Prt'i
force's d'agir grandement, pour donner à la cavité du thorax une dilatation proportionnée au volume du sang que le cœur lance dans les poumons : et c'est alors aussi que l'estomac, également déspasmodisé et libre d'exécuter de grands mouvemens de contraction , parceque les inspirateurs peuvent le suivre, dégage amplement des gaz et fait sentir de l'appétence pour les alimens.
Si l'on voit l'expectoration se rétablir sur la fin des accès d'asthme, c'est moins parceque le spasme des capillaires muqueux de la membrane des bronches vient de cesser, que parceque le sang est mieux poussé dans les capillaires , et que les mouvemens d'expectoration ne sont plus empêchés par le spasme des muscles inspirateurs. Dans le fort de l'accès, ces muscles, retenus par le spasme du cœur, n'obéissaient qu'à la loi première 'qui les attache irrévocablement aux mouvemens alors entravés du cœur et des poumons; maintenant que ces mouvemens sont libres et qu'ils peuvent être modifiés sans danger, l'instinct permet à la volonté de disposer des muscles inspirateurs pour faire cesser la sensation douloureuse, résultat de la présence du mucus sur la surface sensitive âes bronches , et l'expectoration de ce mucus , devenu pîus copieux à raison d'une impulsion plus forte du cœur, devient possible.
Tel est, à notre avis, le mécanisme des accès d'asthme, de la plus grande partie du moins; tant qu'ils durent, le mouvement circulatoire est diminué d'intensité : le renouvellement des molécules sanguines dans le cerveau et dans les poumons est ralenti. C'est
( 599 ) de là que resuite le grand malaise qui accompagne ces attaques, elnon pas du défaut de l'expectoration. L'impossibilité' du déplacement , et surtout de la marche , vient évidemment de l'imminence de suffocation qui accompagne tout mouvement des membres tendant à empêcher ceux déjà si laborieux de l'inspiration , ce qui n'est pas difficile à concevoir. En effet, les muscles des membres prenant leur point d'appui fixe sur le tronc, aucune locomotion ne peut se faire qu'aux dépens de la régularité des mouvemens inspirateurs. Il faut avoir de l'air de trop dans les vésicules bronchiques pour pouvoir marcher; or, le malade qui est dans l'accès d'asthme n'en a pas suffisamment 7 parceque ses poumons ne peuvent se dilater assez pour renouveler celui qui occupe les bronches, parceque la mucosité qui encombre les cavités bronchiques ne peut être suffisamment expulsée , etc. Comment donc serait-iî possible que l'instinct consentît à l'immobilité du thorax pour satisfaire un caprice delà volonté? Quand la cause des accès d'asthme n'est pas une affection primitive du cœur, ce peut être l'irritation des bronches qui s'oppose à leur ampliation et accumule le sang dans les vaisseaux pulmonaires. L'on a aussi quelquefois de fortes raisons pour croire que cette cause n'est autre chose que l'irritation de l'estomac: on en juge par les étouffemens qui naissent si fréquemment chez certains sujets par l'exaspération accidentelle d'une gastrite. Quoi qu'il en soit, en admettant la réalité de ces deux causes locales , il resterait encore à décider si les irritations de l'estomac et des bronches n'agissent
( boo ) pas plutôt en influençant le cœur et le mettant par sympathie dans l'étal spasrnodique où il se trouve idiopathiquement dans les attaques d'asthme primitif, qu'en agissant, comme on le croit vulgairement en me'decine , sur le diaphragme et suivies muscles inspirateurs.
Aucun physiologiste n'aura l'idée de placer l'asthme dans les nerfs de l'appareil inspirateur; mais on pourrait être tente' d'en établir la cause dans le cerveau ou dans la moelle cervicale , puisqu'on y place bien celle de Thypochondrie et de l'hystérie. On ne peut pas douter que les congestions cérébrales ne produisent la dyspnée; mais je n'ai point encore aperçu dans les accès de dyspnée périodique désigne préalable ou concomitant d'une accumulation de sang dans le cerveau.
