AVERTISSEMENT
Le but de l'auteur est de discuter devant le public les principes de la doctrine qu'il enseigne, et de penser en quelque sorte tout haut. Il n'aura point recours aux subtilités pour soutenir ce qui lui paraîtrait incomplet ou erroné. Il poursuivra de bonne foi, par la voie du raisonnement, les conséquences des propositions; et s'il se trouve conduit à des résultats qui ne soient pas conformes aux principes qu'il n'a émis que parce qu'il les croyait les meilleurs, il en conviendra; et il s'exécutera luimême en faisant subir à chaque proposition erronée, ou mal exprimée, les modifications que le bon sens, c'est-à-dire la droite raison, lui aura indiquées. Son objet est Futilité générale et les progrès de la science; il veut se critiquer lui-même devant ses confrères avant i. i
de mettre la dernière main au traité de pathologie qu'il prépare depuis long-temps. Les propositions qui auront été rectifiées paraîtront dans la suite sous la nouvelle forme qui leur aura été donnée dans ce commentaire.
CONSIGNÉES DANS l'EXAMEN DES DOCTRINES MEDICALES.
PROPOSITION LXVIL
La santé suppose l'exercicerrégulier des fonctions ; la maladie résulte de leur irrégularité ; la mort , de leur cessation.
Les fonctions sont irrégulières lorsqu'une ou plusieurs d'entre elles s'exercent avec trop ou trop peu d'énergie.
Ces deux propositions indiquent quels sont les principes sur lesquels doit reposer toute la doctrine physiologique. On voit d'abord que l'auteur fait consister la santé dans l'e'quilihre ; et comme l'équilibre est ici attribué à la juste mesure de vitalité de chaque appareil, cette profession de foi exclut nécessairement les théories humorales, les
chimiques , les mécaniques , et même le système de Brown, puisque Brown ne l'a fondé que sur l'augmentation ou la diminution de la vie, considérée d'une manière abstraite , et comme une chose unique , indivisible et nullement passible de deux modifications opposées. La d-octrine physiologique n'est donc pas du brownisme retourné. Ces deux propositions excluent aussi l'empirisme et les systèmes de classification fonde's sur des collections de symptômes, sans considération des organes malades. On voit qu'il ne peut entrer dans la doctrine ni maladies essentielles dont le siège n'est point indiqué, ni maladies attribuables à une modification uniforme de tous les appareils organiques. Trop de vie dans certains organes , trop peu dans plusieurs autres , tel est le principe de l'état morbide. L'uniformité de modification ne s'établît que par les progrès du ■mal, et le plus ordinairement aux approches de la mort.
L'énergie d'une fonction est exagérée lorsqu'elle précipite , suspend ou dénature les autres de manière qu'un ou plusieurs des or-> ganes qui sont chargés de la fonction exagérée et de celles qu'elle a troublées soient menacés de destruction.
Cette proposition renferme toutes les maladies
(5) primitivement d'irritation, comme il sera développé plus bas. On voit que le mai ne consiste pas, comme le pensait Brown, en ce que la somme des forces est augmentée , mais en ce que certains organes jouissent d'une action vitale exagérée qui dérange l'équilibre. Mais est-il bien certain que toutes les maladies irritatives dépendent de l'exaltation des fonctions ? c'est ce qui sera discuté en traitant de l'irritation.
L'énergie d'une fonction est languissante lorsqu'un ou plusieurs des organes qui en sont chargés ne jouissent pas du degré de vitalité nécessaire pour bien exécuter la fonction.
Cette proposition comprend toutes les maladies primitivement d'abirritation : le mal ne consiste pas en ce que la somme de la vie est diminuée d'une manière générale et uniforme , mais en ce que certains organes affaiblis ne sont plus en mesure avec les autres : c'est une rupture d'équilibre par cause opposée à celle des maladies d'irritation.
La vitalité des organes peut avoir été exaltée avant d'être diminuée , et vice versa.
On indique, par cette proposition \ toutes les
(6) maladies d'abirritation consécutives à celles d'irritation, tel est l'état d'un organe détérioré par l'inflammation ou affaibli par la convulsion, et toutes celles qui dépendent d'une réaction , qui non seulement restitue aux organes la vitalité qui leur a été enlevée par l'action d'une cause débililante , mais qui de plus l'élève au degré de l'irritation morbide, c'est à-uire de celle qui peut déranger l'équilibre. Ce dernier cas se rencontre toutes les fois qu'un organe affaibli par le froid est réchauffé par la réaction jusqu'au degré qui se change en phlegmasie. Il se présente aussi quand l'estomac , long-temps privé de ses stimulais naturels ( les alimens ) , ou débilité par des substances qui ne le stimulent pas suffisamment , est élevé par la réaction vitale à un degré d'action qui aboutit à l'inflammation. Il est plusieurs cas analogues dont ceux-ci peuvent donner l'idée. Cette proposition , qui est relative à l'étioîogie , rappelle tout ce qui a été dit sur les lois vitales dans le Traité de physiologie appliquée à la pathologie.
Il n'y a ni exaltation ni diminution générales et uniformes de la vitalité des organes.
Il est difficile de concevoir comment cette question n'a pas été émise plus tôt ; elle est d'une telle importance que seule elle renverse tout l'édifice de
la médecine antique et tous les systèmes modernes de nosologie , puisqu'il n'en est aucun qui n'admette des maladies générales. Elle porte un coup funeste à la doctrine des diathésistes italiens, qui ne peut plus désormais être soutenue par un homme qui sache raisonner. Il suffit d'explorer avec soin un malade attaqué de l'une de ces affections que l'on donnait par le type de l'essentialité morbide , une fièvre , par exemple , pour être convaincu de toutes ces vérités. Cet examen a été répété tous les jours pendant long-temps à la clinique du Val-de- Grâce , dans les commencemens de la doctrine physiologique, et l'on a remarqué qu'il ne manquait jamais son effet. Un homme se présente avec une fièvre violente , n'accusant aucune douleur fixe , mais se plaignant de souffrir dans tout son corps, c'est-à-dire d'éprouver un état de mal-être auquel il ne pouvait assigner aucun siège particulier. Après l'avoir exploré, le professeur disait aux spectateurs : Yoilà une de ces fièvres que les auteurs dissent essentielles , c'est-à-dire dépendantes dune modification uniforme des organes. Examinez la peau , elle n'est point enflammée ; palpez le ventre, vous verrez que le péritoine est sain; déprimez le tissu cellulaire , vous n'y trouvez point de phlegmons; faites agir une articulation, vous vous assurez qu'elle n'est point enflammée ; les ligamens , les os , les cartilages ne le sont pas non plus; pressez un nerf sous-cutané, vous ne le trouvez pas enflammé , quoiqu'il puisse être plus sensible que dans l'état normal.
