‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 25 sur 50 · Path · texte numérisé non relu

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( 37° ) tinée à détourner l'attention des lecteurs du mot irritation. Qu'est-ce en effet qu'un travail pathologique secrétaire du poumon, qui dépend d'une congestion sanguine active sans être une pneumonie, si ce n'est une nuance de plilegmasie chronique , qui, selon nous, est toujours le produit de l'irritation? Mais si ce n'est pas cela, si la congestion active existe par elle-même , sans être provoque'e par un stimulant qui force l'organe à une action supernormale, qu'on nous donne donc un exemple d'une pareille entité. Nous avions dit tout simplement que toutes les fois que les tissus du poumon qui agissent spécialement sur la partie lymphatique ou séreuse du sang, sont forcés pendant long-temps , soit par une phlegmasie pulmonaire quelconque, soit par le froid, à un surcroît d'action vitale, en un mot, toutes les fois que les fluides séreux sont continuellement attirés ou repoussés vers le poumon , ces tissus irrités se tuméfient, se dissolvent , suppurent chacun à sa manière, et produisent des désordres tels qu'on en voit dans la phlhisie tuberculeuse. Cette idée a été présentée sous différentes formes ; elle a été amplement développée dans V Histoire des phlegmasies, ensuite dans VExamen des doctrines, puis enfin dans le commencement de ces commentaires. Nous l'avons appliquée à tous les organes. Partout nous avons montré l'irritation agissant lentement sur les tissus blancs divers , c'est-à-dire les ganglionnaires, les folliculaires sécréteurs, muqueux et autres, les séreux, les cellulaires, les ligamenteux, les fibreux, etc.; toujours nous avons signalé pour ré-

sultat de cette irritation, et par la viciation des cations secrétaire , exhalante, absorbante ou nutritive de ces tissus , divers genres d'altérations, parmi lesquelles figurent non seulement la forme dite tuberculeuse , mais aussi la squirrheuse , l'ence'phaloïde , la lardacée et la mélanose , quand elle ne de'pend pas dusangextravasé dans les tissus capillaires, etc., etc. Que veut donc dire M. Andral quand, se bornant à nous attribuer la généralisation d'une affection glanduleuse pulmonaire , il entreprend de remplir la prétendue lacune par nous laissée, en imaginant un travail morbide sécrétoire , dépendant d'une congestion active, et qui pourtant n'est pas une pneumonie ?

4° Cette sécrétion peut également avoir lieu dans plusieurs des tissus qui entrent dans la composition du poumon. {Elle ne s'opère pas dans un tissu spécial ; tous les tissus qui sont susceptibles de s'enflammer et de suppurer peuvent également sécréter la matière tuberculeuse. Cette sécrétion, quand c'est le poumon qui en est le siège 9 se fait dans de petits conduits, dans des canaux capillaires, et jusque dans les vésicules , qui semblent n'en être que la continuation , ou , si ton veut, l'expansion.)

Tout cela a été dit expressément dans nos ouvrages ; on y lit depuis long-temps que les mêmes tissus qui , dans le plus haut degré de l'irritation vasculaire, se remplissent de sanget éprouvent le phénomène du phlegmon, peuvent, dans des nuances moins prononcées, s'engorger, soit de lymphe d'apparence ordinaire ou d'aspect caséeux , soit de

graisse, soit de toute autre humeur qui leur est particulière, et que la dégénération qui en résulte se présente avec l'aspect tuberculeux, avec le lardacé , avec celui de la chair d'orange , en affectant tantôt les couleurs de la lymphe, tantôt celle de l'humeur sécrétée quand il s'agit d'un organe sécréteur, tel que le foie, etc Nous avons cent fois

répété que toutes ces varie'tés de'pendent des tissus capillaires, dans lesquels est donnée la première impulsion irritative , du degré de cette impulsion, du tempérament, des modificateurs, etc.

On voit que M. Andral ne fait que reproduire tout cela, avec quelques variations dans les termes. M. Andral, assez heureux sans être toujours juste, quand il se sert de sa mémoire , est loin de mériter les mêmes éloges lorsqu'il veut être créateur. L'idée suivante en fera foi.

