Partie de ces désordres nerveux peuvent égale
ment résulter d'une vive affection morale dans la jeunesse, dans cet âge où l'irritabilité est portée si loin, et l'imagination si exaliable. C'est aussi le plus souvent parmi les jeunes sujets, surtout du sexe féminin, que l'on observe les convulsions et les extases d'irritation , telles que celles qui firent tant de bruit au tombeau du diacre Paris. Enfin ce sont les mêmes personnes qui nous ofirent des exemples du somnambulisme magnétique , pendant lequel les néophytes préfendent jouir d'une clairvoyance intérieure qui leur fait distinguer en elles , ou chez ceux avec qui on les a mis en rapport, les affections des viscères, ou qui leur donne la faculté de lire dans l'obscurité, soit avec le bout des doigts, soit par l'application des caractères sur la région épigastrique, etc., etc.
Nous ne confondrons pas les désordres trop réels causés par le défaut du tribut périodique, avec ce qui dépend du prestige et du fanatisme; mais nous dirons que le siège principal de tous ces phénomènes est le cerveau. Tantôt cet organe paraît lui-même le plus affecté, comme dans les altérations de l'intellect et des sens; tantôt il semble plutôt verser l'irritation sur les nerfs musculaires , qu'il maintient dans un état convulsif permanent, ou qu'il agite de plusieurs manières bizarres; mais ces différences ne sont que celles du degré , ou celles des régions et des fibres nerveuses encéphaliques où prédomine l'irritation. Quelquefois la réaction de l'encéphale sur l'appareil nerveux viscéral, par le moyen de la huitième paire, devient le phénomène le plus prononcé, comme î. Poilu 56
( 55o ) on le voit par les effrayantes palpitations, les appétits extraordinaires , les longues abstinences , ou l'excessive sensibilité' épigastrique dont ces maladies offrent l'exemple ; mais on ne peut aussi nier l'influence perpétuelle de l'utérus sur l'appareil encéphalique. Ce serait bien à tort que l'on se représenterait la matrice comme étrangère à tous ces désordres , parcequ'elle ne fournit plus le sang menstruel, et que Ion attribuerait à la déviation de ce liquide les phénomènes singuliers dont nous venons de parler. Les expliquer par le déplacement de l'irritation utérine habituelle , qui aurait pris une autre direction en abandonnant son ancien siège , ne serait pas lever toutes les difficultés , puisque les accidens nerveux dont il s'agit se déclarent quelquefois chez de jeunes filles où le flux rouge n'a point paru ou n'a fait que marquer, selon l'expression vulgaire. On ne peut, à notre avis, en prendre une juste idée qu'en admettant dans l'utérus un foyer perpétuel d'irritation, qui, agissant sur l'encéphale , imprimerait à la sienne des caractères particuliers que nulle autre influence ne serait capable de lui donner. Au reste, que les viscères composant le reste de l'appareil spianchnique reçoivent l'impulsion de l'utérus , à raison de la communauté de nerfs, ou qu'ils la tiennent du cerveau modifié par l'irritation utérine ; il reste toujours ici , comme dans toutes les névroses, des fonctions intérieures, deux foyers principaux plus ou moins rapprochés de 1 inflammation, l'un placé dans un viscère, et l'autre dans l'encéphale. Ces névroses ne sont donc pas plus va-
( të-1 )
gués que celles dont nous avons déjà donne' l'exposition.
Quant aux névroses qu'il est possible de rapporter au prestige d'une imagination trop affectible , telles que les convulsions des fanatiques, et celles parfois non moins réelles que l'on observe chez les personnes délicates exposées aux attoucliemens et aux gesticulations des prétendus magnésiteurs , il est clair que leur mobile est dans la portion du cerveau qui correspond aux sens externes et qui préside à l'intelligence. L'irritation cérébrale qui provoque les convulsions dont il s'agit, n'est pas plus une inflammation dans son début, que celle qui fait paraître les phénomènes nerveux des jeunes filles non raenstruées ; mais puisque les transports du fanatisme peuvent causer la folie aussi bien que la suppression du flux menstruel , et puisque la folie aboutit à l'encéphalite , ainsi qu'il est aujourd'hui surabondamment prouvé , qui pourrait hésiter à mettre ces névroses sur la ligne où toutes les autres ont été placées ?
Un phénomène nerveux encore plus singulier, s'il est possible, que les précédens, c'est celui que présentent certains névropathiques qui se plaignent d'une douleur fixe à l'épaule, par exemple, et chez qui cette douleur disparaît par l'apposition de la main, pour se porter dans un autre endroit, comme au genou, d'où l'on peut la chasser avec la même facilité ; de telle sorte qu'il est possible de lui faire ainsi parcourir presque tous les points de la périphérie. Cette expérience, bien constatée, tendrait à
( 55a ) faire croire aux personnes étrangères à la science de l'homme, que la douleur est une espèce de génie malfaisant qui tourmente selon son caprice les différentes régions du système nerveux; mais les médecins amis du vague, et qui répugnent à tout travail d'attention et de rapprochement, en conclueront que ce phénomène est un exemple frappant de névrose sans siège déterminé. Comme nous avons eu l'occasion d'observer de fort près plusieurs personnes affligées de cette bizarre indisposition , nous nous permettrons de ne pas partager cette opinion. Les malades dont nous parlons étaient tous des névropalhiques dont l'appareil digestif ou l'appareil génital étaient dans un état permanent de surexcitation ; ils joignaient à celte irritation fondamentale une irritabilité sympathique des nerfs des sens externes , de ceux des muscles et des articulations, chose assez ordinaire aux personnes nerveuses et faibles attaquées de gastrite chronique ou de toute autre phlegmasie viscérale prolongée. On en voit fréquemment chez qui tout l'extérieur du corps est douloureux à la pression; disposition qui cède, si l'on parvient à calmer l'irritation intérieure. Souvent aussi l'irritation rhumatismale ou la goutteuse concourent à augmenter l'endolorissement des parties extérieures du corps.
C'est dans cet éréthisme général de l'appareil sensitif, dans cette disposition doîorifique du manteau nerveux dont la nature a revêtu l'espèce humaine, que se manifeste la névrose qui nous occupe présentement. Nous n'entreprendrons pas de déterminer
( 553 ) la cause prochaine de la forme qu'elle affecte : tout ce que nous pouvons dire de plus plausible à ce sujet, c'est que, comme il est impossible à la faculté de perception de sentir de la douleur dans tous les nerfs de relation qui sont alors dispose's à lui en causer, elle n'en rapporte qu'à un seul point ; mais, d'autre part, comme l'irritation qui lui donne cette perception n'est pas intense, comme surtout elle ne tient pas à une congestion locale , et qu'elle n'est que sympathique , elle se dénature facilement par la stimulation que détermine le contact de la main ; et c'est une autre région dont les nerfs sontpareillement disposés, qui appelle l'attention du moi et lui donne l'idée de la douleur, ce qui se répète à chaque apposition des mains. Certes, si ces douleurs n'étaient pas de pures sympathies, si elles tenaient à une congestion quelque peu inflammatoire, soit du cerveau, soit des nerfs où elles sont perçues, soit des tissus qu'ils animent , une stimulation si légère ne pourrait pas les enlever; ou si elle les modifiait , comme îe font quelquefois les manipulations des magnétiseurs, ce ne serait que pour peu de temps.
Il est des douleurs produites par différentes causes , et dont l'opiniâtreté désespère quelquefois le praticien. Nous voulons en dire ici un mot en particulier.
En traitant plus haut de la manière dont l'irritation semble s'échapper d'un foyer viscéral d'inflammation dans les nerfs de relation qui lui correspondent de plus près, nous avons signalé une des causes de ces douleurs opiniâtres. Il peut arriver, en effet, que
malgré la cessation de l'affection visce'raîe , la sensibilité reste exaltée dans quelques muscles du torse , ou des membres qui n'avaient été affectés d'abord que par sympathie , et qu'il en résulte une névrose idiopalliique ; sorte de transformation que nous avons constatée. Ces douleurs paraissaient fixées dans les cartilages des côtes asternales, ou bien dans les fibres musculaires voisines ; et nous les avons trouvées opiniâtres,, bien que la gastrite ou la duodénite dont elles dépendaient fussent parfaitement guéries. Nous les avons également observées dans le muscle carré des lombes, dans les sacro-lombaires, dans les muscles du bassin, des cuisses, soit à la suite des pblegmasies intestinales, soit par celles des reins, des ovaires, de la vessie, du col utérin; et nous les avons vues persévérer ou se reproduire par la plus légère stimulation , bien qu'il n'existât aucun signe du foyer d'irritation qui les avait provoquées. Les viscères eux-mêmes , quand ils ont été stimulés pendant long-temps, conservent un état de sensibilité extrêmement opiniâtre, lors même que l'état inflammatoire n'existe plus , ou du moins quoiqu'il soit réduit à un très faible degré, et fort circonscrit. J'ai maintenant sous les yeux plusieurs sujets qui ont contracté cette excessive sensibilité de tout l'abdomen, et même des muscles, après avoir pris des purgatifs d'une manière soutenue tous les deux ou trois jours , pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Cette exaltation vicieuse de la sensibilité est fréquemment l'effet des doses répétées coup sur coup du purgatif de Leroi. Il s'y ajoute souvent
( 555 ) une extrême mobilité des intestins et des muscles des parois. Nous avons vu tout cela dans l'hypochondrie et l'hystérie; mais j'indique ici les cas où cet état d'endoiorissemen l ne gêne pas beaucoup les fonctions , n'empêche ni l'assimilation , ni l'embonpoint, et ne cause aucune inquiétude à ceux qui en sont porieurs.
