Path
( 554 ) tre dans un autre viscère. Dans la névrose d'origine morale, ou plutôt par perception trop vive, le point cérébral a l'initiative ; c'est le contraire dans la névrose par cause physique; l'un et l'autre peuvent prédominer alternativement en intensité : tantôt le premier point est plus près de l'inflammation désorganisatrice ; d'autre fois c'est le second, etc., etc. Mais toutes ces différences, qui influent tant sur la forme, ne dérangent rien au fond de la maladie : dans tous ces cas , il y a deux points fondamentaux d'irritation dans lesquels la substance nerveuse est soumise à une modification inflammatoire, et le reste de l'appareil nerveux n'est affecté que secondairement et comme conducteur de l'excitation partie des deux foyers principaux. Que, dans la suite, ces foyers se multiplient, que les nouveaux prédominent sur les anciens pareequ'ils s'établissent dans un organe plus vivant ; cela n'apporte aucune différence à la nature de la maladie : elle ne change que par la complication qui peut survenir^ ou d'une phlegmasie aiguë , si le sujet en a les moyens , ou dune inflammation chronique additionnelle qui produit un flux colliquatif tel que la diarrhée, une fonte purulente des poumons, ou d'un obstacle au cours du sang qui cause la dyspnée et interdit la locomotion, ou d'une hydropisie qui résulte de cet obstacle ou de l'inflammation elle-même, etc., etc. Nous mentionnons tout cela dans l'intention d'offrir la perspective complète du cours des névroses, qui commencent toutes par les simples lésions du sentiment et du mouvement, et finissent, quand leurs
( 555 ) progrès n'ont point été arrêtés, par la ■désorganisation des principaux organes de l'économie.
C'est entre ce premier mouvement de l'irritation encore nerveuse des deux foyers signalés, et leur désorganisation définitive qui achève la destruction de l'individu, que se trouvent placés tous les phénomènes qui constituent l'état de névropathie, ceux d'hypochondrie , de mélancolie et d'hystérie , enfin tout ce qui compose la section des névroses des fonctions intérieures. Les phénomènes qu'on y remarque se réduisent tous aux quatre chefs suivans : i° Sensations : elles sont de diverses espèces, (A) perçues dans le viscère irrité ; elles varient selon ce viscère, le degré de l'irritation et la susceptibilité des malades : palpitations, sensations plus ou moins extraordinaires dans le cœur, suffocations dans la poitrine, pincemens, torsion brûlante, sentiment de déchiremens, compression, et autres douleurs plus ou moins difficiles à supporter dans l'estomac, les intestins, le foie, la rate, les reins ;(B) perçues dans les muscles et les organes des sens qui sympathisent le plus avec le viscère irrité : douleurs et sensibilités locales excessivement variées , imitant la goutte, le rhumatisme, la pleurésie, les meurtrissures, et changeant fréquemment de place; ardeur à la langue, aux yeux, sifflemens dans les oreilles, etc.; (C) sensations anomales plus ou moins extraordinaires , véritables hallucinations , qui ne peuvent être rapportées qu'à l'irritation d^ l'encéphale tourmenté par les irradiations de l'organe souffrant : l'un se figure que son bras tourne , quoiqu'il soit
( 536 ) dans le plus parfait repos; un autre qu'on le saisit par les cheveux pour le renverser; quelques uns s'arrêtent, se retournent pour répondre à une voix qui vient de les appeler; mais ces erreurs ne durent qu'un moment. Les illusions d'optique sont rares au degré que nous signalons ; il faut bien approcher de la folie pour voir, étant éveillé, des objets fantastiques, et s'entretenir avec eux. Aussi, quand les névropathiques ont ces sortes d'hallucinations, leur raison menace beaucoup d'être compromise. 