Les signes de l'angine, de l'ophthalmie, des phlegmasies pulmonaires, de la céphalite, de l'uréthrite, de la cystite, etc. , vous sont connus ; vous ne les trouverez point chez ce malade. "Voilà une foule de tissus qui ne sont point enflammés : or, s'il est vrai que les organes soient tous modifiés de la même manière, il ne faut pas qu'il en existe un seul en état d'inflammation. Cependant examinons la membrane muqueuse du canal digestif; elle a perdu l'aptitude à digérer les alimens solides, et si le malade en prend, l'estomac deviendra douloureux et la fièvre augmentera : cette membrane est donc plus irritable qu'auparavant. Elle accueillait les boissons chaudes , maintenant elle les repousse et n'appète ou ne fait appéter que les boissons froides; elle est donc beaucoup plus chaude qu'avant la fièvre. Si le malade succombait tout-à-coup par un accident, par exemple, s'il se suicidait, ce qui arrive quelquefois, vous pourriez vous convaincre que cette membrane est rouge et tuméfiée ; mais, à défaut de l'inspection, vous avez les sympathies. La langue vous représente l'intérieur de l'estomac ; la langue est beaucoup plus rouge qu'elle ne l'était avant la fièvre , et la membrane qui la tapisse est tuméfiée; donc la membrane interne de l'estomac doit être dans le même état. Cette membrane est donc en même temps plus chaude , plus rouge, plus tuméfiée el plus sensible que dans l'état normal; elle réunit donc les quatre caractères de l'inflammation que vous n'avez point trouvés dans les autres tissus. La modification de l'économie n'est donc
pas uniforme ; la maladie n'est donc pas totius sub-
stantiœ; et quand il àiïje souffre partout, il ne souffre en effet que dans l'appareil enflamme', dans l'ence'phaîe et dans les nerfs de relation. Il s'agit maintenant de décider la question de priorité : estce la fièvre qui a produit l'inflammation de la membrane interne de l'estomac , ou est-ce cette inflammation qui a produit la fièvre ?
Pour répondre à cette question , il fallait se reporter aux phénomènes du début etprésenter plusieurs malades affectés de la même manière , dont les uns étaient traités par les moyens reconnus propres à exciter l'estomac , et les autres par des moyens opposés ; il fallait faire faire aux élèves la même observation pendant le cours de la maladie, et prouver que la fièvre augmente et diminue constamment en raison des modifications sédatives et stimulantes que l'on faisait subir à l'estomac ; enfin, pour compléter la démonstration, ii était nécessaire de faire voir , en cas de terminaison funeste, cette rougeur annoncée pendant la vie du malade et prouver que la couleur brune , quand elle se montrait , avait été précédée de la couleur rouge. C'est ainsi que l'on est parvenu à détruire l'essentialité de toutes les fièvres, c'est-à-dire le dogme de l'uniformité de modification des organes dans les maladies aiguës.
On pouvait de la même manière , lorsqu'il était question de maladies chroniques , prouver par l'examen analytique des fonctions que la faiblesse, îa décoloration , la couleur jaune , l'assimilation
( ip )
imparfaite deshumeurs, dite cachexie, dépendaient de l'affection primitive d'un appareil ; et souvent la guérison de la maladie , obtenue par la seule modification de cet appareil , achevait la démonstration , en faisant observer aux assistans le retour des forces, de la couleur normale, et de la parfaite assimilation des fluides.
C'est ainsi que l'un des principaux axiomes de la doctrine physiologique , toutes les maladies sont primiiiçement locales , peut être démontré d'une manière rigoureuse. On va comprendre maintenant combien cette démonstration nous était nécessaire pour prouver que la docîrine physiologique ne peut avoir rien emprunté à l'Italie moderne.
En effet , les médecins de cette contrée admettent pour principe de toutes les maladies de cause interne , c'est-à-dire indépendantes des violences extérieures , une diathèse ou disposition générale de l'économie. Cette diathèse est nécessairement sthénique ou asfhénique ; elle est commune à tous les organes ; mais elle se manifeste d'une manière plus particulière dans l'un d'eux. De ce dernier part un processus qui s'étend à tous les autres , et la maladie devient générale. Or , avant d'entreprendre le traitement d'une maladie , il s'agit de déterminer la nature de la diathèse. Mais comment s'y prennent-ils pour cela ? Se fondent-ils , comme le faisait Brown, sur l'augmentation ou la diminution de la somme générale des forces ?... Non, car ils ont admis la possibilité d'une diathèse sthénique
chez un individu qui est au-dessous da degré de vigueur dont sa constitution le rendait susceptible. Se basent-ils sur l'organe malade ?.. Non, l'organe ne fait rien à la diathèse , puisque sa souffrance n'en est que l'expression. . . Prononcent -ils d'après le nomimposé à la maladie parleurs prédécesseurs?... Le nom ne peut décider la question , puisque toutes les dénominations imposées jusqu'à eux sont comme non avenues. C'est la diathèse qui doit déterminer le nom. D'où pourront-ils donc tirer la détermination de la diathèse ?... Elle ne peut leur être fournie, d'après eux-mêmes, que par l'influence des moyens thérapeutiques. Ils disent : nous avons guéri telle maladie par des stimuians, donc elle était de diathèse asthénique ; telle autre a cédé à l'emploi desdébilitans, donc elle était de diathèse sthénique. Ils essaient donc, dans ie cas actuel, l'emploi de ces deux ordres de moyens , et après sa terminaison , la maladie est rapportée à l'une des deux diathèses, et reçoit une dénomination définitive.