Les imprudentes stimulations exerce'es sur l'appareil digestif dans l'intention de guérir les fièvres intermittentes, sans égard à l'irritabilité du sens interne gastrique , sont encore une cause de ces exaltations de sensibilité dans l'abdomen et quelquefois dans les muscles volontaires. Nous en avons souvent des exemples au Val-de-Grâce, chez des soldats qui ont été traités de ces maladies par d'impitoyables ontologistes qui n'avaient aucune idée du rôle que joue l'estomac au milieu du système sensible.
Tout ce que produisent les irritations des muqueuses profondes ou sens internes, peut être occasioné par les irritations des muqueuses extérieures, soit qu'elles constituent elles-mêmes le sens externe, soit qu'elles fassent simplement partie d'un appareil sensitif compliqué. Les ophthalmies souvent reproduites et irritées mal à propos , communiquent aux muscles des paupières, et même à ceux du globe, une disposition convulsive qui peut se prolonger et devenir idiopathique. L'abus des sialagogues et de la fumée du tabac, chez les personnes nerveuses, produit un état spasmodique et douloureux des muscles masticateurs , que j'ai vu persister après la cessation de la cause , aussi bien que celui qui résulte des dents
( 556 ) cariées, dont le nerf a été exposé à l'air et tourmenté par des applications plus ou moins caustiques. Certains sujets ne peuvent user du tabac en poudre sans ressentir des douleurs, ou sans éprouver des raouvemens convulsifs dans les muscles du nez , des joues et des yeux ou du pharynx : ce ptarmique, ou tout autre, pourrait produire des névralgies idiopathiques. La succion d'un enfant avide et fort développe souvent dans le dos et dans les omoplates d'effroyables douleurs , que l'on fait ordinairement cesser en interrompant la lactation ; mais ces douleurs peuvent persister après la soustraction de leur cause , et j'en ai recueilli plusieurs exemples.
L'abus du coït, et surtout de la masturbation, donne souvent à l'appareil musculaire bulbo-caverneux et ischio-caverneux une disposition couvulsive et une mobilité vicieuse, qui, jointe à celle des vésicules séminales , rend i'éjaculation trop facile, et constitue une névrose qui se prolonge souvent malgré la conduite la plus austère. Nous avons aussi vu la sensibilité tellement exaltée dans le scrotum etmêrae dans les testicules, par suite de pareils excès, que les malades y ressentaient un prurit fort incommode, et que le contact de leur vêtement leur causait presque des convulsions. La continence forcée, chez des sujets qui avaient l'habitude de fréquentes excrétions, peut également développer cette ardeur acre au scrotum , avec sensibilité générale de tout l'appareil génital, par l'excessive irritabilité qu'ont acquise les papilles sensitives, ou, si l'on aime mieux, la malière nerveuse faisant partie du tissu muqueux.
( 5S7 ) sens interne des vésicules spermatiques, en contact avec une liqueur acre et concentrée. Nous avons vu aussi des cas où la masturbation avait donné aux corps caverneux ainsi qu'à Furèthre une sensibilité morbide fort incommode et persistant après sa cause.
Les coups, les chutes, en un mot toutes les contusions violentes portées sur un nerf voisin de la périphérie , y laissent souvent une excessive sensibilité; et même quelquefois lui donnent la faculté , quand il souffre, de développer des mouvemens convulsifs dans les muscles où il se distribue : c'est ce qui constitue une espèce de névralgie plus douloureuse que convulsive , ou vice versa , que Ton observe quelquefois dans le nerf cubital ou cubi.to-.dig.ital j mais qui est possible aussi dans ceux des cordons du trifacial qui peuvent être exposés aux contusions et aux blessures.
On a vu les demi-sections et les ligatures de nerfs donner lieu à des convulsions et à des névralgies dans des régions voisines ou éloignées , et ces névroses se sont ensuite reproduites périodiques ou irrégulières, quoiqu'on eût fait cesser la cause qui les avait déterminées.
Les stimulations prolongées ou répétées à la peau y développent une sensibilité qui ne s'apaise souvent qu'au bout de plusieurs années, et qui parfois ne se détruit jamais complètement. Nous avons observé cela chez des personnes qui avaient long-temps porté des vésicatoires ou des cautères douloureux , et qui s'étaient opiniâtrées à les stimuler. Nous avons
fait la même remarque sur des sujets à qui l'on avait applique plusieurs fois , à des intervalles peu éloignés, des sinapismes sur la même partie. On trouve des personnes habituées à recourir souvent aux pédiluves pour faire cesser des étouffemens, chez qui cette pratique occasione une telle sensibilité des pieds, qu'elles ne peuvent de leur vie y supporter aucune espèce de stimulation. L'abus des frictions, si commun chez les hypochondriaques , qui sont sujets à outrer toutes les prescriptions , donne souvent à certaines régions de la peau une sensibilité qui devient une véritable maladie.
Le froid, cette cause si puissante des névralgies des gros troncs nerveux , en occasione aussi dans les branches secondaires , ou communique un surcroît de sensibilité à quelques fîlamens , soit dans les muscles , soit dans le pourtour des articulations. Quand on a long-temps souffert de ces sortes de douleurs, elles- reparaissent dans une légère nuance, ou l'on en ressent d'autres analogues dans différentes régions du corps, aussitôt que l'on diminue l'épaisseur des vêtemens dont on avait contracté l'habitude ; il s'établit une disposition à l'irritation douloureuse des nerfs de relation , qui se réveille par îa plus légère soustraction du calorique cutané, et l'on voit des tressaillements convulsifs se manifester aussitôt dans les fibres musculaires où les nerfs irrités se distribuent. S'il n'y a pas de muscles , et que ce soit une articulation, on y sent de la raideur , de la plénitude et un craquement qui marque que la sécrétion synoviale est altérée : tant est grande
( 559 ) l'influence des nerfs sur les tissus, quels qu'ils soient, avec lesquels ils communiquent.
Lorsque les expansions nerveuses sensitives et les cordons musculaires ont ainsi pris l'habitude de l'irritation, un rien la renouvelle : c'est alors que tous les changemens atmosphériques retentissent dans les tissus, et sont même pressentis plusieurs jours à l'avance. Â.lors aussi les affections morales un peu vives ne manquent jamais d'aller réveiller l'irritation dans le point de l'appareil nerveux qui s'y trouve pour le moment le plus disposé , et l'existence devient extrêmement malheureuse.
Les crampes ne doivent pas être oubliées dans notre énumération : ce ne sont point des névroses à siège fixe et déterminé , quoiqu'elles affectent souvent de reparaître dans la même région.
La disposition aux crampes est quelquefois si répandue dans les muscles soumis à la volonté, qu'aussitôt que cette faculté exige d'eux un effort un peu considérable , on les voit conserver pendant plusieurs minutes la contraction dans laquelle ils viennent d'entrer, et qui toujours est fort douloureuse.
Cette névrose tient , autant que nous avons pu nous en assurer, à des excitations trop vives de divers genres, aux veilles prolongées, à la contention d'esprit, aux excès du coït , aux phlegmasiec; chroniques des grands viscères, ou du moins à la surexcitation de ces viscères, qui toujours est réfléchie sur l'encéphale; à l'abus du vin blanc, du café et des boissons alcooliques , des épices , aux vers , à certains poisons ; en un mot il nous semble , qu'on
( 5.6.o ) peut toujours la rapporter ou à la surexcitation d'un foyer visce'ral , ou à celle de l'encéphale, ou bien à une irritabilité' établie dans certains muscles par des causes locales , telles que le voisinage d'un foyer d'inflammation, des frictions trop excitantes, des efforts trop soutenus ou trop répétés , etc. ; mais, dans ces cas, la crampe ne se manifeste pas dans les autres régions de l'appareil locomoteur.
La difficulté', dans tous les cas que nous venons de signaler dans ce commentaire , est de déterminer quel est et quel a e'te' le point le plus irrite'. Celui qui donne actuellement à telle ou telle partie quelconque du syslème nerveux son irritabilité' vicieuse, ne supporte aucune stimulation impune'ment; celui qui jadis lui a donne' cette irritabilité' doit être ménagé , parcequ'il reprend facilement l'irritation qu'il a perdue. Ces considérations nous seront d'un grand secours dans la thérapeutique.
