‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 22 sur 50 · Patlu 2 l · texte numérisé non relu

Patlu 2 l

contracte une acidité plus grandie que celle qui appartient à la seconde pe'riode de la digestion , d'où re'sulte cette stimulation incommode dont nous parlons. Tant que l'organe conserve assez d'énergie pour l'expulser par le vomissement, on peut juger que le siège du sens interne n'est pas encore désorganisé. On en obtient la preuve complète par l'impression agréable que font sur lui les nouveaux alimens ; mais , à la longue, ces irritations si répétées, celle d'un chyme surascescent, que son poids ramène toujours dans le bas-fond, et celle des efforts continuels tendant à l'expulsion de ce liquide, devenu corps étranger , ces irritations , disons-nous , arrivent au point de détériorer la muqueuse comme sens interne , ce qu'annonce la disparition de l'appétit , et finissent par altérer sa texture avec celle de la tunique musculeuse qui lui est accolée. C'est alors que , devenu incapable d'expulser d'une manière quelconque des ingesta, que même il ne pourrait plus assimiler, l'estomac se refuse à toute espèce d'ingestion ; c'est alors que son influence sur le cerveau , sans parler du délire et des hallucinations , inspire l'horreur des alimens et des boissons , et provoque tous les actes nécessaires pour s'opposer à leur introduction dans la bouche.

Nous avons vu plusieurs fois ces sortes de malades repousser constamment avec les deux mains les vases que Ton approchait de leur bouche , et , lorsqu'on leur saisissait les bras, contracter la mâchoire avec une force invincible. Persuadé que cette répugnance était le résultat d'un ramollissement du bas-

( 5^3 ) fond ," puisqu'elle succédait à des nausées ou à des vomissemens prolongés , nous nous sommes refusé à l'introduction forcée des boissons alimentaires par le moyen des sondes appropriées, dans la crainte qu'il n'en résultât une perforation mortelle , et l'autopsie , en découvrant des parois qui n'étaient plus composées que d'un mince feuillet péritonéal , a démontré la prudence d'une pareille conduite.

En marquant la gradation par où peuvent passer les phlegmasies chroniques de l'estomac , nous n'avons pas eu la prétention d'insinuer que toujours elles doivent parcourir les mêmes périodes, ou que les accidens qui correspondent à certaines d'entre ces périodes ne puissent se rencontrer dans une autre. Nous citerions , au besoin , des exemples du contraire : ainsi parfois, au lieu d'éprouver cette progression décroissante qui la conduit à la macération , la muqueuse de l'estomac peut , ainsi que nous l'avons dit plus haut, contracter une phlegmasie aiguë, et celle-ci , changeant tout-à-coup de place , peut se porter sur un autre organe et causer la mort du malade avant que la membrane, premier mobile de cette nouvelle scène morbide, soit altérée. Dans ces cas , on rencontre toujours la pylorite ou la duodénite , lorsque véritablement elles ont existé ; mais , loin d'être aminci, pâle et ramolli, le bas-fond est quelquefois plus dense et plus injecté que dans l'état normal , ou bien il ne laisse voir rien qui l'en fasse différer. Dans d'autres circonstances, l'impossibilité d'ingérer comme de vomir, et l'inappétence qui en est la conséquence nécessaire, se déclarent à une épo-

que où les forces sont bien loin d'être épuisées : elles de'pendent de l'excès d'une inflammation douloureuse encore aiguë ; et la mort, au lieu de montrer un bas-fond flasque et décoloré, découvre un estomac contracté, épaissi, avec de grosses rides fort consistantes et très injectées. Des cas pareils ont été rapportés dans Y Histoire des phlegmasies.

Quoique la perforation de l'estomac soit assez fréquemment le résultat des phlegmasies du basfond, consécutives à celles de la région pylorique , elle peut être produite par des phlegmasies partielles primitives , qui se dirigent perpendiculairement à l'axe du ventricule , au lieu de le parcourir en effleurant sa superficie. Nous l'avons répété plusieurs fois depuis douze ans, dans nos cours publics et particuliers , lorsque l'on refusait de rapporter les perforations spontanées de l'estomac à l'inflammation. Ces deux modes sont aussi bien possibles dans le tissu des membranes que dans celui de la peau, et l'autopsie suffit pour en convaincre les moins crédules. Quant aux causes, elles ne peuvent différer de celles des autres gastrites. Aussi la proposition , en plaçant la perforation au rang des effets possibles de l'irritation qui détermine la boulimie , n'affirme-t-elle pas que ce mode d'altération ne puisse coïncider avec un autre groupe de symptômes.

