‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 19 sur 50 · Path, l · texte numérisé non relu

Path, l

liteètune mobilité extraordinaires, qui tourmentent le centre de perception et aboutissent au même résultat.

Nous avons maintenant à revenir sur la question de la prédisposition. Tous les hommes ne sont pas susceptibles d'hypochondrie. L'extrême sensibilité les y expose sans doute; mais elle ne constitue pas seule la prédisposition. Celle-ci nous paraît tenir à une certaine pusillanimité, dépendant de l'organisation du cerveau, et qui presque toujours est héréditaire. Cette pusillanimité peut d'ailleurs coïncider avec le courage sous d'autres rapports : car l'homme est de tous les êtres vivans celui qui présente le plus de contrastes. Il est des hommes qui ne redoutentpoint la mort dans une foule d'occasions périlleuses, qui sont doués du courage civil comme du courage militaire, qui même, ainsi que nous l'avons dit, peuvent braver la douleur des parties extérieures ; mais qui ne sauraient se soustraire aux inquiétudes, aux craintes, aux soucis lorsqu'ils se sentent continuellement assiégés par des sensations venant des viscères. Ces sensations attirent en dépit d'eux leur attention, obsèdent leur imagination , et triomphent enfin de leur résistance et de tous les moyens de distraction auxquels ils peuvent avoir recours. Il ne dépend pas d'eux de croire que ces sensations n'ont rien de fâcheux : elles leur rappellent toutes les maladies dont ils ont entendu parler, et l'inquiétude s'empare de leur esprit. Cette passion se développe à l'excès, et dure autant de temps qu'elle paraît justifiée par des sensations pénibles.

Mais s'il est des personnes disposées a ce genre de souci, en revanche il s'en trouve beaucoup d'autres qui sont entièrement insouciantes sous le rapport de leur santé'. Ce sont des gens qui voient tout en beau, que l'espérance n'abandonne jamais, et qui se font illusion jusqu'au dernier moment. Ceux-là ne deviennent pas hypochondriaques. Il en est d'autres qui n'ont presque aucune sensibilité dans les viscères : ils sont également exempts de l'hypochondrie. Mais on en trouve aussi qui, quoique très sensibles , sont doués d'une fermeté de caractère , résultat d'une heureuse organisation cérébrale qui les préserve constamment de cette affection.

Il résulte de tout cela que l'hypochondrie tient essentiellement à l'organisation du cerveau. Resterait à déterminer quelle est la forme du crâne qui prédomine chez les hypochondriaques. Nous possédons bien quelques données à cet égard , mais elles ne nous paraissent pas suffisantes pour établir des principes généraux. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que les personnes qui ont le front étroit et déprimé sur les côtés offrent beaucoup d'exemples de cette fâcheuse affection; mais comme nous avons rencontré des insoucians doués de cette conformation, et des hypochondriaques parmi les fronts assez bien développés, nous croyons devoir suspendre tout jugement jusqu'à ce que nous possédions de nouveaux faits.

Quant au traitement de l'hypochondrie, il consiste dans deux ordres de moyens : ceux qui tendent à calmer les irritations des viscères, et ceux qui pro-

curent de la distraction. Nous avons plusieurs fois gue'ri cette maladie dans son début, par les saignées générales chez les personnes ple'thoriques , et par des applications de sangsues à l'e'pigastre et aux hypochondres, lorsqu'elle reconnaissait pour cause une phlegmasie bien prononcée de l'estomac ou du duodénum ; un régime sévère achevait de confirmer la cure. Mais lorsque la maladie est déjà fort invétérée, ces moyens ne suffisent pas ; il faut avoir recours à la distraction, aux voyages, et souvent à un travail corporel des plus actifs. Au surplus , les moyens qui réussissent le mieux à dissiper les gastrites chroniques devant être exposés un peu plus tard, il serait superflu de nous y arrêter présentement.

Lorsque les inquiétudes des hypochondriaques ont pour fondement une irritation du cœur, ce qui n'est point du tout rare, le médecin doit diriger son attention vers cet important organe ; toutefois il ne doit jamais oublier que les irritations du cœur se compliquent d'ordinaire avec celles de l'estomac ; ce qui lui fait une loi de ne pas insister d'une manière inconsidérée sur la digitale, l'acide hydrocyanique, et autres anti-spasmodiques sédatifs, qui n'opèrent comme tels que lorsque la membrane interne du ventricule est exempte de toute irritabilité inflammatoire. Les discussions auxquelles nous nous sommes livré dans ce commentaire nous autorisent à donner à la proposition CXLIV la forme suivante : « L'hypochondrie est l'effet d'une irritation perma- »nente *des principaux viscères des deux cavités «inférieures; mais elle ne devient complète que par

»le développement d'une gastro-entérite chronique, » qui agit avec énergie sur un cerveau fort irritable , »et organisé d'une certaine manière. »

La plupart des dyspepsies, gastrodynies 9 gastralgies, pyrosis, cardialgies, et toutes les boulimies sont l'effet d'une gastro-entérite.

L'ancienne médecine avait adopté autant de ma^ï ladies qu'il y avait de formes dans nos infirmités. La doctrine physiologique est heureusement revenue sur cette division qui prêtait trop à l'arbitraire ; elle fonde les maladies sur les organes et sur les indications thérapeutiques. Elle néglige les formes diverses de la souffrance des organes, tant que ces formes ne fournissent pas des indications différentes. Or, la gastro-entérite chronique peut, sans cesser d'être la même, et sans que le traitement doive subir des modifications importantes , donner lieu aux groupes de symptômes qui sont énoncés dans la proposition. Il était donc superflu d'en faire autant de maladies différentes. Ce qu'il importe de constater, ce sont les cas où ces groupes sont indépendans de l'inflammation; car c'est alors seulement qu'ils constituent une maladie particulière ; mais pour cela il faut encore remonter à la physiologie.

