‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 39 sur 50 · C CX VIL · texte numérisé non relu

C CX VIL

L'irritation offre des intermittences naturelles clans l'état de santé.

Cette proposition est tire'e de la physiologie nor-

( 6a7 ) maie , parceque cette physiologie est la base de l'anormale ; l'homme ne peut pas être constamment dans le même degré d'excitation : mille causes la font varier, et pour le lieu, et pour le degré d'intensité. Les retours périodiques de certaines irritations , comme celles des règles, des hémorrhoïdes , du flux d'urine chez quelques personnes, servent à maintenir l'équilibre , et sont une preuve de cette intermittence d'irritation qui ne sort pas des limites de l'état normal. En rechercher la cause première serait une illusion : il faut se contenter d'observer, et ne pas témoigner plus d'étonnement de l'intermittence morbide que de celle de l'état de parfaite santé.

GGXVIIÏ.

L'irritation morbide peut être intermittente dans tous les appareils et dans tous les systèmes organiques.

Il faut entendre dans les systèmes qui jouissent d'une certaine activité vitale; car les dépîacemens fréquens de l'irritation ne sont guère possibles dans la substance des os durs. On voit bien quelquefois des périostoses se déplacer , mais non pas disparaître et revenir d'une manière périodique dans un court espace de temps. A plus forte raison , n'a-t-on garde d'observer l'intermittence d'irritation dans les os ; à peine même en peut-on remarquer le dépla-

( 6a8 ) cément et le transport d'un os à un autre. Les tissus où l'irritation est facile à se former sont aussi ceux où elle est susceptible de prompte disparition et de retour, selon certains types. Ces tissus sont ceux de consistance molle et qui sont riches en matière nerveuse et en capillaires sanguins. Ceux qui sont destinés à leur servir de point d'appui, de soutien et de rempart , ceux qui végètent dans une torpeur habituelle , sans prendre part aux ébranlemens primitifs et sympathiques qui entretiennent l'état de vie, sont d'autant moins exposés à l'intermittence d'irritation qu'ils se rapprochent davantage de l'état osseux ; c'est-à-dire que leur activité vitale est plus puissamment enchaînée par les molécules salines, métalliques ou terreuses qui leur donnent la résistance et la solidité. Les tissus où l'on peut observer l'intermittence d'irritation sont, en suivant l'ordre d'activité vitale , qui est à peu près celui d'aptitude au phénomène de l'irritation , les expansions nervososanguines formant le cerveau et les membranes de rapport des grandes cavités viscérales ; l'ensemble viscéral lui-même , savoir, l'estomac avec le duodénum et leurs annexes ; le cœur et les poumons avec leurs plèvres; le reste des tissus muqueux et même séreux des viscères abdominaux ; les branches nerveuses des appareils locomoteurs et sensitifs ; la peau et les ouvertures des membranes muqueuses.

Quant aux tissus cellulaires, aux ligamens, aux cartilages, aux os , nous ne pouvons les comprendre dans cette énumération: en conséquence, nous pen-

( 629 ) sons qu1iL convient de donner à ia proposition la forme suivante :

« L'irritation morbide peut être intermittente )> dans presque tous les appareils et systèmes or- » ganiques où l'inflammation aiguë peut se déve- » lopper. »

L'irritation morbide peut être continue dans un appareil à-un degré modéré, et s'y exaspérer périodiquement pour retomber ensuite à son premier état. Dans ces cas , quand eiie y est modérée , elle excité peu de sympathies; lorsqu'elle s'y exaspère, elle en développe un grand nombre : ce sont les fièvres rémittentes , subintrantes , etc. , des auteurs.

En effet, ce n'est qu'ainsi que l'on peut se représenter les phénomènes alternatifs de Texacerbatioii et de la rémission.. Les fièvres rémittentes sont des phlegmasies continues, aiguës, dont lesredouhlemens sont plus prononcés que ceux des phlegmasies ordinaires, ets'annoncentpar un refroidissement des extrémités ou de tout l'extérieur du corps, avec ou sans tremblement. A ce froid succède une chaleur sèche avec augmentation de fréquence dans les pulsations du cœur et raideur du pouls ; ensuite le pouls s'assouplit etlapeau s'humecte : une sueur plus ou moins

i. pat* 4l

( 63o ) copieuse termine le paroxysme , après lequel la fréquence du pouls, la chaleur et la se'clieresse persistent du plus au moins jusqu'à ce qu'un nouveau refroidissement annonce un nouveau paroxysme, qui peut revenir à des intervalles divers, c'est-à-dire tous les deux jours, tous les jours, ou même plusieurs fois dans la journe'e.

Mais jusqu'ici nous n'avons parle' que de la circulation , et ce n'est pas assez pour l'état actuel de la science. Il s'agit de déterminer , non pas pourquoi les paroxysmes reviennent à certains intervalles , ni même pourquoi ils reviennent , mais quelle est l'irritation qui entretient le mouvement fébrile. Si elle était dans le cœur ou dans les vaisseaux sanguins, il n'y aurait rien à chercher au-delà : mais elle n'y est pas nécessairement, puisque les autopsies la montrent ailleurs , et que lorsqu'elle s'y trouve, cela ne constitue qu'une complication qui a ses signes , ceux de la cardio-entérite ou de la phlébite. On la suppose dans le système nerveux : mais comment s'en tenir à cette hypothèse, que nous allons bientôt discuter, lorsqu'on observe des signes évidens de phlegmasie dans quelques uns des grands viscères. Ceux qui le plus souvent sont enflammés d'une manière plus ou moins intense , mais pourtant toujours continue dans cette fièvre, ce sont l'estomac et le duodénum, dont les annexes partagent l'irritation sans être nécessairement dans un état de phlegmasie pareil au leur, puis les poumons et quelquefois le cerveau: mais on ne peut se dissimuler que le siège le plus ordinaire de l'inflammation qui entretient

la rémittence est dans la partie supérieure de l'appareil digestif.

Si l'on demande sur quoi se fonde notre assertion, nous répondrons qu'elle repose : i° sur les signes de la gastrite continue qui ne manquent jamais, au moins dans le début, et sur ceux des autres inflammations viscérales qui existent quelquefois avec les premiers , et toujo urs quand les premiers n'existent plus; 2° sur l'effet constamment mauvais des irritans de'pose's dans ce point du canal digestif où prédomine l'irritation inflammatoire, car ils exaspèrent toujours alors ou celle de ce canal ou celle des autres viscères; 3° sur la facilité et le grand nombre des cures obtenues par la méthode antiphlogislique et révulsive bien raisonnée, c'est-à-dire fondée sur l'irritabilité des organes, c'est-à-dire physiologique ; 4° sur les ouvertures des cadavres , qui mettent en évidence les traces de l'inflammation qui est la cause delà mort.