Cesdéveloppemens qui nous ont paru nécessaires pour bien comprendre le mode d'action des causes vitales qui altèrent l'organisation du cœur , servirent en même temps à faire connaître notre manière de voir concernant l'asthme, névrose dont il n'est point question dans les propositions sur la pathologie. Nous ne pouvions en effet rallier cette névrose à aucune affection mieux qu'à celles de l'or- «ane qui ne peut être celui de la circulation sans être en même temps le principal régulateur de la respiration. Continuons la recherche des causes qui préparent les obstacles au cours du sang.
Nous avons dit, dans le Traité de physiologie appliquée à la pathologie , que l'inflammation s'introduisait dans le svstème artériel , tantôt en remon-
( ÔOI )
tant du système capillaire, et tantôt en descendant du cœur : nous avons ajouté depuis qu'indépendamment de la voie des propagations, qui n'appartiennent qu'aux cas de cardite , le cœur pouvait encore enflammer la crosse de l'aorte par la violence du choc que lui fait éprouver le sang qu'il lance contre elle lorsqu'il se trouve dans un état d'hypertrophie. Nous allons encore plus loin ; car nous pensons , et nous l'avons déjà plusieurs fois exprimé, que sans être hypertrophié, de manière du moins à pouvoir nuire au système artériel pendant l'état apyrétique, le cœur peut, quand il est fortement excité par une inflammation violente , chez un sujet pléthorique , darder ie sang contre la crosse aortique de manière à y établir une phlegmasie latente qui plus tard amènera la désorganisation de cette partie du tube artériel.
Nous ne croyons pas , et nous parlons toujours d'après les faits , que toutes les inflammations chroniques de la crosse de l'aorte , qui sont toujours accompagnées de sa dilatation , doivent nécessairement se propager dans cette artère ; mais nous pensons que cette propagation a lieu dans un grand nombre de cas. Au surplus , ce n'est pas elle qui produit l'obstacle central au cours du sang; mais ce peuvent être les concrétions inflammatoires qui se forment non loin du cœur, plus ou moins près de la crosse aortique.
Nous n'avons pas acquis la certitude que le système veineux soit toujours enflammé conjointement avec le système artériel ; mais nous pensons que
cette complication doit être fréquente. Notre motif, c'est que, dans tous les cas où il y a propagation de Tinflammation de la surface interne du cœur dans les artères, cette propagation doit e'galement se faire dans la veine cave; et cela d'autant plus que toutes les accélérations du cours du sang distendent du plus au moins l'oreillette droite et l'embouchure de cette veine.
Après les causes me'caniques et les causes vitales de l'état normal , nous passons naturellement aux causes vitales de l'état anormal; c'est-à-dire, aux irritations morbides des autres organes , qui déterminent celles du cœur et des gros troncs vascuiaires qui s'y insèrent. Ici se placent en première ligne le rhumatisme et la goutte , puisqu'on n'est pas encore las de donner ces noms ridicules aux irritations de l'appareil locomoteur ; mais ces affections sont loin d'être les seules qui puissent donner lieu aux désordres de la circulation. Tous les déplace mens peuvent se faire au désavantage du cœur : ainsi les maladies chroniques de la peau peuvent l'affecter aussi bien que les aiguës ; mais il est des irritations opiniâtres qui, sans se déplacer, excitent sur le cœur une grande influence, qui même l'affectent d'autant plus vivement qu'elles sont elles-mêmes plus intenses ; et ces irritations sont celles de l'utérus, et surtout celles de l'estomac.
Nous avons dit , en commentant la proposition CLXXIV , ce que nous pensions de la manière dont les inflammations aiguës produisent les irritations du cœur et du système vasculaire. N'ayant rien
( 6o3 ) à y ajouter, nous allons nous occuper à résumer les signes qui peuvent faire craindre la formation d'un obstacle au cours du sang.