Indépendamment de l'inflammation , l'estomac devient douloureux par plusieurs causes plus ou

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moins irritantes. L'impression subite d'une boisson froide ; des aliments indigestes pris en grande quantité; une vive affection morale; l'influence sympathique d'un organe irrite' qui correspond étroitement avec ce viscère, comme l'utérus, les reins ; certains e'branlemens mécaniques, tels que la navigation, la vectation dans une voiture rude, l'escarpolette, peuvent agir sur l'estomac de manière à y faire ressentir de vives douleurs. Les pincemens, les ligatures, l'inflammation des gros troncs nerveux, exercent aussi quelquefois sur le viscère une influence telle qu'il peut en re'sulter des gastralgies , des crampes difficiles à supporter. Il est encore possible qu'une douleur siégeant dans quelque nerf de relation, se transporte inopine'ment sur ceux de l'estomac. Dans tous ces cas il n'y a pas dès l'abord inflammation, et l'on peut dissiper la douleur par les stimulans diffusibles, communément désignés sous le titre d'antispasmodiques, de caïmans, de narcotiques. On le peut toutes les fois que les signes de l'inflammation de la membrane muqueuse n'existent pas ; cependant telle est l'organisation de nos tissus, et principalement de celui dont il s'agit, que si l'irritation, d'abord toute nerveuse, se prolonge pendant un certain temps, elle fait appel au sang, la chaleur se développe et l'inflammation survient, en vertu de la loi ubi stimulus , ibi qffluxus. Cette conversion sera d'autant moins retardée, que les moyens que l'on aura cru devoir opposer à la douleur seront plus irritans. De là la nécessité de ne jamais insister avec opiniâtreté sur l'emploi des stimulans et des toni-

ques dans les affections de l'estomac en apparence les plus nerveuses.

Voilà des préceptes que les praticiens ne doivent jamais perdre de vue : on peut les appliquer aux cas où les acides tourmentent les malades , et causent cette ardeur propagée à la gorge que l'on appelle pyrosis. Ces acides le plus souvent accompagnent comme symptômes des gastrites fort évidentes , et ne cèdent qu'aux moyens appropriés à cette affection ; mais il est des circonstances où l'inflammation ne paraît pas exister, et où les malades sont évidemment soulagés par les absorbans. Mais qu'on y prenne garde ; ces absorbans sont des substances alcalines toujours plus ou moins irritantes, et leur emploi soutenu finit toujours par produire une véritable phlegmasie dans les voies gastriques. L'expérience ne nous a laissé aucune incertitude à cet égard.

On voit combien sont délicates les nuances qui séparent les douleurs nerveuses de l'estomac, de l'inflammation. Quant à la boulimie, comme elle suppose toujours une augmentation de chaleur dans le viscère , elle tient nécessairement de l'inflammation , toutes les fois qu'elle n'est pas l'effet de la convalescence ou d'un accroissementrapide du corps à l'époque de la puberté. Encore, dans ces deux cas, tend-elle souvent à l'inflammation. Au surplus c'est par les signes qui sont propres à l'état inflammatoire, plutôt que par le genre de douleur et par l'altération de l'appétit, soit en plus, soit en moins, que l'on peut décider la question.

Quelquefois l'inappétence vient d'un obstacle au cours des matières, d'un étranglement, d'une oblitération des canaux biliaires, comme la boulimie peut tenir à l'existence d'une diarrhée ou de toute autre perte qui soustrait les matériaux de la nutrition. On doit donc s'assurer de l'existence ou de la non-existence de ces causes avant de porter son diagnostic. Enfin l'inappétence qui survient chez les personnes affectées depuis long-temps de douleurs gastriques, de vomissemens, peut venir du ramollissement et de la destruction de la membrane interne de l'estomac, surtout dans le bas fond; genre de lésion qui est presque inséparable des longues souffrances de ce viscère, et qui va jusqu'à produire l'impossibilité d'avaler la plus petite dose de liquide.

Des coliques ombilicales, intermittentes, avec constipation et sans ténesme , caractérisent certaines nuances de l'inflammation de la membrane muqueuse des intestins grêles , surtout dans l'état chronique , si les symptômes de la péritonite n'existent pas; mais cette entérite est plus souvent indolente que douloureuse.

Les faits que rappelle cette proposition sont exacts ; mais ils sont insuffisans pour donner une idée com-

plète de l'entérite chronique apyrétique des petits intestins. Il est donc nécessaire de donner des de'veloppemens à ce sujet.