» La chimie a récemment découvert que plusieurs

» matériaux des sécrétions , et même plusieurs élé-

» mens des organes existent tout formés dans le sang

» (urée , cérébrine ). D'un autre côté , quelques faits

» tendraient a faire admettre que du pus , résorbé

» dans un abcès et porté dans le torrent circula-

» toire, peut être , quelquefois , véritablement déposé

» à la surface ou dans le parenchyme de certains or-

» ganes, sans travail inflammatoire préliminaire. Si

» donc, ce qui n'est pas absurde à supposer, on par-

» venait à démontrer que la matière qui constitue le

» tubercule, se forme dans le sang devenu malade ,

» comme s'y forme , dans l'état de santé, le principe

«immédiat de l'urine , on arriverait à concevoir le

( 373 ) » dépôt de cette matière, dans certains organes, d'une » manière toute me'canique , sans travail de conges- » tion antécédent. On pourrait arriver jusqu'à admet- » tre que le de'pôt du tubercule , ou d'autres produc- » tions accidentelles , dans un organe plutôt que » dans un autre , est lié à une modification dans la » disposition physique des vaisseaux, qui font passer » à travers une sorte de filière les divers éle'mens du » sang et en opèrent la dissociation. Enfin , cette » dissociation pourrait être considérée comme résul- » tant d'un état morbide du sang lui-même , sous » l'influence duquel les nombreux matériaux qui » constituent ce liquide se sépareraient plus facile- » ment; de telle sorte qu'en passant à travers les dif- » férens organes, il y abandonnerait un ou plusieurs » de ses élémens; là de la matière colorante, ici de la » fibrine , ailleurs de l'albumine , ailleurs des sels , » et , s'il était lui-même malade , de nouveaux pro- » duits, tels que du pus, des tubercules, etc. »

N'a-t-on pas lieu de s'étonner qu'un homme qui se montre sceptique au point de mettre en doute l'existence des tubercules lymphatiques du poumon, après avoir admis leur possibilité , soit d'assez bonne composition pour ne pas trouver absurde la supposition d'une matière tuberculeuse formée dans le sang devenu malade , antérieurement à toute affection des parties solides ? Voilà sans doute ce qu'on doit appeler de l'éclectisme , de la non-exclusivité en faveur du soliAsme ; c'est ainsi que l'on prouve, à qui de droit, que l'on n'a pas puisé dans la doctrine physiologique, et qu'on éloigne tout soupçon de

Broussaisisme , chose de rigueur pour n'être pas écarté du nombreux corte'ge de l'agrégation.

Il nous semble que M. Andral aurait beaucoup mieux fait de persévérer dans son pyrrhonisme, et de demander à MM. les chimistes s'ils sont bien sûrs que certains matériaux existent dans le sang, indépendamment du travail des organes sécréteurs ; si l'urée qu'ils ont découverte dans le sang n'a pas été sécrétée et ensuite résorbée ; s'ils ont positivement constaté combien de temps l'urée, qui est enlevée par l'absorption, peut circuler dans les humeurs après la soustraction des reins ; s'ils sont bien sûrs que la cérébrine qui se rencontre dans le sang n'a pas été emportée par la circulation qui se fait continuellement à travers la substance cérébro-nervoso-rachidienne. Il nous semble qu'il y avait là matière au doute , et qu'une série d'objections bien conçues aurait fait plus d'honneur à M. Andral que le projet de faire sourire quelque vieil humoriste , par l'idée d'une phthisie pulmonaire indépendante de l'inflammation.

L'ouvrage de M. Louis n'a rien appris de nouveau sur l'origine des tubercules; cet auteur s'est borné à répéter MM. Bayîe et Laè'nnec. Il serait donc inutile de nous occuper de lui.

M. Baron, médecin de l'hôpital de Glocester, a publié sur les maladies tuberculeuses deux volumes de recherches, dont le premier a paru en 1819, et le second en 1822. Cet ouvrage , dont M. Boivin a donné la traduction en 1825, est rempli d'observations , dont la partie thérapeutique est au-dessous

( ^5 ) de la critique , mais dont l'anatomie pathologique est bien soigne'e. Les conclusions de l'auteur sont bien différentes de celles de M. Andral : il ne voit dans les tubercules que des productions originairement vésicuîaires qu'il nomme hydatides , mais qu'il n'attribue point à des entozoaires , et qui , en s'épaississant , compriment, irritent et enflamment les tissus ; il les regarde d'ailleurs comme tout-à-fait indépendantes de l'inflammation : ce qui ne nous a point étonné; car la lecture de son ouvrage nous a prouvé qu'il n'avait point une idée complète de l'inflammation.