Ces signes peuvent être tirés de plusieurs sources :
i° Du cœur } dont les pulsations se font sentir avec force au moindre exercice , surtout dans l'ascension , et sont plus ou moins irrégulières. Quelques personnes sentent de temps à autre une suspension de Faction du cœur, ou une espèce de bouleversement et de révolution momentanée de cet organe qui dérange la régularité de leur respiration et leur cause un moment d'inquiétude ; d'autres éprouvent de la douleur au cœur lui-même ; ce qu'elles expriment différemment, suivant leur susceptibilité et les points de comparaison qu'elles peuvent trouver dans ce qu'elles ont senti en d'autres temps et par d'autres causes. Tous ces phénomènes ne sont d'abord que passagers, et les médecins les qualifient de nerveux. C'est fort bien, s'ils n'ont en vue que de rassurer leurs malades ; mais cela ne doit pas leur inspirer à eux-mêmes trop de sécurité.
2° Des pulsations artérielles , qui sont dures , vibrantes , pleines , et de temps en temps suspendues d'une manière correspondante aux intermittences du cœur.
3° De la fonction respiratoire. — Elle se suspend toujours du plus au moins à l'occasion des irrégularités du cœur. Ainsi, quand elles ne sont que momentanées , la respiration n'est aussi dérangée que pour un instant ; mais, pour peu que le spasme du
( ûo4 )
cœur soit durable , il y a des attaques d'asthme qui, d'abord courtes et légères, deviennent ensuite longues et fortes. Une sensation de pïe'nitude et de démangeaison dans le trajet des bronches les accompagne. Ces attaques sont sèches dans le commencement; puis elles se terminent par une expectoration plus ou moins e'paisse et copieuse , dont plus haut nous avons donné l'explication. Voyez page 598. On doit aussi rapporter à la lésion de l'appareil respirateur une douleur que les malades perçoivent derrière la partie supérieure du sternum, et inférieure de la trachée , suivant la ligne médiane , avec sentiment de plénitude ou de démangeaison , et tendance à tousser. Cette douleur s'augmente par l'exercice , par toutes les émotions , cesse après le repos , revient plus tard , et est toujours fort importune. Chez quelques uns elle paraît provoquer une toux sèche , par secousses isolées , assez semblable à la toux gastrique. Ce signe nous a fréquemment suffi pour nous porter à explorer le cœur, dont les malades ne parlaient pas ; et le diagnostic s'est confirmé.
4° Des sensations perçues dans la région du thorax.— Douleur ou endolorissement à la région du cœur , dans tout le côté gauche de la poitrine , et même à l'épaule et sous l'omoplate : sensation de compression comme si les organes contenus étaient trop volumineux, ou la poitrine trop étroite.
5° De la lésion du mouvement musculaire. — Cette lésion dans la région du thorax correspondante au cœur, jointe au sentiment de compression dont
( 6o5 ) nous venons de parler, qui semble rapprocher le sternum de la colonne verte'braîe , constitue le groupe de symptômes nerveux que l'on nomma d'abord angine de poitrine, et depuis, ne'vrose sterno-cardiaque, ousterno-cardialgie.Ellese caracte'rise assez clairement par une vive douleur avec les caractères indique's , qui se propage à l'épaule , au bras, et même parfois jusqu'à l'avant-bras , et qui oblige les malades de s'arrêter. Il y a simultanément dérangement de l'action du cœur, qui est toujours le point de départ de la douleur et du spasme des muscles environnans ; les pulsations de cet organe sont petites et précipitées ; et il s'y joint une constriclion à l'épigastre , une éructation gazeuse. Les très légères nuances de ce groupe de svmptômes ne doivent pas le faire méconnaître ; quelques sujets se trouvent , dans le début , forcés de s'arrêter en marchant , et surtout en montant , par un sentiment qu'ils ne peuvent définir, et même sans qu'ils éprouvent aucune douleur à la région cardiaque. Qu'on examine le cœur et les artères dans ces mal-être mal définis , on aura bientôt la certitude qu'ils tiennent au spasme du cœur , dont les systoles et les diastoles normales sont remplacées par une espèce de frémissement. C'est ce changement subit qui suspend la locomotion comme la respiration , et c'est à la lésion du cœur plutôt qu'à une vague modification du système nerveux qu'il faut s'en prendre.