Après avoir fait ces rapprochemens, on peut entendre la proposition, quand elle dit que l'irritation qui fait le fond et l'aliment de la fièvre rémittente est d'abord modérée; que lorsqu'elle est ainsi, elle produit peu de sympathie (temps de la rémission); que quand elle s'exaspère, elle en occasione davantage ( temps du paroxysme ) : n'est-il pas clair en effet que si elle était constamment dans une très forte nuance , elle ne permettrait pas une rémission de la fièvre assez, considérable pour que l'extérieur du corps pût se refroidir? et n'est-il pas évident que lorsqu'il s'est fait dans les foyers inflammatoires

( 63a } une nouvelle congestion, pendant le frisson, c'est leur réaction sur le cœur , par l'intermédiaire du cerveau, qui le force à se débattre et à repousser la masse du sang dans les vaisseaux de la périphérie ? La preuve de ces deux assertions, c'est qu'en stimulant le viscère irrité , on l'exaspère à tel point qu'il maintient les sympathies de l'état fébrile à un degré d'intensité qui fait disparaître les paroxysmes et ne laisse plus qu'une fièvre continue avec des redoublemens sans frisson. Que cette fièvre soit plus dangereuse que la rémittente, c'est une preuve de plus en notre faveur.

GGXX.

Les irritations intermittentes et rémittentes sont toujours avec exaltation de la sensibilité et de la eontractilité, et par conséquent congestion , soit dans le principal siège du mal , soit dans les lieux où il éveille des sympathies.

On peut même dire que, sans celte exaltation de l'irritabilité d'un organe , la congestion ne se ferait pas; car, à moins d'une irritation , il n'y a qu'un obstacle mécanique au cours des fluides qui puisse produire des congestions , encore ne sont-elles pas actives. Il faut donc nécessairement concevoir comme cause prochaine des accès une innervation augmentée dans un appareil; ensuite, l'appel des fluides qui produisent la congestion j puis enfin , îe trans-

( 635 ) port de l'irritation du lieu où elle s'est faite d'abord sur plusieurs autres ( sympathies reçues par ces derniers), attendu que l'irritation me peut jamais rester purement locale , dès qu'elle. s'élève à un certain degré d'intensité7. Il faut concevoir aussi l'innervation développée dans les tissus sympathises , comme faisant un appel semblable à celui de l'organe primitivement irrité; "de sorte que, à l'occasion d'une congestion première , il s'en fera plusieurs autres consécutives.

L'exaltation de sensibilité est d'abord marquée dans l'organe le premier congesté; car le malade rapporte toujours, dans le début des accès, une sensation pénible à l'un des principaux viscères ; mais lorsque, par les progrès de cette congestion première , il s'en est formé plusieurs autres, le moi se trouve assiégé par un si grand nombre de perceptions pénibles , qu'il n'y en a plus de locales bien distinctes , à moins qu'un point viscéral ou autre ne conserve une irritation prédominante. C'est ce que nous allons bientôt retrouver dans les rémittentes et les intermittentes dites pernicieuses.

GCXXI.

Les irritations intermittentes et rémittentes sont toujours des phiegmasies , des hémorrhagies , des névroses ou des subin-» flammations qui se déplacent et se terminent spontanément par des métastases critiques %

( 634) si elles cessent de se déplacer, elles se convertissent en phlcgmasies , en hémorrhagies , en névroses ou en subinflamniations continues, soit aiguës, soit chroniques.

Les faits sont cumulés dans cette proposition : on y trouve réunies toutes les preuves sur lesquelles se fonde la théorie physiologique des fièvres intermittentes.

Examinez un homme dans un accès de fièvre , vous trouverez toujours les signes de l'irritation prédominante d'un organe , et si vous observez de près l'organe irrité, son état vous paraîtra le même que dans les affections aiguës auxquelles on donne le nom d'inflammations, d'hémorrhagies, de névroses ou de subinflammations. Ainsi le plus souvent il y aura une douleur avec sentiment de chaleur ; si l'organe est visible , la rougeur et la, tuméfaction seront évidentes : s'il ne l'est pas, vous les devinerez par le secours de l'induction tirée des sympathies , de la même manière que vous les devinez dans les inflammations continues. Il y aura des cas où le point prédominant d'irritation donnera une hémorrhagie ; d'autres où vous n'y remarquerez que les phénomènes d'une névrose ; d'autres enfin, mais qui sont les plus rares, où le seul symptôme prédominant sera l'irritation d'un organe sécréteur qui fournira son humeur plus abondamment qu'à l'ordinaire» ou bien le gonflement d'un appareil ganglionnaire voisin de la périphérie.

Toutes les fois que les phe'nomènes locaux sont bien prononcés , il s'y joint un mouvement fébrile : suivons-le maintenant avec attention, et nous verrons qu'il change de nature en peu d'heures : le pouls, de dur et serré qu'il était, devient ample et mou; la peau, moins sèche, paraît douce au toucher, et bientôt elle exprime une sueur copieuse ; l'urine, d'abord claire et incolore , puis rouge , mais ne fournissant qu'un sédiment briqueté, ne tarde pas à emporter avec elle une matière muqueuse opaque , en quelque sorte purulente, qui forme une hypostase abondante. Yous remarquez ensuite, sinon les apparences de la santé, au moins létat où se trouvait le malade avant l'accès; en même temps les phénomènes locaux sus-mentionnés se dissipent , de sorte que vous voilà disposé à croire que la nature a fait, dans l'espace de quelques heures , ce que d'autres fois elle n'effectue que dans un travail de plusieurs jours, c'est-à-dire la résolution d'un point d'irritation offrant les quatre caractères des phlegmasies , par le moyen d'un mouvement fébrile et d'évacuations critiques qui se sont faites par les éliminateurs normaux.