2° Mouvemens divers des muscles extérieurs, qui tiennent plus ou moins du caractère convulsif et sont la conséquence forcée des sensations que l'on perçoit dans les viscères , et des mouvemens qui s'y passent. Nous les distribuerons en deux séries : (A) ceux des muscles respirateurs et céphalo-splanchniques : suspension de la respiration dans les constrictions douloureuses du cœur, des bronches , de l'estomac ; mouvemens inséparables de la toux nerveuse, du vomissement, de la nausée, etc., dans les deux sexes; soupirs, sanglots, éclats de rire déterminés par des sensations internes chez les femmes hystériques ; mouvemens de giration , circumduction , élévation et abaissement du ventre exécutés par les muscles de l'abdomen chez les mêmes personnes et dans certains cas d'entérite chronique; (B) ceux des muscles dont la volonté dispose seule dans l'état normal c'est-à-dire les locomoteurs : d'abord ils établissent les attitudes que commandent les sensations perçues dans les viscères pour seconder les muscles céphaîo-splanchniques ; ensuite, à mesure que
l'irritation viscérale fait des progrès, on les voit se disposer à la convulsion malgré l'opposition de la volonté , éprouver des secousses convulsives qu'elle ne peut empêcher, entrer enfin dans les convulsions les plus violentes lorsque la stimulation viscérale a fait taire la volonté et suspendu l'exercice des facultés de l'intelligence.
5° Troubles des fonctions intérieures dites organiques, qui sont : (A) les altérations diverses des sécrétions de l'urine, de la bile , de la salive , du mucus, de la sueur, du séba, du sperme; (B) la formation et destruction de gaz dans le canal digestif, et quelquefois dans l'utérus ( l'état aigu des phlegmasies en offre aussi dans le tissu cellulaire , dans le sous-muqueux, dans le foie,etc ); (C) les dérangemens partiels du cours du sang consistant dans des congestions, des extravasations , d'où résultent des distributions inégales de la cbaleur animale propre à l'individu.
4° Lésions mentales : ces désordres nombreux , effets du vice de l'innervation que déterminent les differens foyers de phlegmasies viscérales, ne peuvent manquer d'affecterprofondémentl'intelligence ; car la même disposition d'organisation qui rend l'homme sujet aux névroses intérieures lui ôte la faculté de les supporter avec impassibilité. Ainsi l'on observe toujours chez ces sortes de névropathiques des inquiétudes, la morosité, une tournure particulière du caractère qui les fait prendre au sérieux toutes les bagatelles, c'est ce qu'on nomme susceptibilité ; ce vice n'est pas le simple résultât de la réflexion agissant sur les perceptions douloureuses,
( 538 ) multipliées dont ces malades sont tourmentes; la douleur, même viscérale, ne produit pas nécessairement l'inquie'tude névropathique ; mais il part des viscères malades des irradiations continuelles qui, sans être distinguées et qualifiées douleurs par le moi, disposent le caractère à la mélancolie , à l'exagération des maux, aux craintes sans fondement , et à toutes les extravagances. Nous avons dit ailleurs qu'il nous semblait que ces influences viscérales ne pouvaient occasioner les dérangemens dont il s'agit, qu'à la faveur d'une prédisposition tenant à l'organisation et au développement particulier du cerveau. Cette opinion nous paraît encore la plus fondée : c'est cette prédisposition qui favorise ces hallucinations dont nous avons déjà parlé , et les extases , et la catalepsie , premier degré des affections congestives du cerveau; c'est elle aussi qui prépare la folie qu'un surcroît d'irritation peut déterminer, et qui n'est que trop souvent alors le prélude de l'idiotisme , de l'épilepsie , des paralysies et de l'apoplexie , terme définitif de toutes les congestions prolongées de l'encéphale.
C'est ainsi que les irritations cérébrales, après s'être montrées primitives dans les névroses de relation , se présentent maintenant à nous comme consécutives aux affections viscérales. On voit avec la dernière évidence que l'appareil cérébro-rachidien est-lèmoyen d'union, l'intermédiaire indispensable entre les névroses de relation et celles des fonctions intérieures , et que les premières peuvent être simples tandis que les secondes ne sau-
raient être conçues que coraplique'es avec les névroses de relation.