Dans les muscles des extrémités pelviennes , les sensations pénibles et les lésions du mouvement musculaire ne sont autre chose que le sentiment de
( 606 ) fatigue rapporté aux genoux ou bien au milieu des cuisses, dont nous avons parié ailleurs , et qui oblige également les malades à suspendre leur marche. S'ils n'accusent point encore la région du cœur, qu'on l'explore sans hésiter, ainsi que le système artériel, et l'on aura bientôt l'explication de la prétendue faiblesse dont se plaignent ces sortes de sujets, qui bien souvent sont d'une constitution athlétique.
6° Des lésions de l'encéphale, — Il est des cas , et ce sont ceux d'hypertrophie du cœur, où les premiers signes se manifestent par des pesanteurs et des douleurs de tête, des vertiges, des éblouissemens , des migraines qui correspondent à l'exaltation de l'action du cœur, à des chaleurs qui montent au visage, à des pulsations dans les artères de la tête, qui même quelquefois semblent soulever le crâne ; d'autres fois, les malades éprouvent des sensations de surprise, et même de terreur, dont ils ne sont pas maîtres, et qui souvent les étonnent beaucoup. Pour peu qu'il y ait combinaison de ce symptôme avec un sentiment de chaleur et de bouillonnement à la région du cœur, la chose devient assez évidente ; mais quand le malade n'appellerait pas l'attention vers ce dernier organe , le médecin devrait se tenir pour prévenu qu'il importe de l'explorer. On ne peut que rapporter également à l'excitation de l'appareil encéphalique l'inquiétude dans les membres, et la nécessité de changer souvent de place, symptôme qui se rencontre quelquefois chez les sujets dont la circulation se fait avec trop d'impétuosité.
70 De l'estomac et du duodénum. — Ce signe ap-
(6o7 ) partient , comme le précédent , aux hypertrophies du cœur commençantes. Il est rare en effet que ceux chez qui les pulsations du cœur sont violentes n'aient pas la langue rouge et pointue , le creux de Fépigastre un peu sensible , et la re'gion hépatoduodénale rénitente, et plus ou moins endolorie. Nous pre'sumons que cela tient à la sympathie qui associe le cœur avec l'estomac ; mais il serait possible, et même dans certains cas on serait tenté de le croire, que l'irritation gastro-duodénale fût entretenue par l'engorgement sanguin du foie cause' par la difficulté du dégorgement de la veine cave. Là thérapeutique semble confirmer ce soupçon lorsque l'on voit qu'une application de sangsues faite à l'hypochondre droit enlève mieux cet engorgement que les saignées générales ou les saignées capillaires pratiquées à la région du cœur. Nos lecteurs n'auront pas oublié sans doute que la constriction de l'épigastre , la formation et le dégagement des gaz accompagnent presque toujours les spasmes du cœur qui interrompent la régularité des mouvemens respirateurs. Ajoutons que les signes tirés de l'estomac et du duodénum n'ont de valeur que par leur coïncidence avec ceux qui dépendent du cœur. Mais il est quelques cas où les malades ne font attention qu'aux premiers, et l'on doit être prévenu de la possibilité des seconds pour ne pas faire de bévues.
8° De la lésion de l'absorption générale. — Il est en effet des personnes qui, venant consulter pour la première fois le médecin , ne se plaignent d'autre chose que d'une disposition à l'infdtration et à
( 6o8 ) l'œdème autour des' malléoles : il en est d'autres qui accusent simultanément une ple'nitude de l'abdomen , où Ton trouve une fluctuation obscure. Lorsqu'il ne se pre'sente aucune autre cause pour rendre raison de ces imminences d'hydropisie , le devoir du médecin est d'explorer les organes de la circulation : souvent il y trouvera l'explication du vice de l'absorption, quoique d'abord les malades n'aient point appelé' son attention de ce côté.
Nous passons sous silence tous les signes de l'obstacle central à la circulation , conside're' dans son plus haut degré d'intensité, attendu que cet ouvrage n'est destiné qu'à l'exposition des faits imparfaitement observés, et à la discussion des points litigieux de la médecine ; et nullement à l'exposition didactique des signes et de la marche des maladies.