Tantôt c'est l'encéphale qui est le point le plus irrité, car son irritation suffit pour occasioner des douleurs, des contractions, des convulsions dans les muscles les plus éloignés ; tantôt c'est un grand viscère qui le sollicite continuellement à innerver sur une branche musculaire ; dans d'autres cas enfin, c'est cette branche elle-même qui est restée en possession de l'irritation qu'elle reçut autrefois par Tune de ces causes. Au surplus, quand on croirait être sûr que l'encéphale n'est pas primitivement affecté, on ne devrait jamais oublier qu'il est toujours pour beaucoup dans les douleurs , et surtout dans les convulsions. Lorsque la douleur a existé long-temps à un
( 56i ) degré un peu considérable, on est sûr qu'il est irrite, puisque la perception elle-même est, physiologiquement parlant, une stimulation du tissu encéphalique. Lorsque la convulsion est continue ou seulement trèsfacile à provoquer, nul doute aussi que l'encéphale ne soit trop prompt à lancer son innervation : autre vice radical qui nous accuse encore une excessive irritabilité de cet appareil. Tel est le cas de ceux qui sont sujets à la chorée et aux tremblemens plus ou moins approchant de l'état conlinu. Il existe chez de pareils sujets une irritation cérébrale, sinon de celles qui mènent à la suppuration, au moins de celles qui épaississent les tissus lamineux transparens, les rendent opaques, adhérens entre eux et avec la substance cérébrale, ou isolés par une sérosité opaque qu'ils ont exhalée; de celles qui font que les fibres blanches se condensent en vertu de leur contractiiité, et diminuent la masse du cerveau ; de celles qui, tantôt y produisent l'induration avec confusion des substances et des lignes qui les parcourent, et tantôt y laissent voir un ramollissement avec des extravasations diverses formant des taches marbrées ; de celles qui produisent des encéphaloïdes , des ossifications, etc.
Ou'avez-vous dit, s'écriera quelque anatomo-pathologiste? Vous indiquez les traces de l'aliénation mentale.
J'indique les traces des irritations chroniques de l'encéphale et de ses membranes; reste ensuite à déterminer si ces irritations doivent nécessairement produire tous les symptômes que les auteurs assi-
( 562 ) gnent à la folie. Je crois qu'ouvrant la scène morbide, les irritations ence'phaliques qui occasionent tous ces changemens d'organisation doivent en effet déterminer les symptômes de la folie avec plus ou moins d'agitation et un délire plus ou moins étendu; mais je crois aussi que les personnes qui ont été pendant long-temps tourmentées sans déiire par les convulsions, les trcmblemens,les douleurs de membres , et qui finissent par la clémence et par la paralysie générale , peuvent présenter les mêmes altérations pathologiques ; et je pense qu'alors l'irritation qui , plus vive , aurait fait délirer par activité excessive des perceptions, n'a produit le délire qu'après avoir épuisé la force d'innervation inlra-céphalique, c'est-à-dire par la faiblesse de ces mêmes perceptions. Sans doute ce délire est très différent du premier; toutefois il me semble que l'irritation qui aurait pu produire la folie proprement dite, si elle eût été plus active , n'a donné pendant long-temps que des convulsions et des douleurs dans les expansions nerveuses de l'appareil locomoteur. On demandera si j'admets que la même matière nerveuse encéphalique préside aux phénomènes d'innervation sensitive et d'innervation motrice. Ce n'est pas cela que je dis, je me contente d'avancer, parceque je crois en avoir des preuves , que la même irritation qui exagère le mouvement musculaire et la sensibilité de relation, peut aussi produire le délire actif ou par excès de pensée, et le délire par défaut de pensée et de mémoire, qui rentre dans la démence des auteurs. La proximité des fibres nerveuses intra-céphaliques, sen-
( 565 ) suives, intellectuelles et motrices, est assez grande pour qu'elles exercent les unes sur les autres des influences perturbatrices très conside'rabîes. Je m'expliquerai plus tard sur toutes les particularite's de ces faits, que je n'indique ici que d'une manière générale. ,
Mais quelle ide'e faut-il enfin se faire de cette irritation nerveuse dont nous avons rappelé' les formes diverses ?Sur ce point, nous nous expliquerons sans réticence et en peu de mots, parce que nous avons à exprimer une ide'e dont les preuves ont été donne'es avec le plus grand de'tail dans notre Physiologie, et dans tout ce que nous avons e'crit sur les maladies nerveuses. L'irritation du système nerveux n'est pour nous qu'un mouvement, ou plutôt des mouvemens trop rapides dans la substance blanche qui constitue, suivant nous, la matière nerveuse par excellence. Quels sont ces mouvemens? Nous les croyons de contractilité : nous les regardons comme des alternatives de condensation et de relâchement. Si l'on trouve cette ide'e grossière , nous en sommes fâche' ; mais nous croyons qu'elle se confirmera parle secours du temps et des instrumens qu'il saura prêter à notre faiblesse. Ce n'est point par une analogie tirée delà contractilité de lafibrine etdecelledela gélatine, que nous en jugeons , c'est d'après l'observation directe. Nous ne saurions penser que les mouvemens de chaque fibrille nerveuse soient, différens de ceux de la masse tout entière de l'encéphale que nous voyons revenir sur elle-même, lorsqu'elle a été soulevée par la pulsation des artères de la base, ou par l'expiration.
( 564 ) Nous ne pouvons nous figurer que ce ne soit pas en vertu de cette force de condensation , que les différentes régions de la masse encéphalique exécutent ces mouvemens vermiculaires qui font frotter les surfaces arachnoïdiennes les unes contre les autres. Le poli de l'arachnoïde nous paraît non seulement être la preuve de mouvemens ondulatoires pareils à ceux des intestins et du poumon, à l'intensité près cependant ; nous allons même jusqu'à croire que ce poli , et la confection de l'arachnoïde elle-même , sont des effets de ce même frottement. Or, c'est ce mouvement vermiculaire de masse que nous suivons dans chaque fibre semi-liquide en particulier, et c'est là que nous le voyons constituer ces vibrations nerveuses dont on a parlé si vaguement.
Est-ce là tout, nous demandera-t-on bien vite? Hélas non ! cela est encore bien loin de la cause première du phénomène de l'innervation. Nous professons qu'il se passe dans les tissus les plus mous , dans les tissus semi-liquides où commencent tous les mouvemens de l'organisme animal, des phénomènes moléculaires ; c'est-à-dire qu'il s'y fait des combinaisons fondées sur des affinités vitales sur le mode desquelles nous ne pouvons acquérir aucune donnée précise , parceque nous n'en voyons que les résultats, ce qui n'est même pas toujours possible, et que nous n'avons aucun moyen de les imiter. Or, la partie de notre matière la plus rapprochée du liquide est sans contredit la substance nerveuse ; mais elle n'est pas seule sur ce théâtre primitif des scènes de la vie : elle y est avec des molécules apportées
( 565 ) par le torrent arte'riel ; elle y est avec l'oxygène , peut-être avee quelque autre élément non moins essentiel , provenant de l'air atmosphérique ; elle s'y trouve aussi avec le calorique : on ne peut dire ni jusqu'à quel point l'agent que nous nommons électricité peut y figurer, ni s'il s'y peut rencontrer d'autres impondérables , ni s'il existe un fluide particulier aux nerfs , puisqu'il est impossible d'en recueillir une seule goutte ; ni comment les attractions moléculaires que nous voyons dans les corps bruts sont modifiées dans la trame nerveuse ; ni les changemens qui doivent en résulter par rapport à la matière animale constitutive des nerfs. Mais ce qu'on peut affirmer avec assurance , c'est qu'il s^j passe des changemens qui renvoient le sang bien différent de ce qu'il était à son arrivée , et cela nous porte , que dis-je ! nous force à croire que si le défaut d'oxygénation du sang dans le poumon est si promptement funeste àla force d'innervation , cela ne peut dépendre que d'un changement de la matière nerveuse semi-liquide dont nous traitons, qui la rend impropre à l'excitation des organes. C'est ainsi qu'agissent, selon nous , les gaz assez délétères pour occasioner la mort au moment où ils pénètrent dans la substance nerveuse des expansions sensitives : c'est de la même manière que nous expliquons l'action de l'acide hydrocyanique, qui , déposé sur la langue, éteint subitement la vie, etc., etc.
Si Ton demande maintenant comment les mouvemens de contractilité que nous admettons dans la matière nerveuse peuvent servir d'instrument à ces
1 , Paih, j'«
( 566 ) modifications moléculaires, et si c'est par la propagationdecesmouvemens, ou parla progression d'un impondérable, que les stimulations cheminent le long des nerfs avec la rapidité de la foudre; si l'on insiste pour savoir comment le phénomène de la sensation, celui de la pense'e , ou seulement celui de la contraction musculaire , se rattachent à la contractilite' d'albumine, aux affinités des solides avec les fluides, et au rôle des impondérables dans la substance nerveuse , nous dirons que c'est là ce qui constitue l'inconnu, auquel il est impossible d'atteindre.
Qu'on ne croie pas nous re'futer en alléguant que la vie et la présence des liquides ne sont pas nécessaires à l'innervation, puisque la commotion électrique parcourt un nerf séparé du corps et détermine la contraction des muscles auxquels il se distribue. Nous répondrions que la vie existe encore dans le membre coupé, et qu'elle y reste auîant de temps qu'il obéit au galvanisme ou à l'électricité. Quant aux fluides, nous dirions qu'ils y sont aussi, dumoinsen quantitésuffisante,pour obtenir ce qu'on obtient d'innervation; nous ajoulerions encore que cette innervation forcée et factice épuise plus promptement ce qu'il y a de vie dans ces muscles séparés du corps, et prépare une plus rapide putréfaction , en dérangeant les affinités qui étaient l'ouvrage de la vie, qui même la constituaient.