L'entérite peut prédominer dans le duodénum, dans le jéjunum et dans l'iléum. La duodénite sera traitée à la proposition CL à laquelle elle appartient de droit. Nous ne nous occuperons ici que de la jéjuno-iléite; comme la ligne de démarcation qui sépare le jéjunum de l'iléum est arbitraire, nous n'entreprendrons pas d'assigner à chacune de ces entérites leurs signes particuliers. On juge que l'irritation est fixée dans les intestins grêles dont il s'agit par les signes suivans : l'estomac fait bien ses fonctions, la région duodéno-hépatique n'est point douloureuse, les malades ne commencent à ressentir des incommodités que trois ou quatre heures après l'ingestion des alimens solides, etsouventils n'en éprouvent point après les boissons; ces incommodités consistent dans de petites douleurs , qui tantôt changent de place , et d'autres fois se manifestent constamment au même endroit. Ces douleurs sont des coliques, mais d'une espèce toute différente de celles du gros intestin : elles n'aboutissent point à l'anus; elles ne sont suivies ni de selles, ni de ténesme ; elles sont accompagnées de borborygmes plus ou moins violens. Dans le début de la maladie , il n'y a même que cela. Les personnes disent que leurs intestins font du bruit et chantent en quelque sorte , ce qui les surprend toutà-coup, et les étonne d'autant plus qu'elles n'éprouvent point encore de coliques. Mais enfin les coliques paraissent : d'abord on les rapporte à la ligne

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blanche ; mais ce caractère , commun a toutes les espèces de coliques, ne peut servir à distinguer celles des intestins grêles. Elles le sont bien plutôt, ainsi que nous l'avons dit, par le de'faut de selles et de ténesme : ensuite, lorsqu'une région des intestins grêles a retenu quelque temps l'irritation, les malades y rapportent une douleur fixe, et si l'on exerce le palper, on trouve qu'il existe en ce lieu une certaine résistance , et que la sensibilité' augmente un peu par la pression.

Toutefois, dans le principe, ces tumeurs ne sont pas permanentes. Elles se dissipent même au bout de quelques minutes par la pression qui semble déplacer les gaz qui les forment. Mais à la fin elles deviennent persistantes. Les malades ont un côté de l'abdomen habituellement plus tendu que l'autre; la main qui presse cette région y sent plus de chaleur que dans celle du côté opposé, et y développe toujours de la douleur. Dans quelques entérites, toute l'étendue du ventre est douloureuse etrénitente.

C'est alors que l'entérite est définitivement fixée, et si rien ne l'arrête onpeutêtre assuré quelarénitence et la douleur iront toujours croissant, jusqu'à ce que l'inflammation envahisse la totalité du canal, ou se convertisse en péritonite. Ces changcmens s'opèrent tantôt sous la forme aiguë et tantôt sous la chronique, selon le genre de modification et la prédisposition des malades. Si la chronique persévère, ceux-ci deviennent souvent hypochondriaques, et finissent quelquefois par l'hydropisie. Souvent aussi le duodénum, le foie et l'estomac finissent par s'affecler;

( 285 ) ou bien l'inflammation, franchissant la valvule ile'ocaecale, produit une diarrhe'e qui entraîne une mort consomptive.

Le passage à l'état aigu donne toujours des maladies extrêmement graves etfréquemrnentmortelles, à cause des altérations organiques que l'entérite chronique avait produites.

Tel est le tableau fidèle de cette pblegmasie, qui trop souvent succède à l'emploi des purgatifs répétés, à celui des eaux minérales sulfureuses, et aux médications spécifiques que l'on emploie pour combattre le ténia. Nous ne nous engagerons point dans la partie thérapeutique, qui doit être traitée en commentant les propositions qui lui ont été consacrées.

Quant aux altérations organiques , elles n'ont de particulier que ce qui dépend des tissus affectés, et rentrent dans ce que nous avons dit ailleurs des dégénérations produites par l'irritation.

Pour embrasser toutes les nuances d'entérite chronique que nous venons de signaler , la proposition CXLYI doit être m odifiée de la manière suivante :

Des horborygmes sans douleurs; ensuite des coliques , d'abord ombilicales , puis fixées à une région de î abdomen , sans ténesme, sans selles consécutives, avec une tuméfaction rénitenle , douloureuse à la pression, caractérisent l'entérite apy rétique du jéjunum et de Viléum, tant que les symptômes de la péritonite chronique n' existent pas .

Les ganglions lymphatiques du mésentère ne s'enflamment que par l'effet de l'entérite, et cette double phlegmasie prolongée constitue le carreau.

C'est dans la première édition de Y Examen, qui parut en 1816, que pour la première fois l'auteur publia que le gonflement des glandes mésentériques, pendant l'entérite, était de'termine' par le même mécanisme que les bubons de l'aine chez ceux qui ont des chancres au pénis, etc. On pensait autrefois que l'inflammation et l'engorgement de ces glandes constituaient une maladie particulière, indépendante de la fièvre , ou que cette fièvre en était un effet. L'entérite des enfans était méconnue. On attribuait la fièvre à l'engorgement du mésentère. Le mot inflammation n'était même pas prononcé, et sur l'état chronique apyrétique on n'avait d'autre théorie que celle d'une lymphe trop épaisse ou coagulée par le vice scrofuleux, qui s'arrêtait dans les glandes conglobées du mésentère , comme elle s'arrête quelquefois dans celles du cou ou de toute autre partie extérieure.

Cette théorie a subi le sort qui lui était, réservé : on sait présentement que les inflammations de la membrane muqueuse des intestins grêles se réfléchissent dans les ganglions correspondans ; mais on peut encore mettre en doute s'il n'existe pas quel-