Il en est ainsi du mode de lésion de l'action encéphalique qui correspond à l'hypochondrie : il coïncide souvent avec la nuance de gastrite qu'indique la proposition ; mais comme il peut aussi

( 3a5 ) correspondre à beaucoup d'autres, il n'en constitue point un des caractères essentiels : ce serait chose superflue de nous arrêter sur cet objet.

L'inflammation passe souvent de la muqueuse digestive au péritoine , dans l'état aigu.

Ce fait, quelque simple qu'il puisse paraître au premier abord, est pourtant d'une baute importance considéré dans ses rapports avec l'histoire et avec la pratique de Fart de guérir. C'est faute d'avoir connu cette pe'ritonite consécutive que les anciens auteurs ont débite' tant d'extravagances sur le météorisme des lièvres aiguës et sur la sensibilité des hypochondres , qui l'accompagne toutes les fois que l'inflammation des intestins a véritablement pénétré jusqu'à leur membrane séreuse. Mais lorsque l'on a vu ce double phénomène être suivi de la mort dans l'espace de trente-six ou quarante-huit heures ; et lorsque l'autopsie en a montré la cause dans un point de phlegmasie de l'iléum, qui, plus profond que les autres, a traversé l'intestin avec ou sans perforation, quel intérêt peut-on prendre à toutes les dissertations des écrivains qui n'ont eu nulle idée d'une semblable propagation ?

Si maintenant on envisage le fait sous le rapport pratique, on va sentir de quel poids il est pour le médecin qui veut guérir, en lui faisant sentir l'im-

( 3^6 ) portante d'enlever le plus tôt possible tous les points de re'nitence et de douleur qui se font remarquer à travers les parois de l'abdomen, et en lui inspirant de la circonspection dans le pronostic des prétendues fièvres essentielles prolongées. En effet, dans la plupart de ces cas, c'est-à-dire lorsque le groupe de symptômes qui correspond aux fièvres soit adynamiques , soit nerveuses , soit lentes nerveuses, soit hectiques , pre'tendues essentielles , se prolonge avec quelque opiniâtreté , on peut , surtout chez les personnes qui ont été stimulées depuis l'invasion \ se représenter la membrane muqueuse des intestins comme criblée d'ulcérations aphtheuses ; et il tient à bien peu de chose que l'une d'entre elles ne perfore la séreuse, qui sert de plancher à l'ulcère, et ne produise une péritonite mortelle. Nous disons mortelle , car jamais ces maladies ne font grâce lorsqu'elles surviennent à la suite des désorganisations de l'abdomen : on les voit rarement se prolonger plus de trois jours. Quelquefois même cette funeste péritonite éclate sans qu'il y ait de perforation , et seulement par la propagation de l'irritation inflammatoire , au moyen du tissu cellulaire intermédiaire aux tuniques intestinales. Certes , le médecin qui, une seule fois dans sa vie, a pu être témoin d'une semblable propagation sera toujours circonspect lorsqu'il sera question de prononcer sur le sort d'un malade attaqué de fièvre aiguë prolongée , et se gardera bien de promettre monts et merveilles quand on le chargera de terminer une cure mal commencée.

C 327 ) Nous avons plusieurs fois écrit qu'à notre avis beaucoup de pe'ritonites , en apparence primitives , débutaient par une irritation de la surface inlerne du canal digestif. 11 resterait à déterminer, par des observations bien authentiques , quels sont les cas où ces phlegmasies ont eu leur premier noyau dans le tissu même du péritoine. Mais ce n'est point ici le moment de nous arrêter à cette ques-* tion.

Les hépatites aiguës ne sont mortelles que par l'addition de la gastro-entérite, de la péritonite, ou par l'inflammation des organes de la poitrine et de la cavité crânienne.

Après avoir trouvé plusieurs fois des gastro-entérites, des péritonites, des pleurésies, des cardites , etc. , dans des cas où il ne pensait qu'à l'hépatite , l'auteur a été conduit à cette réflexion bien simple : Pour qu'un homme périsse, il faut que les principaux instrumens de la vie aient reçu une atteinte profonde. En effet , tant que l'altération ne porte que sur les organes de second ordre, la mort n'arrive pas ; et , pour ne parler encore ici que des phlegmasies , on ne meurt pas d'une cystite , d'une néphrite, d'une métrite, ni même d'une hépatite sans complication ; c'est-à-dire à moins que l'irritation ne se propage aux viscères qui président

( 328 ) à des fonctions plus importantes que celles dont ces organes sont chargés.

