‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 24 sur 50 · Patlu · texte numérisé non relu

Patlu

sance dans une inflammation proprement dite , dont elles paraissent être la terminaison , et tantôt elles se développent sans inflammation pre'alable. La première origine a été' dite par lui origine aiguë , et la seconde origine chronique.

Isolant, après cela, le mouvement intestin qui produit les dégénérations tuberculeuses, squirrheuses, encéphaloïdes, cartilagineuses, du mouvement inflammatoire , qui peut ne pas présider à leur développement, et qui tantôt intervient et tantôt n'est point aperçu durant leur progrès, il a nommé le premier subinflammation, se réservant de profiter des découvertes qui seraient faites par les anatomistes, soit pour confirmer sa manière de voir , soit pour se réfuter lui-même , si les faits prononçaient sa condamnation. Les recherches de M. le professeur Dupuis , à l'école d'Alfort , sur les tubercules des animaux, n'avaient point ébranlé la croyance de l'auteur des Propositions , parcequ'il regardait les granulations vésiculaires que cet habile vétérinaire donne pour l'origine des tubercules , comme une des formes du mouvement d'irritation subinflammatoire , générateur des altérations des tissus peu sanguins.

Toutefois, sans avoir l'intention de faire des recherches minutieuses sur les différentes altérations du poumon, l'auteur des Propositions fut choqué d'entendre toujours les médecins qualifier du nom de tubercules, ou rapporter, soit à un principe tuberculeux, soit à une matière tuberculeuse, les granulations diversicolores , les taches blanches et noires qui se rencontrent chez une foule de phthi-

( 355 ) siques : il resta convaincu, par un grand nombre d'histoires d'e'tisies pulmonaires, que, chez beaucoup de sujets, l'inflammation chronique de'lruit le poumon, ulcéré ou non ulcéré, non toujours et uniquement par des tubercules analogues à ceux des ganglions du mésentère ou à ceux de M. Dupuis, mais en faisant subir aux poumons des altérations multiples, subordonnées à son genre d'organisation. C'est ce que l'auteur enseignait habituellement dans ses cours, engageant chaque année les élèves à approfondir les différences que pourraient présenter les altérations qui paraissent le plus ressemblantes entre elles. L'auteur ne témoignait aucun empressement pour rendre publiques, par la voie de l'impression , des idées dont il désirait que tout le monde pût profiter; de même que maintenant encore il ne se hâte pas de confier à la presse bien d'autres points de doctrine qu'il reproduit depuis douze ans devant le public. Ce ne fut que par occasion qu'il consigna dans les Annales de la médecine physiologique une partie de ce qu'il avait coutume de répéter dans ses leçons théoriques et pratiques. En rapportant ce passage, nous prouverons à certains écrivains modernes , que l'auteur a vu dans la phthisie pulmonaire autre chose que des inflammations des vaisseaux lymphatiques.

Il s'agit d'une jeune dame qui a succombé à une gastro-entérite, avec pneumonie chronique, et dont l'observation est consignée tome VII, page 546. Plus loin, page 56a , l'auteur s'exprime ainsi :

« Si j'entre dans ces détails, c'est qu'ils donnent

( 356 ) » une juste idée de ce que l'on rencontre dans la » très grande majorité des phthisies pulmonaires. » Celles où les poumons offrent de grosses masses 3) blanches arrondies, les unes consistantes, les au- » très ramollies, réduites en matière caséiforme , ou » détruites, et laissant à leur place une cavité; ces » phthisies, je l'affirme , sont les plus rares (parmi »nous); je les ai rencontrées en Hollande, en » Belgique ; mais lorsque notre armée eut quitté » ces pays , elles me parurent fort rares. L'induration 3) rouge, avec de petites granulations et des épan- » cliemens lymphatiques (caséiformes), m'a paru la »plus commune ; et je crois que c'est celle qui ré- » suite des inflammations pulmonaires non guéries. i> Mais ces granulations, développées dans les pou- » mons hépatisés par la phlegmasie , méritent-elles » le nom de tubercules? Si l'on n'a égard qu'au sens » général de ce mot, qui signifie de petites tumeurs, » des éminences, des tubérosités, des inégalités plus » consistantes que le tissu dans lequel on les ren- » contre, il leur sera sans doute applicable; mais s'il » est réservé pour les corps sphériques , d'abord » blanchâtres, opaques ou demi-transparens , ensuite » susceptibles de se résoudre en matière pultacée (i), » qui présente à peu près l'aspect du vieux fromage, » ce mot ne conviendra plus aux granulations qui ont » été trouvées dans les poumons de notre malade. » Que l'on se donne la peine de réfléchir sur les » faits qui se présentent en foule à notre observation, » on verra que les organes qui contiennent beaucoup (i) Telles ,'en un mot, quo Jes décrit M. JLaënncc.