Le vice tle cette théorie est bien facile à saisir; il consiste en ce que la maladie n'est connue que lorsqu'il n'est plus temps de la connaître. Mais , pourra-t-on répondre, ils ont, pour reconnaître le cas actuel , la comparaison qu'ils peuvent en faire avec ceux qui l'ont observé.
Eh bien ! reportons-nous au premier qui a fait usage de cette méthode. Dénué d'observations antécédentes faites dans le même sens , il a dû tâtonner , et ne se déterminer qu'après des essais infructueux et qui souvent ont dû être funestes. Voilà
un beau modèle pour ses successeurs !... Afin qu'ils aient pu en profiter , il faut que nous supposions que ce premier diathésisle a si justement déterminé tous les cas de succès et de non-succès des deux ordres de moyens , et leur a si bien assigné les signes qui les caractérisent , que personne , après lui , ne se soit vu réduit à tenter les mêmes essais pour déterminer la diathèse. Mais quel est le grand homme qui a rendu à la science un service si éminent? Est-ce Brown, le fameux inventeur de ces diathèses? non sans doute , puisque les Italiens modernes ont abandonné sa pratique , assurant qu'il s'est trompé, et qu'au lieu de quatre-vingt-dix-sept diathèses asthéniques sur cent, il n'en existe que trois, et que les quatre-vingt-dix-sept appartiennent à Fhypersthénie (i). Serait-ce Pvasori , l'inventeur non moins fameux de la contre-stimulation ? Ce ne peut-être lui , puisque ses prétendus contre-stimulans sont des stimulans véritables , dont l'emploi donne de si mauvais résultats que les médecins les plus sages de l'Italie sont obligés d'y renoncer, et que tous les essais qu'on en a faits parmi nous n'ont servi qu'à lui faire perdre le peu de confiance qu'elle pouvait encore inspirer. Youdra-t-on que ce soit Tommasini? Cet auteur est essentiellement diathésiste et les quatre-vingt-dix - sept maladies qu'il croit sthéniques ne sont ni localisées , ni traitées par la méthode antiphlogistique; mais, sans aller plus loin , il suffit de le juger par le traitement
(i) Cfe sont donc ces messieurs qui ont fait du brownisme retourne.
( i3) qu'il a fait subir à sa propre fille , dont l'observation ( entérite ) est consignée dans le Journal uniçersel des Sciences médicales, tome XVI, p. 70. On y remarque le tâtonnement dont nous venons de parler, Fessai d'une foule de stimulans très-nuisibles, l'urgente nécessité d'en corriger les effets par des saignées et des rafraîchissans , le retour aux moyens incendiaires, dicté par l'impatience des médecins qui s'étonnent de ne pas voir arriver plus promptement la guérison. Quant aux autres célèbres médecins de l'Italie , ils ne sont pas plus avancés sur les diathèses, et ceux d'entre eux qui les ont abandonnées se sont réfugiés dans les anciens systèmes, ou bien ont embrassé la doctrine physiologique.
Il est donc bien certain que les diathésistes n'ont point de base, et l'examen de leur pratique prouve que leur théorie ne saurait leur en fournir. Après avoir abandonné la pratique de son maître Brown, Rasori n'a fait autre chose que reprendre celle des anciens médecins; et maintenant, si j'en juge par une lettre que j'ai reçue de Milan, il revient au quinquina, aux liqueurs spiritueuses, c'est-à-dire à la thérapeutique de l'Ecossais. Il avait imposé aux purgatifs drastiques le titre de contre-stirnulans , et ce nom l'encourageait à les administrer à doses énormes. Aujourd'hui il donne le même titre aux remèdes les plus incendiaires et les prodigue avec la même témérité. Toute théorie qui peut suggérer une semblable pratique ne peut avoir rien de fixe , et ne mérite pas le nom de doctrine.
La dia thèse ne leur ayant point fourni les moyens
( *4) d atteindre leur but, les médecins d'Italie eurent recours à des subtilités. Ils admirent la possibilité d'un processus parti d'un point, sans diathèse préexistante ; et ce processus établissait dans l'économie une diathèse de son espèce , par conséquent tantôt sthénique et tantôt asthénique. Même erreur que dans les suppositions précédentes. Ce processus ne- signifie rien, puisqu'il est censé produire une modification uniforme dans toute l'économie ; et d'ailleurs, qu'est-ce qu'un processus que l'on conçoit vaguement dans les organes ? qu'est-ce que cette entité représente à l'esprit? Est-ce l'irritation transmise d'un organe aux autres ? mais nous verrons ailleurs que tous ne la reçoivent pas , et que ceux qui en sont exempts peuvent se trouver dans un étatd'abirritation. D'ailleurs ce n'est nullement notre irritation qu'ils indiquent , car ce qu'ils désignent par le nom d'irritation, c'est la stimulation partie d'un organe enflammé par une violence extérieure et propagée à d'autres organes. Ils ne peuvent concevoir d'affection spontanée sans diathèse , soit générale , soit locale , et n'admettent aucune parité entre l'action d'une irritation atmosphérique, alimentaire ou médicamenteuse, et l'action d'un corps vulnérant ; parité que nous avons clairement démontrée. Leur diathèse est une émanation du stahlianisme , du vanhelmonisme; c'est l'idée d'une puissance occulte, intérieure, qui veut une maladie , qui la médite , qui la prépare et qui modifie tous les organes de manière à ce qu'elle soit produite aussitôt qu'une cause occasionelle
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se présentera. C'est ce principe, dont l'affection locale , quand ils la reconnaissent , témoigne l'intention malfaisante , c'est lui qu'ils se proposent d'attaquer, tantôt par leurs siimulans etd'autres fois par leurs contre-stimulans. S'ils n'avaient eu en vue que de détruire une irritation, une inflammation, qui détériorait un organe et menaçait d'envahir les autres , ils auraient adopté le langage vulgaire ; ils auraient dit : Nous donnons des caïmans, des antiphlogistiques , des rafraîchissans ; ils n'auraient point exigé qu'on devinât la diathèse : le simple fait de l'irritation la leur aurait démontrée. S'ils s'étaient seulement représenté l'état des organes enflammés dans les fièvres , ils n'auraient point eu Besoin de ces essais périlleux cm' ils osent se permettre; ils auraient d'abord compris pourquoi les stirnuians exaspèrent la maladie , ils les auraient abandonnés pour jamais; et de ce qu'un malade a le bonheur de revenir à la santé après une fouie d'accidens développés pendant l'emploi de leurs prétendus contrestimulans, ils ne concluraient pas qu'ils l'ont guéri, et qu'il faut traiter de la même manière tous ceux qui présenteront les mêmes symptômes.