Si nous trouvons tant de similitude entre les irritations locales continues et les intermittentes, les anciens classiques n'en ont pas moins trouvé entre les fièvres de ces deux types généraux que l'on croyait également essentielles , soit qu'on les attribuât aux humeurs , soit qu'on ne considérât que les groupes de symptômes qui les caractérisent. Ce que nous appelons la prompte solution critique

( 636 ) d'une congestion locale irritative, les humoristes l'appelaient la coction et lYlimiualion d'une humeur morbifique par voie de crise. ïls faisaient consister toute la différence en ce que l'humeur des fièvres intermittentes était plus facile à cuire que celle des fièvres continues ; ou bien en ce que, trop abondante, elle ne pouvait être cuite que par des e'bullitions muitiplie'es. Hippocrate avait suppute' , compare , et son e'coîe donnait pour certain que ce que la nature fait en sept jours dans une fièvre bilieuse ordinaire , elle a besoin de sept accès, c'est-à-dire de vingt et un jours, pour le terminer dans une fièvre tierce qui de'pend e'gaîement de la dépravation de l'humeur bilieuse. îl nous serait bien facile de remplir beaucoup de pages en cumulant les faits pathologiques dont l'interprétation peut confirmer l'analogie des états fébriles continus avec les fièvres intermittentes des diffe'rens types ; mais il nous suffira de les avoir signalés : on se les rappellera surabondamment.

La seconde partie de la proposition est celle qui renferme le plus de preuves en faveur de l'opinion physiologique sur la nature des fièvres intermittentes. Les phe'nomènes d'irritation locale qui déterminent l'état fe'briSe se dissipent d'ordinaire spontanément avec la fièvre , pour reparaître au bout d'un certain temps et se dissiper encore comme la première fois : voilà la périodicité d'irritation bien établie; mais faites que ces irritations locales persévèrent , entretenez-les avec de fortes doses de stimulans appliqués sur le point souffrant ou sur

( 637 ) celui qui sympathise le plus avec lui; vous empêcherez la solution de cette irritation, et d'intermittente qu'elle était , vous la rendrez continue, soit sous la forme aiguë, soit sous la forme chronique.

La transformation des fièvres à paroxysmes en fièvres continues est d'autant plus facile, que les prétendues fièvres essentielles se rapprochent le plus de la continuité. Ainsi les rémittentes la subissent plus facilement que les quotidiennes, ceiles-ci plus facilement que les tierces, etc. On en conçoit la raison, d'après ce que nous avons dit. Cette dégénérescence est plus facile au printemps que dans toute autre saison , dans les latitudes chaudes que dans les froides, chez les sanguins vigoureux que dans les constitutions opposées, chez les personnes irritables que chez celles à sens obtus, etc. Elle est parfois spontanée, mais le plus ordinairement elle est déterminée par l'emploi prématuré des stimulans que Ton se presse d'administrer dans ces sortes de maladies; et alors on doit bien penser que plus l'organe qui les reçoit est irritable, plus le passage de l'état rémittent au continu est facile à déterminer. Ces continues secondaires sont de la même nature que les continues primitives : ce sont toujours des phlegmasies aiguës des grands viscères.

La substitution de l'Irritation chronique continue sous Tune des quatre formes principales (inflammation, hémorrhagie, névroses, subinlîammation) au type rémittent et intermittent, par l'abus des fébrifuges, est beaucoup plus commune que celle de l'inflammation aiguë, dont nous venons de nous oç>

( 638 ) cuper; elle s'observe dans une immense quantité de cas où les stimulateurs se flattent d'avoir opéré une guérison complète. C'est le plus ordinairement l'inflammation ou la névrose cîiro nique dont les malades ont à souffrir; la subinflammation s'y joint assez fréquemment par la suite ; l'hémorrhagie n'y paraît qu'accidentellement.

Cette imparfaite terminaison des fièvres à accès est peu connue des médecins attachés aux anciennes doctrines. Les accès une fois détruits, ces médecins croient avoir tout fait; et s'il y a de longues convalescences avec langueur de l'appétit, ou bien avec excès d'appétence, mais digestions douloureuses, éructations, et autres symptômes des gastro-entérites chroniques, ils y voient les indices d'une maladie indépendante de celle qu'ils croient avoir guérie. Ils ne pensent pas tout-à-fait ainsi relativement aux engorgemens du foie, de la rate, du poumon, consécutifs aux fièvres à accès : ils appellent cela des reliquats de fièvres ; mais ils en méconnaissent la véritable cause, la cause physiologique, la seule qui puisse mettre sur la voie du traitement.

Voilà la somme des principales vérités que renferme la proposition que nous commentons; nous en avons dit assez pour tracer aux médecins consciencieux la route de la bonne observation.

Les fièvres intermittentes et rémittentes sont des gastro-entérites périodiques; mais

( <539 ) l'encéphale et les autres viscères sont irrités svmpathiqueuient , de même que clans les continues, et peuvent aussi devenir le siège principal de l'inflammation et s'enflammer d'une manière périodique ou continue,

La proposition précédente avait déterminé d'une manière générale la nature des fièvres intermittentes etrémiltentes : celle-ci ose davantage; elle va jusqu'à affirmer que les fièvres sont des gastro-entérites périodiques , qui sont quelquefois suivies d'autres phlegmasies viscérales, c'est-à-dire qu'elle spécifie le premier siège de l'irritation locale qui détermine la périodicité fébrile, en consacrant le principe que le point principal d'irritation peut abandonner ce siège pour en occuper un autre. On a déjà démontré dans les premiers commentaires que les organes sympathiquement irrités par une inflammation pouvaient contracter eux-mêmes l'état inflammatoire à un degré tellement intense, qu'ils fissent révulsion sur le premier mobile , et devinssent le point principal d'irritation. La même épigénèse peut survenir dans les fièvres intermittentes et rémittentes , de sorte qu'après avoir répondu à la région épigastrique, le symptôme prédominant peut répondre au poumon, à la tête, ou dans tout autre point de l'appareil viscéral, quelquefois même dans quelque région de l'appareil locomoteur. En effet, on ne voit guère d'intermittente prolongée dans laquelle il ne se développe un point particulier d'irritation, qui se dé-

ciare d'abord dans les accès , et finit par constituer une phlegmasie ou une subinîlammalion chronique, qui fait disparaître l'intermittence fe'brile.