( 357 ) » de ganglions lymphatiques, de follicules muqueux, » de grains glanduleux, ne peuvent éprouver d'in- «flammation sans que tous ces petits corps se tu- » me'fient. Si l'inflammation est le'gère et se dissipe » promptement, ils se re'solvent et reprennentleur » e'tat normal; si elle est aiguë et violente, ils sont » fondus par la suppuration ; mais si elle est chro- » nique, ils de'génèrent , chacun à sa manière , et le » tissu de l'organe pre'sente une foule de granulations, » de consistance et d'aspect plus ou moins diffé- » rens. Soit pour exemple une membrane muqueuse » qui , comme on sait, est remplie de follicules mu- » queux; aussitôt qu'elle est enflammée, tous ces » corps se tuméfient, et la membrane paraît toute » granuleuse; l'inflammation se résout-elle, ils re- » prennent leur premier état; persiste-t-eîle, ils for- » ment des élévations par plaques , s'ils sont con- » fluens ; ils rendent la membrane rugueuse , s'ils » sont épars ; mais si l'inflammation persévère avec » opiniâtreté, ils se détruisent, et leur destruction » entraîne celle de la membrane. Examinez le pour- » tour d'une ulcération profonde formée sur une » membrane muqueuse bien déployée, telle que y> celles du gland, de la bouche, des grandes lèvres, » de la trachée, du canal digestif, vous verrez ce » pourtour rempli de ces granulations , au milieu du » tissu propre de la membrane également tuméfié, » tandis que la muqueuse sera détruite en partie ou »en totalité dans le milieu de l'ulcération. Si quel- » ques ganglions lymphatiques se rencontrent dans »le voisinage, ils seront tuméfiés, rouges, lorsque

( 358 ) » l'inflammation sera récente , panache's ou tout-â- » fait blancs lorsqu'elle sera déjà ancienne. Faites » attention au tissu cellulaire interposé entre ces dii- » férens organes : il sera plus ou moins tuméfié, et » ses couleurs varieront selon le lieu. Dans ceux où il » n'est que lymphatique, il paraîtra grisâtre , souvent «noir, et de consistance variée; dans les points où » il contient de la graisse, son aspect sera lardacé. » Je m'abstiendrai de détails plus minutieux, il est » facile d'y suppléer ; j'en ai dit assez pour que tout » médecin puisse se former une idée de ce qui se » passe dans un poumon attaqué de phlegmasie. Est- » elle violente et rapide, tout sera rouge-brun, ré- » duit en bouillie noirâtre, ou suppuré ; est-elle chro- » nique ou peu intense, les follicules muqueux de » la membrane bronchique, qui , pour être repliée, » n'en est pas moins formée sur le plan des autres «membranes de rapport, s'endurciront, se ramol- » liront, et se détruiront les premiers, ainsi qu il «leur arrive dans tous les appareils communiquant » avec l'extérieur; les tissus lymphatiques s'engor- «geront et prendront un volume proportionné au » tempérament de l'individu ; les petits culs-de-sac » des extrémités bronchiques seront remplis , dégé- » névés ou détruits; le tissu aréolaire sera plus ou «moins altéré, endurci; il se présentera comme « squirrheux, ramolli, déchiré ou dilaté; il pourra « contenir de la fibrine , du cruor , de l'albumine » plus ou moins concrète, plus ou moins décomposée, puriforme, caséiforme , quelquefois même « desséchée par l'absorption, et réduite à l'état de

( 35g ) «concrétion calcaire, le tout selon la nuance de » l'inflammation, le régime , le traitement et la con- » stitution des sujets.

» Tels sont les re'sultats nécessaires , indispensa- » blés des phlegmasies chroniques des poumons. Il » n'est donc pas étonnant que l'on trouve tant de va- » riétés dans les désorganisations qu'elles produisent; » mais il est évident que la forme granuleuse doit » toujours y exister , et que c'est une erreur extrê- :» mement grossière que de voir dans les granulations » la cause primitive de toutes les phthisies puimo- » naires.