( *85 ) ques cas d'inflammation ou de subinflammation primitive de ces ganglions. Pour les inflammations, nous oserions re'pondre négativement ; quant aux subinflammations , nous serions moins hardis : toutefois , nous pourrions affirmer que nous n'avons point d'exemple de développement des ganglions du mésentère , antérieur a toute irritation de la membrane muqueuse . Les malades moissonnés par la pneumonie chronique offrent souvent des ganglions niésentériques dans un état tuberculeux; mais on leur trouve constamment des ulcérations dans les intestins grêles , et Ton remarque qu'ordinairement les engorgemens glandulaires y correspondent. Au surplus, quand cette correspondance ne serait pas bien marquée , on n'en pourrait tirer aucune conclusion ; car l'inflammation ne reste pas toujours fixée au même point dans la muqueuse : elle la parcourt en tous sens , et, comme elle se dissipe plus facilement que celle des ganglions ; comme ceux-ci , quoiqu'ayant perdu leur inflammation, peuvent rester engorgés, suppurants, endurcis, tuberculeux, en un mot , il doit arriver souvent qu'on les rencontre dans cet état vis-à-vis d'une région de membrane muqueuse qui n'offre aucune trace de phlegmasie. Souvent aussi l'inflammation cesse autour d'une ulcération intestinale , lorsque le sang a été révulsé par un point d'irritation qui ne s'est développé que les derniers jours de la vie. C'est ce qui arrive fréquemment aux phthisiques chez qui la diarrhée ne paraît qu'à cette époque , ainsi qu'à ceux qui sont enlevés par une explosion subite de gastrite , par un

( 286 ) surcroît d'inflammation pulmonaire , par une pleurésie , une pe'ricardite foudroyante , par une apoplexie , ou qui périssent par une attaque impre'vue d'hémoptysie. Dans presque tous ces cas on trouve les intestins grêles de'colorés ; mais les traces de l'ancienne phlegmasie n'en existent pas moins , et l'on peut les reconnaître dans la membrane muqueuse , aussi bien que dans les ganglions du mésentère.

La différence la plus remarquable que l'on observe relativement à l'affection des ganglions, entre les divers sujets affectés d'entérite, tient à la constitution du système lymphatique. Ceux qui l'ont fort irritable offrent toujours des ganglionites , pour peu que l'entérite ait été chronique : c'est ainsi que , parmi les enfans qui succombent à cette maladie , il ne s'en trouve presque aucun qui soit exempt de ganglionites , tandis que les adultes n'en paraissent affectés que lorsqu'ils tiennent du tempérament de l'enfance , c'est-à-dire lorsqu'ils ont conservé une disposition marquée aux irritations du système lymphatique; ce qui, presque toujours, est manifesté par quelques autres maladies du même système.

Nous devons dire cependant que la constitution atmosphérique contribue au développement des ganglionites du mésentère : nous avons rencontré des années où ces affections existaient dans presque tous les sujets enlevés par les gastro-entérites , soit aiguës , soit chroniques, et nous avons noté que la saison avait été pluvieuse et humide, tandis que,

idans le cours des étés secs et brûlans , les cadavres n'en présentaient ordinairement, aucune trace,

CXILVIII.

Les ganglions du mésentère ne s'enflamment point par la péritonite simple.

C'est ce fait, observé un 1res grand nombre de fois, qui a suggéré à l'auteur la proposition. Quelquefois , cependant, dans les engorgements du tissu cellulaire du me'sentère et de l'épiploon, à la suite des péritonites chroniques, on trouve, au milieu des muscles lardacés et des tissus fibreux , squirrheux, encépbaloïdes ou mélanosés ( ces mélanoses pro viennent du sang extravasé ), on trouve , disons-nous , des ganglions tuberculeux. Alors il faut examiner scrupuleusement la membrane muqueuse des intestins grêles : on y trouve ordinairement des ulcérations ou quelque autre trace d'entérite , et le commémoratif nous apprend que l'irritation a débuté par la surface interne du canal digestif.

GXLIX.

L'hépatite est consécutive à îa gastro-^entérite , quand elle ne dépend pas d'une violence extérieure.

La gastro-entérite chronique est la cause

( 288 ) des engorgements hépatiques et des foies jaunes et gras, même chez les phthisiques.

Ces deux propositions ne peuvent être séparées ; car l'irritation chronique du canal digestif n'agit point sur le foie autrement que la gasSro-entérite aiguë, et c'est ce mode d'action qu'il s'agit maintenant de développer.

Le foie , par son volume et par la quantité énorme de sang qu'il contient , a fixé de tous temps l'attention des médecins. Les anciens le considéraient comme le laboratoire du sang. Ils le regardaient comme le centre et l'origine des veines. Ils avaient remarqué qu'il est le premier dépôt du sang chez le foetus ; en fallait-il davantage pour lui donner beaucoup d'importance ? On reconnut dans la suite qu'il était l'organe sécréteur de la bile ; et , comme cette humeur passait pour jouer un grand rôle dans l'économie, le foie n'en devint que plus intéressant aux yeux des médecins : il était la source d'une des quatre humeurs cardinales, et cette humeur semblait imprimer au tempérament un caractère particulier ; elle paraissait aussi être la source d'une foule de maladies. Que de motifs pour exciter la sollicitude des gens de Fart sur le bon et sur le mauvais état du foie? x\ussi, pendant tous les siècles qui ont précédé 1ère physiologique, a-t-on presque toujours rapporté a cet organe la majeure partie des maladies du canal digestif. Il est vrai que la veine-porte partagea jusqu'à un certain point sa célébrité , lorsqu'on eut entendu répéter le cri d'alarme des stahliens :

( a89 j Vena povtarum, porta malorum ; mais l'importante fonction de fabriquer l'un des principaux menstrues de la digestion ramenait toujours l'attention des médecins vers le foie. Tous les e'tats fébriles , avec douleur ou rénitence dans l'hypochondre droit, étaient considérés comme des hépatites, même sans que le toucher indiquât une tuméfaction manifeste du foie, et l'on décrivait cette maladie comme l'une des plus fréquentes de nos affections. Plusieurs médecins avaient placé le siège de îa fièvre jaune dans le foie : aussitôt qu'une personne éprouvait un dérangement d'appétit, que la bouche était amère , la langue et la conjonctive jaunes , que le malade vomissait de la bile , ou avait quelques selles bilieuses, on accusait le foie, sans songer au canal digestif. Les affections bilieuses des anciens étaient devenues des affections hépatiques.