Cette proposition a été' vivement combattue par plusieurs médecins, qui ont pre'iendu qu'on ne pouvait attribuer les accès de fièvre qu'au système nerveux, et qu'ils supposent toujours la débilité. Cette double allégation est d'un vague qu'aujourd'hui l'on est tout étonné de retrouver dans la bouche d'hommes instruits, et qui se sont donné la peine de suivre les progrès de la science. Pour peu que l'on se souvienne des réflexions que nous avons faites plus haut à l'occasion des névroses , on doit sentir combien il est peu physiologique , pour ne pas dire autrement , de placer dans les nerfs une modification de l'économie dans laquelle la circulation est accélérée, l'estomac brûîanî et appelant les liquides frais, qu'il absorbe avec avidité, la peau, sèche d'abord, ensuite baignée de sueur, l'urine rouge etbriquetée ; une modification dans laquelle le sang peut être exhalé en abondance parles membranes muqueuses, dans laquelle la bile est quelquefois copieuse et acre , comme il arrive à toutes les humeurs dont les excréteurs sont surirrités ; une modification enfin dans laquelle il se forme de rapides congestions, qui peuvent inonder les viscères et les mettre hors de fonctions. Comment peut-on placer dans les nerfs des irritations gastriques qui bien souvent, par une seule dose de quinquina, se convertissent parfois en gastro-entérites violentes, à la suite desquelles on rencontre des traces d'inflammation ? N'avons-nous pas même

fait voir, dans l'histoire des phlegmasies chroniques, qu'on ne pouvait attribuer qu'à l'inflammation la plupart des alte'rations cadave'riques qui se présentent dans les cadavres des personnes mortes par les suites des intermittentes prolongées?

Quand on réfléchit à tout cela, on se dit à soimême que les auteurs dont nous combattons l'opinion n'ont pu avoir l'intention de nous donner les lièvres intermittentes pour des névroses ; on est forcé de leur accorder assez de sens pour avoir vu que le. système sanguin est vivement ému dans les accès des fièvres périodiques ; on ne peut donc s'empêcher de croire qu'ils n'ont eu que l'intention de placer dans le système nerveux la cause prochaine de l'excitation du cœur et de tout l'appareil circulatoire. Maintenant, si c'est là ce qu'ils ont voulu dire, nous leur demanderons en quoi l'accès de fièvre intermittente diffère , sous le rapport de la cause prochaine, d'une fièvre déterminée par une affeetion morale : la cause de l'une et de l'autre n'est-elle pas une modification du système nerveux qui met en jeu le système sanguin, et l'une, aussi bien que l'autre, ne peut- elle pas se continuer sous la forme d'une inflammation des plus intenses?

Mais disons plus, s'il ne fallait que le fait d'un surcroît d'innervation mettant en jeu le système sanguin pour autoriser les palhologisles à dire qu'une maladie réside dans les nerfs ou dépend des nerfs, ils seraient obligés de tenir le même langage toutes les fois qu'ils verraient une inflammation produite par des causes morales. Ainsi quand les pneumonies,

( «4» ) les encéphalites, seraient évidemment provoquées par cette cause; quand lesérysipèles en dépendraient, ce que nous ayons observé à la suite d'un grand accès de colère; lorsque les hémorrhagies seraient F effet de celle passion, et lorsqu'elles seraient supprimées par la frayeur , et qu'il en résulterait une violente inflammation dans quelque organe, chose des plus communes, on devrait toujours s'en prendre aux nerfs, et croire que tous es ces maladies ont leur siège dans le système nerveux. Mais, que dis-je? il ne faudrait pas hésiter à considérer comme nerveuses toutes celles que le froid peut déterminer, et nous retrouvons encore ici les phlegmasies de la poitrine avec les rhumatismes aigus, quelque inflammatoires qu'on les suppose; car il est évident que le froid n'agit sur nous que pareeque nous sommes sensibles et que nous réagissons contre ses impressions, ce qui ne peut se faire que par le système nerveux. Si nos nerfs étaient moins irritables, s'ils n'étaient pas organisés de manière à forcer le système sanguin à réagir centre le froid , nous nous engourdirions comme les animaux à sang froid , ou comme les hibernans, à sa première impression; nous péririons ensuite, pour peu qu'il devînt intense , comme périrent naguère des milliers de Français dans les plaines de la Ptussie, lorsqu'il était excessif.Mais nous réagissons, et toutes les inflammations que le froid nous occasione dépendent uniquement des troubles que le système nerveux stirirrité produit dans nos fonctions , et surtout dans la distribution de nos li~ quides, soit primitifs, soit secondaires ou sécrétés.

Nous irions bien plus loin encore dans ces sortes de rapprochemcns, si nous voulions rechercher tous les cas d'inflammation et de subinfiammalion qui ont leur cause e'vidente dans l'action des nerfs sur les vaisseaux; on verrait jusqu'aux inflammations des plaies venir d'elles-mêmes se ranger dans cette catégorie; mais ces faits nous suffisent. Continuons donc notre argumentation.

Si l'excès d'innervation pre'side au développement de tant de congestions sanguines généralement reconnues pour des inflammations, il n'est point particulier aux congestions actives des accès de fièvres intermittentes, il ne peut leur fournir un caractère distinctif, ni les faire considérer comme plus nerveuses que toutes les autres congestions de même forme qui sont déterminées par la même cause prochaine ; en un mot, cet excès d'innervation ne les rend pas plus nerveuses que ne le sont toutes les autres.

Mais on admet, avec l'état nerveux, un état asthénique de l'économie. Pour que cette autre cause prochaine pût passer, il faudrait que les malades à fièvres intermittentes fussent plus faibles que ceux à fièvres continues avouées slhéniques. ce qui, n'est pas; car l'homme qui a constamment la fièvre est toujours plus affaibli que celui qui ne l'a que par accès ; mais il faudrait surtout que les fièvres intermittentes ne pussent jamais guérir sous l'influence des débilitans, tandis que les médecins physiologistes fournissent journellement et par milliers des preuves du contraire. Le caractère particulier des fièvres intermittentes n'est

donc ni l'état nerveux, ni la faiblesse des sujets; il faut donc chercher ailleurs dis différences.

Les Irouverait-on dans les causes éloignées ? Sans anticiper sur la discussion que nécessitera la proposition relative aux causes des lièvres intermittentes, nous pouvons affirmer qu'elles ne sauraient leur fournir un caractère soit nerveux, soit autre, puisqu'elles produisent aussi des maladies différentes, même les irritations sanguines continues les plus inflammatoires. Soumettez dix sujets aux causes les plus puissantes des fièvres intermittentes; iaites-les coucher mal abrités, en plein air, l'estomac vide, au milieu d'un marais, vous pouvez n'avoir pour résultat que trois ou quatre de ces fièvres, avec deux bronchites, une pleurésie, une pneumonie, un rhumatisme, ou bien des ophthahïiies, des odontalgies, des angines, etc. : c'est chose connue. Brisons donc là-dessus de peur d'être ennuyeux.

