‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 6 sur 50 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Plus la sensibilité de l'organe irrité ^ et celle

de l'individu sont considérables, plus les sympathies sont multipliées , et vice versa.

C'est ici l'un des secrets les plus importans de la médecine physiologique ; en effet , de la différence des hommes sous le rapport de la sensibilité résultent, dans les symptômes d'une même affection, des différences qui tendent souvent à la faire méconnaître, et,par la même raison, à multiplier lesmaladies. Pourcomprendrecetteassertion,ilsuffitdese rappeler que la sensibilité n'est autre chose que l'un des résultats de l'exercice de la contractilité : or la contractilité étant mise en action, d'une manière exagérée, par l'érection vitale inflammatoire, la stimulation qui en résuite parvient à l'encéphale, et suivant qu'elle est perçue avec plus ou moins de netteté, ou bien que, réfléchie dans les divers organes, elle les trouble avec plus ou moins de violence, les symptômes, c'est-à-dire les indices de l'irritation primitive, deviennent plusoumoinsnombreuxetplus ou moinsfacilesà saisir. ïl arrive assez fréquemment que le foyer primitif d'irritation est moins douloureuxqu'un autre foyer desecond ordre, développé par la réaction de l'encéphale ; alors les médecins fixant leur attention sur ce foyer, perdent le premier de vue et méconnaissent lamaladie ; d'autrefois, éblouis par la multitude des points souffrans, ils vont jusqu'à refuser à l'affection un siège déterminé dans l'économie, et la regardent comme générale, morbus lolius substantiœ. Ces erreurs n'ont été que trop long-temps commises par rapport aux phlegmasies

(62) aiguës, et c'est ce qui leur a fait donner le nom de fièvres essentielles. Mais comme nous avons traité ce point d'une manière générale en développant la proposition LXX1I, nous n'y reviendrons pas ici, devant nécessairement renvoyer les détails aux propositions relatives à chaque phlegmasie en particulier. La même faute a été commise pour les affections chroniques: nous avions dans'les anciens cadres nosologiques des névroses générales, descachexies, des consomptions, etc. , qui ne sont autre chose que des états de souffrance ou de dépérissement dont le premier mobile a été dissimulé par le défaut ou parla multiplicité des sympathies, c'est-à-dire par les différences constitutionnelles de la sensibilité. Lorsqu'une irritation est placée à l'extérieur du corps, il nous suffit de nos sens pour en former le diagnostic ; mais quand elle siège à l'intérieur, c'est par la voie d'induction qu'il faut la reconnaître , et les matériaux de notre jugement nous sont en grande partie fournis par les sympathies. C'est donc l'observation de ces phénomènes qui doit d'abord fixer l'attention du jeune médecin ; c'est elle qui constitue l'élude préliminaire de la pathologie ; et le principal objet d'un professeur de clinique doit toujours être d'exercer ses élèves à rapporter chaque douleur, chaque mouvement extraordinaire, à l'organe dont il décèle l'irritation.

Plus les sympathies sont nombreuses et actives, plus la maladie est grave.

La raison en est fort simple : c'est parceque l'irritation provoque l'irritation, et que l'excès de douleur et de mouvement doit amener en peu de temps l'épuisement des forces et l'extinction de la vie. Les maladies des personnes très -sensibles seront donc consomment, toutes choses égales d'ailleurs, plus dangereuses que celles des gens à sens obtus.

XG.

L'excès des sympathies de relation suffit pour causer la mort, qui paraît alors dépendre de la désorganisation du centre de relation. L'excès des sympathies organiques peut aussi occasioner une mort rapide, qui est due à la congestion et à la désorganisation de plusieurs viscères.

Les sympathies de relation se composent, comme nous l'avons vu, de sensations désagréables qui toutes se rapportent à la douleur; de mouvemens convulsifs des muscles du tronc, ce qui en suppose d'analogues dans les viscères, et enfin de convul-

sionsdes muscles , qui , dans l'état normal , n'obéissent qu'à la volonté. Ces divers phénomènes , où l'on voit un grand phénomène général , la transmission perçue de l'irritation, ne peuvent avoir lieu sans une très-forte érection vitale du cerveau. Or, c'est de l'excès de cette érection que dépend le danger. Avant de rechercher quelle doit être l'altération de la matière nerveuse centrale, nous ferons remarquer qu'aucune modification de l'organisme ne devient pluspromptement mortelle que l'action exagérée de l'encéphale. La perception trop vive du plaisir ou de la douleur peut tuer en quelques secondes : il n'y a que les poisons qui égalent l'activité de cette cause, encore ceux qui agissent avec cette célérité sont-ils peu nombreux ; les convulsions viennent après, mais on peut y résister pendant plusieurs jours. Toutes les fois qu'une phlegmasie aigu'é est accompagnée de convulsions violentes on la redoute beaucoup , car l'on sait que la mort peut arriver d'une manière subite. Quant aux affections chroniques, personne n'ignore que celles qui sont accompagnées de phénomènes convulsifs épuisent les forces et hâtent le marasme. Piecherchons maintenant quelles sont les altérations de la matière nerveuse dans ces deux genres de mort. Si la perception trop vive est la plus dangereuse des modifications nerveuses, il nous semble que cela dépend d'un appel trop prompt et trop impétueux du sang vers l'encéphale ; si les convulsions le sont moins, c'est, selon nous, parce que la congestion sanguine encéphalique y est

( 65 ) moindre, et que la mort dépend moins de cette congestion que de l'excès de l'innervation, c'està-dire de la dépense excessive des forces. Dans le ,premier cas , toute Faction est concentrée dans l'encéphale ; dans le second , elle prédomine simultanément dans la pulpe cérébrale et dans les expansions motrices.

Lorsque nous attribuons les dangers de ces deux genres de modification nerveuse aux sympathies , nous signalons les cas où le cerveau et ses dépendances reçoivent l'irritation d'un foyer de phlegmasie situé quelque autre part ; nous voulons dire les cas où l'affection cérébrale est secondaire. Il faut donc admettre en principe que toute irritation d'organes, qui réveille des sympathies de relation très-multipliées , n'intéresse les cordons et les expansions nerveuses répandues dans les différentes parties du corps que parce qu'elle est vivement sentie par l'encéphale , et réfléchie par lui avec beaucoup de force dans les divers départemens de l'arbre nerveux. C'est ainsi que s'enchaînent les affections des divers organes, et nous voilà préparés à suivre les déplacemens de l'irritation dont il sera parlé à l'occasion des métastases.