Cependant, lorsque les nécroscopies se furent multipliées en Europe , on reconnut que le foie était moins souvent enflammé qu'on ne l'avait imaginé ; alors on donna à ces maladies le nom de gastriques , mais on était loin d'y voir des inflammations : c'étaient des embarras , des turgescences bilieuses ou saburrales. Le foie y participait , mais il n'en était plus le siège unique.

Toutefois, dans les cas où des personnes, d'ailleurs assez bien portantes , éprouvaient une douleur fixe et profonde dans le fond de l'hypochondre droit , on ne manquait pas de s'en prendre à l'obstruction du foie, comme l'on s'en prenait à celle de

î. Patlu lt)

Ja rate , quand la même douleur se faisait sentir sous

les cotes asternales du côte' gauche.

L'auteur des propositions que nous commentons

osa fronder cette théorie si accre'ditée. Après avoir

démontré que les embarras gastriques sont des nuances de la gastrite , il fit voir que les ve'ritables

he'patites sont des maladies fort rares , et que la plupart de celles que les auteurs décrivent sous ce nomsontdes gastro-duodénites ou de simples inflammations , soit aiguës , soit chroniques du duodénum. Déjà M. le professeur Pinel avait dit que Ton ne pouvait me'connaître une irritation fixe'e sur le duode'num dans ce que Ton appelle fièvres bilieuses , mais cet auteur n'avait point rapporte' cette irritation aux phlegmasies ; et, fidèle à la pratique des anciens , il continuait de la traiter par les vomitifs. Il méconnaissait aussi la coïncidencede l'inflammation des autres intestins grêles dans ses fièvres gastriques , ainsi que la véritable cause de la prostration qui survient pendant le cours de ces maladies ; et ces fièvres , malgré l'irritation duodénale , n'avaient point cessé d'être essentielles. L'irritation duodénale de ce professeur n'était qu'un épisode , une sorte de complication qui ne changeait rien au caractère de l'entité essentielle , ou qui ne la modifiait qu'en fournissant l'indication des vomitifs. Certes , ce n'était point là la véritable théorie des irritations gastro-duodéno-hépatiques. Aussi celle du nosographe n'avait-elle changé en rien l'ancienne pratique. De toute part on répétait avec lui l'emploi des émétiques dans les maladies aiguës , chaque

( 29l ) fois que la langue devenait saburrale , et qu'il y avait des nause'es ou des vomissemens bilieux avec redoublement de sensibilité à Fépigastre ou dans l'hypochondre droit , et cette pratique amenait presque toujours l'état adynamique, comme il est facile de s'en convaincre en lisant l'ouvrage de clinique de ce professeur. Quelques malades se tiraient d'affaire par la révulsion des vomitifs, et ces cures, dont la cause n'était point expliquée, servaient à encourager les praticiens et à propager l'erreur.

Tel était l'état de la théorie médicale, lorsque l'auteur des propositions proclama qu'ordinairement, hors les cas traumatiques, le foie n'est irrité que consécutivement à l'estomac, aux intestins grêles, et surtout au duodénum; que la supersécrétion bilieuse est produite, dans les phlegmasies muqueuses du canal digestif, comme elle l'est dans l'acte de la digestion , c'est-à-dire par la stimulation de la surface interne des voies gastriques ; que , lorsque l'inflammation prédomine vers le pylore et dans l'intestin duodénum, le foie est plus influencé que lorsqu'elle occupe toute autre région du canal de la digestion ; que l'on prend fréquemment pour des douleurs du foie des douleurs qui ont leur siège dans le pylore et dans le duodénum , et que l'on voit souvent des hépatites là où, dans la réalité, il n'existe que des gastro-duodénites ; que cette erreur est commise dans l'état chronique aussi bien que dans l'état aigu, et que les obstructions commençantes du foie ne sont , le plus souvent , que des duodénites ; enfin il établit qu'à force de recevoir sympathiquement

l'irritation des surfaces muqueuses voisines , le foie peut s'affecter idiopathiquement : ce qui , dans l'état aigu, peut donner de ve'ritables hépatites, et, dans l'état chronique, divers genres d'altération dont le plus ordinaire est ce qu'on appelle les foies gras.

On avait remarqué que les sujets qui périssent de la consomption pulmonaire, présentent souvent ce genre d'altération : on ne savait d'abord à quoi l'attribuer ; mais les chimistes modernes vinrent au secours des médecins , et proposèrent , pour en rendre compte, une théorie toute nouvelle. Suivant eux, l'hydrogène, qui forme la graisse, se trouvant rendu au sang par la résorption de cette humeur /pendant le progrès du marasme, allait le déposer dans la substance du foie. Ils se fondaient sur une opinion des anciens, qui pensaient que les principaux matériaux de la sécrétion biliaire sont fournis par la graisse du mésentère. Il n'était donc point étonnant que cette huile animale, venant à se fondre de toutes parts, à raison de la chaleur de la fièvre , fût recueillie par la veine-porte , et se trouvât dans le foie en si grande abondance , qu'elle ne pût être employée en totalité à la fabrication de la bile. Cette hypothèse, comme on le sent à merveille , ne s'appliquait pas moins aux autres états tabides qu'à celui des poumons.