Selon le docteur Baron, les tubercules du poumon, dans le premier stage , ne sont point reconnaissants au toucher, à cause de la délicatesse et de l'élasticité de leur tissu; mais, en les examinant de près, on reconnaît que ce sont de petits corps transparens , vésicuîaires , dont la surface luisante les fait assez, distinguer du tissu qui les entoure. Ceux qui prennent naissance à la surface des membranes , ressemblent, pour le volume et le caractère généra) , à ces incrustations globuleuses qui garnissent les feuilles et les tiges de la glaciale ; mais il ajoute que rarement on a eu l'occasion de les rencontrer a leur état primitif chez le sujet humain. C'est pourquoi, dans la plupart des descriptions qu'on en a faites, on les représente à une époque beaucoup plus avancée ; mais alors les vésicules ont perdu leur mollesse , leur délicatesse ; leur transparence est altérée , elles ont augmenté de volume , etc.

L'auteur dit que , pendant la marche de Taffec-

tion tuberculaire , il se fait dans le poumon des changemens , dont voici le sommaire : Dans le premier stage des tubercules , les tissus environnans n'éprouvent que peu ou point d'alte'ration ; le poumon conserve la vivacité de sa couleur, sa molle élasticité; rien n'indique que la circulation du sang, celle de l'air y aient été interceptées ; mais à mesure que les tubercules augmentent de volume et de densité , qu'ils se rapprochent les uns des autres , le trouble des fonctions se manifeste ; le sang est gêné dans sa marche ; la respiration , d'ordinaire , en devient plus précipitée et plus laborieuse , surtout dans le cas d'ulcération légère. Les conséquences en sont évidentes : le poumon acquiert plus de compacité, sa couleur est plus foncée; enfin il présente cette disposition que quelques uns ont considérée comme l'indice de la maladie désignée sous le nom d'hépatisation. L'auteur refuse de rechercher si cet état est, ou selon ses expressions , si cette affection est sympathique ou non; mais, dans ce cas, il la regarde comme l'effet des tubercules.

Dans tout cela nous ne découvrons rien de nouveau. M. Dupuis avait remarqué , chez les animaux , l'origine vésicuîaire des tubercules , ainsi que M. Baron en fait lui-même l'aveu; et tout ce que dit ce dernier sur la compression, la gêne du poumon, enfin l'état dit hépatisation , résultat du développement et de la multiplication des tubercules , est ce que l'on répète depuis fort long-temps dans les écoles.

C'est par l'histoire soignée d'un grand nombre

( 577 ) de phthisiques , dont la maladie remontait toujours à une cause évidente , que , dans plusieurs de nos ouvrages, et d'abord dans Y Histoire des phlegmasies -, nous avons combattu cette opinion delà compression toute me'canique du poumon , par l'effet de tubercules développés , on ne sait comment , ni pourquoi , dans le parenchyme pulmonaire : nos conclusions ont e'te' que rien ne pouvait prouver que les tubercules se seraient forme's si l'inflammation n'avait pas été accidentellement provoquée ; il fallait bien, selon nous , qu'il y eût un rapport entre ce phénomène et la production des tubercules, et ce rapport nous paraît être celui de la cause à l'effet. Mais M. Baron n'envisageant pas l'inflammation sous le même point de vue que nous, toute discussion avec cet auteur serait inutile. Il faut attendre que les idées physiologiques se soient peu à peu répandues dans son pays pour lui prêcher une semblable doctrine.