Mais est-il des états nerveux inde'pendans de ces loyers locaux d'irritation plus ou moins inflammatoires que nous venons de montrer, soit dans le cerveau ou son prolongement rachidien, soit dans les nerfs qui parcourent les différens organes , soit dans les viscères qui pre'sident aux grandes fonctions ? Est-il des ne'vroses vagues, dont le sie'ge ne puisse être assigne' ; et par opposition , est-il possible de constater l'existence de la névralgie dans les cordons du grand sympathique ?
Les hommes en général aiment le vague, parce qu'ils aiment les émotions, et que chacun s'en procure à son gré dans les notions mal déterminées ; de là le grand succès parmi la multitude du magnétisme animal, du somnambulisme, des spécifiques , des amulettes et de tous les genres de charlatanisme. Rien de plus commode aussi, rien qui se prête mieux à la déclamation que les névroses sans siège déterminé. Dans cette expression véritablement magique , l'ignorance trouve aisément des indications curatives pour faire face à tous les cas difficiles , et pour varier indéfiniment les prescriptions. Aussi recueille-t-on foutes les observations que Ton croit les plus faites pour appuyer la thèse des névroses sans siège particulier. On cite des douleurs et des convulsions qui changent fréquemment de place ; les affections du système fibreux en sont fréquemment la cause; dans ce cas, les extrémités des nerfs du lieu sont irritées avec les tissus aponévrotiques
cellulaires , et les faisceaux musculaires voisins sont disposés à des tréssaillemens convulsifs. Or, comme l'irritation est très souvent mobile dans les tissus fibreux et celluleux de l'appareil locomoteur, la douleur et la convulsion qui toujours la suivent doivent l'être e'galement, et présenter l'aspect d'une névrose indéterminée.
Quelques uns veulent soutenir que le rhumatisme musculaire chronique est une névrose. Ce que nous avons dit en parlant des névralgies rhumatismales, page 5i4, nous semble renfermer tout ce qu'une pareille assertion peut avoir de vrai, et depuis plus de douze ans, nous nous sommes expliqués à cet égard dans nos cours théoriques et pratiques. Quant aux douleurs des extrémités nerveuses musculaires indépendantes de l'inflammation des troncs d'où elles proviennent , nous croyons que l'irritation qui les déterminent qui cause les convulsions des muscles voisins, n'a pas son siège primitif dans ces filets nerveux eux-mêmes , mais bien dans les tissus où ces nerfs s'insèrent. C'est aux dissections que nous devons cette théorie ; elles nous ont toujours fait voir, dans des membres atrophiés par des douleurs rhumatismales qui les condamnaient à l'inaction , les tissus cellulaires adhérens aux aponévroses et aux ligamens,infiltrés d'une matière albumineuse ou gélatineuse plus ou moins concrète , et parfois une espèce de dégénération graisseuse avec diminution ou disparution de la fibrine des muscles. Elles nous ont aussi montré l'engorgement gélatineux ou albumineux des troncs nerveux ou des grosses branches ; mais
jamais nous n'avons pu constater le développement morbide des extrémités de ces nerfs aux points où ils se plongent dans le tissu musculaire , indépendamment de l'affection des branches ou de celles des cellules et des aréoles voisines.