Le caractère spécial des fièvres intermittentes ne pouvant être tiré ni de la cause prochaine véritable , l'excitation nerveuse , ni d'une cause prochaine qui n'est pas réelle , la débilité, ni des causes éloignées qui produisent d'autres maladies, ce caractère ne peut plus être extrait que des phénomènes mêmes des fièvres intermittentes. Ces phénomènes sont de deux ordres généraux : l'état d'excitation ou l'accès , l'état de calme ou l'apyrexiè. Or l'accès est en tout semblable à plusieurs autres mouvemens fébriles qui ne reparaissent pas; c'est donc uniquement par i'apyrexie et par le retour de l'irritation que les fièvres intermittentes sont caractérisées ; en d'autres termes,

645 ) elles consistent dans des congestions en apparence semblables à celles qui sont continues, mais qui en diffèrent en ce point, qu'elles se dissipent pour reparaître à des intervalles determine's. Etudions maintenant ces congestions avec un nouveau degré' d'attention, afin de bien juger jusqu'à quel point elles sont analogues aux continues.

CGXX1II.

Chaque accès régulier de fièvre intermittente est le signal d'une gastro-entérite, dont l'irritation est transportée sur les exhalans cutanés, ce qui produit la crise : si l'irritation ne se déplace pas complètement, la lièvre est rémittente; si elle cesse de se déplacer, la fièvre devient continue.

La proposition pre'ce'dente établissait que primitivement la congestion sanguine active des accès de fièvre se fait dans l'appareil digestif, et surtout dans l'estomac, le duodénum et leurs de'pendances, en un mot, dans le groupe d'organes situe' au-dessous du diaphragme ; que de là part l'irritation qui , répe'te'e sympalhiquement dans d'autres organes , peut y devenir pre'dominante , c'est-à-dire plus intense que celle du foyer primitif. Maïs alors les accès n'appartiennent plus à la forme régulière ; ils ne sont plus selon le type primitif de la fièvre

intermittente, c'est-à-dire carac térise's par la prédominance de l'irritation gastrique sur toutes les autres. C'est pour cela que la proposition actuelle se sert de l'épithète régulier , pour qualifier l'accès à symptômes gastriques qu'elle donne pour type. De cette manière , elle est à l'abri du reproche d'avoir pose' que tous les accès de fièvre intermittente sont nécessairement des gastro -entérites. Tout au contraire , l'admission de ce mot dans la proposition , hjs termes de la (XXVIIIe , qui dit que V irritation morbide peut être intermittente dans tous les tissus ou V inflammation aiguë peut se développer, et ceux de la CCXXIe, qui rapporte toutes les fièvres intermittentes à l'une des quatre formes générales de l'irritation continue , doivent porter à conclure que , toutes les fois que l'accès d'une intermittente n'est pas caractérisé par les phénomènes d'une gastrite à marche rapide, il doit l'être par ceux d'une autre phlegmasie dune marche également précipitée , ou par ceux dune hémorrhaaie, d'une névrose ou d'une subinflammation.Toutefois , attendu que cette dernière forme est très rare , et les deux autres peu communes, il résulte que la congestion inflammatoire est ce qu'il y a de plus ordinaire dans les accès de fièvre intermittente, et rien n est plus facile que d'appliquer à tous los organes où elle peut se fa^re, ce quril est dit ici de îa congestion prédominante dans la région épigasîrique. Ces congestions et leur prompte solution par une crise dirigée vers les exhalans cutanés sont donc le type de la fièvre intermittente , et en con-

( 647 ) stituent l'idée caractéristique. Toutes les fois que les accès ne sont pas cela, ils sont ou imparfaitement développés , ou trop près du type continu, ou déjà dégénérés par l'épuisement des forces qu'entraînent la longue durée de la fièvre ou les efforts mal dirigés de l'art de guérir. Prenons donc une juste idée de ces accès, en choisissant les plus simples , ceux à congestion épigastrique prédominante , et rappelons les phénomènes qu'on y observe : lassitude, bâillemens, pandiculations, etc. Ces symptômes , quoique produits par l'innervation cérébrale , sont l'effet d'une irritation déjà existante et perçue dans le milieu du torse par une sensation de chaleur , une sorte de constriction avec diminution de l'appétit : on a les mêmes sensations quand la gastrite débute ; on ne les a pas par simple irritation cérébrale /comme nous l'allons bientôt voir.

Il s'y joint une sorte d'enchaînement des muscles de la respiration, qui ne dilatent pas amplemont la poitrine. En même temps, les pulsations du cœur s'accélèrent et deviennent plus petites qu'auparavant: ce qui coïncide avec le sentiment de froid à la peau et le tremblement, qui peut être excessif. Ces phénomènes pourraient faire penser que le cœur est affecté le premier; mais ni les débuts de la cardite , où ce viscère est enflammé d'une manière aiguë, ni ceux des accès d'asthme, où sa constriction est plus nerveuse qu'inflammatoire, ne ressemblent exactement à ce qui vient d'être décrit, tandis que cela s'observe dans tous les débuts su-

bits de ce qu'on appelait jadis lièvres gastriques.

La chaleur devient plus grande ; il se de'veloppe de. la soif, et la langue rougit ainsi que toute la membrane muqueuse de la bouche. Le malade est plus que jamais éloigné du degré de l'appétence normale.... La ressemblance avec la gastrite aiguë se caractérise de plus en plus. Les apparences de céphalite, de cardite et d'asthme disparaissent.

Il y a des dérangemens plus considérables dans la régularité de l'innervation cérébrale, lorsque l'accès est arrivé à ce degré; car le fébricitant qui perçoit toutes ces sensations, celle de construction centrale, celle de froid, celle de chaleur, celle de lassitude dans le torse et les membres, etc., n'est plus apte aux exercices musculaires ; et, quoiqu'il soit loin du délire, son caractère est changé, et il ne peut pas s'acquitter des mêmes opérations Intellectuelles que dans l'état de santé ; d'ailleurs il est évident, nous devons le répéter, que la douleur des membres, la constriction du cœur et celle des muscles inspirateurs ne peuvent dériver que de l'influence du cerveau irrité. A merveille ! Mais comment déduire de là qu'il est le premier mobile de l'accès, lorsqu'on voit que ses irritations propres débutent avec des symptômes intéressant .beaucoup plus ce viscère lui-même , et lorsque l'on observe que la chaleur, la soif et le tremblement ne paraissent dans ces irritations propres de l'encéphale que lorsqu'elles sont associées à celles de l'estomac et des intestins supérieurs ?