» Mais lorsqu'au lieu de ces granulations diversi-

» colores , on trouve dans les poumons ces corps

» blancs, arrondis, dont nous avons parlé, et qui

» ressemblent aux glandes mésentériques devenues

» opaques; lorsque ces corps se présentent ramollis

» dans quelques endroits, réduits en pulpe ailleurs,

» et que l'on trouve des cavités qui résultent, soit de

» l'expectoration, soit de la résorption de leur de-

»tritus, la désorganisation du parenchyme paraît

» avoir commencé par ces mêmes corps , et la phthi-

» sie mérite d'être appelée tuberculeuse. Si mainte-

» nant on cherche quelles sont les circonstances qui

» préparent et facilitent la formation de ces tuber-

»cules, on acquerra la certitude , i° qu'ils sont com-

» muns dans les pays froids et humides, et rares

» dans les pays chauds, même chez les constitutions

» qui en sont attaquées dans les régions froides.

» C'est ce que j'ai constaté, ainsi que je l'ai ditplu-

» sieurs fois, pendant vingt ans de pratique militaire»

». 2° Qu'ils sont fréquens chez les enfans , rares chez » les adultes , et que , parmi ces derniers , ceux qui » ont conservé le tempérament du premier âge y » sont les plus exposés; car, depuis douze années » que je suis répandu dans la pratique civile de Paris, » où ils doivent être plus communs , je les ai cher- » chés en vain chez plusieurs sujets blonds, minces , «délicats, à poitrine étroite', et tels enfin qu'était » la malade qui fait le sujet de l'observation précé- » dente. C'est dans les autopsies de ces sortes d'in- » dividus que j'ai eu lieu de noter l'erreur que je » révèle aujourd'hui. Les petites granulations diver- » sicolores qui remplissaient le parenchyme , et se » trouvaient par conséquent dans les parois des ca- » vernes , recevaient des assistans le nom de tuber- » cules. Combien de fois ne leur ai-je pas fait faire » les observations que madame A... m'a donné oc- » casion de répéter, c'est-à-dire que ces granulations » n'existaient encore qu'à peine dans les régions de » l'organe où la phlegmasie ne faisait que commen- » cer! combien de fois ne leur ai-je pas montré que » la circonférence du foyer offrait de petits abcès » remplis d'un pus blanc et crémeux, quoiqu'elle » ne fût pas granuleuse! On y voyait seulement , en » regardant de près , de petits points noirs entre- » mêlés avec les rouges ; mais ils étaient le premier » effet de la propagation de la phlogose chronique ; » et, en examinant les environs , on pouvait aisément » se convaincre que leur nombre se serait accru et «leurs formes diversifiées, si la malade eût vécu » plus long-temps.

» Mais lorsqu'au Heu de ces granulations on trouve » de gros tubercules blancs dont la destruction pro- » duit des cavernes, faut-il attribuer ces corps à une » cause différente de l'inflammation ? Les remarques » que je viens de faire sur les lieux , les âges et les » tempéramens qui fournissent les exemples de ce » genre de désorganisation, me paraissent de'montrer » qu'il de'pend uniquement de la disposition des » sujets; c'est-à-dire que les poumons étant forcés » par l'influence du froid à déployer une activité » excessive , à trop sécréter, à trop exhaler, à trop » absorber, la surirritation s'est fixée dans les tissus «exhalans, sécréteurs , absorbans, et les a dévelop- » pés plus ou moins, selon le tempérament particulier »à chaque sujet. »

On voit par ce passage combien , à cette époque , les idées de l'auteur sur la cause de la forme granuleuse des poumons enflammés étaient loin de se borner au développemeut des ganglions lymphatiques morbides. Il voyait l'irritation chronique agissant sur tous les tissus élémentaires et composés du poumon , et indiquait expressément les vésicules bronchiques. Or ce passage est du mois de juin 1825, époque où l'auteur n'a pu avoir connaissance de l'ouvrage de M. Àndral fils , qui n'a paru qu'en 1826 dans la même ville où les Annales sont publiées. L'idée de placer l'origine des tubercules dans les vésicules pulmonaires n'a donc pu être suggérée à l'auteur par l'ouvrage de M. Andral.