La proposition ajoute que l'excès des sympathies organiques devient rapidement mortel par la désorganisation des viscères. Il s'agit manifestement ici des congestions qui s'opèrent avec violence dans les organes sécréteurs, et dans les parenchymes de toute espèce, le cerveau excepté, lors de l'inflammation d'un viscère de premier I. 5

(66) ordre. Nous avons vu plus haut que de pareilles modifications ne sauraient avoir lieu sans un mélange de sympathies de relation , attendu qu'il n'est point d'irritation locale un peu intense qui ne se propage à l'encéphale ; mais le danger résulte moins ici de l'excès de la congestion cérébrale ou de celui de l'innervation, que de la congestion des autres viscères , et la mort de l'encéphale est évidemment préparée par la désorganisation du poumon, du cœur, du foie et des organes de la digestion. Or, ces sortes de morts sont toujours annoncées par la violence de la fièvre , c'est-à-dire par la rapidité du cours du sang et l'excès de la calorificalion, par l'action exagérée ou la torpeur des organes sécréteurs, par l'extrême difficulté de l'acération du sang et de la nutrition, c'est-à-dire par l'excès des sympathies que nous avons appelées organiques.

Cette explication que nous venons de donner des sympathies était indispensable , afin de les sortir du vague où elles auraient pu rester, et de les matérialiser, autant que possible, en les rattachant aux organes. Nous terminerons par un dernier résumé qui facilitera l'intelligence de tout ce qui vient d'être dit sur ce sujet si important,

i° Érections morbides peu étendues, non douloureuses: sympathies organiques seules, le cerveau n'y prenant aucune part; i° érections morbides considérables, douloureuses, deux sortes de sympathies, les organiques, les cérébrales ; 3J dans toutes les érections morbides considérables : {a) dan-

ger en raison de l'intensité des sympathies de relation , qui donne la mesure de l'imminence de la désorganisation cérébrale, de la déperdition des forces nerveuses : (b) danger en raison de l'intensité des sympathies organiques , qui donne la mesure de la violence de la congestion des autres viscères, de l'imminence de leur désorganisation.

L'organe primitivement irrité est quelque* fois le seul à subir la congestion ou la désorganisation ; les organes sympathises n'éprouvant pas assez d'irritation pour la partager.

Tels sont les cas où l'on succombe à une pneumonie rapide, à une apoplexie pulmonaire, à un choléra-morbus de quelques heures , à une apoplexie cérébrale foudroyante, etc. ; remarquez toutefois que ces morts sont moins communes que celles où plusieurs viscères sont simultanément affectés de congestion; notez aussi qu'une congestion très-considérable ne peut se faire dans aucun organe sans être en même temps préjudiciable au cerveau.

L'irritation peut exister dans une infinité de nuances. Celles du plus haut degré ont un double caractère d'où dépend tout le danger, l'appel excessivement précipité des fluides, la dépense ex-*

(.68 ) cessivement rapide des forces, par l'irritation du cerveau et des nerfs. Nous nous servons du mot excessivement, parce que tout changement brusque est intolérable dans l'économie, et que , dans l'irritation comme dans la congestion , l'excès existe dès le moment où l'intensité de ces deux phénomènes met F organe qui en est le siège hors d'état de concourir à l'entretien de la vie. Nous employons le mot rapide parce que le changement d'un organe , quelle que soit son importance , ne peut entraîner une mort prompte , s'il ne s'opère dans un temps fort court. En effet, il est d'observation constante que les viscères de premier ordre peuvent subir à la longue des changemens et des désorganisations très-considérables sans que la vie soit interrompue ; elle devient languissante à la vérité, mais elle ne cesse que lorsque le marasme est consommé ; et c'est ce qui distingue les affections chroniques des aiguës. Si pourtant une affection aiguë s'ajoutait à une chronique , cet incident pourrait amener la destruction de l'individu avant qu'il fût parvenu jusqu'au marasme; mais cette circonstance ne saurait affaiblir notre assertion. Un des points les plus importans pour le praticien est donc de s'habituer à l'appréciation du siège et du degré de l'irritation anormale. Lorsque plusieurs organes de première importance se trouvent simultanément irrités , et que ce changement survient tout-à-coup , le danger est toujours pressant, la maladie est très-difficile à dompter ; mais il est beaucoup moins commun que l'irritation d'un

(69) seul viscère offre le même danger, et c'est précisément cette différence que l'auteur a voulu noter dans la proposition qui nous occupe.

Les organes sympatliiquement irrités peuvent contracter l'irritation à un degré supérieur à celle de l'organe à l'influence duquel ils la doivent. Dans ce cas la maladie change déplace et de nom : ce sont les métastases.

Il est temps de s'entendre sur le mot métastase : long-temps il a signifié le déplacement d'une prétendue matière morbifique ; plus tard il exprima 2e changement de la maladie. Mais qu'est-ce que la maladie? C'est l'irritation, dans les cas où les métastases sont possibles : les métastases ne sort donc autre chose qu'un nouveau point d'irritation qui remplace celui qui l'a précédé. Lorsque l'irritation s'est développée dans un organe, le système nerveux, par l'intermédiaire de son centre la transmet à d'autres organes et la répand à dif£rens degrés dans l'économie. C'est alors que le tis-u qui se trouvait le plus apte à la souffrir, s'enempare et devient le nouveau siège du mal. Vola 3a métastase. Reste à examiner les particularité qu'elle présente: c'est ce que les propositions suvantes nous conduiront à développer.

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L'organe qui est devenu le siège d'une métastase, excite alors des sympathies qui lui sont propres; et celles-ci peuvent à leur tour devenir prédominantes : telles sont les phlegmasies ambulantes, etc.