Les irritations des voies digestives sont , avec celles des tissus gélatineux de l'appareil locomoteur, une des causes les plus communes des névroses mobiles. Et cette particularité s'explique d'ellemême, en réfléchissant aux fonctions de l'appareil assimilateur. En effet , souvent il est stimulé par l'ingestion d'une manière agréable dans sa région supérieure, qui est la plus sympathisante, et quelques heures plus tard, le chyme étant concentré , le sens interne de l'estomac, exalté par un état inflammatoire, se trouve péniblement affecté: les matières qui l'ont irrité parcourent successivement le duodénum, qui est presque aussi sensible, et les autres régions du canal, où l'irritation peut avoir créé des foyers partiels dephlogose, de véritables sens accidentels, origine de nouvelles sympathies. Or, chaque région du canal digestif a ses correspondances particulières avec certains nerfs extérieurs de relation ; et de plus chaque degré de l'irritation gastrointestinale exerce une influence différente sur le cerveau , intermédiaire forcé de toutes les influences exercées sur les nerfs externes: comment donc s'étonner d'observer des variations dans le siège des douleurs sympathiques aux différentes époques de la digestion, et sous les influences des ingesta si diversifiés dont les malades affectés de gastrites et
( 54« ) d'entérites chroniques font usage ? Nous avons souvent remarqué , dans la gastro-duodénite , que les douleurs prédominaient tantôt dans l'épaule droite, tantôt sous l'omoplate du même côté , quelquefois derrière la clavicule , d'autrefois vis-à-vis la dernière côte asternale, pour revenir ensuite dans Fhypochondre droit; et fréquemment nous avons pu constater à quelles époques de la digestion, à quelles régions du canal dans lequel cette fonction s'opère, et à quelles espèces de stimulans correspondaient ces différentes douleurs. 11 en est de snême des mouvemens convulsifs qui les accompagnent chez les sujets nerveux; mais dans les cas où les principaux points d'irritation résident dans les intestins grêles, dans le cœcum, l'S du colon, le rectum , les reins, les ovaires , les sympathies s'exercent plutôt sur les muscles des lombes et des cuisses. Combien de sciatiques dépendant de cette cause n'ont-elles pas été traitées pour des rhumatismes, ou pour des névralgies primitives? Combien de fois n'a-t-on pas pris pour des affections nerveuses essentielles , ces crampes de la cuisse , du mollet, de l'épaule, du bras, de la région dorsolombaire, qui se succèdent et se remplacent mutuellement dans les gastro-entérites qu'exaspère une thérapeutique irritante? Ne qualifie-ton pas chaque jour d'essentiels les phénomènes sympathiques de la duodénite, de la pleurésie chronique avec ou sans épanchement, de l'irritation du cœur et du péricarde ? N V l-on pas fait une maladie essentielle , sous le nom d'angine de poitrine, de la douleur du sternum et
( 5/,5 ) île l'épaule, qui correspond aux cardites chroniques:' Cette douleur est fixe , dira-ton; moi, je l'ai vue mobile, et tellement variable dans son siège fondamental , depuis l'épaule jusqu'à la crête de l'os iliaque , qu'elle passait tantôt pour un rhumatisme et tantôt pour une affection purement nerveuse de ces régions. Mais pour peu qu'il s'y joignît quelques nuances de gastro-duodénite, complication ordinaire dans les hypertrophies du cœur , le côté droit étant aussi douloureux que le gauche, et l'un des deux l'emportantde temps à autre sur son congénère , la confusion du médecin était àson comble; les viscères étaient oubliés , et l'affection, qualifiée du titre de névrose mobile , était traitée de la manière la moins propre à lui faire prendre une tournure favorable.
De pareilles erreurs se commettent encore chaque jour (août 1S27 ) parmi les ennemis delà médecine physiologique, surtout lorsque l'irritation prédomine alternativement dans un viscère et dans un autre, dans les viscères et dans l'appareil locomoteur. Il est des cas, par exemple, où des malades éprouvant habituellement de la douleur dans l'estomac, en sont délivrés momentanément par un accès de migraine. Chez certains autres, ce ne sont pas des migraines violentes qui soulagent l'estomac , mais un léger mal de tête. Tant qu'il dure, l'épigastre ne fait percevoir aucune sensation pénible , et l'estomac s'acquitte parfaitement de ses fonctions; s'il disparaît, la dyspepsie est aussitôt reproduite. On voit souvent les maux d'estomac et les coliques se remplacer ou alterner avec la dyspnée. Nous avons
donne des soins à quelques malades chez qui les palpitations étaient en alternative avec la colique ou la gastralgie. Les cas où la sensibilité douloureuse de l'estomac, du duodénum, de la vésicule biliaire ou du foie , avec la dyspepsie et les flatuosités qui en sont la suite, disparaissent par la simple apparition d'une douleur de goutte, ne sont pas rares. Nous en avons vu d'autres où pareil soulagement était amené par des douleurs qui suivaient le trajet du nerf sciatique , ou seulement de l'une de ses branches , comme le saphène;et lorsque cette douleur disparaissait, le trouble viscéral ne manquait pas de la remplacer.