Cette idée d'une diathèse analogue à celle d'une cause matérielle, d'une ou de plusieurs archées, est encore celle de Barthez, c'est-àc-dire celle d'un principe vital, seul affecté dans les maladies internes, seul coupable de tous les accidens qui les accompagnent, seul oassible des modifications que peuvent apporter les moyens thérapeutiques. Mais tout cela n'est point la doctrine physiologique ,
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parce que tout cela repose sur des hypothèses , et jamais sur le véritable état où se trouve chaque organe dans l'état morbide.
Bordeu est le premier auteur qui offre les linéamens de notre doctrine. Ils se trouvent dans l'idée que chaque organe est doué d'une vie particulière , et que l'ensemble de leurs actions constitue la vie générale. Mais cette idée . qui n'est pas rigoureusement vraie-, n'est nullement fécondée par l'auteur lui-même. Il admet des concours synergiques, des crises, des marches très-prolongées , et fait jouer un grand rôle à la stimulation médicamenteuse , non pas dans l'intention de provoquer des déplacerons d'irritation , au profit des principaux organes , mais pour accélérer le travail de la nature médicalrice. On retrouve donc encore ici la prédominance de l'idée-mère des animistes ; et quoique Bordeu ait fourni d'utiles matériaux pour construire une médecine physiologique, il est bien loin de l'avoir élevée. L'être principe vital , l'être maladie, régnant l'un et. l'autre sur les organes , les modifiant, devant seuls fixer l'attention du médecin, tandis que le chirurgien pouvait être dispensé de les consulter , telles sont les idées fondamentales de la pathologie de tous les dogmatiques. Or cette idée constitue , comme nous le verrons ailleurs , l'ontologie médicale qui a régné en France jusqu'à l'époque de la doctrine physiologique , et qui domine encore aujourd'hui dans toutes les contrées où cette doctrine n'existe pas.
Nous avons démontré que la doctrine physiolo-
gique est fondée sur une idée neuve; quelle n'a rien de commun avec celles qui l'ont précédée , et qu'elle ne saurait en être une émanalion. Les propositions subséquentes nous fourniront l'occasion d'en suivre le développement et d'en voir les applications.
L'exaltation commence toujours par un sys^ tème organique, et se communique à d'autres, soit dans le même appareil, soit ailleurs.
Tous les tissus du corps peuvent être irrités immédiatement par les corps vulnér ans et transmettre l'irritation à d'autres; mais il en est un certain nombre que la nature a destinés à recevoir l'action immédiate des agens extérieurs indépendamment des causes vuinérantes : tels sont les sens externes et les membranes muqueuses que nous considérons comme des sens internes. Voyez les développemens qui ont été donnés à ce sujet dans le Traité de physiologie appliquée, à la pathologie. Or, il n'est point de maladie d'irritation qui ne doive son origine à la stimulation de l'un de ces tissus. Nous ne vivons que par la stimulation ; nous sommes incessamment soumis à trois influences majeures : celle de l'air, qui agitsur les poumons et sur la peau; celle des alimens et des boissons, qui entrent journellement
avec l'air dans ie canal digestif ; celle des affections morales, dont les sens ont toujours été les moyens d'introduction. Ces différentes surfaces ne gardent pas toujours la surirritation qu'elles ont reçue : il est des voies que celle-ci tend à suivre dans sa transmission : ce sont celles des sympathies. Nous les examinerons en leur lieu ; mais il n'est aucun tissu, hors les cas de vulnération, qui ne reçoive la stimulation de ces mêmes organes de rapport. Examinons les plus profonds, tels que le cellulaire intraviscéral, le lymphatique, le séreux, ie fibreux et les os. Avant que l'irritation morbide s'y manifeste, les organes de rapport ont toujours souffert; mais nous ignorons laraison pour laquelle ils ont transmis l'excitation à un de ces tissus plutôt qu'à un autre. Nous expliquons la différence par une prédisposition; mais pourquoi exïste-t-elle? Nous le voyons quelquefois, par exemple quand un tissu a reçu l'influence d'un corps vulnérant, quand un tissu est constitutionnellement très-irritable, comme le lymphatique chez les scrofuleux, ou quand il est voisin de celui qui a reçu l'irritation primitive: mais cette lumière nous manque souvent ; par exemple, chez une personne en état de phthisie , il se forme un phlegmon dans le milieu d'un membre sans qu'aucune violence extérieure l'ait provoqué. Nous voyons bien que les viscères sont surirrités par le sang, et qu'ils sont trop sensibles à l'action des agens extérieurs , ce qui peut également avoir lieu sans pléthore ; voilà de l'irritation. Mais nous ne savons pas pourquoi elle abandonne son premier
( '9) siège pour aller se fixer dans le lieu où le dépôt va se former.