Cette explication fait disparaître tout le vague qui existait en pathologie sur les changemens que subissent les maladies durant leur cours. C'est une de celles qui ont porté les plus rudes atteintes à l'ontologie. Que pouvait-on voir autrefois de commun entre la gastrite, leshémorrhoïdes, la goutte, le calcul et l'apoplexie? Ceux qui avaient admis une humeur morbifique pour la goutte pouvaient encore la supposer se portant sur les reins et sur la vessie ; car on remarque quelque analogie entre les concrétions articulaires et les graviers ou les calculs. Mais les médecins se trouvaient dans l'impossibilité de rendre compte du rôle que l'humeur goutteuse pouvait jouer dans la production d'un épançhemenVde sang au cerveau; il ne leur était pas moins impossible d'expliquer comment la cessation d'une héiiorrhagie habituelle peut engendrer des calculs, comment une dartre se convertit en hémoptysie, comment la folie se change en goutte, ou de donner un raison satisfaisante à ceux qui

leur demandaient pourquoi l'asthme, maladie qu'ils regardaient comme nerveuse, pouvait se dissiper à l'apparition d'un engorgementlymphatique. L'impossibilité d'expliquer tous ces changcmens d'une manière quelque peu satisfaisante et capable de rallier tous les esprits justes , avait ouvert la carrière aux hypothèses. Chaque médecin, peu satisfait des explications qu'on lui donnait, se croyait autorisé à en proposer une autre : il n'était point arrêté par les vices que l'on pouvait y découvrir : comment aurait-il craint de hasarder des assertions non prouvées, lorsque les maîtres de l'art n'avaient pas rougi d'en émettre de ridicules ? Ce que le novateur pouvait craindre, c'était de ne pas persuader tout le monde ; mais il savait que les opinions les plus absurdes avaient trouvé et conservaient encore des partisans. Pourquoi donc ne se serai t-il pas flatté d'en conquérir à son tour? C'est ainsi que le jeune médecin , après s'être respectueusement incliné devant les hautes conceptions de ses devanciers, cessait de les admirer en voulant les approfondir. Prenant ensuite courage, il finissait par s'ériger lui-même en créateur. De là cette foule d'hypothèses sur la cause de la conversion des maladies , que l'on n'osait plus, comme Galien, rapporter aux quatre élémens ; de là les nouvelles théories chimiques, dont la chute a été plus prompte encore que celle des anciennes.

Mais en attribuant les métastases, les épigénèses, les deutéropathies au changement du siège de l'irritation, la doctrine physiologique ne fait que re=

(70 later un fait que tout le monde peut vérifier , et qui par conséquent doit rallier tous les bons esprits. Bien que toute excitation intense soit répandue dans l'économie , chaque organe , chaque appareil a ses influences sympathiques particulières, et pour ainsi dire de prédilection : c'est pourquoi le groupe de symptômes change d'aspect aussitôt que J'irritation principale s'est attachée à un nouvel organe. C'est ainsi que, dans les déplacemens que nous venons de signaler , on verra successivement se développer les sympathies propres aux irritations des articles, celles qui dépendent des douleurs de la marge de l'anus , celles que provoque la souffrance du rein , celles qui sont la suite nécessaire d'une congestion encéphalique , etc. ; et que l'irritation produira dans la peau une dartre, un érysipèle ; à l'anus, un bouton ou un flux sanguin ; dans les reins , des graviers; dans les articulations, des congestions albumineuses et des concrétions, etc., etc. Citerons-nousles irritations articulaires en particulier ? nous verrons que l'une des articulations devenue phlogosée par l'influence du froid , agit sympathiquementsur une seconde, larend d'abord confusément douloureuse, et, dès le lendemain, lui cède son inflammation. Chercherons-nous les effets locaux de cette inflammation? nous trouverons que dans une articulation sèche et superficielle, elle produira des concrétions tophacées tandis que transportée sur une autre plus humide , plus sanguine et profondément située, elle donnera lieu à une suppuration phlegmoneuse. Aucune proposition n'est plus fertile en conséquences théo-

riques et pratiques que celle-ci. Nous allons donc en suivre le développement.

Si les irritations sympathiques que les principaux viscères déterminent dans les organes sécréteurs, exhalans et à la périphérie, deviennent plus fortes que celles de ces viscères, ceux-ci sont délivrés de la leur, et la maladie se termine par une prompte guérison. Ce sont les crises. Dans ces cas , l'irritation marche de l'intérieur à l'extérieur.

Les congestions des crises se terminent toujours par une évacuation, soit sécréloire, soit purulente , soit hémorrhagique : sans cela la crise n'est pas complète.

Qui peut douter que les sécrétions et les exhalations qui se font sur les surfaces de rapport (peau et membranes muqueuses) ne soient accélérées, ralenties ou dénaturées par l'irritation desprincipaux viscères? Lorsque cette irritation est d'une extrême énergie, ou les sécréteurs n'agissent pas assez, et les évacuations sont nulles ; ou ils agissent trop, et alors les fluides qu'ils produisent sont dépravés, irri-

(74) tans pour les surfaces où ils sont déposes. Tels sont la bile et les autres humeurs du canal digestif dans les gastro-entérites et les colites, le mucus nasal dans le coryza, etc; telle est aussi la sueur, qui, bien qu'elle n'irrite pas la peau par son contact, est visqueuse et d'une odeur forte dans les pneumonies quin'ont pointencore commencé à céder, et fétide dans les gastro-entérites encore actives. Mais , du moment que la phlegmasie viscérale vient à se modérer, et qu'elle marche vers la résolution , on voit ces mêmes produits de la sécrétion ou de l'exhalation devenir abondans, faciles, parfaitement liés, ni trop albumineux , ni trop gélatineux : les concrétions qu'ils avaient pu former sont soulevées , détachées par cette sécrétion normale, et les surfaces qui la reçoivent n'en souffrent plus.