L'analogie n'est donc exacte, pour tout ce qui

(649) regarde le développement de l'accès, qu'avec le de'but des gastro-entérites fe'briles de la nuance la plus bénigne, que l'on qualifiait autrefois ou de fièvres gastriques ou de fièvres éphémères inflammatoires.

La même analogie continue dans la période du déclin, lorsqu'il survient une sueur plus ou moins abondante, suivie d'un sommeilde durée variable, à la suite duquel l'état de rémission ou celui d'apyrexie se manifestent.

La proposition nous dit que la crise sudorale peut se faire sans que l'irritation de la gastro-entérite se déplace entièrement, et que cela constitue la rémitlence. Rien de plus vrai , car si la phlegmasie gastrique avait cédé , elle ne serait plus la pour entretenir le mouvement fébrile. C'est ce que prouvent bien souvent les applications de sangsues faites sur l'épigastre dans l'accès des fièvres rémittentes : en enlevant la gastrite , ces émissions sanguines locales détruisent le mouvement fébrile interposé entre les accès, et changent les fièvres rémittentes en intermittentes , quand elles ne les guérissent pas du premier abord.

La proposition n'ajoute pas que lorsque l'irritation interne est complètement déplacée par la sueur, la fièvre est intermittente : ce serait répéter ce qu'elle vient de dire implicitement; mais elle termine en établissant que si l'irritation cesse d'abandonner, même incomplètement, la membrane gastrique pour se dissiper par les exhalans cutanés, cela constitue le changement d'une fièvre, soit intermittente , soit rémittente, en continue. 11 est de

(65« ) toute évidence que cela signifie qu'en prenant un plus haut degré d'intensité l'inflammation qui pouvait être déplaçable ou mobile cesse de l'être , et rentre dans la classe des continues.

CGXXIV.

Les fièvres larvées des auteurs sont des irritations périodiques de différens systèmes ou appareils , soit intérieures soit extérieures , mais dans lesquelles le cœur est moins influencé et la chaleur générale peu ou point altérée.

Conférez cette proposition avec cette phrase du commentaire précédent : « Toutes les fois que les » accès ne sont pas cela (une congestion sanguine » active et fébrile résolue en peu de temps par une » crise), ils sont ou imparfaitement développés, ou » trop près du type continu, ou déjà dégénérés par » l'épuisement des forces , etc. » Eh bien! les fièvres larvées des auteurs se placent dans le premier de ces trois termes. Ce sont effectivement des congestions, ou sanguines , ou nerveuses , ou subinflammatoires, qui, pour être faibles, oudirigéessurdesorganespeu influens dans l'économie, ne remuent pas assez vivement le cœur pour provoquer un mouvement fébrile bien caractérisé. Il suffit de se rappeler les faits que les auteurs ont ainsi qualifiés pour se trouver forcé d'adhérer a notre assertion. On a donné le nom de

( 65i ) fièvres larvées à des opbthalmies qui débutaient comme des ophthalmies ordinaires , mais qui, après s'être dissipées d'elles-mêmes , reparaissaient avec une périodicité re'gulière; on les a qualifiées ainsi, i8 parcequ'elles se montraient sous les mêmes influences qui ont contume de produire les fièvres intermittentes bien prononce'es; 2°parcequ'on lésa guéries par le quinquina. C'est pour les mêmes motifs qu'on a donne' la même de'nomination à des phiegmasies périodiques du nez, à des céphalalgies , à des odontalgies, à des amauroses, à des névralgies, à des coliques, à des dvsuries, et à beaucoup d'autres irritations locales, plus souvent externes qu'internes, également périodiques, toujours exemptes de fièvre, et même d'un dérangement considérable des grandes fonctions.

Tout cela justifie ce que nous venons d'avancer ; mais de semblables faits ne doivent pas être perdus pour le médecin qui veut éclairer sa marche par d'utiles rapprochemens. Si l'on a eu raison d'assimiler ces phénomènes morbides circonscrits de l'extérieur du corps aux désordres cachés plus étendus, et que l'on croyait même généraux , des fièvres intermittentes, on a eu tort d'appeler les premiers fièvres larvées, et c'est tout le contraire qui doit être fait aujourd'hui. Les irritations intermittentes externes doivent être considérées comme des images fidèles des irritations intermittentes internes qui déterminent les mouvemens fébriles périodiques : de même que les yeux et le nez s'irritent, rougissent, s'enflamment et se guérissent périodiquement, de

( 652 ) même aussi, dans les intermittentes régulières, la membrane muqueuse des voies digestives s'irrite, rougit, s'enflamme et guérit périodiquement lorsque la fièvre est complètement intermittente. Mais comme la membrane gaslro - duode'nale a sur le cerveau et sur le cœur des influences plus considérables que la conjonctive ou la peau du nez, elle excite , dans ses momens d'irritation , des sympathies que ces derniers tissus n'excitent pas ; et ces sympathies ne sont autre chose que l'appareil fébrile avec tous les phénomènes nerveux et les altérations sécrétoires qui caractérisent un accès de fièvre. Or l'irritation intermittente externe est visible, tandis que l'interne ne l'est pas; c'est donc plutôt cette dernière qui doit porter le nom de larvée : et cette dénomination lui conviendrait d'autant mieux que jusqu'à nos jours personne n'avait encore pu lui arracher le masque qui la dissimulait à tous les yeux.

Nous pousserons plus loin l'analogie , car nous dirons que de même qu'il reste toujours un peu d'endolorissement dans la conjonctive entre les retours périodiques d'inflammation, de même aussi la membrane muqueuse gastro - duode'nale conserve toujours quelques traces de l'irritation inflammatoire qu'elle a soufferte durant l'accès. C'est ce que l'on peut vérifier chez tous les fébricitans que l'on n'a pas encore , ou que l'on a mal traités. Cette irritation interparoxysmale est même si générale que l'on serait tenté de croire que toute fièvre intermittente tient du caractère rémittent, et consiste fondamentalement dans une plilegmasic continue

( 655 ) qui s'exaspère à certains intervalles pour reproduire les accès. Que l'on s'étonne maintenant de tous les maux qu'a produits l'abus du kina !