Après avoir vérifié le fait pour les viscères de second ordre , l'auteur fut naturellement conduit à rechercher s'il est e'galement vrai par rapport aux organes extérieurs, c'est-à-dire au squelette et aux parties molles dont il est enveloppe'. L'observation donna des résultats tout-à-fait semblables. Il paraît de'finitivement démontre' que l'inflammation peut affecter deux marches opposées: développée dans les viscères de premier ordre , elle se propage souvent à ceux d'une moindre importance , ou se répète dans la peau ou dans quelques régions du squelette. (Vovezles propositions sur les métastases. ) Née dans l'un de ces derniers tissus , l'inflammation peut, si elle a peu d'intensité, y séjourner longtemps , sans que les viscères y participent , mais il faut de toute nécessité qu'elle finisse par s'y propager, soit à raison de sa vétusté et par les progrès de l'âge , soit lorsqu'elle s'élève à un degré insolite d'activité ; alors toujours le danger est en raison directe de l'une ou l'autre de ces deux conditions. Plus une irritation extérieure est violente , plus elle affecte fortement les viscères qui la reçoivent ; plus elle a persisté dans son premier siège , plus on trouve de difficulté à la forcer d'abandonner le second.

Telles sont les lois qui président à la médecine chirurgicale. Elles furent long-temps méconnues , mais enfin on les a comprises : elles seules ont expliqué les résorptions , les fièvres traumatiques, les

( 5*9 ) prétendues humorales , regardées jusqu'à nos jours comme étrangères aux plaies de l'extérieur. Quelques chirurgiens, déjà célèbres, qui ne sont pas restés avec leurs maîtres dans l'esclavage des vieilles routines , savent désormais que l'on peut rendre purement locale l'irritation d'une plaie, et prévenir le développement de la fièvre dite traumatique. Ils ont aussi reconnu les avantages que l'on retire du traitement antiphlogistique local dans les anciennes suppurations extérieures et les vieux ulcères, soit pour en obtenir la guérison , soit pour empêcher la formation des foyers d'inflammation chronique dans les viscères , cause commune des fièvres hectiques qui amènent le dépérissement et la mort.

Les néphrites aiguës ne sont mortelles que par la complication de l'inflammation des principaux viscères.

Nous ne répéterons pas , à l'occasion de celte phlegmasie, ce qui vient d'être dit sur la précédente; nous ferons seulement observer que ces deux propositions ne parlent que de l'état aigu, quoique la remarque puisse également s'appliquer à l'état chronique : c est parcequ'on s'est proposé d'éclairer le pronostic du premier et de fournir des données pour la thérapeutique à cette époque des phlegmasies où la conduite du médecin décide en quelques

( 33o ) instans du sort des malades. Avec l'ide'e que la néphrite, Fhe'patite peuvent servir de mobile aune inflammation poly-spîanchnique , d'où de'pend tout le danger, le praticien ne se contente pas de modérer, par quelques saignées, la réaction fébrile , et ne confie pas à la nature le soin de terminer une guérison qu'il vient de préparer ; il ne s'empresse pas non plus de satisfaire un appétit renaissant et de réparer le sang qu'il a fait perdre : il sait que les stimulations des voies gastriques l'exposent au double danger, ou de renouveler la plilegmasie qui vient de céder, ou d'en provoquer le transport sur un viscère plus important ; et si déjà cette métastase s'est opérée , il n'ignore pas sur quel point doivent se diriger les nouveaux secours. Une apparence d'embarras bilieux , d'engorgement prétendu glaireux des reins , à la suite d'émissions sanguines un peu copieuses , ne lui en impose pas. Cette apparence illusoire ne saurait le résoudre à recourir à des cholagogues ou à des diurétiques actifs, sous le prétexte spécieux de donner un coup de Jouet propre à terminer le travail de la résolution, que la faiblesse du malade rendrait incomplète. Il sait que ce coup de fouet pourrait ne pas porter sur le point que l'on se propose d'atteindre ; il craint qu'il ne ravive un ancien foyer de phlegmasie placé dans les voies gastriques ou pectorales , et qui ne demande qu'à prendre un nouveau degré d'intensité. Si des fautes ont été commises par un confrère peu circonspect, le médecin qui a bien médité les deux propositions que nous commentons sait, au milieu

de la confusion des symptômes, de'mêler les différens points organiques où l'irritation est devenue prédominante. On ne le verra jamais , préoccupé de la première phlegmasie , fermer les yeux sur l'extension qu'elle a pu prendre , ou embrasser le vague soupçon d'une fièvre essentielle consécutive , dont il faut épier la marche pour en de'duire pe'niblement la thérapeutique. Notre médecin physiologiste sait qu'il ne peut gue'rir que par le traitement antiphlogistique, et qu'il ne s'agit, dans l'espèce, que d'appliquer ce traitement à une se'rie de points inflammatoires , qui se sont successivement ajoute's au premier foyer non éteint.