C'est ce retour dessécrétions à l'état normal avec augmentation de leur quantité, qui fut jadis le sujet de l'observation constante et l'objet de tous les vœux du grand liippocrate. Le médecin physiologiste s'impose aussi la loi d'observer attentivement les évacuations pour s'aider à déterminer le degré de l'irritation. Mais il désire aller plus loin : il veut savoir si les crises sécrétoires sont la cause ou l'effet de la diminution de l'irritation viscérale. La solution résulte des considérations précédentes: les sécrétions ont été dérangées par l'influence sympathique du viscère malade, affecté d'inflammation; elles ont présenté des nuances d'altération qui correspondaient aux siennes : elles se rétablissent quand il cesse de souffrir. On est donc porté

( 75) f à conclure que les crises secrétaires sont l'effet de la diminution le l'irritation et des congestions viscérales. Arrivent ensuite deux preuves secondaires: c'est qu'en faisant cesser cette irritation, en dissipant les congestions internes qu'elle a produites, on hâte l'apparition des crises dont il s'agit, tandis que rarement on parvient à faire disparaître l'affection viscérale en stimulant les organes chargés des évacuations dépuratives. Cette difficulté dépend, n'en douions point, de ce que, pour solliciter un sécréteur, on est forcé d'agir sur le même organe dont l'irritation avait suspendu son action. Les urines, la bile ont cessé de couler parce que la membrane interne du canal digestif est sur-irritée : je veux faire reparaître ces dépurations et j'ajoute à l'excitation de cette membrane : je dois donc augmenter la cause de la suppression à laquelle je prétends remédier; je m'y prends donc fort mal. Il me faudrait , pour réussir, un stimulant qui pût agir immédiatement sur les sécréteurs. Les anciens se flattaient d'en posséder de semblables : ils se figuraient que lespurgatifs,lesdiurétiqucsélant absorbés allaient porter leur action directement sur le foie et sur les reins, ou plutôt ils ignoraient les rapports découverts par notre Bichat entre les sécréteurs et les surfaces où leurs produits sont déposés. Ils voyaient le phénomène en grand, sans pouvoir l'expliquer. La nature termine les fièvres par des sécrétions, disaient-ils : donc, nous devons exciter les sécrétions pour les terminer. Mais les développerons qui précèdent prouvent que leur raisonne-

(76) ment n'était pas juste, et nous apprennent pourquoi l'attente de ces praticiens était trompée si souvent. Si souvent, disons-nous.... elle ne l'était donc pas toujours ? Non sans doute, et ce fait, non moins important que ceux qui précèdent, suffisait pour prolonger l'erreur des médecins et permettre que de nos jours on vît paraître un système de médecine uniquement fondé sur l'emploi des moyens qui font agir les sécréteurs. Nous indiquons la théorie du contro-stimulisme : les succès peu nombreux à la vérité, mais réels qui la soutiennent encore parmi nous, ne reposent que sur les cas où la stimulation d'une surface phlogosée ne devient pas funeste à celui qui Fa soufferte. Mais continuons à disserter sur les sympathies, et bientôt nous aurons trouvé la solution de ce nouveau problème. Nous avons vu que l'irritation des surfaces internes de rapport ne produisait pas constamment la cessation des évacuations secrétaires, et que même souvent elle l'augmentait. Il en résulte que les médicamens qui pourront mettre la surface dont il s'agit dans le degré d'irritation qui correspond à lasupersécrétion de son annexe, produiront nécessairement le même résultat. C'est en effet ce que démontre l'observation ; mais cette supersécrétion forcée est-elle une crise comparable à celle que produitla diminution de l'irritation viscérale? Voilà le point précis de la difficulté, et pour la bien juger il suffit de s'en rapporter aux faits. Or, les faits prouvent de la manière la plus péremptoire que, dans la grande majorité des cas, en violentant ainsi les différens sécréteurs, on au§-

(77 ) mente la phlegmasie qui avait suspendu leur action: le malade est débilité en pure perte ; les sécréteurs retombent dans leur première inaction, et les sujets succombent aux progrès de l'irritation première , ainsi qu'au développement de plusieurs autres points de phlegmasie. Ces faits ne semblent-ils pas démontrer que les crises sécrétoires ne peuvent être considérées comme la puissance qui détermine la solution des irritations internes ; qu'elles ne sont au contraire que la suite et la conséquence de leur diminution , et que, par conséquent, elles n'en deviennent le signe extérieur que lorsqu'elles ne sont pas le résultat d'une médication sur-irritante ?

Mais il est , disons-nous , quelques cas où les malades soumis à des superstimulations sécrétoires artificielles peuvent guérir : examinons ce qui se passe alors dans l'économie. Ces considérations ne nous écarteront point de notre sujet : elles nous aideront plutôt dans la recherche que nous voulons faire des phénomènes qui ont rap'port aux crises.

C'est une loi de l'économie que, pour que l'état de vie soit maintenu, toute stimulation violente se ter£ mine, après un tempsdont la durée est variable, par des mouvemens convulsifs ou par des évacuations ; savoir : par des mouvemens convulsifs si la stimulation ne porte que sur le système nerveux et sur l'encéphale ; par des évacuations si la stimulation agit en même temps sur le cœur et sur la fonction circulatoire. En effet , il y a chez nous deux modes généraux de stimulation : l'un qui provoque les convulsions, et c'est le plus facile à produire; l'autre

( 7») qui développe la fièvre et qui souvent fait suite au premier. Convulsion, fièvre, sont les deux seuls modes de réaction de l'organisme animal contre les agens perturbateurs; si l'un et l'autre manquent, la stimulation reste concentrée dans l'appareil nerveux viscéral, c'est-à-dire dans le cerveau et dans les nerfs splanchniques ; et, si la vie ne s'éteint pas subitement, des affections chroniques plus ou moins graves en sont la suite nécessaire. Il y a plus , les convulsions et les évacuations ne sont pas toujours suffisantes pour dissiper complètement l'irritation locale qui les a déterminées. Les faits qui prouvent ces assertions ne nous manqueront pas dans la suite de nos développemens. Mais voyons d'abord ceux qui se rattachent à notre sujet. Que devient la stimulation exercée sur les organes digestifs par des doses forcées d'émétique, de purgatifs, de sudorifiques, de diurétiques, etc.? Ce qu'elle devient? elle produit des convulsions , ou des supersécrétions, ou des hémorrhagies, ou des inflammations intérieures. Si elle ne donne pas un ou plusieurs de ces résultats , elle doit nécessairement augmenter l'inflammation intérieure à laquelle on a prétendu l'opposer; l'étendre, la propager à d'autres viscères, soit dans le mode aigu, soit dans le chronique : enfin, si elle est extrême, elle peut détruire la vie en fort peu de temps, en concentrant l'action dans le système nerveux cérébro-viscéral, et produire la mort de douleur. Elle peut aussi, dans le même degré, provoquer la déchirure de l'estomac, rompre le cœur ou les vaisseaux, ex-

(79) travaser le sang par voie d exhalation dans le cerveau, dans le tissu d'un autre viscère, ou dans une surface interne, cause encore plus efficace d'angoisse et de mort subite. Nous nous dispenserons de ciler les faits sur lesquels reposent ces assertions: nous en connaissons plusieurs ; mais notre dessein est d'éclairer la science et non de choquer les personnes. Les hommes de bonne foi acquerront d'euxmêmes la conviction par l'observation des faits de cette nature que l'art ou des circonstances accidentelles pourront leur présenter, et cela nous suffit.