Quelques médecins admettent des vices spontanés de nutrition qui tendent à former dans les tissus, sans rapport immédiat avec les agens extérieurs , des tubercules et autres altérations organiques- Si ces médecins avaient raison, la proposition LXXIII ne serait pas juste ; mais si nous éclairons les cas obscurs sur lesquels ils s'appuient, par ceux qui sontévidens, nous trouvons constamment que les organes de rapport ont souffert l'irritation pendant un certain temps avant que ces vices organiques se soient manifestés : ce qui nous porte à penser que c'est faute d'avoir bien vu, ou d'avoir assez observé, que ces médecins ont admis la spontanéité et l'indépendance des affections dont il s'agit. Nous faisons plus : nous éclairons les faits isolés par les masses de faits, comme on le verra dans le développement des propositions relatives à ces maladies, et notre conclusion est que l'irritation des tissus de rapport a toujoursprécédé celle des tissus que la nature a soustraits à l'influence immédiate des agens extérieurs. Nous n'insistons ici que sur les maladies irritatives de ces organes, car il ne nous semble pas possible de révoquer en doute la nécessité de la stimulation primitive pour la production des phlegmasies viscérales et des fièvres dites essentielles, qui ne peuvent être autre chose que l'inflammation des organes de rapport, déterminée par le fait même de ces rapports.
Les maladies de la croissance feraient-elles ex-
ception à ia règle que nous venons d'établir ? nous ne le pensons pas, attendu que l'irrita lion commence toujours dans l'appareil viscéral. Nous avons observé les adolescens qui deviennent malades par suite d'un accroissement extrêmement rapide , et nous avons remarqué qu'il se développait d'abord de l'irritation dans l'appareil digestif; que le cœur, les poumons et l'encéphale y participaient, comme lui étant étroitement associés, ce qui expose d'abord tous les tissus à l'inflammation ; qu'ensuite, lorsque les phlegmasies devenaient prédominantes dans d'autres tissus, elles y étaient provoquées ou par l'influence des précédens , ou par des stimulations immédiates qui leur servaient de causes déterminantes ; tels seraient une percussion, une chute, un effort, l'action du froid, celle du chaud, etc. Dans cet état de l'économie, tous les tissus sont irritables ; mais le surcroit de stimulation qui les conduit à la phlegmasic arrive toujours par les surfaces de rapport qui sont naturellement en contact avec les agens extérieurs , ou par des causes violentes qui peuvent agir indifféremment sur tous les points du corps vivant. Si l'irritation se développe dans quelques membres qui ont agi avec trop d'énergie , dans quelques sécréteurs qui ont été forcés à une super-sécrétion, il est toujours évident que ces actions extraordinaires doivent leur première origine à ia stimulation d&ne surface de rapport. ISous pensons donc que la proposition LXXill ne peut souffrir aucune exception , et nous la maintenons telle qu'elle est exprimée.
La nature de l'exaltation communiquée est la même que celle de l'exaltation primitive. C'est toujours l'augmentation des phénomènes qui attestent l'état de vie.
Il s'agit, dans cette proposition, des foyers d'irritation établis : quels que soient les phénomènes qui les ont précédés, il en part des irradiations qui se répandent dans l'économie. Or, ces irradiations exaltent les phénomènes vitaux dans les tissus qui les reçoivent, d'une manière conforme à leur organisation et à leurs fonctions : elles sont donc de même nature que celle du foyer primitif. On sentira l'importance de cette proposition et l'on aura une idée de tous les changemens qu'elle apporte dans la théorie des maladies, lorsqu'elle aura été développée à l'occasion des propositions relatives aux sympathies.
L'exaltation d'un ou plusieurs systèmes organiques, d'un ou de plusieurs appareils, détermine toujours la langueur de quelque système ou appareil.
En effet, le propre de l'irritation, c'est de pro-
duire de la faiblesse ; autrement , il faudrait admettre que l'exaltation vitale d'un organe peut être indifférente pour tous les autres, ou bien s'y répéter au même degré. Mais il n'y a que les irritations extrêmement bornées et fort légères qui ne produisent point de débilité; dans toute espèce de tissu, celles qui sont assez fortes pour réveiller des sympathies déterminent de la faiblesse. Ainsi quand le cœur et le système vasculaire sont surexcités, cela dépend toujours d'irritations viscérales qui produisent le malaise , c'est-à-dire la douleur ; alors l'innervation musculaire diminue. Lorsque l'appareil locomoteur est dans un violent état convulsif , l'action se trouve en défaut dans le système vasculaire ; les sécrétions sont oubliées , la nutrition languit, le cœur dirige mal la circulation du sang. La force nerveuse, dépensée dans les muscles, manqué dans le cerveau pour l'exécution des phénomènes intellectuels. Lorsque ceux-ci sont exaltés, comme dans certaines folies , et dans la rage , ils ne le sont que partiellement ; le cœur et les muscles ont simultanément acquis plus d'énergie, la force manque pour l'attention, pour la liaison des idées, pour le jugement; mais il y a toujours une suspension d'action dans quelques sécréteurs ou dans quelques régions des muscles viscéraux, le gros intestin est sec et immobile, la nutrition se fait imparfaitement, les exhalations intérieures sont suspendues, et les tissus séro-cellulaires sont dans l'état le plus éloigné de l'inflammation; les cartilages, les os, sont étrangers à toute espèce d'excitation.
En un mot, il n'est pas possible, je né dis pas seulement de rencontrer une excitation générale des phénomènes de la vie , mais de trouver un seul cas d'hypersthénie , qui ne soit accompagné de l'asthénie de plusieurs organes. Cette proposition détruit donc aussi les diathèses,ïes processus qui rendent Faction uniforme dans l'économie ; elle vient donc à l'appui de la LXXIIe , et achève de prouver que la doctrine physiologique de France n'est calquée ni sur le brownisme ancien ni sur le moderne.
La diminution de vitalité d'un système ou d'un appareil entraîne souvent l'exaltation d'un ou de plusieurs autres, et quelquefois sa diminution.
