'une pareille métastase. Enfin il est des circonstances qui font que la phlegmasie reste chronique et apyrétique, tantôt dans les voies respiratoires, où elle produit la phthisie; tantôt dans le canal digestif, où elle entretient une gastrite, une entérite ou une colite chroniques. De là vient l'opinion accréditée par les anciens médecins, qui ne
( 263 ) connaissaient d'autre pratique que l'évacuation des humeurs, que les rougeoles exigent à leur suite l'emploi re'pe'té des purgatifs.
Fonde'e sur les données que nous venons de résumer, la doctrine physiologique a réfuté des erreurs si préjudiciables. Elle a fait voir que, puisque la rougeole a si peu de tendance vers les crises dépuratoires, il est inconséquent de lui opposer dans son début les sudorifiques, qui ne peuvent qu'aggraver les irritations viscérales; et vers l'époque de son déclin, de la combattre par les purgatifs, qui tendent plutôt à ramener ces irritations à l'état aigu qu'à les dissiper. Telles sont les vérités que Ton est conduit à déduire de la proposition CXLIII relativement à la rougeole. Voyons maintenant ce qu'elle pourra nous suggérer sur la scarlatine.
Nous n'avons rien de positif sur l'existence ou la non-existence d'un agent contagieux , producteur nécessaire de cette maladie. Elle n'attaque pas, à beaucoup près , la plupart des hommes. Bien des personnes peuvent approcher et soigner celles qui en sont affectées sans la contracter. On l'observe le plus souvent chez les sujets dont la peau est fine, irritable, et le tempérament sanguin. Elle paraît ordinairement dans le fond de l'hiver et aux approches du printemps, et s'annonce par une fièvre qui semble provoquée par une gastrite, et qui est presque toujours, mais non pas nécessairement, accompagnée d'une inflammation des amygdales et du voile palatin. La turgescence de l'appareil sanguin est toujours considérable : la tête, la poitrine, l'abdomen, sont rem-
( 264 ) plis de sang ; vers le troisième jour, la peau s'injecte à son four, et prc'scnfe au lieu de lâches irrégulières connue celles de la rougeoie, une rougeur uniforme résultant de la confluence d'une immense quantité' de petites pustules inflammatoires. Aussi Brown a-t-il placé la scarlatine en première ligne parmi les maladies les plus sthéniques.
Si nous comparons la marche du plus grand nombre des scarlatines, dans les cas où aucune influence locale n'ajoute à l'intensité' de la maladie, avec la marche des deux affections précédentes, nous observerons que tous les points d'inflammation tendent a se résoudre simultanément : à mesure que la peau dérougit, l'angine s'apaise, la fièvre diminue avec l'accablement général, la langue est moins colorée et la soif moins importune. Enfin la maladie se dissipe et ne laisse à sa suite aucune phlegmasie chronique. Les cas qui font exception n'oient rien à l'importance de celte observation pratique.
On les remarque chez les sujets qui se trouvaient dans une prédisposition inflammatoire très considérable, qui avaient un viscère plus irritable que les autres, et sous les influences atmosphériques qui ont coutume de produire les maladies inflammatoires les plus iolenses. Alors l'inflammation peut devenir prédominante dans le voile du palais, les amygdales, et causer la suffocation; elle peut se propager au poumon sous forme de péripneumonie, ou prédominer dans l'estomac. Nous avons vu des saisons où le cerveau était constamment le terme d'un engorgement considérable, et tel que quelques malades
( 265 ) périrent d'apoplexie dès les premiers jours. Nous avons observe' deux cas où l'inflammation cutane'e ne fut point bornée à la couche superficielle; toute l'épaisseur de la peau était injectée et le tissu cellulaire sous-jacent y participait. Ces cas furent mortels, parceque l'inflammation n'avait point été combattue dans son début, et que les grands viscères partageaient Fêlai apoplectique des tissus cutanés et cellulaires extérieurs.
11 résulte de cet exposé que les indications de la scarlatine sont encore celles de l'inflammation, et que c'est toujours aux viscères que le praticien doit veiller.