On conçoit maintenant comment les personnes soumises à des stimulations excessives peuvent se rétablir: c'est parce que l'irritation s'est dissipée complètement par des supersécrétions. On comprend également comment elles succombent toutà-coup, et pourquoi plusieurs d'entre elles, après s'être crues guéries, se trouvent pour bien longtemps réduites à un état de langueur et d'infirmités toujours renaissantes, Mais on a pu remarquer que les évacuations artificielles qui ont été provoquées ne se sont pas bornées à des supersécrétions ; des hémorrhagies, des inflammations extérieures ont pu avoir lieu. Ces phénomènes en effet se placent au rang des crises; et qu'on ne dise pas que les inflammations de la périphérie font exception à la règle que nous avons d'abord posée , la nécessité d'une évacuation pour terminer une irritation extraordinaire.Ces phlegmasies en effet doivent ellesmêmes se terminer par une excrétion ; elles ne font donc que reculer le moment de la solution évacua-

(8o) tive rendue nécessaire parle développement de la première irritation.

Voilà donc maintenant le nombre des crises fort étende : elles ne se bornent plus à des exagérations secrétaires par les voies ordinaires; on y voit figurer toute espèce d'évacuations. Notre objet maintenant doit être de rattacher, s'ilestpossible, ces deux ordres généraux d'évacuations aux différentes nuances des irritations locales. Lorsqu'une irritation des viscères est modérée , le plus souvent elle n'a besoin, pour se terminer, que des évacuations ordinaires, celles qui ont journellement lieu dans l'état normal ; mais , quand elle est extrême , quand tous les appareils viscéraux sont fortement ébranlés ( remarquez que nous ne disons pas toute V économie), ces évacuations ne suffisent plus : les autres modes de crise sont devenus nécessaires; leshémorrhagies, les phlegmons, les bubons, les érysipèles viennent au secours de la nature opprimée. Quelquefois même l'excès du mal est ici la source du bien : telle irritation viscérale qui n'aurait pu être déplacée par des évacuations ordinaires, cède complètement à une horrible superstimulation qui ajoute à la superpurgation, aux sueurs excessives, des hémorrhagies alarmantes ou de vastes inflammations extérieures terminées par une suppuration fort abondante. Nous citerons en preuve les pestes, les fièvres jaunes, les varioles confluentes, où l'irritation est souvent par elle-même fort intense ; enfin les cures rasoriennes, où elle le devient toujours accidentellement.

(8i ) Malgré tout ce qui vient d'être dit, nous ne croyons pas encore avoir assez approfondi la question; nous devons comparer, sous le rapport des crises, les irritations des parties extérieures avec celles des viscères intérieurs de premier ordre. Nous avons dit que toute irritation morbide devait se terminer ou par des convulsions ou par des évacuations; cette assertion est-elle applicable à un phlegmon, à un érysipèle, à unarthritis, à un furoncle, à une dartre, ete.i* Notre réponse ne peut être qu'affirmative; abari' donnez ces irritations à elles-mêmes, et vous verrez que, soit qu'elles se terminent, ou soit qu'elles &e prolongent indéfiniment, le phénomène de l'extravasationne cessera jamais de s'y faire remarquer; il aura lieu , ou sous la forme de suppuration, ou sous celle de croûte , ou bien dans les in îerstices de l'organe, sous forme d'engorgement, d'empalement, de concrétion, etc.; mais il aura toujours lieu : c'est-à-dire que l'évacuation ne manquera jamais auxirritations qui intéressent le système vasculaire ; tant la nature est fidèle aux lois qu'elle s'est imposées! De tous ces faits il résulte que les crises nécessitées par les irritations vasculaires ont lieu d'après les mêmes lois, et ne diffèrent qu'en raison de la quantité de fluides qui pénètre l'organe irrité , et des rapports qui le lient avec d'autres organes. Les appareils viscéraux de premier ordre font partager leurs irritations aux organes qui leur sont subordonnés ; souvent même ils la déchargent et la lancent tout-à-coup sur eux , de telle sorte que la crise paraîtsefaireuniquementparlavoie de ces derniers,

( 8a ) Quelques organes extérieurs, qui exercent un pareil empire sur des tissus voisins, les obligent aussi de partager leurs irritations, et semblent quelquefoisles faire servir à leurs crises : tels sont les yeux agissant sur les glandes lacrymales, la membrane buccale influençant les glandes salrv aires. Mais dans la plus grande étendue de la peau, aux extrémités des membres, etc., où ces sortes de rapports locaux n'existent pas, les points d'irritation vasculaire opèrent seuls leurs crises, à moins qu'ils ne soient assez intenses pour porter le trouble dans les viscères; mais cette question se rallie à la proposition suivante.

Si l'irritation s'avance de l'extérieur a l'intérieur, ou d'un viscère vers un autre plus important , la maladie s'aggrave : ce sont les fausses crises des auteurs.