On objectera peut-être que cette idée fut mise au jour en 1823 par l'ouvrage de M. Louis, et rapportée

( 362 ) à M. Andral : soit; mais l'ouvrage de M. Louis , sur la phthisie pulmonaire , qui avait été présente' à l'académie royale de médecine, ne fut connu que par le rapport de cette société, qui parut dans la Revue médicale , en septembre ; et, à cette même époque , il y avait déjà quatre mois que l'article des Annales qui vient d'être cité, et dont la substance était habituellement répétée dans les leçons théoriques et pratiques de l'auteur, avait été définitivement rédigé. Si nous sommes entrés dans ces détails minutieux de dates, ce n'est pas précisément pour réclamer la priorité sur des particularités d'anatomie pathologique, dont nous faisons cas à la vérité , mais que nous ne regardons pas comme le fondement de la médecine, et que nous abandonnons volontiers aux prosecteurs d'anatomie , qui ont tout le loisir nécessaire pour s'y livrer; nous avons aussi pour but de faire remarquer la légèreté du passage suivant, écrit par M. Andral long-temps après que nous avions dit, répété à nos élèves, qui n'ont pas manqué de le redire partout, et enfin expressément consigné dans les Annales , tout ce qu'on vient de lire sur les formes et l'origine variée des allérations du poumon. « Si M. Broussais , guidé par l'analogie de ce qui » se passe dans les ganglions mésentériques consécu- » tivement aune entérite, s'était contenté de dire que » quelquefois aussiles glandes lymphatiques du pou- » mons'enflamment, deviennent apparentes parla tu- » méfaction qu'elles subissent, et enfin se tuberculi- » sent consécutivement à une bronchite, il eût émis » une opinion très probable ; mais lorsque M. Brous-

( 565 ) » sais a voulu généraliser cette idée, lorsqu'il a établi » que les tubercules pulmonaires avaient leur siège » constant dans le système lymphatique de l'appareil » respiratoire , il a émis une idée qui nous semble » en contradiction avec ce qu'apprend l'observation » relativement à la manière dont se développent les » tubercules, soit dans les poumons, soit surtout » dans d'autres organes. »

C'est ainsi que M. Andral se donne le plaisir de nous semoncer, sans se douter que la meilleure partie de ce qu'il dit vient de nous. En effet, même avant qu'il eût une idée de la médecine, nous avions exprimé nos doutes sur le siège primitif et unique des tubercules , comme va le prouver la citation ciaprès. Il s'empare des premières objections que nous avons faites aux théories de MM. Bayle et Laënnec, et de ce que nous avons prouvé que leurs tubercules prétendus primitifs ne viennent que de l'inflammation du système lymphatique ; il conclut que nous avons généralisé cette idée, et que sans doute nous sommes incapables de voir autre chose que l'affection des vaisseaux lymphatiques dans tous les tubercules pulmonaires. Mais il suffit de lire ce qui suit pour savoir à quoi s'en tenir à cet égard.

Examen des doctrines médicales , première édition, p.5/|2.« Quelque soin que cet auteur (M. Bayle) » ait pu mettre dans la recherche des dégénéres- » cences du poumon , il en est encore un grand » nombre qui lui sont échappées. Long-temps aussi » j'ai cherché à déterminer d'une manière précise » les différentes formes que peuvent présenter les

» altérations pathologiques des poumons des phthi- » siques ; j'y ai vu des endurcissemens blancs , d'au- » très gris , d'autres jaunes , en masses plus ou » moins considérables , plus ou moins analogues à » ce qu'on appelle matière squirrheuse , cancéreuse , » tuberculeuse ; des concrétions calcaires , os- » seuses , au milieu de ces masses ; chez d'autres » sujets , un mélange confus de points noirs, jaunes, » blancs , etc., formant comme autant de petits glo- » bules confus 3 dont les uns étaient durs, d'autres » friables : le liquide qu'on en exprimait m'a pré- » sente les mêmes variétés ; je l'ai trouvé de toute » couleur et de toute consistance , tantôt purulent , » tantôt sanieux, d'autres fois crémeux, rougeâtre , » aqueux, etc. Quelques poumons étaient traversés » par des espèces de traînées d'un tissu cellulaire » rempli de liquide lymphatique et ressemblant a la » cbair d'orange , ou bien à des caillots privés de » matière colorante que l'on rencontre dans les » cœurs anévrismatiques.