Les cas de simultanéité d'irritation et de douleur des viscères entre eux, et des parties extérieures avec ces mêmes viscères, ne sont pas moins communs que ceux d'alternative que nous venons de citer. On voit beaucoup de malades affectés des voies gastriques, chez qui la céphalalgie ne se déclare qu'au moment où la digestion est laborieuse et l'estomac plus sensible qu'à l'ordinaire. Souvent le cœur ne palpite d'une manière morbide que lorsque l'estomac est surrité ; et les douleurs des parties extérieures, chez un bon nombre de patiens, marchent toujours de concert avec la gastralgie , qui reparaît à certaines époques de la digestion. Si l'on voit assez souvent, comme nous l'avons dit, la colique remplacer les douleurs d'estomac et en apparence les calmer, il est encore plus commun d'observer que la colique se manifeste à la suite d'un surcroît d'irritation gastrique , et se maintient au-
( 5/,5 ) tant qu'elle dure. Les tressaillemens convulsifs des lèvres et des paupières , les tintemens et les sifflemens des oreilles sont plus souvent en raison directe de la souffrance actuelle des voies gastriques , qu'en alternative avec elle.
Faut-il conclure de ces variations si multipliées des deuxphe'nomènes caractéristiques de l'état nerveux, la douleur et le mouvement convulsif, que la ne'vrose n'a point de sie'ge fixe , ou de mobile principal, dans tous les cas dont il s'agît? Il s'en faut bien qu'ainsi se passent les choses ; mais voici ce qui arrive d'ordinaire, et nous l'avons déjà dit : la phlegmasie viscérale primitive ayant sympathiquement surrité plusieurs nerfs correspondans avec ceux du lieu qu'elle occupe, tantôt les sympathises sont plus irrités que ceux du foyer qui les influence, tantôt c'est le contraire, et, dans certaines nuances de l'état névropathique , l'irritation des deux points malades est simultanément exaltée, et pareillement importune à la faculté de perception.
Ce serait donc une grande faute de s'imposer la loi d'attaquer par des spécifiques chacune des formes de l'irritation nerveuse ; mais il ne faudrait pas non plus les négliger au point de ne leur opposer aucun moyen palliatif indépendant du traitement qui convient à la maladie essentielle. Voilà ce qu'enseigne la médecine rationnelle et véritablement physiologique ; mais il est en France des médecins qui, modifiant ces principes, soutiennent qu'il faut placer dans le cerveau le siège unique de quelques unes des névroses des fonctions intérieures, et par-
( 546 ) liculièremenl l'hystérie , ce qui ne conduirait pas à une médication trop satisfaisante. Cette opinion n'ayant pas pris faveur, il serait inutile de la réfuter avec détail ; mais il est bon de prendre une juste idée des modifications physiologiques qui constituent ce qu'on appelle la maladie hystérique. Rien de plus facile, après cela, que de juger si ceux qui l'ont placée dans les névroses des fonctions intérieures se sont laissé guider par le préjugé ou par la simple observation de la nature.