Il s'agit manifestement ici des diminutions primitives de la vitalité. Prenons pour exemple l'action du froid : il débilite l'extérieur, et aussitôt les viscères éprouvent de l'excitation. Il en est ainsi de la faim, qui surexcite l'encéphale et l'estomac luimême, et des pertes de sang, qui occasionent des convulsions, etc. ; mais l'auteur a dit souvent, et l'a souligné, parce qu'il est des cas où la débilitation primitive n'est pas suivie de réaction : par exemple,^ soustraction de l'oxygène, en débilitant le poumon , affaiblit toute l'économie ; la soustrac-
tion du sang faite au système vascuîaire d'un agonisant ou d'une personne très-affaiblie , détermine la mort sans qu'aucun organe se surirrite, etc. Ainsi , quand la proposition dit que quelquefois la diminution d'action d'un système ou d'un appareil entraîne -la débilité des autres, elle exprime encore le même fait, et il serait inutile d'y insister.
LXXVÏI.
L'exaltation de la vitalité d'un système ( et à plus forte raison d'un appareil ) suppose toujours une action des modificateurs stimuïans,' supérieure à celle qui convient au maintien de la santé ; c'est-à-dire une superstimuîation ou surexcitation.
Cette proposition rejette la spontanéité sans cause appréciable pour les maladies d'irritation. Ce dogme, encore trop cher aux médecins fatalistes, n'est point admis dans la doctrine physiologique. Nous avons indiqué plus haut, page 17 , les tissus de rapport par où pénètre l'irritation ; toutes les fois qu'elle s'élève à un certain degré, et ce degré varie à raison de la constitution du sujet, les érections vitales se changent en surirritation, et celle-ci produit une névrose, une phlegmasic, une hémorrhagie ou une suhinfîarnmation. C'est une chose fort curieuse que d'observer nos organes en
(25) rapport avec les causes d'excitation. Pendant longtemps la puissance vitale , ou plutôt l'exercice des lois de l'économie, suffit pour rétablir l'équilibre, en faisant cesser l'érection vitale , plus ou moins de temps après que les agens stimulateurs ont cessé d'agir ; mais à la fin cette réaction équilibrante cesse d'avoir lieu : l'érection vitale persiste ; elle prend une des quatre formes que nous venons d'indiquer, et la maladie est produite.
Parmi ces excitations , il en est qui sont agréables tant qu'elles ne dépassent point l'état normal : elles nous font sentir plus vivement notre existence , nous dorment une haute opinion de notre vigueur, et nous procurent une sensation de joie et de bonheur. C'est ce qui fait que nous les aimons , et que nous nous plaisons à les provoquer, surtout celles qui sont exercées sur l'appareil digestif et sur les sens externes. Bans cette série, l'on doit comprendre les impressions faites par les alimens et les boissons; par la chaleur, lorsque le froid nous a plongés dans un état d'engourdissement ; par le froid , toutes les fois que l'excès de la chaleur nous a débilités: il faut encore y placer certaines impressions que nous promurent les jouissances de l'amour - propre. Il en est d'autres qui nous sont désagréables dès que nous les percevons, et contre lesquelles nous réagissons par la colère; et d'autres qui nous accablent, nous plongent dans la tristesse , le désespoir : ces deux dernières espèces appartiennent aux passions douloureuses. (Voyez, le Traité de physio-
logie appliquée à la pathologie. ) D'autres enfin ne deviennent sensibles pour notre centre de perception, que lorsqu'elles ont dépasse' le type normal. Telles sont plusieurs phlegmasies et sub-inflammations occasionées par le froid, sans que nous en ayons la conscience , par exemple , durant le sommeil , et dans unefoule de circonstances ; telles sont aussi des irritations légères auxquelles nous sommes habitués , ou que la distraction nous empêche de distinguer. Il faut aussi ranger parmi les excitations latentes inaperçues , celles qui restent dans les organes à la suite d'un état de souffrance très-prononcé. Nous les perdons de vue, parce que nous en sommes détournés par d'autres sensations : ces cas s'observent souvent après la terminaison des phlegmasies aiguës des premiers viscères. Il reste dans l'organe qui a été enflammé un foyer d'érection vitale auquel on ne fait point attention ; il se fomente , il s'accroît et ne se fait découvrir qu'en repassant à l'état aigu, ou par la désorganisation qu'il a produite.
Telles sont les sources de toutes les maladies irritatives, et si quelquefois l'on a cru qu'une semblable affection se développait d'elle-même , et par une sorte de fatalité attachée à la manière d'être des individus, c'est qu'on n'a pas observé avec assez d'attention ce qui semblait être l'état normal. Pourquoi dit-on que la santé parfaite est une chimère ? c'est que la plupart des hommes contractent durant le cours de leur vie un ou plusieurs de ces foyers d'irritation, qui travaillent sourdement
leurs principaux viscères et les conduisent à la désorganisation. Jadis, les légères souffrances qui en dépendent étaient attribuées à un état nerçeuoc. Sans doute, il est des individus dont la sensibilité trop exaltée rend les fonctions habituellement douloureuses ; mais ces individus ne sont point dans l'état normal, leurs sens internes sont sur-irrités, et si on les observait avec attention , on découvrirait toujours un foyer d'excitation , qui réagit sur l'encéphale. Or, ce foyer lui-même n'est malade que parce que les agens extérieurs ont porté son excitation au-delà des limites de l'état normal.
Maintenant quel sens faut-il donner à l'épithète spontanées, que l'on applique si souvent aux maladies ? Nous pensons que ce mot ne peut jamais exprimer la production d'une affection quelconque sans causes appréciables, et lorsque nous l'employons , nous voulons seulement faire entendre que la maladie s'est développée en conséquence des lois vitales qui réagissent contre les agens d'irritation 9 et sans le concour-s d'une violence extérieure.
Les idées que nous venons de développer touchant l'étiologie des maladies d'irritation ne seront point goûtées au premier abord par les partisans de l'ontologie ; mais les médecins physiologistes sauront les apprécier , et quiconque voudra les méditer et les soumettre au creuset de l'observateur , s'apercevra bientôt des progrès qu'il aura faits dans l'art si difficile du diagnostic.