» Au milieu de cette confusion, je n'ai pu par- » venir à déterminer au juste la dégénérescence qui » correspond à l'irritation de chacun des ordres de » vaisseaux dont se compose le tissu du poumon, » et cette distinction est d'une extrême difficulté. » On voit bien que l'état tuberculeux est l'effet de » l'irritation des capillaires lymphatiques; mais cette » dégénérescence n'est pas la seule , et , pour en » convenir, il suffit d'avoir observé les variétés de » couleur et de consistance que présentent les gan- » glions lymphatiques lorsqu'ils sont altérés en

( 565 ) » grand nombre dans le même cadavre; — Il en est » ainsi des tissus cellulaires et séreux , quoique » l'on sache parfaitement que leur irritation aiguë » fournit un pus semblable à celui du phlegmon , » et leur irritation chronique , les états graisseux , » lardiformes , se'baciformes , melliformes ; on y » trouve tant d'autres varie'te's, qu'il est impossible » d'indiquer les résultats précis de leurs irritations. » En effet, dans quelques cas, leur inflammation » aiguë produit une sérosité gélatineuse ou albumi- » neuse ; dans d'autres , un liquide sanguinolent ; » quelquefois une nappe fibrineuse ( les membranes » séreuses ) ; d'autres fois du sang pur : et tantôt ce » liquide remplit toute une séreuse , tandis que , » dans un autre cas, la même surface présente dans » une région , du pus phlegmoneux , ailleurs une » fausse membrane , autre part du sang pur ou dé- » composé , etc. Même variété dans Y irritation » chronique de ces tissus ; car, outre les endurcis- » semens et les concrétions dont je viens de parler, » on y rencontre des ganglions et de la matière » tuberculeuse , des tissus rouges et des extravasa- » tions sanguines ; ce qui ne doit point surprendre , » puisque les capillaires lymphatiques et sanguins » et les vaisseaux absorbans se trouvent, dans ces » tissus , entrelacés avec les exhalans, et peut-être » encore avec d'autres vaisseaux qui nous sont in- » connus.

» Si tous ces désordres sont possibles dans le » tissu cellulaire et adipeux, et dans les membranes » séreuses , dont la structure est des plus simples

( 566 ) » que nous connaissions , combien les dégénéra - » lions ne doivent-elles pas offrir de différences » dans les organes charge's de plusieurs fonctions , » et qui , pour les remplir , ont besoin de tissus » multiplie's et doués de propriétés organiques dif- » férentes !

» Associez les tissus cellulaires et lymphatiques, » qui, en effet, se rencontrent partout, avec des pa- » pilles nerveuses et des follicules glanduleux , » comme ils le sont dans les muqueuses ; avec » un tissu érectile , fibreux , serré , très sanguin et » fort sensible, ainsi qu'ils se rencontrent à l'isthme » du gosier, au cardia, au pylore, à la valvule du «csecum, à l'anus, au col de l'utérus, au vagin; » avec des sécréteurs et des excréteurs de fluides » particuliers , comme ils se présentent nécessaire- » ment dans le foie, le pancréas , les glandes mara- » maires , saîivaires , le testicule , les ovaires , les » reins , combien ne seront pas plus variées les » formes de la désorganisation l

» Examinez, ensuite le poumon : est-il un organe » plus compliqué ? Capillaires sanguins de diffé- » rens ordres, rameaux nerveux, papilles nerveu- » ses, membranes muqueuses, tissus cellulaire, sé- » reux , exhalant , absorbans libres , absorbans en- » tortillés dans les ganglions , follicules muqueux , » peut-être des vaisseaux appropriés à l'exhalation » et à l'absorption des fluides gazeux : voyez tous » ces tissus, doués de la sensibilité et de l'irritabi- » lilé à différens degrés , stimulés diversement par » le sang , par l'air , par l'exercice de la voix , par

» l'influence des passions : représentez-vous tous » ces vaisseaux surchargés de fluides et forcés à une » action extraordinaire par la diminution de celle de » la peau ; pensez au surcroît d'action qui leur est » imprimé sympathiquement par des alimens et des « médicamens stimulans , immédiatement par un » chyle surabondant, et vous ne serez plus étonné » de rencontrer tant de variété à la suite des irri- » talions chroniques de cet organe. » ( L'auteur s'étend beaucoup sur ces considérations physiologicopathologiques , page o/jy. )

Comment M. Andral a-t-il osé dire , après cela , que M. Broussais ne voyait que des ganglions malades chez les plithisiques? Gomment a-t-il pu annoncer comme une idée nouvelle que les tubercules étaient le produit d'une sécrétion morbide , d'une supersécrétion , d'une superexhalation ? Ces idées sont en circulation dans le monde médical ; elles passent de bouche en bouche depuis douze ans... Et M. Andral vient de les avoir par inspiration!