Les personnes qui ont le sens de'licat dans les viscères, et qui d'ailleurs sont doue'es de l'esprit d'observation, nous disent qu'elles ont la conscience d'un point d'irritation perse'vërant dans l'estomac ou le duode'num durant l'apyrexie la plus calme. Qu'un point permanent d'irritation siégeant dans l'appareil digestif appelle, en s'çxaspérant, la congestion autour de lui, cela paraît facile à comprendre, même beaucoup plus probable que le retour pe'riodique d'une irritation entièrement dissipée avec le dernier accès; mais qu'une congestion active dans les viscères, avec les caractères de la fièvre intermittente re'gulière , soit provoque'e par un point d'irritation résidant à l'exte'rieur du corps, quelquefois même à l'extrémité d'un membre, voilà ce qui ne peut manquer de causer d'abord quelque surprise. De pareils faits sont pourtant loin d'être très rares ; on voit des individus à qui la présence de la sonde dans l'urèthre occasione des accès de fièvre tierce ou quotidienne. Nous avons rapporté dans les annales de la médecine physiologique , plusieurs exemples de fièvres intermittentes provoquées et entretenues par des ulcères aux jambes, des plaies aux genoux ou en d'autres parties du corps. Mais pour peu qu'on veuille réfléchir à ces cas , la surprise cessera, puisqu'il est surabondamment démontré par les rapprochemens que ne cesse de faire la doctrine physiologique , que toutes les irritations que le cer-

veau reçoit des nerfs extérieurs de relation sont par lui réfléchis dans le tissu des viscères, et principalement dans les organes de l'épigastre et dans le tissu même du cœur. A force d'accumuler les faits et de faire remarquer leur coïncidence , nous nuirons, j'espère, par habituer les bons esprits à la méthode physiologique.

Comme toutes les irritations intermittentes externes ne sont pas sous la forme inflammatoire, ou plutôt avec congestion copieuse de sang ; comme il y en a de nerveuses, c'est-à-dire attaquant des branches de nerfs et affectant la forme des névralgies, ne seraitil pas possible qu'il s'en formât de pareilles dans les viscères ? La réponse à cette question appartient au commentaire suivant.

CGXXV.

Les fièvres dites pernicieuses ne différent des autres que par la violence et le danger des congestions.

Il est établi par les propositions précédentes sur les fièvres à accès, et par les commentaires que nous y avons ajoutés, qu'elles consistent en général dans une congestion sanguine active qui se fait dans les principaux viscères, avec fièvre, et qui se résout en peu de temps par une crise sudorale ; que, dans la forme régulière de la maladie, l'appareil sous-diaphragmatique, chargé de la digestion, est le principal siège de cette congestion ; qu'elle y est déterminée par une irritation toujours persévérante dans

( 655 ) le principe , quelquefois en apparence intermittente ou sympathique à une e'poque avancée; que cette irrilation faisant à des intervalles déterminés un nouvel appel d'innervation et de sang vers les tissus qu'elle occupe, y produit la congestion dont il s'agit avec le spasme du cœur, comme le ferait une substance acre et mordante subitement introduite dans le sens interne gastrique ; que cette irritation complexe diminue l'impulsion dusang vers l'extérieur et de'termine la pâleur et le frisson ; que la re'action provoque'e par l'exécution régulière des lois vitales, remplace celle innervation douloureuse et tendant à la concentration des mouvemens dans le centre du corps , par une innervation opposée qui se manifeste par la cessation du malaise, la liberté et l'amplitude des mouvemens du cœur qui repousse le sang dans les vaisseaux de la périphérie et dissipe l'irritation par des torrens de sueur; que pour première aberration de ces mouvemens réguliers on observe la prédominance de la congestion dans un autre point de l'appareil viscéral que le centre épigastrique ; qu'une seconde aberration consiste dans des innervations et des congestions trop faibles pour être fébriles, qui se font, soit dans les mêmes organes, soit dans ceux du second ordre, et qui, quand elles sont visibles, nous montrent à découvert la véritable nature des fièvres intermittentes. Nous arrivons maintenant à la troisième anomalie générale des fièvres intermittentes: c'est celle déjà annoncée, qui consiste dans la tendance des congestions, c'est-à-dire de l'irritation qui les dé-

( 656 ) termine, à l'état continu: c'est en effet dans cette se'rie que nous nous trouvons forcé de placer les maladies que l'on a qualifiées du nom de fièvres pernicieuses ; et nous allons en donner la preuve. Lorsqu'une congestion viscérale irritative (produit de l'irritation), jusque là passagère, cesse dese résoudre , quelle que soit la cause première de ce défaut de résolution, il en résulte de deux choses l'une: ou le cœur reprend son activité en perdant l'irritation spasmodique d'où dépend le frisson et qui entravait ses mouvemens , et il développe une chaleur fébrile qu'entretient la congestion devenue permanente, ce qui change la fièvre intermittente en continue simple, ou en continue rémittente: ou le cœur, loin de reprendre son activité, la perd de plus en plus et cesse entièrement ses fonctions , ce qui entraîne la mort.

Il n'est pas toujours facile de prévoir, à l'aspect d'une congestion viscérale qui dépasse la durée des précédentes, laquelle de ces deux terminaisons est imminente. Les médecins de notre temps, effrayés par certains classiques, ont souvent attendu la mort dans des cas où la prolongation de la congestion n'a donné qu'une phlegmasie continue avec la fièvre concomitante: parmi ces maladies, les unes ont pris le caractère des continues les plus graves, connues sous les noms de fièvres putrides malignes, et en ont eu les différentes terminaisons; tandis que les autres se sont perdues, au bout d'un certain temps, dans l'état chronique , à la manière des irritations qui n'auraient' point été intermittences dans leur débute

(657) Dans d'autres cas, la mort, que l'on attendait dans les vingt-quatre heures , terme ordinaire d'un accès , n'est arrive'e qu'au bout de plusieurs jours; ce qui fait encore rentrer l'intermittente dans la série des continues: enfin, dans d'autres cas qui ont paru encore plus extraordinaires, l'accès, devenu permanent, a pris tous les caractères d'une violente inflammation phlegmoneuse qu'on s'est vu forcé de traiter par les antiphlogistiques, après l'avoir conside're'e dans son de'but comme une fièvre pernicieuse des plus asthéniques. Ajoutons que trop souvent cette transformation et celle en fièvre typhoïde n'ont été que des effets de l'administration intempestive des stimulans.

Voilà des faits qui ont jeté la confusion dans la doctrine des fièvres pernicieuses de Morton, de Torti et consorts ; doctrine que les uns voulaient maintenir dans sa pureté originelle, pendant que d'autres la condamnaient d'une manière beaucoup trop exclusive.