La surexcitation partielle suppose toujours un appel trop considérable de fluides ; il y a donc congestion préjudiciable à l'exercice des fonctions dans toute surexcitation. C'est une congestion morbide.
Cette proposition rappelle la sentence attribuée à Hippocrate : ubi stimulus , ibihumorum ofjluxus. Il est temps que toutes les congestions actives soient rapportéesàune seule et unique loi, et que l'on n'entende plus établir de vaines distinctions entre les fluxions séreuses, sanguines-, les fluxions lymphatiques, etc.; tout cela ne doit exprimer que des résultats divers d'un seul phénomène, l'irritation. En effet, peut-on supposer à la nature l'intention de former tantôt une fluxion de sang, tantôt une fluxion de lymphe ou d'autres humeurs? Existe-t- il dans l'économie une puissance, un Vis à tergo qui agisse sur une humeur en particulier pour l'accumuler dans un organe? non sans doute , et la différence des fluides que l'irritation amasse dans une partie est uniquement subordonnée à l'état général et à celui où se trouve cette partie lorsque la stimulation s'y développe : est-elle sanguine et les vaisseaux sontils remplis d'un sang riche en fibrine, la congestion sera inflammatoire; le corps ou la partie ir-
ritéesont-ils dépourvus de sang, la congestion sera séreuse , lymphatique , muqueuse ou alburnineuse, suivant que le tissu de ]a partie sera plus ou moins perméable , expansible ou serré. C'est ainsi que les congestions non inflammatoires des membranes de rapport seront muqueuses; celles des membranes diaphanes, albumineuses, séreuses ; celles des capsules synoviales, purement albumineuses ; celles des ligamens, albumino - gélatineuses ; celles des glandes, albumineuses ou lymphatiques ; celles des os, gélatineuses, et presque dépourvues de sérosité.
De là la distinction que les médecins physiologistes ont établie entre les foyers d'irritation : lorsque celle-ci y appelle le sang, et que la chaleur s'y développe, elle conserve le nom d'inflammation ; mais si l'état de l'économie et celui de la partie souffrante sont tels qu'il ne s'accumule dans cette dernière que des fluides non sanguins, ou que du moins le sang n'y soit pas assez abondant pour que la congestion se comporte comme une in-: flammation ordinaire , elle est désignée par le nom de sub-inflammation.
On n'a pas prétendu que le sang ne pût jamais s'introduire dans les tissus blancs en quantité suffisante pour y développer une phlegmasie. On n'ignore pas que plusieurs de ces tissus , comme les ganglions , le tissu cellulaire , les membranes séreuses , etc. , peuvent être envahis par le saiip-, au point d'éprouver une véritable inflammation; mais on sait égaicmentque, dans bien des cas, l'irritation y accumule les fluides blancs en majorité, et ce
sont ces deux états de nos parties, qui sont des faits bien évidens, que l'on a voulu distinguer, en appliquant à l'un le nom d'inflammation , et à l'autre celui de sub-inflammation.
C'est donc l'irritation qui préside à toutes les fluxions qui ne dépendentpas d'un obstacle au cours des fluides. La fluxion est le premier résultat de ce phénomène ; la congestion désigne un degré de plus , celui où la partie surchargée de fluides a perdu l'aptitude à l'exercice régulier des fonctions qui lui sont départies. Nous avouons franchement que toute autre théorie nous est étrangère, einous pensons que s'en écarter , c'est se jeter dans les théories arbitraires de i'humorisme et de l'ontologie : en effet, si l'on ne reconnaît pas l'irritation pour cause unique , on est forcé d'admettre autant de causes qu'il y a de formes dans les congestions. Or, comme ces causes ne peuvent être démontrées, chacun les expliquera à sa manière, et l'antique chaos renaîtra avec toutes les fâcheuses conséquences qu'il entraîne. De là les humeurs diverses, les vaines explications sur leur origine , les spécifiques, l'oubli delà véritable action des stimulans; et nous voilà reportés à l'époque de Galien , et les fruits de l'observateur du vivant et du mort sont perdus. Toutefois ces motifs ne seraient pas suffisans pour décider la conviction d'un esprit sévère et judicieux ; mais il en est un autre plus péremptoire, c'estla vérité de l'axiome du vieillard de Cos: XJbi stimulus , ibi affluxus.
La réunion de la surexcitation Êti de la congestion morbide partielles entraîne toujours une nutrition partielle, exagérée ou irrégulière; ce qui constitue la congestion active, ce qui tend nécessairement à la désorganisation.
Cette proposition rappelle d'abord la cause des congestions, et annonce positivement que tout ce qui va être dit sur les congestions ne sera relatif qu'à celles qui sont actives. On aurait pu se contenter de dire: toute congestion active entraîne une nutrition exagérée, et tend à la désorganisation ; mais on a mieux aimé rappeler la cause qui y préside, l'irritation, afin de remettre sous les yeux des lecteurs la réunion des deux phénomènes, irritation et congestion. Cette précaution était nécessaire, car bien que toutes les irritations produisent des congestions , celles-ci ne sont pas toujours assez fortes pour tendre promptement à la désorganisation, du moins au premier abord ; telles sont les irritations purement nerveuses, et surtout les douleurs. Il y en a beaucoup qui ont leur siège unique dans le tissu des nerfs , et quoique les fluides soient appelés dans ces organes par le fait même de l'irritation , cette congestion est souvent légère , et ne tend pas à opérer une prompte désorganisation. Ce fait est
( 32 ) hors de doule, puisque Ton voit une foule de personnes souffrir pendant plusieurs années des douleurs nerveuses, et guérii ensuite de ia manière la plus complète. 11 s,'agit donc particulièrement ici des congestit^s que l'irritation provoque dans les tissus assez riches en vaisseaux pour éprouver une tuméfaction remarquable. Or, c'est dans ces congestions que se passe l'espèce de travail qu'on a voulu désigner, la nutrition exagérée, et par conséquent vicieuse.