Voilà ce que l'on possédait de plus satisfaisant sur les foies gras avant que la doctrine physiologique eût vu le jour. Quant aux personnes à foie gras dont le tissu cellulaire était rempli de graisse, on se tirait d'affaire en assurant que la surabondance

( sgS ) de ce liquide e'tait si grande chez elles , que , sans avoir besoin de maigrir, elles avaient pu engraisser du foie aussi bien que d'ailleurs.

Il se présentait cependant une difficulté' : c'est que l'analyse des foies prétendus gras n'offrait pas ordinairement de la véritable graisse , mais une substance albumineuse teinte en jaune par la partie colorante de la bile, ou une sorte d'adipocire. Pour notre compte , nous avons plusieurs fois fait analyser des portions de foies jaunes, et jamais on n'y a trouvé une graisse semblable celle du tissu cellulaire. Cette circonstance , jointe à la coïncidence des inflammations du duodénum et souvent de la portion supérieure du jéjunum, doit à la fin fixer la théorie de ces foies gras. Il n'est plus possible d'attribuer cet état à d'autre cause qu'à l'irritation. D'ailleurs , quand la vraie graisse s'y rencontrerait, cela ne prouverait rien contre la nouvelle assertion : en effet, s'il est vrai que la graisse est un des matériaux de la bile , elle doit être d'autant plus fortement attirée vers le foie, que cet organe est forcé, par l'irritation gaslro-duodénale , à une sécrétion plus abondante ; s'il n'est pas vrai qu'elle serve à cet usage , elle peut encore être attirée vers le foie surirrité , dans un moment où les humeurs en sont remplies, soit à raison de sa surabondance dans les tissus cellulaires, soit à cause de la résorption qui en est faite pendant les progrès du marasme ; et c'est de Tune ou de l'autre de ces manières que doivent se former les foies gras chez les animaux de basse-cour, que l'on gorge d'alimens pour les dé-

( 294 ) lices de nos tables. Ils pe'rissent avec une gastroente'rite semblable a celle des gourmands de notre espère, et leur foie, dont l'action se'crétoire a été prodigieusement exagérée, se présente dans un état d'hypertrophie causé par la surabondance des matériaux qui servent à la confection de la bile.

Quant aux cas, et ce ne sont pas les plus rares, où le foie se gorge de lymphe, ils n'ont rien d'étonnant, puisque l'organe contient beaucoup de vaisseaux lymphatiques. On ne peut être surpris, par la même raison, de rencontrer dans le foie des tubercules, des encéphaloïdes, des kystes, et autres productions semblables à celles que l'on remarque dans tous les autres viscères. N' est-il pas , aussi bien qu'eux, pourvu d'un tissu cellulaire servant à l'union et au soutien de son système vasculaire , et ce système lui-même n'est-il pas extrêmement diversifié et compliqué?

En réfléchissant aux fonctions du foie , et en les comparant chez le fœtus et chez l'adulte , nous avons été conduit à les considérer comme étant de deux ordres différens... Des deux fonctions de ce viscère, la première en date comme en importance est relative à la circulation. Le foie s'en acquitte en servant de dépôt au sang et en le transmettant au cœur chez le fœtus. Lorsqu'après la* naissance la route de la veine ombilicale est oblitérée, le foie reçoit encore le sang de la veine-porte , et une partie de ce liquide se répand dans son parenchyme, et communique avec celui de l'artère hépatique, pour retourner, confondu avec lui , dans la veine-cave , non loin du cœur. C'est ainsi que ce dernier viscère a constamment auprès

( 295 ) de lui un dépôt de sang qui renforce le torrent de celui que la veine-cave rapporte des extre'mite's inférieures; et si, par quelque circonstance , ce dernier venait à être intercepte', le cœur trouverait toujours dans ce de'pôt, dont la source est dans le canal digestif et dans la rate, de quoi entretenir la régularité de ses pulsations. D'autre part, il est des cas où le sang est porté en abondance dans les vaisseaux mésentériques, par exemple , durant les courses violentes: ce sang retourne vers le cœur avec une célérité correspondante ; mais que deviendrait-il s'il ne trouvait dans la rate et dans le foie des tissus propres à lui servir de dépôt? Il dilaterait à l'excès la veine-porte et la veine-cave, il les déchirerait peut-être. Mais si, pour prévenir ces ruptures, la nature avait augmenté la dilatabilité de ces veines, elles deviendraient variqueuses, le sang y développerait des poches énormes, dans lesquelles il ne manquerait pas de se coaguler, source continuelle d'une infinité de maux, et qui entraînerait souvent l'interception du cours de ce fluide et la mort. Ce malheur serait inévitable ; car l'expérience démontre que, toutes les fois que le sang est accumulé en grandes masses dans un espace quelconque du corps vivant, il y forme des caillots qui ne cessent de prendre de l'accroissement jusqu'à ce que la cavité en soit entièrement remplie. Les anévrysmes des artères en fournissent la preuve incontestable; le cœur lui-même n'est pas à l'abri de ce genre d'oblitération, comme le démontrent les dilatations excessives de cet organe.

Or, en donnant au sang, pour lui servir de dépôt,

lin système capillaire tel que celui du foie, la nature a paré à tous ces inconve'niens. La première fonction du foie est donc relative à la circulation du sang.

La seconde est connue depuis long-temps: c'est celle de sécréter un liquide indispensable au complément de la digestion.