L'hystérie fut jadis placée au rang des névroses sans siège déterminé, ou du moins l'on se figurait que l'utérus, devenu mobile, se portait çà et là dans l'abdomen et dans la poitrine. Ce qui se passe dans la réalité n'est que la répétition de ce que nous venons de voir par rapport aux irritations des autres viscères : celle de l'organe sexuel, réagissant sur tout l'appareil spîanchnique, détermine dans les viscères pectoraux des palpitations, des tremblemens , des mouvemens ondulatoires, des spasmes qui ressemblent à l'immobilité, et dans les voies gastriques, dont la muqueuse est souvent alors phlogosée, des créations subites de gaz produisant d'effrayantes distensions que remplace bientôt un pénible resserrement , suite nécessaire de la condensation de ces mêmes gaz. Comme il est de rigueur que les muscles respirateurs se conforment à tous les changemens que subissent les viscères auxquels ils correspondent, l'observateur est frappé de ces mouvemens de soufflet, de ces girations et de ces immobilités tétaniques dont nous avons parlé plus haut ; la circu-
( 5/,7 ) iation et la respiration en souffrent, ce qui produit souvent un e'tat d'asphyxie , et même parfois une véritable apoplexie. Mais, dans la plupart des cas, au lieu de l'immobilité, on voit la convulsion des muscles volontaires succe'der à l'engorgement du cerveau, engorgement qui résulte en partie de la perception de l'irritation hystérique qui semble remonter par la voie du nerf pneumogastrique, et en partie de l'obstacle que cette irritation oppose aux fonctions du cœur et des poumons.
On voit le rôle que joue le cerveau dans l'hystérie : il perçoit par la huitième paire une irritation dont le siège est manifestement dans l'utérus et dans les viscères digestifs, qu'un appareil nerveux commun, composé des nerfs rachidiens et du grand sympathique, met à l'unisson avec cet organe; ii réagit d'abord sur les muscles respirateurs et ensuite sur les locomoteurs ; il excite ces derniers, d'abord avec modération , étant contenu par la volonté; mais bientôt l'irritation perçue et la congestion qu'elle produit font disparaître cette faculté , et dès lors l'encéphale, n'obéissant plus qu'au stimulus des viscères et à sa propre irritation, détermine, comme dans l'épilepsie, les convulsions les plus violentes et les plus désordonnées.
Maintenant, si l'on se rappelle ce que nous avons dit plus haut sur la différence des névroses de relation et des névroses viscérales ; si l'on convient que ces dernières ne peuvent être conçues que comme compliquées avec les premières, on sentira que l'hystérie se trouve sur la même ligne que l'hypochon-
( 54« ) drie,que l'asthme, que la sthénocardite ; qu'on ne saurait la considérer comme une névrose de relation, ni comme une névrose vague ; et que , par conséquent, ceux qui l'ont classée dans les névroses des fonctions intérieures l'ont mise à sa véritable place.
La suppression des règles dans l'âge de la vigueur, et surtout à l'époque de la puberté; les efforls que fait la nature pour établir cette évacuation, qui souvent paraît un moment et reste des années sans revenir, sont fréquemment la cause de phénomènes nerveux des plus extraordinaires, soit pour les formes variées qu'ils revêtent, soit pour les lieux qu'ils affectent. On a vu se succéder, en cas pareils, la loquacité et la mutité, la cécité et la plus grande finesse de la vision, la surdité et le sens le plus exquis pour les accords et l'harmonie, la stupeur et la perspicacité la plus étonnante, les goûts et les attitudes les plus bizarres , la raideur tétanique et les syncopes prolongées, la sensibilité et l'insensibilité des mêmes régions extérieures du corps. On voit ces mêmes personnes affecter des attitudes bizarres, imiter les chiens et les chats, et se cacher comme ces animaux dans les recoins et les lieux obscurs ; on les voit sauter ou courir au lieu de marcher, et tomber inopinément dans un état d'immobilité complète ; d'autres entendent et voient dans certains momens d'extase, mais elles ne peuvent le témoigner ni par la parole ni par les signes ; la volonté ne dispose pas d'une seule paupière pour servir d'interprète à la pensée.