L'idée de MM. Dupuis et Baron, qu'il se forme dans les organes , soit pleins , soit poreux , soit membraneux, de petites vésicules transparentes, qui, en s'accroissant , prennent de la consistance , deviennent opaques, se remplissent d'un fluide de consistance et d'aspect différens, et constituent enfin une des formes de l'altération organique auxquelles on a donné le nom de tubercules, cette idée, nous le répétons , ne nous paraît nullement dénuée de vraisemblance, ni même de vérité; mais cela n'empêche pas que d'autres tumeurs, qui ont également été désignées par ce nom , ne puissent se former

( 378 ) d'une manière toute différente. Par exemple , au lieu de débuter par la forme vésiculaire , les tubercules qui viennent dans ces tissus peuvent commencer par de petits épanchera ens de matière lymphatique , qui prend aussitôt l'aspect caséeux ; pourquoi n'admettrions -nous pas ce mode d'altération dans les tissus lamineux transparens et dans les cylindres absorbans, puisqu'il a été observé dans le réservoir de Pecquet, dans le canal thoracique, que l'on a trouvés farcis et oblitérés par le pus caséiforme qui correspond à la matière tuberculeuse des anatomo-patliologistes modernes ?

D'autre part , nous ne doutons nullement que les vésicules pulmonaires (que nous continuerons d'appeler vésicules bronchiques ) ne puissent devenir des noyaux de tubercules, en se gonflant, se remplissant, s'agglomérant, se collant les uns aux autres, et que des liquides de consistance et d'aspects divers ne puissent s'y présenter. Indépendamment de tout cela, nous avons la certitude que les ganglions lymphatiques , les grains glanduleux sécréteurs, peuvent aussi, sans passer par l'état vésiculaire, se gonfler, s'endurcir et se résoudre en une matière caséiforme, qui paraît être, comme nous l'avons toujours dit, un mode particulier de suppuration chronique. En outre, nous conjecturons que dans quelques organes où l'on n'aperçoit pas de ganglions lymphatiques, il s'en développe quelquefois d'accidentels , qui , après avoir eu la forme des ganglions normaux , subissent aussi bien qu'eux la dégénération tuberculeuse. Enfin,

( 579 ) nous admettons qu'il peut se faire des dépôts irréguliers de pus dans les tissus cellulaires et aréolaires, tels que celui qui sépare les vésicules bronchiques et autres pareils , et sur les surfaces séreuses; que ce pus ne tarde pas à s'épaissir , acquérir de la consistance , et à former ces masses caséiformes ou d'apparence plâtreuse que l'on trouve dans les poumons , dans les plèvres, à la suite des pneumonies et des pleurésie du mode le plus chronique. Si l'on n'en rencontre pas dans le péritoine, dans l'arachnoïde , cela tient en partie à la différence de vitalité , peut-être aussi à ce que la sérosité de ces membranes est plus visqueuse que celle de la plèvre.

Mais ce que nous voyons de commun entre tous ces modes de dégénération en apparence si divers , c'est l'irritation , qui nous paraît être leur mère commune. Au surplus, notre opinion bien prononcée, et nous n'avons pas attendu pour l'exprimer la publication des ouvrages que nous venons de citer, notre opinion est que plusieurs modes d'altérations peuvent se rencontrer dans les mêmes tissus, et que, pour les expliquer, il ne faut pas se contenter d'avoir recours à l'engorgement, à l'extravasation, aux sécrétions morbides purulentes, mais qu'il faut encore songer à des aberrations nutritives , à certaines végétations hypertrophiques, qui, non moins que les autres genres d'altérations désorganisatrices, se développent sous l'influence de l'irritation.

Telles sont nos idées fondamentales sur la cause des altérations désorganisatrices; nous les avons déjà

( 38o ) exprimées en termes à peu près pareils clans plusieurs de nos ouvrages ; mais nous avons cru devoir les reproduire et les développer davantage aujourd'hui (de'cembre 1826), parcequ'elles sont à leur place à côté de la proposition qui traite des tubercules pulmonaires.

Nous venons de lire dans le Journal général de médecine, cahier d'août 1826, page 225, un article de M. Cruveilhier, par lequel nous apprenons qu'il a déterminé des tubercules dans le poumon des chiens, en injectant du mercure par la voie de la trachée. Ces animaux étant morts quelques semaines après cette injection , dans un état de consomption , on a trouvé les poumons farcis de tubercules , dont chacun contenait un globule de mercure à son centre. La matière de ces tubercules paraît à M. Cruveilhier être du pus concrète ; d'où l'auteur tire les conclusions que les tubercules pulmonaires ont leur siège dans les vésicules bronchiques ; qu'ils ne peuvent point être l'effet du catarrhe ; qu'il y a probablement action de certains corps étrangers , agissant sur la surface interne des bronches, dans les phthisies ordinaires.