Si nous rappelions ici toutes les observations et toutes les expériences des médecins qui cultivent la physique concernant la durée de l'irritabilité à la suite des différens genres de mort et des agens me-
■( 567 ) dicamenteux ou vénéneux auxquels l'animal a été soumis , nous trouverions en abondance des preuves qui viendraient à l'appui de nos assertions : nous verrions constamment que tous les modificateurs qui précipitent l'innervation au-delà d'un certain degré laissent la fibre sans irritabilité, et facilitent beaucoup le travail dissociateur de la cbimie brute.
CGVII.
Les obstacles à la circulation ne dérangent les fonctions des principaux viscères que lorsqu'ils sont situés dans le cœur ou dans les gros vaisseaux.
Les obstacles à la circulation du sang n'avaient été considérés isolément dans aucun système de nosologie. Les symptômes qui leur appartiennent étaient confondus avec mille autres dans les maladies où ces obstacles existent. Les médecins étaient par cette raison gênés dans leur diagnostic et embarrassés dans la détermination des indications curatives.
En distinguant ce qui dépend de la difficulté du passage du sang à travers le tissu des viscères d'avec ce qui résulte de toute autre cause, et en rapportant les symptômes qui proviennent de cette difficulté à l'irritation , la doctrine physiologique a fait faire un grand pas à la science. En effet , qu'y a-t-il de commun entre l'anévrisme du cœur et l'épaississement de ses parois avec induration , inaptitude à la sys-
( 568 ) iole et à la diastole ; entre la dilatation excessive des embouchures artérielles dans le cœur, et leur obturation par une ve'ge'tation ou un polype; entre la dilatationdela crosse de l'aorte et son rétrécissement ; entre la péricardite, où le cœur est comprimé par une suppuration intra-péricardienne, et une collection ou une tumeur qui presse le péricarde lui-même ou les gros troncs vasculaires qui s'abouchent avec le cœur; entre toutes ces maladies et la péripneumonie , ou la pleurésie ; entre un accès d'asthme et toutes ces affections? Enfin, qu'y a-t-il de commun entre tout cela et une douleur de goutte qui se déplace pour remonter à la poitrine (langage vulgaire ), si ce n'est la difficulté avec laquelle le sang traverse le cœur, les poumons , et satisfait au besoin de la respiration ? Existe-t-il un moyen de distinguer au premier abord, et même après un mûr examen, pendant la vie , toutes ces affections les unes des autres, et de concevoir bien clairement la maladie qui se présente à traiter? Non , sans doute , ce n'est qu'après des tâtonnemens longs et pénibles, après des rapprochemens difficiles , fondés sur la connaissance parfaite des lois de l'économie , et dont un petit nombre de médecins sont susceptibles ; ce n'est qu'à la faveur de renseignemens exacts sur le commémoratif, qu'il est très rare d'obtenir, que l'on parvient à soupçonner la cause de la dyspnée qui existe dans la plupart des cas sus-mentionnés. Si quelques uns sont clairs, comme l'hypertrophie bien prononcée, combien d'autres sont d'une obscurité désolante , par exemple , l'induration , la hernie , la
( 569 ) déchirure des parois du cœur, avec formation d'un caillot qui prévient l'effusion du sang, les oblitéralions de l'aorte par la formation d'une couenne, etc. ? Que faire en nosologie de ces maladies, ouplutôt de ces groupes de symptômes, produits de divers points d'irritation qui se sont développés , accrus et multiplie's tacitement pendant une longue suite d'anne'es? Veut-on les classer pre'cise'ment par groupes analogues ? Ces cas étant toujours diversement compliques , l'analogie n'est jamais exacte. A-t-on la prétention de les caractériser à la manière des analomo-pathologistes , qui aspirent à fonder la nosologie sur Je mode d'altération ? On n'y parviendra que par hasard, une fois sur mille. D'ailleurs, ces deux méthodes ne fournissent point d'indications certaines. Il n'y a d'autre méthode à suivre que de saisir ce que tous ces cas ont de commun, et d'en faire le caractère distinctif du genre. Mais quel est le caractère commun? est-ce la dyspnée ? Elle existe dans tous les cas rapportés , mais; comme elle appartient également à d'autres , par exemple , aux compressions cérébrales, aux péritonites , aux gastrites, aux accès d'hystérie, etc., on ne peut pas désigner ces maladies par le nom de dyspnées. D'ailleurs, cette expression ne désigne pas assez clairement la modification physiologique qui est à détruire.
Mais si l'on remonte à la cause évidente de cette dyspnée , à la stagnation forcée , mécanique du sang dans les poumons , on possède un phénomène commun à tous ces cas , et surtout un phénomène dont le simple énoncé fixe l'indication qu'il est urgent
( 570 ) de remplir. Il faut effectivement , dans toutes ces circonstances, ou évacuer le sang pour diminuer sa stagnation, ou l'appeler vers la périphérie; il faut toujours modérer l'hématose, et constamment s'opposer à toute modification qui pourrait précipiter le cours du sang vers le lieu où il n'est déjà que trop accumulé. A la tête de ces modifications figure, sans contredit, l'exercice musculaire; par conséquent, voilà les trois premières indications sur lesquelles reposent le traitement préservatif, le curatif et le palliatif des obstacles ; les voilà, dis-je, irrévocablement posés par le seul fait de la dénomination. Avec de pareilles données, on n'envoie pas promener, sans l'avoir saigné, un sujet que la pléthore dispose à l'hypertrophie du cœur, mais qui n'accuse encore aueune sensation pénible du côté de ce viscère ; on ne hâte pas les progrès d'une irritation du même organe, qui ne cause encore que des symptômes nerveux, en conseillant îe bain froid et les antispasmodiques ; on prévoit les conséquences d'une gastro-entérite commençante, et l'on ne se presse pas de restaurer un convalescent plein d'appétit, qui ne conserve d'autre trace de sa maladie aiguë que de rapides et fortes pulsations à la région du cœur.
On a pu remarquer qu'en donnant l'idée générale de l'obstacle au cours du sang placé au centre de la circulation , nous avons nommé quelques maladies aiguës, comme la pneumonie, la pleurésie, la péricardite, la gastrite : ce n'était pas dans l'intention de les laisser dans celte classe ; elles sont beaucoup
( 57> ) mieux dans celle des plegniasies , dont elles réunissent d'ailleurs tous les caractères. Nous ne laissons ici que les affections qui n'ont pas de place ailleurs , et qui se distinguent encore par la communauté desindications curatives sus-mentionnées. Un examen très attentif fait quelquefois distinguer la cause de l'obstacle, mais cela ne change point l'indication radicale; cetteperfectiondu diagnostic n'est qu'une donnée de plus pour la certitude du pronostic qu'on doit porter. Dans tous les cas indiqués , l'obstacle est au centre de la circulation, dans le point le plus rétréci du cercle circulatoire; et c'est précisément pour cette raison qu'il existe tant de symptômes graves , comme la difficulté de respirer et celle d'exécuter la locomotion, avec un malaise qui parait général et un dérangement dans la fonction assimilatrice : tout le reste est secondaire. Mais la lésion des trois fonctions intérieures fondamentales , la circulation , la respiration et la nutrition, n'existent point simultanément quand l'obstacle au cours du sang n'intéresse qu'une section de l'arbre circulatoire : stagnation du sang appréciable par le gonflement des vaisseaux, la coloration et la turgescence de la partie, voilà tout ce qui frappe l'observateur lorsque cette partie est extérieure. Quant aux obstacles bornés à chaque viscère en particulier, il y a une distinction à faire : s'ils intéressent le passage du sang à travers le tissu du cœur, on doit les rapporter aux obtacies généraux ; mais s'ils sont tout-à-fait circonscrits dans un viscère, comme dans le cerveau, le foie , la rate, un rein, le pancréas , ils rentrent dans les irritations de chaque
organe. Telles sonl en général les idées que renferme la proposition CCVII.
GGVIII.
Dans les cas d'obstacles à la circulation , l'hydropisie vient de la stagnation du sang dans l'appareil veineux.
Il est clair que les fluides absorbés doivent tous passer par le système veineux. Les uns s'y rendent parle plus court chemin, c'est-à-dire qu'ils sont conduits dans les radicules veineuses par des canaux dont la dissection n'est pas encore bien faite ; les autres n'y parviennent qu'après avoir parcouru la longue route du grand système lymphatique, et s'être réunis avec le chyle provenant dé la surface gastrôintestinale. Or, il est évident que, pour exercer l'absorption,les vaisseaux centripètes blancs et noirs ont besoin de trouver un débouché dans l'oreillette droite du cœur. Donc, toutes les fois que la veine Gave ne pourra se débarrasser librement du sang qu'elle présente au cœur, tout le système centripète restant trop plein, se trouvera dans l'impossibilité de continuer régulièrement l'absorption; alors les fluides oubliés sur les surfaces séreuses et dans les aréoles du tissu cellulaire les distendront en s'y accumulant, et produiront l'hydropisie. Voilà précisément ce qu'exprime la proposition; mais notre devoir est d'y joindre certains déveioppemens.