En partant de cette double donnée , on se rend fort bien raison des états pathologiques du foie. Les obstacles que le sang trouve à traverser le cœur et les poumons doivent nécessairement produire la turgescence sanguine du réservoir hépatique ; mais ils ne tendent pas également à y faire naître l'inflammation. L'irritation du canal digestif donne toujours un nouveau degré d'activité à la sécrétion de la bile, et porte quelquefois l'érection vitale du foie au degré où elle prend le caractère de la plilegmasie. Mais lorsque cette transformation n'arrive pas , le foie s'engorge du moins , non seulement de sang, comme dans les obstacles précités, mais aussi de lymphe; car tout son système capillaire est surirrité ; et cette lymphe, qui n'est autre chose que de l'albumine plus ou moins mêlée de matière gélatineuse et d'une sorte d'adipocire , se colorant avec la bile déjà formée , donne au foie cette teinte et cet aspect qui le fait appeler gras. Mais , dans tous les cas , on ne saurait disconvenir que c'est au phénomène de l'irritation que l'on doit rapporter ces sortes d'altérations de la texture du foie, et que cette irritation se développe sous l'influence de celle du canal digestif.

Les applications de cette théorie à la pratique sont

C 297 ) très faciles. Détruisez les obstacles au passage du sang à travers les organes contenus dans la cavité thoracique, vous préviendrez l'engorgement purement sanguin du foie ; empêchez l'irritation de l'estomac et du duodénum de tourmenter pendant long-temps le foie en le forçant à l'action, vous empêcherez la formation des hépatites , la dégénération du foie et les altérations de ses canaux excréteurs; car l'expérience fait voir à tous les praticiens que le foie ne se développe au point de dépasser le niveau des côtes asternales, que chez les individus qui ont longtemps souffert de la gastrite et de l'entérite des différens types, ou des obstacles au cours du sang dans la cavité pectorale.

Telle est la théorie consacrée par la médecine physiologique , sur les rapports des affections du foie avec celles du canal digestif, et des organes de la circulation et de la respiration. Cette théorie, jointe a celle qui a été développée un peu plus haut, sur les irritations des ganglions mésentériques, renverse de fond en comble tout ce que les auteurs ont écrit depuis la naissance de l'art sur les engorgemens et les obstructions du bas-ventre. Cette doctrine a été développée , en ce qui concerne les rapports du duodénum avec le foie, dans la dissertation inaugurale de Casimir Broussais, soutenue, en 1 825, a la faculté de médecine de Paris,

Nous aurions pu , à cette occasion , nous occuper du mode physiologique des affections de la rate ;

(1) Sur la duodénile chronique; Paris, iSa5; chez mademoiselle Delaunay , libraire, rue Saint- Jacques, n° ?i.

( *9* ) mais ce serait nous écarter de la proposition que nous commentons. Nous nous contenterons de dire que la rate est lie'e avec le bas-fond de l'estomac par des rapports fort étroits ; qu'elle partage fréquemment les irritations de cette re'gion du ventricule ; que les douleurs profondes de l'hypochondre gauche , avec le'sion de la fonction digestive, pre'cèdent et pre'parent les affections de la rate , et sont souvent pour elle ce que les irritations du duodénum sont pour le foie. Au surplus , en mettant en avant ces assertions, nous ne prétendons pas avoir tout dit sur lapatliogénie des affections de la rate. Nous aurons occasion d'y revenir en traitant des irritations intermittentes, et de rappeler ce que nous venons d'établir sur le rôle que joue ce singulier viscère dans les cas d'accélération du cours du sang.

CLÏ.

L'hydropisie des personnes qui ont abusé des boissons alcooliques, des purgatifs, etc., est l'effet d'une gastro-entérite chronique qui a envahi toute l'épaisseur du canal digestif, du foie etc., et qui a pénétré lentement au péritoine.

Depuis que les écoles dynamiques se sont fondues dans le brownisme , on a considéré les bydropisies des buveurs comme des effets de la faiblesse indirecte , tandis qu'avant cette époque on les attribuait

( 299 ) aux obstructions du bas-ventre cause'es par l'épaississement et la coagulation des sucs lymphatiques. Quant aux purgatifs, les anciens me'decins n'avaient garde de les accuser de produire l'hydropisie , puisqu'ils les administraient dans l'intention de re'soudre les engorgemens , qu'ils regardaient comme la cause la plus ordinaire de ces maladies. Mais lorsque le brownisme fut en pleine vigueur, plusieurs médecins, adoptant la the'orie de Cullen, crurent que les purgatifs pouvaient, comme débilitans, devenir la cause déterminante des hydropisies. Ainsi les mêmes me'decins qui attribuaient l'hydropisie des buveurs à la faiblesse indirecte, s'en prenaient à la faiblesse directe pour expliquer celle qui suit l'emploi inconsidéré' des purgatifs et des fondans.

Toutefois les e'coles modernes n'e'taient pas assez exclusivement browniennes pour que tout le monde fût d'accord sur la débilite' comme cause suffisante des hydropisies des personnes qui avaient abusé de la bonne chère et des liqueurs alcooliques. Il y avait encore beaucoup de praticiens qui, sans parler comme les chémiatres, de coagulation produite par l'alcool ou par les acides , attribuaient les hydropisies qui sont précédées des douleurs de ventre et du dérangement des digestions, à des empâtemens ou à des obstructions dont ils ne se permettaient pas de donner l'explication. Mais enfin la majorité s'accorda avec les anatomo-pathologistes modernes pour substituer les vices organiques aux obstructions.