Combien de fois les médecins n'ont-ils pas été dupes de ces fausses crises dansles affections aiguës, lorsqu'ils faisaient usage des antiputrides , des toniques et des évacuans! Un malade paraissait débile : attribuant sa faiblesse à des humeurs putrides, on se proposait de les évacuer par des boissons purgatives; les selles étaient donc provoquées; on les entretenait pour offrir une égout perpétuel aux impuretés: le dévoiement s'établissait; on y voyait

( 83 ) une crise avantageuse, que l'on se félicitait d'avoir su provoquer, tandis que, dans le fait, cette prétendue crise n'était autre chose que la propagation de la phlogose qui gagnait le gros intestin, et achevait d'épuiser le malade en soustrayant les matériaux nutritifs à l'absoption. D'autres fois, on croyait devoir corriger la putridité du sang, que paraissait démontrer la fétidité des exhalations et des excrétions, au moyen des aromatiques, des spiritueux, du camphre, du musc, du quinquina, etc.; ou bien, en adoptant des explications plus modernes , on pensait attaquer la cause première de cette putridité en relevant les forces par ces excitans et ces toniques. En effet, le pouls devenait plus large, plus fréquent, la peau plus colorée et plus chaude ; on se flattait d'avoir relevé les forces de la vie, on se livrait à l'espérance ; mai-s bientôt la dyspnée , un délire furieux, le tremblement, les convulsions, etc. , prouvaient que la prétendue restauration se réduisait à un développement consécutif de phlegmasie dans le cerveau et dans le parenchyme des poumons. Après la terminaison, les praticiens alléguaient que la nature, soutenue par des secours appropriés, avait tenté une crise , mais que, n'ayant pas eu assez de force pour l'achever , elle avait dû succomber.

Il est beaucoup de cas où la propagation du point primitif d'irritation, loin d'ajouter à la chaleur de la peau età la force du pouls, les diminue au contraire et augmenteladébilitédes malades; c'est ce que l'on observe lorsque l'inflammation a traversé les orga-

nés creux de l'abdomen et s'est communiquée au péritoine, lorsque le péricarde estphlogosé, etc. Alors les médecins ne sent plus, comme dans les cas précedens, leurrés par un doux espoir; ils conviennent franchement que tout effort critique a manqué, etc. Quant à nous, médecins physiologistes, ces faits doivent nous servir à confirmer ce qui a été avancé plus haut, que chaque organe a ses sympathies particulières, que le groupe de symptômes change toujours avec le point principal d'irritation, et que la théorie des crises n'est qu'une vaine chimère quand elle n'est pas rattachée à l'irritation des organes et des appareils.

Les irritations n'ont point de durée ni de marche fixes : lnne et l'autre sont déterminées par l'idiosyncrasie et par l'influence des modificateurs qui agissent sur les malades.

11 est étonnant qu'après avoir observé tant d'irrégularités dans la marche des maladies, on se soit pendant si long-temps opiniâtre à vouloir assigner à la plupart d'entre elles des durées et des marches déterminées. Cela vient de ce qu'on n'avait pas établi des distinctions suffisantes, de ce qu'on voulait attribuer à plusieurs groupes de symptômes trèsdifférens sous le rapport du siège, de la cause, de l'intensité de l'irritation, ce qui n'appartient qu'à

( 85 ) certaines nuances de celle-ci : essayons de donner une idée de ces différences.

Lorsqu'une érection vitale est élevée au-dessus du degré normal, c'est-à-dire du degré où la cessation de la causeslimulante suffit pour la faire tomber; ou bien , en d'autres termes, lorsque l'érection vitale est parvenue à un tel degré d'intensité qu'elle peut, se maintenir sans le secours d'une stimulation extraordinaire, cette érection vitale se comporte différemment, suivant le tissu où elle existe, la cause qui Fa déterminée, les érections vitales que la sympathie peut développer en d'autres régions, et enfin selon l'influence des modificateurs accidentels de l'économie.

Suivant h tissu. Si le faisceau des capillaires est très-sanguin, l'érection vitale, devenue morbide , tend à y persister et à y prendre les caractères de l'inflammation : une fois celle-ci développée , elle tend à la suppuration , et sa marche peut, à peu de chose près, être déterminée aprîori. Quelquefois l'exhalation sanguine arrive, et fait avorter l'érection. Si le tissu irrité est en même temps sanguin et nerveux, s'il est du nombre de ceux qui sympathisent activement avec des organes éliminateurs, l'érection vitale peut, selon l'idiosyucrasie et selon son propre degré, ou persister dans son premier siège et suivre la même marche que dans le cas précédent, ou être déplacée par les irritations que ses rapportssympathiques auront faîtnaître, et se comporter ensuite selon le lieu et le legré. Si l'érection vitale occupe un tissu dur, où illc puisse difficile-

( 86 ) ment prendre un développement considérable , différentes chances auront lieu, suivant que ce tissu sera plus ou moins sensible et nerveux : s'il l'est beaucoup, la douleur, compagne inséparable de l'érection vitale , tendra toujours à développer des sympathies , et celles-ci pourront, comme dans le cas précédent , déplacer l'irritation morbide primitive : s'il l'est peu , l'érection vitale sera persistante, opiniâtre, et les effets locaux varieront d'après plusieurs causes qu'il n'est pas de notre objet d'énumérer présentement. Voilà quelques différences tirées de la nature du tissu : nous pourrions les pousser beaucoup plus loin , mais nous pensons que tous les faits peuvent se rallier à ceux que nous venons d'indiquer : les pblegmasies, les bémorrhagies, les névroses et les inflammations s'y rattachent sans aucune difficulté. Pour ceux qui douteraient des rapports de la douleur avec l'inflammation et la gangrène , nous rapporterons le fait suivant. Un homme avait été amputé d'une jambe; trois ans après il fait une chute sur le moignon, une douleur excessive s'y manifeste ; elle persiste plusieurs jours, malgré les narcotiques et les révulsifs les plus énergiques. Tout-à-coup elle se transporte surlajaiï.be du côté opposé, et il s'y développe une phlegmasie qui passe immédiatement à la gangrène. L'ampuUtioh de cette jambe fut pratiquée et réussit parfaitement. N'est-il pas clair que, dans ce cas.il y a eu transformation de névrose en phleg-» masie? Ce fait nous té té communiqué par un médecin qui le destine pouiun ouvrage qu'il doit publier. II

est sans doute très-précieux , mais il n'est pas unique : on voit quelquefois les névralgies se convertir, loco ipso, en des inflammations ou en dessubinflammations qui ont le sort des autres affections du même genre. Une vive douleur, accidentellement développée dans un tissu nervoso-sanguin, y fait souvent naître une phlegmasie : pourquoi les douleurs sympalhiques ne produiraient-elles pas le même effet? 11 n'y a -qu'un fait général qui rattache tous les faits les uns aux autres, c'est l'irritation , et sans ce guide précieux, point de théorie en médecine.