Ces conclusions sont bien loin d'être rigoureuses, et, malgré la haute estime que nous avons pour les talens de M. Cruveilhier, nous nous permettrons d'y faire quelques objections.

La matière purulente concrète , caséiforme , est bien ici le produit de l'irritation exercée par les petites masses de mercure sur la surface interne des vésicules bronchiques ; mais il n'en résulte pas que

( 38' ) ces vésicules ne puissent, sans la pre'sence de corps étrangers , être irritées dans le mode qui produit cette matière. En effet , qui serait assez téméraire pour affirmer que la phlegmasie des bronches , propagée dans les vésicules, et y persistant quelque temps dans une nuance faible , ne produira jamais la matière caséiforme tuberculeuse ? Est-il un praticien qui osât se permettre une assertion négative de cette importance, lorsqu'il voit les amygdales affectées de phlegmasie chronique produire cette même matière ; lorsqu'il la voit résulter de l'irritation chronique des ganglions tant internes qu'externes, soit dans les viscères, soit dans l'appareil locomoteur ; lorsqu'il l'observe, à la suite des péritonites chroniques , dans le tissu de la membrane séreuse de l'abdomen ; lorsqu'il la rencontre autour des articulations goutteuses , dans les tuniques des artères attaquées de phlegmasies chroniques , dans les tissus cellulaires interposés entre les muscles, dans la peau déformée par les éléphantiasis , dans les os spongieux et dans les cavités du labyrinthe , où elle remplace la substance nerveuse dans certaines otites ; en un mot, dans toutes les parties du corps où il y a des tissus blancs , pourvu que ces tissus aient été long-temps irrités à un degré peu intense? Que l'on nous prouve que toutes ces nuances diverses de la matière blanche caséiforme ne sont pas produites par l'irritation chronique ; que Ton nous démontre qu'il ne peut s'en former dans le poumon que par des corps étrangers , introduits dans les vésicules bronchiques , et qu'elle

( 382 ) ne peut exister que dans les ve'sicules ; que l'on nous rende convaincus qu'il est intervenu des corps étrangers dans les ganglions mésentériques des phthisiques ordinaires , pour y produire de la matière tuberculeuse, ou que cette matière est engendrée par un mode tout différent de celui qui a présidé à la génération des tubercules du poumon ; que l'on nous dise comment certains poumons de phthisiques présentent des épanchemens de matière tuberculeuse , c'est-à-dire caséiforme , dans les interstices des bronches ; pourquoi il y en a des masses libres dans la plèvre chez quelques pleurétiques; et que l'on rattache ces faits à l'introduction de certains corps étrangers dans les vésicules respiratoires ; alors nous admettrons autant d'entités morbides spéciales qu'on nous en aura constaté par des preuves irréfragables.

Jusque là nous croirons que la matière puriforme concrète, formant les tubercules de M. Cruveilhier, n'est que le résultat de la stimulation immédiate exercée par les globules mercuriels , et nous ajouterons que toute autre stimulation que celle-là pourra produire le même effet, quand elle agira comme elle dans un mode chronique , non seulement dans l'intérieur des bronches , mais encore sur tous les tissus formés de gélatine et d'albumine plus ou moins combinées avec des sels , etc.

Si l'on allègue que plusieurs personnes éprouvent pendant long-temps des catarrhes pulmonaires , et parviennent même à un âge avancé , sans devenir

( 385 ) phthisiques , nous répondrons que cette assertion vague, ge'ne'ralement admise sur parole, me'rite d'être approfondie par les praticiens cultivant l'anatomie pathologique. Nous avons sous les yeux beaucoup de ces hommes qui vieillissent avec des catarrhes : nous les voyons succomber après de nombreuses rechutes, et quand effectivement ils pe'rissent par les suites du catarrhe converti en pneumonie , nous trouvons dans leurs poumons des tubercules aussi bien que dans ceux des jeunes gens ; seulement on remarque que la majeure partie de ces tubercules sont noirs ou bruns , au lieu d'être blancs , ce qui tient uniquement à la différence de l'âge. Ces vieux phthisiques ne diffèrent des jeunes qu'en ce qu'ils ont mieux supporté la phlegmasie pulmonaire dans leur jeunesse , soit pareequ'ils ont été mieux traités , ou qu'ils ont pris plus de précautions , soit pareequ'ils étaient plus robustes ou moins irritables , ce qui est le plus ordinaire ; ces vieux phthisiques sont aux jeunes ce que les vieux porteurs de gastro-duodéno-liépatites chroniques , ou les prétendus obstrués, sont aux jeunes gens qui succombent aux douleurs de la gastro-entérite aiguë , si ridiculement qualifiée du titre de fièvre adynamique.