Ainsi, pour nous résumer, la gastro-entérite est le précurseur nécessaire de l'éruption de la variole; l'ophthalmie, le coryza et la bronchite ceux de l'éruption rubéoleuse; la gastro-entérite, seule ou accompagnée d'angine tonsillaire, celui de la scarlatine. Ce sont les phlegmasies viscérales qui constituent tout le danger de ces maladies. Mais la variole se dislingue des deux autres, en ce que l'intensité de l'inflammation cutanée menace les parties externes d'effrayantes désorganisations, telles que des ophthalmies, des dépôts, et tend à renouveler les phlegmasies viscérales à une époque où les forces déjà très diminuées se prêtent difficilement à la résolution graduelle et à la répulsion de l'irritation vers les organes dépurateurs. De Là deux indications qui sont propres à cette maladie, celle de modérer l'inflammation dans le tissu de la peau, et celle de la rappeler vers l'extérieur par les révulsifs, lorsqu'elle parait tendre
( 266 ) prématurément à la délitescence. Les autres indications, dont la principale est de faciliter lYruption en modérant dans le début l'excès des inflammations viscérales, sont communes à toutes les phlegmasies éruptives.
GXLIV.
L'hypochondrie est l'effet d'une gastroentérite qui agit avec énergie sur un cerveau prédisposé à l'irritation.
Tel est le propre des irritations des viscères , qu'elles exercent sur l'intellect beaucoup plus d'influence que celles des tissus extérieurs. Tel homme supportera avec sérénité les opérations les plus douloureuses , les tortures même , exercées sur les parties les plus sensibles, dont le courage ne tiendra pas contre l'influence toujours renaissante d'une irritation viscérale. Ces irritations ébranlent le courage et rendent pusillanimes, non pas tous les hommes, mais ceux dont le moral est organisé d'une certaine manière. Mais quelle est cette manière ? Voilà la question intéressante. Elle est d'autant plus délicate à traiter, que l'on craint de blesser les hypochondriaques , qui sont souvent des gens d'esprit.
Nous avons démontré dans notre Physiologie appliquée à la pathologie , que l'on ne pouvait attribuer qu'à la prédominance du grand sympathique dans les viscères des deux cavités inférieures le privilège
qu'ont ces viscères d'obtenir du cerveau , malgré l'opposition de la volonté' , l'action des muscles respirateurs et cëphalo-splanchniqucs. Nous avons ajoute' que, lorsque ces viscères étaient encore plus vivement irrités , ils forçaient le cerveau de mettre à leur disposition les muscles qui, dans l'état normal, ne sont soumis qu'à la volonté ; et nous avons donné pour exemple le besoin du vomissement , celui de la défécation, celui de l'exonération fœtale , qui font prendre certaines attitudes. Cela posé, nous avons fait desrapprochemens, desquels il est résulté que toutes les irritations viscérales qui altèrent et dénaturent les penchans ne peuvent s'expliquer que par une semblable influence, c'est-à-dire par de fortes stimulations du cerveau. Or, c'est ce qui arrive dans les hypochondries : le cerveau, toujours obsédé par les stimulations que les viscères lui envoient, finit par ne pouvoir plus agir dans le mode qui constitue la raison. L'attention se fixe exclusivement sur les viscères d'où partent les irritations qu'il reçoit, sur les différens tissus où lui-même les a réfléchies , et sur tout cela se fondent des raisonneraens plus ou moins faux, toujours fondés sur les idées que les hypochondriaques se sont faites des maladies, de leurs causes. C'est ainsi qu'ils croient éprouver des déchiremens, des ruptures, des explosions dans les entrailles; qu'ils s'imaginent sentir des animaux s'y mouvoir; qu'ils parlent du transport du sang d'un lieu vers un autre, de fièvres violentes dont on ne voit aucun signe , d'humeurs glaireuses qui embarrassent les voies respiratoires , les fosses
( 268 ) nasaies; de certains vents qui se portent du basventre vers la poitrine, la tête ou les membres ; qu'ils se figurent entendre du bruit dans cette dernière; qu'ils ont des sifflemens dans les oreilles; qu'ils assurent ne rien digérer, quoiqu'ils soient assez bien nourris; qu'ils ont de^ sensations plus ou moins douloureuses dans les muscles, les articulations; qu'ils se figurent être sur le point de tomber en apoplexie; qu'ils soutiennent, contre l'évidence, que leurs urines ne coulent pas, que leurs selles sont retenues; qu'ils prétendent éprouver des élouffemens, des suffocations, lorsque leur respiration paraît libre ; qu'on les entend parler de douleurs atroces dans telle partie du corps dont les fonctions ne sont pas dérangées d'une manière correspondante à l'intensité supposée de ces douleurs; qu'ils se croient débdes a l'excès, ou souliennenl qu'ils maigrissent prodigieusement el que leur teint est fort altéré, quoique le contraire de tout cela soit évident; qu'ils lirentde l'apparition de quelques éruptions cutanées, insignifiantes, la conclusion que leurs humeurs sont corrompues, et qu'ils les sentent telles dans leurs vaisseaux, etc., etc. Un grand nombre de ces malades sont tourmentés par la sensation de saveurs plus ou moins extraordinaires : goût de sang qui leur présage des héinorrhagies ; goût de sucre, goût de terre, de métal, etc. Leur existence n'est qu'une suite de lounnens, et toutes leurs sensations sont outrées et douloureuses. Ils n'osent rien l'aire, rien entreprendre d'important; ils implorent tous les médecins, tous les guérisseurs; ils se trouvent
( 269 ) presque toujours soulage's par les premiers remèdes qu'on leur prescrit, mais bientôt ils en sont incommodés et les abandonnent pour en solliciter de nouveaux.