CGXXÎIL
Le scorbut est un état particulier des solides et des fluides produit par une assimilation imparfaite ; ses causes sont donc multipliées , mais le froid , le défaut de lumière, la tristesse et les mauvais alimens , sont les principales. L'extravasation des fluides est un des principaux effets de l'état scorbutique, parceque cette maladie rend tous les tissus fragiles; mais les viscères, et surtout l'appareil encéphalique , résistent
( 6o9 ) plus que les tissus dont le squelette est revêtu.
On a répété à satiété que le scorbut dépend toujours de causes débilitantes. Ce n'était pas assez dire, puisque toutes les débilités ne sont pas accompagnées de scorbut. Nous fondant sur la tendance générale des tissus à la décomposition , que l'on observe dans cette maladie , nous avons émis l'idée d'un vice de la nutrition qui ne peut être expliqué que par l'affaiblissement radical de la force de composition vitale qui préside à la formation de nos liquides et de nos solides.
Si l'on s'en rapportait à quelques auteurs, on serait tenté de poser en thèse générale que le système nerveux n'est point atteint par le scorbut , et que les viscères en sont exempts ; on pourrait se fonder pour la première opinion sur Lind,qui prétend avoir toujours trouvé le cerveau et les nerfs en bon état, pendant qu'il existait de grandes désorganisations dans la poitrine et dans l'abdomen ; on appuierait la seconde sur le rapport de plusieurs médecins navigateurs qui citent des guérisons nombreuses de scorbutiques qui semblaient près de l'agonie, aussitôt qu'il a été possible de leur procurer des vivres frais.
Mais si l'on considère, d'une part,que les désordres de l'encéphale n'étaient pas bien connus de Lind, de l'autre , que les désordres qu'il a trouvés dans les cavités splanchniques prouvent que les viscères
( 6io ) ne sont pas épargnés dans le scorbut , on est forcé de changer d'avis. Pour nous, en observant de plus en plus cette maladie, nous avons acquis la certitude qu'elle est souvent très compliquée, et que le système nerveux et les viscères y sont primitivement affectés, bien que les épanchemens et les altérations organiques se manifestent d'abord dans les parties extérieures. En effet, le scorbut se développe, malgré les meilleurs alimens, dans les locaux peu éclairés , où beaucoup d'hommes sont rassemblés ; on le voit durant les saisons humides, dans les hôpitaux où la nourriture est le mieux appropriée aux constitutions des convalescens; les alimens salés, indigestes, mal conservés, le développent difficilement chez les pauvres quand ils vivent au grand air, et surtout dans des lieux secs et élevés ; la tristesse , surtout le découragement, favorisent son développement; il se mêle toujours au cortège des symptômes de la gastrite chronique, même dans l'atmosphère la plus pure , quand les malades sont long-temps privés de toute espèce d'alimens, et surtout lorsque l'inflammation occupe toute l'étendue du canal digestif v et qu'elle maintient pendant un temps fort long la membrane muqueuse dans une couleur rouge foncée ; tandis qu'on ne le voit jamais compliquer les affections chroniques où cette membrane conserve son intégrité, à moins que l'humidité et le défaut de lumière n'aient agi longuement sur les malades.