D'abord, il faut noter que l'hydropisie est souvent
lente à paraître, et que l'obstacle au sang qui débouche des deux veines caves est, chez bien des personnes, en apparence porté à un point extrême, sans qu'il se manifeste encore aucun symptôme d'hydropisie.Dans ces cas, que nous avons long-temps médités, nous n'avons pasvu que le flux de l'urine fût très copieux : il faut donc croire que l'e'liminalion de l'eau surabondante est opérée par la voie de l'exhalation cutanée; car on n'observe même pas de sueurscopieuses. Les ouvertures de cadavres nous ayant souvent montré des traces d'inflammation dans les vaisseaux sanguins, à la suite des anévrismes et autres affections organiques du cœur, nous nous sommes demandé si la phlogose des veines n'aurait pas quelque influence sur la production de Fhydropisie , qui termine si fréquemment la Yie des malades. Nous avouons que les faits ne se sont pas assez répétés pour que nous puissions établir des propositions générales. Les personnes qui souffrent de la circulation ont généralement deux manières de finir : tantôtellespérissent subitement par une brusque suspension du cours du sang, et tantôt, après dessouffrances fort longues , elles s'affaiblissent, et tombent dans une funeste hydropisie. Nous indiquons ici ce qui est le plus ordinaire , car bien d'autres chances sont possibles. Nous les mentionnerons, mais nous devons dire ici qu'il est des cas d'obstacle où l'hydropisie est un des premiers symptômes ; et comme alors on la guérit aisément ? et même radicalement, par la saignée, suivie d'une hygiène bien entendue, il est probable que l'inflammation des veines n'y estencore
( &74 ) ^ pour rien, et qu'on ne peut s'en prendre qu'à la pléthore de ces vaisseaux. Mais il ne suit pas de là qu'une longue durée de l'obstacle au cours du sang ne finisse pas par alte'rer les veines et y de'velopper une inflammation ve'ritable, ou seulement une subinflammation telle qu'on en trouve dans les veines variqueuses de la périphérie. Il est encore possible que cette inflammation descende de l'oreillette par la veine cave , ou que, partie du ventricule gauche , elle n'arrive dans les veines qu'après avoir traverse' le système capillaire. D'autres chemins sont encore possibles, par exemple, la propagation, dans les rameaux de la veine porte , de l'inflammation qui occupe la muqueuse digestive ; enfin, pour se bien pre'server de toute idée exclusive sur les causes et le mécanisme de cette hydropisie, on ne doit pas oublier que ceux qui ont long-temps souffert de la dyspne'e de'pendante de l'obstacle au cours du sang ont e'té nécessairement débilités et relâchés par de fréquentes saignées, par l'abstinence à laquelle leurs étouffemens les contraignaient, par le défaut de sommeil , et par l'imperfection de l'oxygénation de leur sang.
GGIX.
L'augmentation subite de la dyspnée dans l'anévrisme du cœur, par l'effet de la locomotion, prouve l'influence du système musculaire sur la circulation veineuse.
Cette proposition n'est pas uniquement applicable
( 575 ) à la physiologie normale; on peut en tirer grand parti dans l'hygiène des personnes qui, par leur constitution native ou acquise , ont à craindre les obstacles au cours du sang dans le point rétréci du cercle circulatoire.En effet, si toutes les fois que les muscles entrent en action ils attirent une plus grande quantité de sang et en chassent davantage dans le système veineux, comme nous l'avons prouvé dans notre Traité spécial de physiologie; si ce fluide, vivement poussé vers le cœur par une grande quantité de muscles simultanément en action, exerce une violence dangereuse sur la veine cave et sur l'oreillette droite; si le cœur est obligé de précipiter alors ses pulsations ; si ce surcroît d'action ne peut qu'accroître une hypertrophie qui menace de le conduire au ramollissement anévrismatique , nul doute que l'exercice fatigant ne doit jamais entrer, comme moyen préservatif ou curatif dans le traitement hygiénique des personnes , qui ont à craindre les suites d'une irritation du cœur. Sans doute les médecins qui ordonnent ces exercices n'ont que de bonnes intentions ; ils prétendent corriger par l'innervation musculaire une nervosité vicieuse , qu'ils attribuent à toute autre cause qu'à l'obstacle au cours du sang; ou bien ils se figurent que les troubles du cœur, lorsqu'ils sont apparens, sont eux-mêmes de nature nerveuse , et doivent céder à la révulsion vers l'appareil locomoteur. Il importe donc beaucoup de ne rien omettre dans les traités de séméiotique de ce qui peut éclairer la marche des affections du centre circulatoire, qui peuvent aboutir à l'ob-
( 576 ) stacle au cours du sang; mais comme ce travail n'existe dans aucun traite' ex professo sur cette matière, puisqu'ils sont tous rédigés suivant les méthodes humorales, empiriques ou ontologiques , nous nous imposons l'obligation de consigner dans ces commentaires ce que nous savons de positif à ce sujet, lorsque nous aurons examiné foutes les propositions qui ont rapport à ces maladies.
GGX.
Les congestions inflammatoires et les sécrétions prouvent l'influence du système capillaire sur la circulation du sang.
L'irritation qui préside aux inflammations appelle le sang dans le tissu qu'elle occupe, empêche une grande quantité de globules de regagner les veines , en les fixant dans son foyer d'abord, et ensuite dans les environs. Elle n'arrête cependant pas tout le sang qui est dirigé vers elle par l'impulsion du cœur; car toute inflammation finirait par un obstacle général à la circulation : au contraire, l'impulsion qu'elle donne aux artérioles de son pourtour agissant toujours sur ce sang, précipite sa progression vers le système veineux. Or, tous ces changemens du cours des fluides sont indépendans de l'impulsion du cœur, tant que l'inflammation n'est pas assez intense pour précipiter son action; ils prouvent donc
( &77 ) l'influence du système capillaire sur la circulation du sang.
Il en est ainsi d'un sécréteur qui reçoit et renvoie plus de globules sanguins, quand un surcroît d'innervation indépendante du cœur le force à un surcroît de sécrétion : tel est le foie, stimulé par le passage du chyme dans le duodénum ou par un purgatif; telles sont les glandes salivaires, lorsqu'elles sentent la stimulation d'un siolagogue placé dans la bouche. Toutes ces actions capillaires locales pouvant déranger le cour régulier et monotone du sang dans son passage à travers ces tissus, ne peuvent qu'influencer puissamment la circulation.
La proposition a rappelé tous ces faits à l'occasion des obstables au cours du sang, afin de présenter simultanément à l'esprit tout ce qui peut exercer une influence avantageuse ou nuisible aux dyspnées que déterminent les obstacles du centre circulatoire , et pour montrer comment l'irritation peut en provoquer de partiels.
CGXI.
L'absorption prouve l'influence du système capillaire sur la progression des fluides non sanguins.
Ceux qui ne veulent reconnaître, pour la progression du sang , d'autre force impulsive que celle du cœur, sont obligés du moins d'avouer que ce viscère
( 578) n'exerce aucune influence sur l'absorption du chyle dans le canal digestif, et de la lymphe sur les surfaces se'reuses cellulaires, en un mot sur toutes les surfaces de l'économie. Mais nous venons de voir que le cœur est étranger aux congestions de sang qui naissent sous l'influence des irritations locales, soit normales, soit anormales, dans les muscles, dans les organes secrétaires et dans tous les foyers d'inflammation ; il est donc évident que beaucoup de fluides centrifuges sont soustraits à l'impulsion du cœur, une fois qu'ils ont gagné l'extrémité de l'arbre artériel , et que d'autres fluides s'avancent vers le cœur, avec une partie des précédens, sans avoir derrière eux le vis a tergo du cœur.
Ces vérités physiologiques , trop long-temps méconnues , ne doivent pas être ici un simple objet de curiosité étranger au sujet que nous traitons. Cette influence des irritations des systèmes capillaires et de la contractilité des différens vaisseaux sur les fluides centripètes, explique comment il est possible que la circulation continue malgré l'inertie, le ramollissement et la rigidité du cœur devenu presque immobile, ou malgré les obstacles situés près de la source du torrent artériel et s'opposant à ce que la systole soit ressentie bien loin dans l'aorte. Cette même influence fait voir aussi que l'action propre des vaisseaux excréteurs et des exhalans doit beaucoup retarder l'apparition de l'hydropisie, en débarrassant le corps d'un superflu de sérosité que les lymphatiques et les veines ne peuvent plus résorber. Ces
( 579 ) considérations, jointes à la connaissance des lois vitales qui retiennent les fluides dans les tissus irrités, doivent servir à e'clairer le praticien qui cherche des indications dans les cas difficiles : elles peuvent, par exemple , lui sugge'rer l'idée de provoquer Faction auxiliaire desorganes éliminateurs, sans toutefois les stimuler à un degré qui les expose à devenir eux-mêmes le siège d'un embarras partiel, qui ne ferait qu'ajouter à l'embarras général.
Le malaise et l'angoisse des obstacles à la circulation déterminent tôt ou tard la gastrite; les médicamens stimulans lui font faire des progrès.
Il est question de deux choses dans cette proposition, du malaise et de Fangoisse qu'occasione la difficulté du passage du sang dans le centre de la circulation , de la gastrite qui doit tôt ou tard en résulter. Nous traiterons successivement chacune de ces deux questions.