A l'exposé de tant de maux, qui ne sont justifiés au premier abord, ni par la fièvre, ni par le dérangement des excrétions, ni par le défaut d'assimilation, ni par une maigreur correspondante à la prétendue atrocité des souffrances, on est tenté de regarder les hypochondriaques comme des fous. Cependant, en les observant de près, on s'aperçoit qu'en effet ils sont malades. Ils ont toujours les viscères irrités, et si ce ne sont pas ceux de la digestion qui ont souffert les premiers, ces organes du moins sont affectés d'une manière consécutive. Les hypochondriaques ont des éructations, des vomiturilions, des diarrhées ou de la constipation, des distensions gazeuses dans l'abdomen, des salivations, des pulsations désordonnées du cœur, des mouvemens convulsifs, des dérangemens de la sécrétion biliaire, et autres lésions non moins évidentes, qui peuvent faire croire à la réalité des sensations douloureuses, quoique exagérées , dont ils se plaignent. En eifet, il est clair qu'un estomac qui crée des gaz, ou qui repousse les ingesia,peut être douloureux, brûlant, etc.; qu'un cœur trop agité peut faire éprouver des sensations pénibles ; que l'irrilation de ces deux viscères peut gêner la respiration, et donner lieu à une foule de sympathies dans l'encéphale, dans les organes urinaires, générateurs, et dans l'appareil de la locomotion.
Nous disons que l'appareil de la digestion prend toujours une part très active àl'hypochondrie; la raison de cela, c'est que tous les viscères se communiquent l'irritation, à cause des liaisons que les nerfs du grand sympathique établissent entre eux; et comme l'appareil digestif est celui où ces nerfs pre'dominent davantage , c'est aussi cet appareil qui devient à la fin le principal foyer d'irritation, et c'est de lui que partent les irradiations les plus influentes sur l'encéphale ; car nous avons prouve' plusieurs fois que , vu la nature de ses fonctions , cet appareil viscéral doit commander à la volonté plus impérieusement que tous les autres.
Nous abordons maintenant une question du plus haut intérêt , et qui toujours, selon nous, a été mal envisagée. On accorde bien que le grand sympathique est affecté chez les hypochondriaques, qu'il l'est principalement dans l'abdomen ; mais on place l'irritation dans les ganglions, dans les plexus et dans les cordons de ce nerf. On ne tient pas assez compte de la membrane muqueuse du canal digestif, où réside un sens interne des plus exquis. L'imagination des médecins leur représente vaguement l'appareil nervoso-ganglionnaire comme trop sensible , comme le siège de vibrations extraordinaires et de mouvemens désordonnés dont la perception tourmente le cerveau, mais il semble qu'elle ne leur dise rien sur l'état des extrémités de ces nerfs dans les points où elles communiquent avec celles de la huitième paire en se fondant avec le tissu capillaire sanguin. C'est pourtant là que doivent se
( 27l ) passer les principaux phénomènes; c'est de là que doivent partir les impulsions irritatives : car, à moins que les cordons nerveux, de quelque espècequ'ilspuissent être, ne soient pinces, tiraillés, enflammés, ils n'agissent que comme conducteurs de stimulations, et ces stimulations prennent naissance dans les tissus pulpeux, dans les points d'extrême division , où re'side une matière nerveuse analogue à celle du cerveau, en rapport immédiat avec les molécules des fluides.