CLÏX.

Les péritonites aiguës des femmes en couche commencent ordinairement par l'inflammation de la membrane interne et de toute l'épaisseur de l'utérus.

Oui : c'est la phlegmasie conse'cutive au détachement des membranes et du placenta qui, vu la disposition inflammatoire de la femme , traverse l'utérus et s'étend sur le péritoine. Ce mode de propagation est analogue à celui par lequel la phlegmasie de la muqueuse intestinale se propage à la même séreuse, et, dans les cas de métrite puerpérale aussi bien que dans ceux de gastro-entérite , il importe de ne pas l'ignorer, afin de ne rien faire qui

( Ô3s ) puisse exciter cette funeste propagation, et de savoir la pre'venir en forçant l'irritation de ne pas dépasser les limites du tissu primitivement affecté. Les anatomo-pathologistes qui ont attentivement exploré l'utérus à la suite des péritonites puerpérales auront sans doute remarqué que l'engorgement sanguin est plus considérable au point d'insertion du placenta que partout ailleurs. C'est donc là que prédomine l'inflammation consécutive à la délivrance ; et si quelque rénitence ou quelque sympathie peuvent, chez la personne menacée, faire découvrir la région qu'occupe ce point, c'est là qu'il faut s'empresser de pratiquer les saignées locales. N'est-ce pas ainsi qu'une rénitence, une douleur, un météorisme , devenus saillans dans une région circonscrite de l'abdomen, pendant le cours d'une gastro-entérite aiguë, sont dissipés par des sangsues, par un cataplasme ou par un topique à la glace qui préviennent l'explosion d'une péritonite imminente ?

GLX.

Les irritations prolongées de la membrane muqueuse du vagin produisent presque toujours l'inflammation du col et des ovaires ; de là les squirrhes, les cancers, etc.

C'est un fait d'observation , que les stimulations , quelles qu'elles soient, de la muqueuse vaginale doivent irriter sympathiquement les ovaires. On ne

doit donc pas s'étonner que l'hystérie coïncide souvent avec les excès vénériens, et qu'elle soit la suite des vaginites prolongées. Que celles-ci affectent le col utérin et puissent l'épaissir en intéressant ses follicules muqueux et son système lymphatique , c'est une vérité dont personne ne doute désormais , et sur laquelle il serait superflu de nous arrêter.

Les squirrhes du col utérin sont souvent l'effet des violences souffertes par le col dans l'accouchement.

L'habitude où l'on était autrefois de ne voir de l'inflammation que dans les irritations de forme phlegmoneuse n'a pas été moins funeste à l'utérus qu'aux autres organes. Tout entiers au mécanisme de la parturition , les accoucheurs paraissaient avoir négligé tout le reste. Ils parlaient des déchirures du col utérin comme d'accidens fort simples et qui devaient se guérir d'eux-mêmes dans l'espace de quelques jours. Cependant rien de plus commun que la prolongation de ces phlegmasies dans l'état chronique et leur dégénération définitive en affections cancéreuses. Depuis qu'il existe en France des médecins physiologistes, ces funestes conversions commencent a devenir moins communes. Les médecins ont senti la nécessité de soumettre les

( 354 ) femmes qui viennent d'accoucher à une abstinence se'vère , surtout lorsque îe travail a été long, extraordinairement douloureux ou très violent , ainsi que dans tous les cas où Fart s'est vu réduit à la pénible ressource des instrumens; et depuis lors les phlegmasies chroniques du col utérin ont commencé à devenir moins communes parmi nous. Nous disons moins communes, car malheureusement il est encore bien des accoucheurs, et surtout des accoucheuses , qui n'ont qu'une idée fort imparfaite du phénomène de l'inflammation. Ces personnes ne peuvent se figurer que celle du col, dans tous les cas où il a beaucoup souffert, puisse devenir la cause d'une métro-péritonite dans l'état aigu, et d'une affection squirrheuse pour l'état chronique. Quelques uns conçoivent ces craintes, mais ils ne croient pas avoir besoin d'une diète extrêmement sévère pour prévenir ces suites fâcheuses. Us ne pensent pas devoir interdire aux nouvelles accouchées, qu'un long travail ou des pertes de sang ont rendues faibles , quelques tasses de bouillon et même un peu de vin , sauf à revenir sur la diète au moment de la fièvre de lait. Cette sécurité devient la source d'une foule de maux : il est rare que la femme en couche ait rigoureusement besoin d'une pareille restauration. Qu'on l'accorde à de robustes villageoises, dont le travail a été court et facile, et qui doivent être les nourrices de leurs enfans , rien de plus simple et de mieux fondé ; mais toutes les fois que la tête de l'enfant a séjourné dans l'excavation, que le col a eu beaucoup de peine à céder, et qu'il a