20 Suivant la cause. Les causes de nos irritations sont excessivement multipliées ; nous ne pouvons donc les parcourir en ce moment. Nous ferons seulement remarquer qu'il en est un grand nombre avec lesquelles notre organisme est familiarisé, et qui, bien que capables de porter à un haut degré nos érections morbides, sont facilement domptées par d'autres modificateurs ; mais il est certaines causes qui n'agissent que rarement sur nos organes, et qui, quand elles les attaquent, développent toujours de vives irritations, et les font toujours naître dans les tissus en même temps les plus sanguins et les plus nerveux, c'est-à-dire les plus irritables , lesplus propresaudéveloppementd'uneforteérection morbide primitive , et des érections morbides secondaires ousympathiques. Telles sont les causes des phlegmasiesaiguës, dites éruptives, de plusieurs typhus, de la fièvrejaune,etc.,etc. Dans tous ces cas, les érections vitales marchent avec une extrême rapidité, soit

( 88.) dans les lieux primitivement affectés, qui sont toujours les surfaces internes des viscères et le cerveau, soit dans les organes éliminateurs, à la tête desquels figure la peau, et quelquefois les ganglions lymphatiques sous-cutanés. Ces érections vitales , nous le répétons , ont souvent une marche fixe et qui peut être déterminée a priori. Nous ne disons rien de plusieurs causes extraordinaires plus ou moins actives d'érections vitales morbides, comme les poisons : on comprendra par l'observation jusqu'à quel peint il est possible de les rapprocher de celui que nous venons de signaler.

3° Suivant les érections vitales que la sympathie peut développer en d'autres régions. Nous venons de signaler le développement de ces sympathies dans l'énoncé de ce qui arrive à certains sièges, à certains degrés, à certaines causes des érections vitales morbides; il s'agit maintenant de se faire une idée de l'influence qu'elles exercent sur l'irritation primitive : elles la déplacent dans quelques cas ; tels sont ceux des phlegmasies cruptives légères, de quelques arthritis , de quelques névroses, et même de plusieurs affections glanduleuses : dans d'autres cas, elles ne parviennent même pas à l'affaillir , et ce sont toujours ceux où elle est extrêmement intense. Alors ces sympathies ne sont que des épiphénornènes qui ajoutent, sans compensation, à la souffrance des malades. Reportez-vous à ce ïque nous avons dit des métastases , des crises, etc. On sent combien doivent varier la marche et la durée des groupes de symptômes dans les diverses cir-

constances que nous venons d'indiquer : aussi nous garderons-nous de nous y trop arrêter.

4° Suivant V influence des modificateurs accidentels de l économie. La solution de cette question est préparée par celle de la précédente ; car, en influençant la marche d'une érection vitale morbide, les modificateurs que nous indiquons ne font jamais autre chose que provoquer de nouvelles érections, qui agissent révulsivement sur la première , ou agir immédiatement sur chacune parles moyens qui sont propres , soit à soustraire les causes locales de stimulation, soit à en ajouter de nouvelles. Mais le développement de ces faits nous jetterait prématurément dans les détails de la thérapeutique

L'irritation tend à se propager par similitude de tissa et de système organique: c'est ce qui constitue h s diathèses; cependant elle passe quelquefois dans des tissus toutdifférens de ceux où elle a pris naissance, et plus souvent dans les maladies aiguës que dans les chroniques.

Le mot dialhèse a reçu plusieurs acceptions en médecine; on a dit dîathèse inflammatoire, pour désigner une disposition à l'inflammation qui se manifeste par l'extrême facilité avec laquelle les excitations les plus légères déterminent l'apparition de ce phénomène, soit à la peau, sous forme

C 9° ) de furoncle, d'érysipèle, soit dans les membranes muqueuses , soit même dans le tissu cellulaire. Cette disposition est ordinairement produite par Faction des excitans ; on l'observe cbez ceux qui ont fait abus des alimens substanciels , des épices, des boissons fermentées, et qui sont dans un e'tat pléthorique ; chez les jeunes sujets irritables et sanguins qui se trouvent exposés à l'influence insolite de la chaleur atmosphérique, lorsqu'ils vont habiter un pays plus chaud que le leur. Dans tous ces cas , la surirritation commence par s'établir dan s l'appareil muqueux du canal digestif, dans le cœur, dans l'encéphale, d'où elle fait facilement explosion sur les organes extérieurs et sur les viscères de second ordre , comme les voies urinaires , etc., où l'appelle une stimulation accidentelle. Nous n'avons pas placé le poumon au nombre des tissus prédisposés à l'inflammation par l'influence d'une chaleur inaccoutumée , parceque ordinairement il ne l'est pas : l'appel fait à l'extérieur le préserve de la surirritation, et peut même l'en délivrer si son tissu n'a pas encore éprouvé d'altération; car, dans ce dernier cas, la chaleur précipiterait sa destruction. Cette manière d'être de l'économie se rapporte à la diaihèse inflammatoire de Cullen, admise par Brown, son disciple, et par les sectateurs de ce dernier, qui lui ont donné beaucoup d'extension. (Voyez ce que nous avons dit à ce sujet dans le commentaire de la proposition LXXII.)