Mais il est beaucoup d'hommes dans la société qui passent pour n'être affectés que de catarrhe , et qui dans le fait sont attaqués d'hypertrophie du cœur ou d'aortite. Ces sortes de sujets sont presque toujours essoufflés , ils s'enrhument avec une grande facilité ; ils expectorent habituellement beaucoup

( 584 ) parceque la difficulté du passage du sang à travers les poumons facilite extraordinairement la sécrétion des bronches. Ceux-là, quoique ayant souffert de l'irritation du poumon , sont beaucoup moins sujets aux tubercules que ceux qui sont attaqués du catarrhe primitif. Ils y sont d'autant moins expose's que leurs poumons sont plus humides , plus se'reux , et qu'il faut peu de se'rosite' dans les tissus blancs irrités, pour que la suppuration qui s'y forme soit susceptible de ce degré de concrétion qui correspond au tubercule ; ce qui n'empêche pas que l'anévrysme du cœur et des gros vaisseaux ne puisse aussi coïncider avec le degré de concrescibilité de la lymphe pulmonaire , qui se prête à la formation des tubercules.

Ayant injecté du mercure dans les vaisseaux des membres, M. Cruveilhier a vu aussi, dans le système capillaire de ces parties , des tubercules qui avaient à leur centre une petile masse de ce métal ; nouvelle preuve qu'il n'y avait ici, comme dans les tubercules pulmonaires produits par la même cause, autre chose qu'un effet de l'irritation immédiate. Si M. Cruveilhier eût pu injecter son mercure dans les artères bronchiques ou autres vaisseaux du poumon, il aurait alors trouvé des tubercules ailleurs que dans les vésicules bronchiques, et n'aurait pas conclu qu'il fallait probablement la présence d'un corps étranger dans ces vésicules pour produire la phthisie pulmonaire tuberculeuse.

Ces injections du système vasculaire ont suggéré d'autres idées à M. le professeur Cruveilhier. Il a re-

( 5S5 ) marque (i) que le mercure introduit dans les vaisseaux sanguins produisait plus d'inflammation dans les veines que dans les artères. Rien d'étonnant dans ce fait, i° puisque les veinules sont plus nombreuses que les arte'rioles ; 2° puisque la circulation y étant moins prompte , le stimulant étranger reste plus long-temps en contact avec leurs parois qu'avec celles des arte'rioles ; 5° puisque les tuniques des veines sont plus molles , plus dilatables et plus rétracliles , plus vivantes en un mot que celles des artères ; mais fallait-il en conclure d'une manière générale que le siège immédiat de l'inflammation est dans le système veineux? Et non sans doute! puisque, i° les tuniques des artères peuvent aussi éprouver ce phénomène , comme le démontrent , sans parler des autres faits, les expériences de M. Cruveilhier lui-même ; 2° les vaisseaux lymphatiques ont été trouvés enflammés ; 3° l'inflammation a été vue dans les canaux excréteurs , comme l'urèthre , le canal déférent, les cholédoques, etc. ; 4° les cellules , les aréoles des tissus cellulaires et aréolaires s'enflamment aussi bien que les membranes séreuses les plus ténues quand on y injecte un corps irritant. M. Cruveilhier dira peut être que ce sont les veines des lymphatiques , celles des artères, celles des conduits excréteurs, celles des petites lamelles transparentes du tissu aréolaire et séreux, qui éprouvent seules l'inflammation ; mais comment soutenir une telle proposition sans avoir des instrumens capables

(i) Nouvelle Bibliothèque médicale, octobre el novembre iS'j.6, page 5 — 1,15.

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