( 335 ) souffert quelque violence extraordinaire , il est du devoir d'un médecin honnête homme, qui veut prévenir tout accident, éloigné comme prochain, de ne permettre à l'accouchée que des boissons aqueuses, gommeuses, mucoso-sucrées , jusqu'à ce que l'inflammation des parties sexuelles soit à peu près guérie. Nous disons plus: si, malgré la sévérité du régime, l'inflammation, au lieu de marcher vers la résolution, menace, vers le troisième jour, de prendre le caractère phlegmoneux; si elle supprime les lochies, si elle dessèche la peau, si elle empêche la turgescence des mamelles, si elle soulève Thypogastre en le rendant douloureux , l'abstinence ne suffit plus : il faut des émissions sanguines, surtout locales, pour prévenir la péritonite. Quelques femmes, à la vérité, échappent à cette maladie sans qu'on leur fasse éprouver de nouvelles pertes de sang. Nous répondrons qu'il ne faut pas se fier à de pareilles guérisons, qui sont toujours rares et difficiles. Trop souvent, en effet, la phlegmasie reste locale , et ces femmes, après avoir longtemps souffert de la raideur, de la douleur, de la tension dans la région de l'utérus et dans le vagin , finissent , après plusieurs années, par succomber aux suites d'un squirrhe du col utérin.

Nous n'aurions pas assez dit sur cette importante matière, si nous n'avertissions que les irritations chroniques du museau de tanche ne sont pas toujours un obstacle à de nouvelles imprégnations ; nous avons rencontré un assez bon nombre de femmes attaquées de métrites chroniques du col

( 536 ) utérin, qui sont devenues grosses sous nos yeux? et qui n'ont pas laisse' de porter à terme. Il en est des phlegmasies chroniques de l'utérus comme de celles de tous les autres viscères : les organes qui contractent l'inflammation dans un degré un peu intense interrompent d'abord leurs fonctions; mais si la phlegmasie n'est pas assez violente pour les de'sorganiser rapidement, si, s'affaiblissant peu à peu, elle persiste dans une nuance d'une faible intensité , ces organes s'y habituent et se remettent à fonctionner comme devant, jusqu'à ce que la nutrition vicieuse qui s'est établie en eux les ait détériorés au point de les forcer encore une fois à suspendre leurs fonctions. Il peut même arriver, et il arrive très souvent, qu'un surcroît d'irritation accidentellement développée, et calmée aussitôt par la nature ou par l'art, produise à plusieurs reprises de ces suspensions qui ne sont alors que momentanées. Les viscères digestifs , les poumons , offrent à chaque instant de pareilles vicissitudes; les organes sexuels n'en sont pas exempts : telle femme, que la métrite du col avait long-temps rendue stérile après une première couche , peut devenir féconde et faire plusieurs enfans, sans que la phlegmasie du col soit entièrement dissipée. Il est même hors de doute que la gestation suspend la marche et les progrès de la maladie ; ce qui se rattache encore à la nombreuse série des faits qui attestent la révulsion pathologique. Arrive enfin l'époque de la cessation des menstrues: c'est alors que la métrite du col, jusque là palliée par des règles, des lochies et même

par des grossesses , commence à faire des progrès d'autant plus incurables que l'hypertrophie morbide est plus ancienne et plus étendue. C'est ainsi qu'une faute commise dans une première couche par une sage-femme imprudente ou par un médecin étranger aux notions de la physiologie pathologique, devient la cause d'une mort douloureuse et prématurée, qui ravit une mère de famille à tout ce qu'elle a de plus cher au moment où la cessation des souffrances attachées à la fe'condation lui promettait encore une longue et douce carrière.

Les règles douloureuses annoncent un foyer perpétuel d'irritation dans le col utérin , et le cancer de cette partie en est souvent la suite, à l'époque qu'on appelle critique, quand on n'a pas calmé l'irritation du col long-temps avant cette époque.

La douleur e'tantune perception doit être regarde'e comme un des phénomènes les plus variables de l'économie vivante. Il faut donc bien se garder de prendre cette proposition dans le sens le plus absolu. Certaines femmes , très nerveuses , ont des règles habituellement douloureuses, bien qu'elles n'aient aucune trace de phlegmasie chronique dans l'appareil utérin : chez d'autres , au contraire , la sen-

Page 1