A quoi tient le malaise qu'éprouvent les personnes affectées d'un obstacle central au cours du sang ? Sans doute il a bien des causes , mais nous pensons que la principale est la difficulté de l'oxygénation de ce fluide. Cette difficulté dépend elle-même de ce que le sang, traversant les poumons avec trop de lenteur, le renouvellement de ce fluide n'est pas
( 58o ) assez prompt dans les principaux viscères, c'est-àdire dans le cerveau et dans l'appareil digestif. En effet, le prompt e'change des moîe'cules sanguines qui ont servi à une fonction quelconque est nécessaire pour que le sentiment de bien-être ordinaire de la santé persiste. Si donc cet e'change est ralenti, le malaise se déclare ; et si le ralentissement continue , l'angoisse ne tarde pas à lui succe'der.
Ce que nous avons dit plus haut en terminant nos dissertations sur le système nerveux doit être ici rappelé, pour rendre raison de ces espèces de douleurs que l'on désigne par les expressions vagues de malaise , mal-être , angoisse. Dans ce passage , nous avons prouvé que la continuation de la vie tenait essentiellement à des combinaisons moléculaires qui se font dans la matière semi-fluide du système nerveux, et dont l'oxygène et les principes fournis au sang par l'air atmosphériques sont les matériaux, sinon uniques, au moins essentiels. Nous avons ajouté qu'aussitôt que ces matériaux manquaient à la matière nerveuse , elle perdait les conditions qui la rendent propre à exciter le jeu des fonctions , c'est-à-dire les fibres, qui sont les instrumens grossiers et visibles de ces fonctions; or, c'est ce changement funeste de la matière semi- fluide des nerfs , dont l'imminence produit le sentiment de mal-être que nous étudions maintenant.
Où est-il perçu? nous demandera-t-on ; dans tous les lieux où la matière nerveuse est en état d'expansion avec la matière sanguine apportée par les artères , compagnes constantes des -nerfs , c1est-à-
(-581 ) dire dans toutes les surfaces muqueuses et dans le cerrveau, qui n'est lui-même qu'une immense expansion nervoso-sanguine. Puisque toutes les modifications tant soit peu considérables des nerfs se transmettent, avec la rapidité de l'éclair, d'une partie de ce système à toutes les autres, il ne faut pas être surpris que la lenteur de l'oxigénationrépande le mal-être dans toute l'économie. D'ailleurs , la cause de ce mal -être est à la fois dans tous les organes sensibles, qui tous en même temps s'ennuient des vieilles molécules sanguines , et en demandent de nouvelles à l'instinct conservateur. Si l'on s'enquiert du siège de cet instinct, nous dirons qu'il est partout dans le système nerveux ; c'est-à-dire que la perception des besoins n'est autre chose qu'un résultat du changement de ce système auquel se joignent certains mouvemens, dont les principaux se passent dans l'encéphale , et surtout dans le cervelet et la moelle alongée. L'intellect lui-même ne peut avoir d'autre siège que l'ensemble de l'appareil sensitif : l'un et l'autre ne peuvent être que des mouvemens de cet appareil , occasionés par des changemens moléculaires qu'il éprouve ; et fixer sérieusement , sans parler par figures , des sièges particuliers à chaque phénomène intellectuel et instinctif, ou isoler dans l'appareil encéphalique des prétendus incitateurs pour chaque organe , n'est pas moins ridicule que d'asseoir l'âme, comme une faculté matérielle, sur la glande pinéale,ou de la faire nicher dans la matière nerveuse de la protubérance annulaire. Les vivisecteurs peuvent bien quelque-
] . Path. 38
fois blesser clans son trajet un faisceau de fibres nerveuses qui se rend à tel muscle ou à tel organe : mais de cette expérience aux inductions qu'ils veulent en tirer, d'une multitude de facuîte's motrices , sensitives , instinctives , intellectuelles , indépendantes les unes des autres , et qui composeraient la république de l'encéphale, il y a loin, bien loin.... Si Ion ne nous comprend pas aujourd'hui , nous nous ferons comprendre plus tard.
Après cette première cause du mal-être instinctif , nous en ferons noter une seconde, une troisième , peut-être en trouverons -nous davantage. Mais d'abord il importe de bien isoler ta première, et de la réduire à sa pure valeur.
Sil'oxigénation était toujours très défectueuse dans les dyspnées par obstacle au cours du sang, les autres causes de mal-être n'existeraient pas ; la vie ne conserverait pas assez d'énergie pour qu'elles existassent. Mais le danger est le plus souvent exagéré par le sentiment instinctif conservateur: en d'autres termes, pour un trèslégerdéncitd'oxigénation,le moi conçoit des inquiétudes extrêmes chezcertains sujets nerveux, de même que la plus légère irritation du canal digestif inspire des craintes exagérées à d'autres sujets également nerveux, de sorte qu'il y a des hypochondriaques par vice d'oxigénation, comme il y en a par vice de digestion. S'il n'en était pas ainsi, on ne verrait pas tant de personnes se plaindre d'étouffer pendant un grand nombre d'années , sans que jamais la couleur brune , la diminution de l'irritabilité , celle de la chaleur, et Jesautres signes d'aboxigénalion
( 583 ) se manifestassent. Qui ne reconnaît à ces marques l'analogie indiquée de l'asthmatique exagère' avec le dyspeptique, qui ne fait pas, selon lui, une bonne digestion dans toute une aimée, et qui se sent dissoudre et dépérir, quoiqu'on ne le voie jamais expulser ses alimens, ni perdre une livre de son poids? N'est-il pas clair que le sentiment instinctif exagère à ces deux malades le de'sordre de leurs fonctions et le danger qui en résulte pour leur vie ? Cette proposition admise, on comprendra comment plusieurs autres causes de mahêtre peuvent s'ajoutera notre première, qui n'est réellement autre chose que l'imminence de l'asphyxie. Ces causes sont l'irritation àes organes par la stagnation forcée du sang dans leur tissu , l'action forcée de certains sécréteurs, surtout des muqueux, qui, stimulés par ce même sang, sécrètent plus qu'ils ne devraient, et encombrent les surfaces d'une mucosité mal élaborée.
Yoilà bien les deux causes principales de mal-être qui doivent marcher après l'imminence de suffocation. La première ne manque jamais, et nous allons bientôt en voir les effets dans l'appareil digestif; la seconde est quelquefois en défaut; son existence dépend de la disposition spéciale des follicules muqueux. Nous en parlerons aussi, mais il faut en mentionner d'autres encore.
Certaines sensations sont affectées à certains modes de stimulation des viscères. La terreur, par exemple, qui suspend l'action du cœur , est, dans le moment où elle produit cet effet, accompagnée d'un sentiment particulier que les personnes timides con-
( 584 ) naissent parfaitement. Eh bien ! lorsqu'une irritation par cause physique ralentit ou tend à suspendre tout-à-coup la circulation en prolongeant la systole du cœur, le même sentiment se reproduit, et les malades ont, sans causes morales, des sensations de surprise , de terreur , et des palpitations qui leur paraissent en de'pendre. Il est possible toutefois que cette sensation ne suppose pas l'affection primitive du cœur. Tous les organes sont liés, et de même qu'une gastrite primitive suspend le mouvement inspiratoire par le spasme du diaphragme, elle peut aussi menacer de suspendre les pulsations du cœur , en prolongeant spasmodiquement sa systole. Il n'en faut pas davantage pour produire la sensation qui nous occupe : aussi, les hypochondriaques s'en plaignent-ils souvent. D'ailleurs , il n'est ni impossible , ni même rare que l'hypochondrie-cardiaque , qu'on me passe cette expression, s'associe àl'hypochondriegastro-duode'nale. Les muscles sont nécessairement liés au cœur par des sympathies nerveuses que dirige l'instinct; s'il en était autrement, il y aurait désaccord entre eux et ce viscère, et, sous certaines influences morales, nous pousserions souvent l'exercice beaucoup trop loin. Or, c'est cette sympathie qui fait que les personnes affligées d'un obstacle central au cours du sang sont obligées de s'arrêter, surtout quand elles commencent à marcher. Si cela dépendait de l'oppression de poitrine, on n'y verrait que le mal-être que nous avons attribué à l'imminence d'une asphyxie éloignée; mais, dans le principe du mal, ces
( 585 ) personnes ne rapportent souvent rien à la région pectorale, ou du inoins, si elles y sentent quelque chose, ce n'est qu'après avoir poussé l'exercice jusqu'au point de se procurer de l'essoufflement. Mais le premier avis est donné, dans les cas que nous signalons , par ces muscles eux-mêmes , et résulte d'une espèce de fatigue et d'impuissance que l'on rapporte au milieu des cuisses et dans les masses musculaires. Les malades vous disent qu'ils se sentent les membres cassés, et qu'ils ont perdu toutes leurs forces, et cela bien long-temps avant qu'ils appellent votre attention du côté de la région thoracique. La perception douloureuse rapportée à l'appareil locomoteur estdonc encore une nouvelle cause du mal être qui empoisonne l'existence des personnes chez lesquelles le centre de la circulation est affecté de manière à faire obstacle au cours du
sang.