Chacun sait que les nerfs accompagnent les vaisseaux pendant un long trajet sans se confondre avec eux, se bornant à leur fournir de petits filets pour leur vie particulière ; mais il arrive un point où ils doivent se fondre avec eux, et c'est là que commencent et qu'aboutissent en définitive les impulsions qui donnent le mouvement à la machine animale.
Ces rapports existent sans doute dans toutes les parties du corps, mais il en est un grand nombre où la mobilité nécessaire au développement de l'irritation n'existe pas dans l'état normal. Elle ne peut s'établir que peu à peu, et par l'intermédiaire de l'irritation inflammatoire , qui ramollit ces tissus, et développe leurs propriétés vitales. Où en serionsnous , grand Dieu ! si tous les tissus qui nous composent étaient également irritables et mobiles, si tous à la fois faisaient parvenir au cerveau des stimulations! Il y a donc un très grand nombre de tissus qui ne sont point irrités habituellement, qui ne le deviennent que par des causes violentes, extraordinaires, ou par des causes dont Faction s'est prolongée pendant fort long-temps, Ce sont donc les
( *7a ) tissus naturellement et normalement très mobiles et très irritables qui reçoivent les impulsions des modificateurs externes, et qui les communiquent aux autres, par l'intermédiaire des cordons nerveux qui établissent entre eux des communications.
Pour peu que Ton s'arrête sur ces considérations, on sentira que les surfaces de rapport doivent être, dans les organes respirateurs et digestifs, les lissus essentiellement moteurs de l'irritation; on concevra comment la matière nerveuse qui s'y renconlre acquiert, sous l'influence des slimulans, une irritabilité vicieuse; comment les irritations qu'elle éprouve se répètent dans le cerveau; comment enfin celui-ci, en agissant sur les mêmes membranes, ajoute sans cesse à leur mobilité ; enfin l'on concevra qu'intermédiaires entre les deux substances nerveuses, celle du cerveau et celle du sens interne gastro-intestinal , les cordons de la huitième paire et ceux du grand sympathique doivent répandre l'irritation dans une foule d'autres tissus plus ou moins mobiles, soit par eux-mêmes, soit par les nerfs avec lesquels ils communiquent. C'est ainsi que nous envisageons les névroses viscérales ; nous voyons deux foyers primitifs, plus ou moins étendus, d'irritation : l'un dans les surfaces sensitives des viscères, l'autre dans le cerveau; et nous nous représentons les cordons intermédiaires comme les conducteurs des stimulations qui partent de ces deux foyers. Celles qui viennent des viscères vont directement à l'encéphale; mais celles qui découlent du cerveau sont disséminées par les nerfs de relation , non seulement dans
les viscères , mais aussi dans les parties extérieures, et s'e'garent en quelque sorte dans les appareils sensitifs et dans le locomoteur. Nous ne pouvons encore concevoir comment le grand sympathique pourrait porter au loin , sans l'interme'diaire du cerveau, les stimulations qu'il aurait recueillies dans les viscères. Nous aurions besoin de faits et d'expériences positives pour croire à cette transmission au loin.
Selon nous , l'hypochondrie n'est donc ni une affection purement cérébrale , une simple vésanie , ni une lésion pure et simple du système nerveux, soit dans le grand sympathique, soit dans la huitième paire ; elle tient à une irritation des tissus nerveux et autres des viscères des deux cavités inférieures; et cette irritation a son siège principal dans la membrane muqueuse , d'où elle se répand dans les nerfs. Elle peut débuter par tous les viscères de ces cavités, sans en excepter le cœur, quoiqu'il soit dépourvu de sens interne; mais elle n'est bien confirmée que lorsque le sens interne gastro-intestinal est dans un état d'irritation chronique. Enfin nous pensons que cette irritation est une nuance de l'état inflammatoire. En effet, elle est souvent la suite des phlegmasies aiguè's imparfaitement terminées, ou bien c'est une gastro-entérite chronique que l'on a exaspérée par des irritans.
L'expérience des ontologistes ne nous a que trop appris que les émétiques répétés produisent souvent l'hypochondrie , et qu'en forçant l'estomac à digérer par les toniques, les amers, les purgatifs, on communique à l'appareil gastro-intestinal une sensibi-