En effet, la partie qui se tuméfie et qui jouit d'une vitalité exagérée commence par s'approprier un plus grand nombre de molécules qu'à l'ordinaire ; si le volume de son tissu propre ne s'augmente pas au point de constituer une hypertrophie , du moins le. tissu cellulaire qui l'embrasse et la pénètre s'approprie et retient plus de fluides qu'il ne devrait en avoir , ce qui constitue la fausse hypertrophie. C'est ainsi que la graisse s'accumule dans le tissu cellulaire, au premier degré du phlegmon ; que ia gélatine s'amasse dans les ligamens des articulations goutteuses , <slc. Si l'inflammation se termine promptement, ces dépôts sont dissipés par l'absorption , et la partie reprend ses conditions normales ; mais si l'irritation persiste, le tissu propre de l'organe, réduit à l'inaction par ia compression qu'il éprouve, s'atrophie, et quelquefois disparaît entièrement.
Dans d'autres cas, c'est le tissu propre de l'organe qui s'hypertrophie : tel est le cœur , pareeque jamais il ne peut être réduit à l'inaction, quelle
(33) soit la douleur qu'il fasse percevoir. Il n'en est pas ainsi des muscles soumis à la volonté , la douleur les tient immobiles, et l'hypertrophie n'a lieu que dans les tissus qui les entourent et les pénètrent.
Il n'est pas toujours aussi facile de distinguer jusqu'à quel point le tissu propre des autres viscères est susceptible d'hypertrophie dans les congestions actives qui s'y développent; aussi n'entreprendronsnous point de décider cette question, mais nous indiquerons, d'une manière générale , comment les congestions arrivent au point d'altérer les organes. Il faut d'abord distinguer ceux qui communiquent avec l'extérieur, de ceux qui sont privés de cette communication : les premiers sont tous des organes excréteurs, et peuvent par conséquent se dégorger plus ou moins ; ce qui s'oppose à leur hypertrophie. Ceux qui sont plats et membraneux, comme le canal digestif, la vessie, ayant de vastes cavités, y déposent une grande partie des fluides que l'irritation de leurs muqueuses appelle sur eux, et n'éprouvent qu'une légère hypertrophie. Ceux qui sont disposés en gros faisceaux, comme les poumons, le foie, n'ont pas autant de facilité à se dégorger ; aussi prennentils plus de volume ; mais un surcroît d'action vitale les dégorge souvent d'une manière presque subite. De là l'emploi de la médication stimulante dite apéritive, résolutive, incisive, qui réussit quelquefois à les réduire : mais si l'irritation continue, leur hypertrophie recommence, et la même stimulation qui avait d'abord réussi à les dégorger, ne sert plus qu'à favoriser cette hypertrophie.
Quant aux viscères parenchymateux qui ne sont point sécréteurs etquin'ontpoint , par conséquent , de canaux excréteurs communiquant avec l'extérieur, tels que le cerveau, la rate, leur hypertrophie est plus tenace, parce qu'elle ne peut se dissiper que par la voie de l'absorption veineuse ou lymphatique.
On voit par ces réflexions combien sont multipliées et variées les nuances de l'hypertrophie inflammatoire ; et rien n'est si facile que d'en tirer des inductions pour le diagnostic , le pronostic et le traitement de l'inflammation. En effet, ce que l'on redoute le plus dans l'inflammation, c'est la désorganisation : or,Fon sait qu'elle est toujours en raison de l'intensité et de la durée de la congestion; donc la désorganisation sera plus facile, toutes choses égalesd'ailleurs,dansles tissus sans communication avec l'extérieur, que dans tous les autres : viendront ensuite les parenchymes sécréteurs qui y seront moins exposés, et enfin les viscères membraneux qui y résisteront davantage , lorsqu'ils seront attaqués parleur surface muqueuse, mais qui y seront plus exposés si les érections vitales inflammatoires correspondent à ceux de leurs tissus qui n'ont aucune communication avec l'extérieur du corps.
La surexcitation et la congestion morbide actives et partielles sont compatibles avec la diminution générale des forces.
Voilà sans contredit une des vérités les plus im-
(35) portantes de la doctrine physiologique ; il nous a fallu des siècles pour la conquérir, et tant qu'elle est restée ignorée, la médecine n'a pu se placer au rang des sciences; elle n'a dû présenter qu'incertitude, confusion, ténèbres, contradictions. C'est pour avoirméconnucette vérité que Browna conseillé les excitans dans les typhus, dans toutes les fièvres hectiques accompagnées de consomption, et dans une foule d'affections lentes apyrétiques, la plupart avec ce qu'on appelle état cachectique, qui rentrent dans les phlegmasies chroniques et les subinflammations.
C'est cette vérité qu'on a le plus de peine à faire admettre aux médecins élevés dans les principes des anciennes doctrines. Ils ne conçoivent pas qu'un foyer d'irritation persiste avec les mêmes caractères, depuis l'état de vigueur appartenant à la santé, jusqu'à l'épuisement et au marasme. Ils confondent toujours l'état général avec l'état local, parce qu'ils n'ont jamais eu une idée juste de ce dernier. En d'autres termes , de la faiblesse qu'ils remarquent dans les organes du mouvement , de la diminution des fluides et de la masse des solides dans la majeure partie des organes, ils déduisent la nécessité de la faiblesse , l'épuisement et l'atrophie de tous les organes en particulier; ou, si l'on aime mieux encore, ils se figurent la vitalité diminuée dans tous les viscères, comme elle l'est dans les parties extérieurs et dans les viscères qui ne sont pas le siège du mal. Tant que l'on n'aura pas fait comprendre à ces médecins qu'unorgane interne peut être surirrité, sur,;
( 36) irritable , en un mot trop vivant au milieu d'un assemblage d'organes affaiblis et exténués, ces médecins ne deviendront pas physiologistes. A cette vérité s'en rattachent nécessairement plusieurs autres non moins importantes : mais comme elles doivent être développées à l'occasion des propositions sur la thérapeutique , nous ne devons pas nous y arrêter,