La dernière place parmi les causes du mal-être qui rend ces sortes de personnes si valétudinaires appartient à la congestion du sang dans l'encéphale. Cette cause paraîtra peut-être à quelques médecins devoir être placée la première, à raison de l'importance de l'organe;mais,sil'on considère que plusieurs malades ne se plaignent jamais de la tête ; que, parmi les nombreux désordres qui peuventcauserl'obstacle au cours du sang , il n'y a guère que l'hypertrophie du cœur qui agisse puissamment sur l'appareil cérébral , nous pensons que l'on sera disposé à se ranger de notre avis. Nous avons observé la chose de près , et nous avons remarqué que la seule difficulté du
( 586 ) dégorgement, de la veine cave supérieure dans l'oreillette droite ne produit presque pas de symptômes cérébraux, ou n'en produit que dans un état de la maladie fort avancé ; tandis que la projection violente du sang par un cœur dont les parois sont doubles de volume et d'énergie, menace continuellement le cerveau d'une congestion funeste. Aussi cette imminence de congestion est caractérisée paria pesanteur, le tournoiement, les pulsations au sommet de la tête, la chaleur à la face et dans l'intérieur du crâne, les céphalalgies , les migraines, accidens qui se montrent en rapport avec les époques où les pulsations du cœur sont larges , fortes , bruyantes , et souvent accompagnées d'un sentiment d'ardeur et de bouillonnement dans la poitrine. Il faut noter de plus que l'embarras et le malaise du cerveau ne sauraient exister sans la simultanéité du sentiment de fatigue et de pesanteur dans les membres; nouvelle cause à ajouter aux précédentes pour expliquer la somme des maux qui accablent les infortunés dont la circulation est étranglée dans son point central. On voit qu'il y a des raisons pour que les asthmatiques de tous genres soient arrêtés dans leurs exercices musculaires.
L'ordre que nous suivons nous appelle maintenant à la seconde idée de notre proposition, que le mal-être et l'angoisse doivent toujours amener la gastrite. Comme les faits justifient surabondamment cette assertion, qui n'en est elle-même que l'expression , nous n'avons plus qu'à rechercher le quomodo de la production de la gastrite , et cette recherche est nécessaire, puisqu'elle conduit à la connaissance
t 587 ) des moyens de prévenir une complication toujours fâcheuse.
La première cause de la gastrite est, d'après notre manière de voir, la stagnation forcée du sang dans les rameaux de la veine porte. Si la veine cave se dégorge difficilement dans l'oreillette droite, le sang doit séjourner dans le foie , et, par la même raison , dans la rate et dans tout l'appareil veineux des voies digestives ; maintenant , pour peu qu'il soit avoué que le sang est le stimulus naturel de nos organes, on doit comprendre que toutes les portions de la membrane muqueuse où cette stagnation est îeplus considérable sont souvent sur-irritées , ou du moins prédisposées à le devenir. Mais que faut-il pour que leur prédisposition ait tout son effet ? Des stimulans , répondrat-on sans doute. Eh bien ! puisque la nécessité de l'alimentation expose sans cesse l'estomac à l'action de pareils agens , on ne doit pas s'étonner d'y voir naître si fréquemment une inflammation qui vient compliquer la maladie principale. Dans les premières années de l'obstacle, lorsqu'il n'est encore que peu grave, quoiqu'il puisse quelquefois le paraître beaucoup, comme nous l'avons expliqué, ces gastrites peuvent être aiguës. Nous rencontrons souvent la double affection dans ces maladies fébriles des jeunes sujets; mais plus tard, ou après quelques rechutes, elles sont nécessairement chroniques, et toujours l'irritation est partagée par le duodénum, et plus ou moins par la partie supérieure de l'intestin grêle.
La seconde cause de la gastrite des obstacles à la circulation est dans la stimulation directe de l'esto-
( 588 ) mac. L'intervention de cette cause déterminante est en effet si puissante, que l'obstacle au cours du sang ne produit pas d'une manière générale et uniforme la rougeur de la membrane muqueuse gastrointeslinaîe , ce qui ne manquerait jamais dans les cadavres de ces sortes de malades, si la rougeur des voies gastriques ne de'pendait que de la stagnation force'e du sang. Nous avons ouvert, en 1826, depuis que nous avons écrit le Commentaire sur la proposition CLXXVI , p. 4 < 1 , plusieurs sujets qui avaient succombe' à des affections organiques du cœur , et nous y avons trouvé la confirmation de ce qui a été dit dans ce commentaire. Ceux qui avaient présenté les symptômes de la gastro-duodénite offraient une forte injection sanguine dans l'estomac, le duodénum et la partie supérieure du jéjunum , tandis que l'arc du colon, qui reçoit le sang des irêmes sources, et qui n'est pas plus éloigné de l'obstacle , était absolument sans rougeur. Un de ces sujets avait plus souffert du jéjunum et de l'iléon que de l'estomac ; ce furent ces intestins qui présentèrent la rougeur : un quatrième , ayant eu la diarrhée , avait tout le colon pénétré de sang : un cinquième offrait des rougeurs intestinales par plaques isolées, ce qui serait impossible si la rougeur du canal digestif dépendait uniquement de l'obstacle au cours du sang et de la stagnation uniforme de ce fluide dans tous les tissus sous-diaphragmatiques.
Ce sont des observations de ce genre qui, constamment reproduites sous nos yeux depuis plus de vingtcinq ans, nous ont porté à conclure que si les auteurs
ont constamment trouvé une injection générale dans tous les tissus du bas-ventre à la suite des maladies du cœur et des gros vaisseaux , c'est qu'ils la favorisaient par leur méthode curative. Comme ils ne pensaient pointa la gastrite, ils ne prenaient aucune précaution pour la prévenir. Les stimulans étaient prodigués, tantôt pour faciliter l'expectoration, tantôt pour combattre les spasmes, tantôt pour procurer le sommeil , très souvent dans l'intention d'évacuer les sérosités, et quelquefois même dans le but de modérer l'impulsion trop énergique du cœur, et le résultat constant de cette médication empirique était une gastro-duodénite avec turgescence du foie , qui ne faisait qu'ajouter aux angoisses des malades et préparer la plus effroyable agonie. C'est après de semblables morts que l'injection sanguine se présente dans son plus haut degré d'intensité et de généralité ; mais lorsque l'on a soin de ménager l'irritabilité des voies digestives, et de combattre les gastrites ou les entérites au moment de leur apparition, on ne trouve plus, à l'ouverture des cadavres, que les traces de l'irritation dont on n'a pu triompher; mais il y a toujours assez d'espaces exempts de rougeurs , de gonflement , d'ulcération, pour montrer que ces altérations ne sont l'effet nécessaire ni de l'obstacle au cours du sang, ni d'une inflammation qui en serait l'effet nécessaire.
C'est parcequ'on avait confondu l'effet des drogues avec l'effet de la maladie que la proposition les a distingués: il n'y avait que ce moyen de rendre cette dernière à sa simplicité primitive.
Après avoir termine ce qui est relatif aux propositions qui traitent des obstacles au cours du sang, nous avons à remplir la promesse que nous avons faite , de donner quelques détails sur les symptômes qui correspondent aux irritations du cœur et des vaisseaux sanguins d'un certain volume, causes les plus ordinaires de ces obstacles. Ces maladies , le plus souvent obscures dans leur début , sont toujours claires dans leur état avancé, du moins comme obstacles au cours du sang ; mais quand on en connaîtrait les particularités anatomiques , on n'en serait pas moins réduit à la médecine palliative. C'est donc à les prévenir, ou du moins à les étouffer dans leur berceau , que le médecin doit particulièrement s'exercer. Mais , pour avoir l'idée d'entreprendre cette cure importante , il faut être dans le cas de prévoir les obstacles à la circulation long-temps avant qu'ils soient formés ; il faut deviner l'obstacle continu qui doit un jour donner la mort , par l'obstacle momentané qui n'alarme pas même le malade dans les cas les plus ordinaires, ou qui, s'il occasione de l'inquiétude , donne l'idée d'une affection toute différente.
Ce que nous nous proposons de faire en ce moment suppose que nous pensons que les traités de médecine sont incomplets sur les signes des maladies de la circulation encore peu prononcées. Effectivement , Ton ne trouve que des faits épars sur ce sujet dans les anciens classiques. Nul d'entre eux ne s'est exercé à les rapprocher et à établir des règles générales pour le diagnostic. Le Traité des
( 59l ) maladies du cœur, de Senac , et celui de Corvisarl, ont jeté' les fondemens de cette partie de la pathologie : mais combien ne laissent-ils pas à désirer sous le rapport de la physiologie ? Corvisart luimême ne connaît pas le rôle de l'inflammation dans les obstacles au cours du sang ; et tout ce qui n'est pas vice organique ne lui paraît que ne'vrose. Ce n'est pas ainsi que ces maladies doivent être envisagées; et, tout en profitant des travaux de cet illustre maître , qui nous sert toujours de modèle dans l'investigation du siège des maladies , nous allons essayer, sans néanmoins prétendre épuiser le sujet, de remplir quelques lacunes qu'il a dû laisser. Nous avons déjà traité , et nous traiterons encore ce sujet, quand l'occasion s'en présentera , dans les Annales de la médecine physiologique ; mais cela ne nous dispense pas d'y revenir présentement. Tout au contraire, il est de notre devoir de recueillir les données éparses , de les rapprocher et de les consigner dans cet ouvrage, où il sera plus facile de les trouver et d'en faire l'application au besoin. Pour remplir cette tâche avec plus de facilité , il nous paraît utile de revenir sur les maladies du cœur , considérées dans leurs rapports avec les phlegmasies des artères. On ne saurait trop, à notre avis , appeler l'attention des praticiens sur ce fait d'une grande vérité et d'une généralité alarmante, que l'état habituel de palpitation , avec un certain degré d'hypertrophie du cœur, opère insensiblement la désorganisation du système artériel , souvent même simultanément du veineux, et prépare sour-
( $9* ) dément l'inévitable destruction de l'individu , longtemps avant que le cœur soit parvenu à ce ramollissement qui est le signal d'une mort prochaine.