Cela vient de ce qu'on s'est trop hâté de généraliser d'après des faits particuliers: toutes les congestions plus violentes et plus tenaces que leurs antécédentes ne menacent pas de mort dans l'accès même: toutes les morts dans l'accès ne sont pas l'effet d'une faiblesse radicale ni la preuve qu'on aurait mal fait de ne pas stimuler dans l'apyrexie ou la rémission qui ont précédé l'accès; on doit, pour se tirer de l'embarras où nous jette souvent ce premier abord, considérer quel pouvait être l'état des viscères avant la fièvre, et juger s'ils

( 658 ) n'étaient pas déjà congestés par «ne irritation chronique ; il faut ensuite estimer les forces du malade et rechercher si les causes déterminantes de la pe'riodicité ne sont pas compliquées d'autres causes d'une propriété délétère ; question que nous allons bientôt aborder.

11 résulte de ce que nous venons de dire que les fièvres à congestions viscérales sont les seules qui puissent prendre le caractère pernicieux ; car il n'est pas possible qu'une irritation des tissus externes, et même des viscères, assez modérée pour ne causer aucun mouvement fébrile, menace d'un danger prochain. Toutefois il pourrait se faire que ces congestions périodiques non fébriles, ou ces fièvres larvées cessassent de se résoudre et prissent le type continu. On conviendra sans peine que c'est un motif de plus qui justifie la. distribution que nous venons de faire des irritations intermittentes.

Quant aux congestions internes qui font craindre un événement funeste, et que, pour cette raison, l'on appelle pernicieuses, leurs distinctions sont établies par Fanalomie et la physiologie : il est clair qu'il doit y en avoir autant d'espèces qu'il y a d'organes passibles de ces congestions, ou du moins du phénomène de l'irritation , qui les détermine toujours , quelle que soit leur intensité. Ainsi l'on doit rapporter à l'estomac les pernicieuses dites gastralgiques, éméliques, venteuses , etc. ; à l'estomac et au duodénum agissant sur le foie, les cholériques; aux intestins, les dysentériques et celles dont les accès sont marqués par des coliques ; au cœur et quelque-

(659) fois peut - être au cerveau , les syncopales ; aux poumons, les pneumoniques, les pleurétiques ; au cœur seul ou souffrant avec l'estomac et le poumon, les asthmatiques ; au cerveau, les apoplectiques, les convulsives ; etc. Mais il ne faut pas se figurer que l'irritation et la congestion qui compromettent la vie soient borne'es à l'organe dont la souffrance donne le nom à l'espèce. Toute congestion intermittente assez forte pour êire fébrile , qu'elle soit ou non pernicieuse, inte'resse l'ensemble viscéral, quoiqu'il y ait constamment un viscère plus affecté que les autres.

Quant aux variétés que l'on observe dans l'affection du même organe ou du même appareil, on ne peut les attribuer qu'au tissu où prédomine l'irritation, ou bien à son degré : c'est ainsi que les congestions cérébrales se montrent, tantôt sous la forme du délire, tantôt sous celle des convulsions, et d'autres fois sous celle de l'état soporeux, suivant qu'une irritation plus ou moins forte prédomine dans la substance blanche, dans la grise, ou dans les membranes, et qu'elle y détermine plus ou moins vile la congestion : c'est pour la même raison que les congestions pulmonaires intermittentes revêtent l'une des trois formes connues de l'irritation continue des poumons; que celles du cœur se montrent tantôt sous la forme hyperlrophique , qui rend le cœur gros et bondissant, et tantôt sous celle de la péricardite, qui le déprime, exténue le pouls et tend à produire la syncope ou à perpétuer le frisson ; que les irritations congestives du canal digestif, loin d'agir constam-

( 66o ) ment sur la membrane muqueuse et de la forcer à la superse'cre'tion , affectent la musculaire en donnant d'atroces coliques, et passent même au tissu séreux, où elles développent tous les symptômes de la péritonite.

Il est encore possible , il n'est même pas très rare que le point prédominant d'irritation change chez le même malade dans plusieurs accès successifs , de manière à faire croire à l'invasion d'une nouvelle maladie ; mais on est désormais en garde contre cette marche insidieuse.

Consultez les auteurs qui ont fait des recueils de cas graves de toutes espèces , et vous aurez la certitude que dans tous les pays et dans toutes les saisons où les intermittentes , et surtout les pernicieuses ont été communes , il y a toujours eu simultanéité des maladies continues affectant les mêmes organes ; mais servez-vous , pour vous en assurer , de la méthode physiologique , car les auteurs plongés dans l'ontologie ne vous entretiendront que d'entités humorales ou de groupes de symptômes dénommés d'après le plus apparent ou du moins le plus formidable à leurs yeux. Mais quand ils vous diront que les fièvres bilieuses , putrides , pituiteuses , nerveuses , typhoïdes , etc. , ont régné de concert avec les intermittentes du plus pernicieux caractère, et que souvent il a été difficile au premier abord de les distinguer , vous les entendrez de reste, et vous sentirez dé plus en plus l'importance de la classification physiologique qui vient d'être proposée a l'occasion de la CGXXV5 proposition.

Les hydropisies qui suivent les fièvres intermittentes dépendent toujours de l'un :j des cinq causes ou modifications physiologiques indiquées dans la proposition GCXVÏIL

Ces causes sont les obstacles au cours du sang et de la lymphe , l'influence d'une phlegmasie chronique , la cessation d'action des capillaires dépurateurs, l'assimilation imparfaite et la débilite'. Voyons comment elles peuvent coïncider avec les fièvres intermittentes.

L'obstacle au cours du sang- existe toujours momentanément dans la période de froid, parcequ'il y a construction au cœur; aussi les deux systèmes veineux se gonflent dans cet instant, ne pouvant plus se dégorger facilement dans le cœur , qui ne se prête point à la diastole. Examinez les malades dans cette période, vous les verrez avec la respiration petite, entrecoupée , le pouls serré, le cœur frémissant convulsivement au lieu de se dilater et de se contracter avec amplitude : ils accuseront tous une sorte d'oppression pectorale qui tient un peu de l'asthme, et souvent vous observerez chez eux de petites secousses de toux sèche, qui dépendent de l'accumulation du sang dans les vaisseaux pulmonaires ; la région sous-diaphragmatique , et surtout les deux hypochondres où sont placés deux parenchymes égale-

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