Cependant il admet avec nous l'origine lymphatique, puisqu'il ajoute à ce que nous venons de rapporter : « Nous le répétons encore , l'engorge- » ment des ganglions lymphatiques du poumon » peut être le point de départ d'un certain nombre » de tubercules pulmonaires. » Cette phrase semblerait supposer qu'il a vu ces ganglions devenir tuberculeux; cependant il ajoute: « Mais il y a loin 3> d'un fait simplement possible à un fait démontré.» Que signifie un pareil langage? Comment peut-on dire qu'une chose est possible si son existence n'a

( 368 ) pas été démontrée? Le mot possible suppose ici que la chose a été constatée : et ce qu'il faut mettre en question , c'est, de savoir si elle existe dans tel ou tel cas , si elle se remontre souvent, etc. Les conclusions de la théorie de M. Andral sur les tubercules sont les suivantes :

i° Les tubercules pulmonaires sont le produit d'ime sécrétion morbide... Nous sommes d'accord avec lui sur ce point de doctrine , que nous avons émis en 1808, en ajoutant que l'état morbide qui produit cette sécrétion est une irritation ; et nous avons toujours dit que les irritations fournissent les sécrétions morbides. Il prétend que les tubercules commencent par des points blancs qui ne sont qu'une sorte de pus liquide , et que le pus augmente, s'épaissit et forme ces masses que l'on a nommées tubercules crus. On croyait qu'ils commençaient par être durs ; lui soutient au contraire qu'ils sont d'abord mous et qu'ils se durcissent par l'absorption de ce que le pus qui les forme a de plus liquide, d'où résulte la concrétion de ce qui reste. Cette observation est précieuse, et vient à l'appui de l'origine inflammatoire que nous avons assignée aux tubercules ; mais est-elle applicable à tous les tubercules pulmonaires? Ces granulations, si variables en consistance et en couleur, que l'on aperçoit dans un poumon en proie à l'inflammation chronique , ne peuvent être toutes du pus concret : tantôt ce sont des vésicules altérées;d'autres;fois ce sontdes faisceaux de vaisseaux lymphatiques. Ces faisceaux peuvent sans doute sécréter le pus qui se forme par petites gouttelettes;

( 369 ) mais ne sont-ils susceptibles d'aucune autre espèce d'altération?

2° Il ne semble point convenable de les désigner sous le nom de tissus accidentels. ( Ils n'offrent en effet aucun des caractères qui , pour Vanatomiste , constituent un tissu; on n'y trouve ni 'vaisseaux , ni canaux > ni aréoles , ni fibres , ni lames , rien en un mot qui rappelle Vidée de P organisation)... Il faut établir selon nous des distinctions. Si l'on parle des granulations qui se développent par des points blancs ou jaunes , d'abord fluides , ensuite concrets, que l'auteur considère comme de la suppuration , on n'y trouvera aucune trace d'organisation ; car tout cela n'est autre chose , ainsi que nous l'avons exprimé plusieurs fois, que du pus lymphatique ou de la matière albumineuse desséchée et quelquefois combinée avec du phosphate calcaire ou d'autres substances inertes ; mais si l'on entend parler des ganglions qui environnent les bronches et qui, chez certains sujets affectés de bronchite, se tuméfient avant d'être transformés en matière tuberculeuse , il faudra convenir que l'organisation s'y conserve quelque temps, aussi bien que dans les glandes mésentériques pareillement affectées , et qu'elle ne disparaît que lorsque la maladie a fait d'assez grands progrès.

3° Le travail pathologique qui précède la sécrétion tuberculeuse est une congestion sanguine active , semblable à celle qui précède tout travail sécrétoire; mais ce n'est pas nécessairement une pneumonie^ dans le sens que l'on attache ordinairement à ce mot... On peut remarquer ici une rédaction des-

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