Toutefois , ces maladies si communes sont difficiles à reconnaître, parceque les phénomènes locaux sont d'ordinaire fort peu de chose, et que les influences sympathiques n'excitent pas fortement l'attention des praticiens. Quelles influences en effet pourrait exercer sur l'ensemble des fonctions une artérite chronique , dont les progrès sont si lents ? Elle en exerce sans doute, mais il n'est pas toujours facile de les discerner. Tout le monde n'éprouve pas de fièvre pour cause d'artérite , et le sentiment de chaleur , et les pulsations incommodes le long du trajet des artères , phénomènes qui ont coutume de déceler les artérites aiguës chez les personnes dont l'attention n'est pas distraite par d'autres douleurs, sont des symptômes que n'accusent point celles qui souffrent d'un organe plus sensible que les artères. Quelques sujets, à notre connaissance, ont très distinctement ressenti tout cela dans les artérites et les phlébites chroniques ; mais combien d'autres n'en ont aucune perception ! C'est donc à la perspicacité du médecin qu'il appartient de suppléer à ce qui manque à ces sujets sous le rapport du sentiment de soi-même.
Les causes des maladies du cœur sont, selon nous, beaucoup plus multipliées qu'on ne. le croyait autrefois ; en effet , outre l'hérédité , les violences extérieures , les efforts pour soutenir de pesans fardeaux , les courses précipitées , les quintes de toux
violentes, les affections morales, les excès ve'neriens , qui sont les causes connues de tous les médecins , il faut encore tenir compte des affections arthritiques dont quelques praticiens ont déjà parle'; des maladies éruptives et d'une foule de phlegmasies aiguës; genres de causes sur lesquelles on n'a pas assez multiplie' les recherches. Il est, en outre, bien certain que les irritations de diffe'rens viscères, surtout celles de l'estomac et de 1 utérus , agissent puissamment sur le cœur, et semblent quelquefois se transporter dans son tissu. Mais une des influences les plus puissantes , c'est la suppression des e'vacuations sanguines dont la constitution avait contracté l'habitude.
Il importe beaucoup de se faire une juste ide'ede la manière d'agir de toutes ces causes. Il ne peut plus être question maintenant d'une distension purement me'canique : il faut absolument voir l'irritation dans la première impulsion qui donne naissance aux hypertrophies et à toutes les autres dégénératious du cœur. Il est bien vrai que, dans quelques cas, l'agent d'irritation est me'canique; mais, son action s'exerçant sur un organe vivant , il ne peut laisser dans cet organe qu'une le'sion des forces vitales: or, c'est cette le'sion qui donne lieu à tous les de'sordres consécutifs, et cette le'sion est une irritation. Supposons que le cœur soit comprimé par la pression du thorax , ou qu'il reçoive une commotion par une chute ou par un coup qui ont porté sur les côtes qui lui correspondent , il restera toujours irrité. En effet, soit que quelques unes de ses fibres
( 594 ) charnues aient été déchirées, ou soit qu'elles n'aient souffert que par le tiraillement sans solution de continuité ; soit que ses capillaires aient e'te' déchirés au point qu'il en, résultât quelque épancheraent, ou que la commotion se soit bornée à une simple modification de la matière nerveuse du cœur ; toujours est-il que l'équilibre rompu ne pourra se rétablir qu'au moyen d'un travail organique qui exige du repos, ou du moins le moindre degré d'action du cœur compatible avec la conservation de la vie. Mais il n'est pas facile de procurer au cœur cette rémission si nécessaire ; le malaise qui accompagne la simple diminution de son action la rend insupportable à la plupart des sujets. On veut se sentir vivre, on veut être ranimé. Le médecin peut faire à son malade tout ce qu'il lui plaît, pourvu qu'il le maintienne dans le sentiment bien vif de son existence, et qu'il l'exempte de toute douleur. S'il s'opiniàtre à le laisser dans un état de faiblesse , dans cet état qui lui présage l'anéantissement, il est toujours très mal reçu. D'aiileurs ce médecin n'est pas toujours appelé , il s'en faut bien , pour porter les premiers secours à la suite des accidens qui peuvent intéresser le cœur. Les malades cherchent donc, dans tous les cas, les 'moyens de se ranimer, et comme toutes les stimulations faites sur les surfaces de rapport aboutissent au cœur, la modification qu'il reçoit est précisément l'opposé de celle qui serait nécessaire pour prévenir toute altération consécutive. Il se fait dans ce viscère un travail intérieur qui n'est autre chose qu'une nuance de l'inflammation , pro-
( ^5 ) portionnée, pour l'intensité, au degré d'impulsion de la cause déterminante, accommodé d'ailleurs au tempérament propre de l'organe. Les premiers résultats sont tous, ou du moins la plupart, des accidens d'irritabilité et de sensibilité locale qui composent la série des névroses du cœur et des poumons : la première dégénération locale qui en résulte est l'hypertropliie ; la seconde et la dernière , c'est le ramollissement, présage certain de mort, à l'exception d'un petit nombre de cas où il se fait des altérations extraordinaires.
De toutes les causes mentionnées , celles qui paraissent le plus mécaniques après les précédentes, ce sont les efforts pour soulever un pesant fardeau, les quintes de toux, les courses précipitées, la grossesse, les tumeurs de l'abdomen qui s'opposent à l'ampliation de la poitrine, les épanchemens et les corps étrangers qui se forment dans la cavité gauche du thorax. Comme , dans tous ces cas, il y a double modification exercée sur le cœur: i°ceiledusang, qui, faute de trouver un débouché suffisant, est forcé de séjourner dans ses quatre cavités qu'il distend outre mesure ( cause mécanique ) ; 2° le surcroît d'innervation qui agit pendant long-temps du centre nerveux sur la trame museuleuse de l'organe ( cause vitale ); on ne trouvera pas étrange que nous appliquions à cette étioîogie ce que*apous venons de dire sur la précédente , et même que nous ajoutions un à fortiori.
Les affections morales et les excès vénériens sont des causes exclusivement vitales : nous ne pouvons
voir dans leur action primitive autre chose qu'une violente innervation du cerveau sur le cœur, et des e'rections vitales extraordinaires qui attirent le sang dans la substance du cœur et donnent Heu à son hypertrophie et à sa de'ge'néralion. La résistance offerte aux parois musculaires par le sang qui s'y accumule dans la colère , dans l'orgasme véne'rien, etc. , doit être conside're'e comme une autre cause d'irritation ; mais nous ne la croyons pas la plus puissante.
Selon nous, c'est la modification de l'ence'phale et la sensation qu'elle de'termine dans l'appareil nerveux sous-diaphragmatique, ainsi que dans les plexus pulmonaire et cardiaque , qui suspendent ou du moins amoindrissent l'action du cœur dans la terreur, dans la surprise et dans le premier moment de la colère. Cette sensation vient aussi d'une modification imprimée en même temps à la substance nerveuse formant les parois internes de l'estomac et des bronches et aux capillaires fondus avec cette substance ; c'est ce que prouvent les modifications du mucus de ces surfaces } la suspension de l'acte digestif , les exhalations sanguines de l'héraatémèse et de l'hémoptysie , la création subite de gaz , les démangeaisons du larynx tendant à pro voquer la toux, etc., que l'on observe dans le moment où ces passions se font sentir avec le plus d'énergie. Quoi qu'il en soit, c'est en même temps que ces modifications ont lieu , et que les sensations dont il s'agit sont perçues , que l'ampliation libre du cœur est empêchée , que son état de systole est prolongé, que plusieurs petites pulsations
( 597 ) sont substituées à une grande; et c'est, du moins à notre estime , en vertu de ce mode d'irritation du cœur qu'accompagne quelquefois une sensation ingrate rapportée à son tissu même, que les mouvemens du diaphragme et des muscles intercostaux sont suspendus. On n'a pas assez réfléchi à l'influence singulière de la régularité des pulsations du cœur sur la régularité desmouvemens inspirateurs du thorax. Rien n'est plus frappant pour nous : une seule intermittence du cœur suffit pour interrompre la monotonie de la respiration et pour donner au sujet l'idée et la crainte d'une attaque de dyspnée et du malaise indicible qui l'accompagne. (Test effectivement ainsi que sont produites la plupart des attaques d'asthme : tant que le cœur spasmodisé , parcequ'il est irrité, ne se développe pas librement, les muscles inspirateurs sont enchaînés ; le malade fait de vains efforts pour bien respirer, pour emplir sa poitrine de l'air qu'il se procure en faisant ouvrir portes et fenêtres : il ne peut y réussir tant que la convulsion spasmodique du cœur n'a point cédé.
Notez maintenant que l'estomac se montre toujours en mesure avec le muscle central de la circulation et avec les inspirateurs : dans le début de l'accès, cet organe est constringé , spasmodisé comme le cœur et comme les muscles qui obéissent au besoin de respirer, et dégage péniblement quelques gaz; sur la fin de l'accès, lorsque le cœur relâché se prête librement à la diastole et revient sur lui-même avec souplesse dans la systole , les muscles inspirateurs sont