Il nous semble qu'on peut conclure de ces faits que le vice de la force chimique vivante qui consii-
(6u ) tue vraiment le scorbut n'est point essentiellement étranger à la matière nerveuse. Cela peut être dans les scorbuts uniquement occasionés par les mauvais alimens que l'économie s'est vue forcée de s'approprier dans un air sain , mais cela né doit pas se rencontrer dans les affections scorbutiques déterminées par un air humide, sombre, miasmatique, et par la tristesse , toutes causes dont les premiers effets se portent sur la matière nerveuse; par conséquent, sans que cette matière paraisse altérée dans sa texture, elle n'en est pas moins malade, ainsi qu'elle l'est dans tous les autres cas pathologiques où les sujets ont subi de pareilles modifications. Si Lind, qui peut nous rassurer sur l'état du cerveau, avait eu les données d'anatomie pathologique que l'on possède aujourd'hui , il n'aurait point conclu de l'absence des traces de suppuration à l'intégrité parfaite de l'encéphale : il aurait su que la matière nerveuse peut être profondément altérée sans qu'on en découvre de traces après la mort, et qu'il faut juger de son intégrité plutôt par la manière dont s'exécute l'innervation , que par l'apparence extérieure du tissu nerveux. D'ailleurs, il est, comme nous venons de le dire, des signes d'altération du cerveau que cet auteur ne connaissait pas ; l'injection de la substance pulpeuse , blanche ou grise , son endurcissement, son ramollissement, la plus faible altération de sa couleur, les opacités, les infiltrations , les adhérences même légères des membranes , sont des témoignages positifs que la matière nerveuse a beaucoup souffert avant la mort.
{ Gl2 )
Nous pouvons donc penser qui si les auteurs ont trouvé le cerveau et ies nerfs non- attaqués dans le scorbut, c'est qu'ils en jugeaient sur une comparaison superficielle : ils rencontraient des traces d'inflammation adhésives, suppuratoires et gangreneuses , squirrheuses , dans la poitrine , dans le péritoine et dans les tissus cellulaires et séreux de l'abdomen , et ne trouvant rien de pareil dans l'encéphale , ils concluaient à l'intégrité parfaite de la substance nerveuse au milieu des plus affreux désordres des autres tissus. Telle est la cause de l'erreur. Mais l'altération de la membrane muqueuse des voies digestives et pulmonaires suppose celle des expansions nerveuses qui en font partie ; et d'ailleurs, jamais cette matière n'est profondément affecfée sans que la pulpe cérébrale ne le soit. On voit toujours se détériorer les fonctions du cerveau avec celles du sens interne gastrique, et toutes les fois que le cerveau dirige mal les fonctions auxquelles il préside, on peut être assuré que la substance qui le compose est plus ou moins altérée.
Ce n'est pas seulement en altérant la pulpe cérébrale que la gastrite produit le scorbut ; c'est aussi parcequ'elle empêche l'assimilation. On a déjà plusieurs fois eu l'idée de comparer le scorbut à la fièvre putride. Cette comparaison est juste. La fièvre putride n'étant qu'une gastro-entérite aiguë qui décompose la membrane interne chargée du premier acte de l'assimilation , doit produire sur la composition des fluides et des solides des effets à peu près analogues à ceux de la gastro-entérite chronique,
cause connue et généralement avoue'e de la dégénération scorbutique. Si donc on voit des gencives rouges et putrides avec des taches violettes à l'extérieur du corps chez les personnes qui sont sur le point de succomber aux progrès d'une gastro-entérocolite, soit aiguë , soit chronique , on doit regarder ces altérations comme représentant des ulcérations de même nature qui se sont faites préalablement dans, la surface interne du canal digestif. Nous avons déjà dit dans nos discussions sur les faits que l'on consigne périodiquement dans les Annales , que toutes les fois qu'une phlegmasie de membrane se prolongeait et prenait de l'extension, elle passait à la couleur brune ; eh bien ! cette couleur brune , quand elle devient générale sur la peau , est une preuve d'un vice de l'assimilation , et les pétéchies ou les vibices qui s'y ajoutent quelquefois ne sont que des ecchymoses produites par une modification vitale analogue à celle que nous voyons dans le scorbut.
Ne peut-on pas, d'après ces données, avancer que la modification première d'où dépend cette maladie , a son siège dans la membrane interne du canal digestif, lors même que ceux qui en offrent les premiers signes extérieurs , tels que faiblesse des muscles locomoteurs , taches livides , gengivites à couleur brune , n'accusent aucun des signes qui caractérisent, dans les cas ordinaires , l'inflammation aiguë ou chronique de cette membrane ?
Il resterait à déterminer quelle est cette modification de la muqueuse digestive, qui brunit, ecchy-