Toutefois ce changement dans les expressions n'en avait point produit dans la pratique. Il n'y

( 5oo ) avait en gênerai que deux méthodes , qui consistaient, l'une , et c'était la plus ancienne , à stimuler par les purgatifs et les prétendus fondans, c'est-àdire en évacuant; et l'autre , à stimuler par les toniques fixes ou diffusibles , je veux dire sans provoquer d'évacuation. Rien de plus curieux pour le physiologiste que de voir des médecins administrer des amers , des aromatiques , des antispasmodiques, dans l'intention de fortifier des malades dont l'abdomen était devenu douloureux et gonflé à force de faire usage des alimens succulens et des boissons les plus fortifiantes. Telle était cependant la pratique prédominante; elle n'était balancée que par celle des médecins qui prodiguaient le calomel à la suite des saignées les plus abondantes. Quant aux expectans, qui se bornaient au petit-lait et aux sucs d'herbes jusqu'à ce que la saison des eaux vînt les sortir d'embarras , on ne peut les considérer que comme une sous-division de ces derniers; ils appartiennent manifestement au système des obstructions , dont ils ont rejeté les explications , mais dont ils ont adopté tous les moyens , avec plus de ménagement, comptant sur une coction et sur des crises lentes et répétées. Je dois encore indiquer les contro-stimulistes , sorte de médecins hybrides, qui allient la pratique des fondeurs et des désobstructeurs à la théorie de Brown, qu'ils ont retournée. En effet, ils emploient les mêmes moyens que les humoristes, et même avec une audace beaucoup plus grande, dans les cas de douleur avec tuméfaction de l'abdomen, assurant que les amers, les purgatifs drastiques,

( 3oi ) les sels neutres , agissent en calmant d'une manière directe la diathèse de stimulus que les excitans avaient e'tablie dans les viscères du bas-ventre.

Si nous avons fait mention de toutes ces méthodes the'rapeutiques , c'est qu'elles se placent à côte' des boissons alcooliques comme causes de ce genre particulier d'hydropisie que signale la proposition CLI. En effet, il s'agit toujours d'intestins que l'on a stimulés lorsqu'ils relaient déjà trop par la nature de leur affection primitive ; de foies , de rates , de ganglions mésentériques et de tissus cellulaires abdominaux, qui ont secondairement participé à l'irritation chronique de la membrane muqueuse ; enfin du trouble que cet état pathologique a produit dans les fonctions de la surface séreuse et dans celle des absorbans qui lui correspondent.

Toutes les personnes affectées de gastro-entérites chroniques ne deviennent pas hydropiques. Les sujets maigres, nerveux, irritables, ceux qui souffrent le plus, succombent dans le marasme, tantôt avec de la fièvre hectique , et quelquefois avec la diarrhée. Sans être exempts de la terminaison marasmoïde, les gens robustes , gras, et les indolens , sont plus exposés à tomber dans l'hydropisie , peut-être parcequ'ils supportent plus long-temps la phlegmasie chronique sans qu'il se développe de réaction nerveuse ou fébrile; aussi, chez eux, les viscères sont altérés de la manière la plus profonde , les forces épuisées, et l'hydropisie imminente , avant que les symptômes aient acquis assez d'intensité pour alarmer les malades. C'est ce que nous avons observé

chez un grand nombre cle buveurs robustes , doués d'un embonpoint considérable, et surtout renommés, dans leur cercle, parla facilite' avec laquelle ils supportaient des doses considérables de boissons fermente'es sans être enivrés. Après de longs excès impune'ment re'péte's , il se formait cîiez eux des entéro-hépatites, dont les premières attaques cédaient sans difficulté aux moyens antiphlogistiques, quelquefois même à l'emploi des purgatifs ; mais la continuation du genre de vie ne manquait pas de renouveler ces affections, ce qui toujours e'tait plus facile quand on les avait gue'ries par la stimulation évacualive. Bientôt il n' e'tait plus possible de s'en rendre maître ; l'ascite se déclarait, l'hydropisie se propageait, et la nécroscopie mettait en évidence, outre l'inflammation , déjà passée au brun et au noir dans la membrane muqueuse gastro-intestinale , l'épaississement de tout le canal, un état d'opacité et même une altération tuberculeuse du péritoine , sans parler de la tuméfaction et de la dégénérescence du foie, des ganglions et du tissu cellulaire épiploomésentérique. Cette dernière altération est, toujours en rapport avec celle du péritoine, comme celle des ganglions correspond à la phlegmasie ulcéreuse de la membrane muqueuse des intestins.

C'est donc à la subinflammation des tissus sérocellulaires et des absorbans de l'abdomen, et non pas à l'épuisement pur et simple du ton ou de l'irritabilité dont ils sont doués , qu'il faut attribuer les ascites qui succèdent aux longues stimulations du canal digestif; mais le médecin ne doit jamais per-

( 3o3 ) dre de vue que l'irritation provocatrice de tous ces de'sordres se passe sur la surface interne du canal digestif, et se lie par conse'quent à toutes les autres nuances de l'inflammation de cette membrane. Tels sont les faits que rappelle la proposition que nous venons de commenter.

La boulimie est l'effet d'une gastro-entérite , avee prédominance d'irritation gastroduodénale. Gette phlegmasie , en effet , peut exister dans une nuance qui permette l'assimilation d'une quantité d'aîimens bien supérieure aux besoins de l'économie ; d'où résultent pléthore, polysarcie , et par suite la détonation de l'irritation sur le cerveau , sur les articulations, sur les reins, sur le cœur, sur la marge de l'anus; en un mot, sur tous les points où une stimulation accidentelle peut l'appeler.

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