Cette disposition ^persiste ordinairement pen-

(9i ) dant toute la durée des phlegmasies aiguës des grands viscères; on l'observe également dans les inflammations de l'appareil locomoteur, tant aiguës que chroniques : de là les diathèses rhumatismales et goutteuses, qui sont caractérisées par la tendance que présentent les articulations à contracter l'irritation , quelle que puisse être la cause qui Fait développée dans l'une d'entre elles. Les phlegmasies cutanées chroniques, qui revêtent si souvent la forme subinflammatoire ; les ganglionites, qui la présentent presque toujours, fournissent autant d'exemples de ces diathèses , que l'on attribuait jadis à des humeurs spéciales , à des acrimonies, et que depuis on a désignées par les mots vices, principes morbides ou morhifiques, parcequ'on n'osait plus les attribuer à des humeurs dépravées. Cependant , comme les mots vices , principes, diathèses, ne contiennent point l'idée de la nature du mal , puisqu'ils ne font qu'exprimer le fait même de son existence, on devait nécessairement désirer une expression générique , fondée sur quelque chose de positif, et celle & irritation nous paraît aujourd'hui la seule qu'on puisse admettre sans hypothèse. D'abord cette expression donne l'idée de la modification physiologique, ensuite elle y ajoute celle de la cause ; enfin elle suggère celle des remèdes, ce qui complète les notions sur la nature de la maladie : avantage précieux que ne présenteraient pointles expressions admises jusqu'à nos jours. Toutefois cette expression ne suffit pas, si l'on n'y ajoute un autre mot ;

car il faut encore donner une idée de îa marche de ces irritations. Le mot propagatrice nous paraît trop général; car quelle est l'irritation qui ne tend pas à se propager? Nous préférons celui de diathesiqm ', comme présentant l'idée d'une disposition particulière de l'économie, dans laquelle plusieurs affections de même espèce se manifestent dans des endroits différens.

Les irritations diathésiques seront donc désormais pour nous celles qui, développées sous l'influence d'une cause irritante, tendent à se répéter, en d'autres régions du corps, dans des tissus et des systèmes organiques analogues à ceux qui en ont d'abord été affectés. Toutefois cette définition n'exclut nullement la possibilité de la propagation à d'autres tissus ou à d'autres systèmes , pareeque la proposition générale qui porte que l'irritation peut parcourir le corps dans tous les sens précède celle-ci, comme embrassant un plus grand nombre de faits, et la contient elle-même comme une de ses modifications.

Lorsque l'irritation accumule le sang dans un tissu avec tumeur, rongeur et chaleur extraordinaires et capables de désorganiser la partie irritée, on lui donne le nom d'inflammation.

Les propositions précédemment émises embras-

sent tous les genres d'irritation : celle-ci n'est relative qu'à l'une d'entre elles, l'inflammation. Le mot irritation reçoit dans le langage physiologique deux acceptions qu'il est bon de distinguer. Ce mot est employé pour représenter en action la cause qui produit les maladies irritatives ; c'est toujours un agent stimulateur, comme nous l'avons prouvé plus haut, qui, mis en rapport avec les tissus, exagère l'action vitale, soit dans le lieu qu'il touche, soit dans un autre qui sympathise avec lui. Cette action morbifique des agens stimulateurs est souvent appelée irritation ; mais le mot de stimulation convient mieux, et nous pensons qu'il importe de l'adopter, et qu'il faut réserver celui ai1 irritation pour représenser l'état morbide produit par les stimuians. Or, c'est dans le second sens que ce mot est employé dans la proposition. On sait que nous avons distingué quatre espèces d'irritations morbides, l'inflammation et l'hémorrhagie, qui ont les plus grands rapports entre elles, la subinflammation et la névrose: chacune d'elles doit être traitée séparément. La première, ou l'inflammation dont il s'agit présentement, est assez caractérisée par les phénomènes énumérés dans la proposition; mais ne faut-il pas, à cette occasion, répondre aux objections de certains critiques ? « Savez-vous, nous disent-ils, quelle est la nature » intime de l'inflammation?» Nous savons qu'elle est un des produits de la stimulation ; que pendant sa durée le sang est attiré dans le lieu qu'elle occupe ; que la température y est augmentée ; que la sen-

(94) sibilité y est exaltée ; que l'organisation de son tissu est menacée ; que la soustraction du sang, celle du calorique , et. certains agens que nous nommons antiphlogistiques, la détruisent. Sans doute il serait fort à désirer que ces derniers fussent plus nombreux et plus efficaces; mais enfin, tels qu'ils sont, ils suffisent pour nous attester que cet état de l'économie, que nous nommons inflammation, est un mode d'irritation de notre économie ; et certes il n'est aucune de ces nolions qui s'oppose à ce que nous poussions plus loin nos recherches, ou qui tende à nous égarer et à nous éloigner de la bonne direction. En effet, l'inflammation est l'irritation d'un tissu ; de là l'idée d'appliquer à ce tissu les modificateurs sédatifs, et celle de provoquer une autre irritation par des modificateurs stimulans, dans une partie où l'inflammation comporte moins de danger: l'inflammation est avec congestion sanguine; de là l'idée de soustraire le sang de la partie enflammée. Voilà ce qui constitue pour nous la nature de l'inflammation; mais nous n'avons ni ne pouvons avoir la prétention d'expliquer pourquoi les stimulans sont stimulans, pourquoi la stimulation produit tantôt l'inflammation, tantôt un autre mode d'irritation. Autant vaudrait demander pourquoi notre organisation est telle que nous l'observons.

Quoique la réunion des quatre phénomènes indiqués (tumeur, rougeur, chaleur et douleur) soit nécessaire pour caractériser l'inflammation , toutefois il n'y en a que deux qui lui soient propres :

ce sont la rougeur et la chaleur; la tumeur et la douleur lui sont communes avec plusieurs autres affections. Or, comme le sang est la source des deux phénomènes propres, il est clair qu'ils offriront , sous le rapport de leur intensité , des différences correspondantes à la quantité du sang qui pénètre dans chaque organe: par conséquent, plus les tissus seront naturellement sanguins, plus les deux phénomènes y seront prononcés. De là une série de nuances d'inflammation , depuis la plus intense jusqu'à celle qui l'est le moins, et la fusion de cette dernière dans la subinflammation. C'est ce que Bichat avait senti et ce qu'il fit soutenir dans une thèse à l'un de ses élèves. Un des grand vices de l'ancienne école, c'est d'avoir toujours pris pour type de l'inflammation celle du plus haut degré ou le phlegmon. Mais on a tellement insisté sur les conséquences de cette erreur, dans Y Examen des doctrines médicales] qu'il nous suffit aujourd'hui de la rappeler. -

La douleur locale n'est pas inséparable de l'inflammation, même intense.

Les parties où les vaisseaux sanguins se développent avec le plus de liberté dans l'inflammation ne sont pas toujours celles où la douleur est le plus intense ; l'aptitude plus ou moins grande d'une

( 9^> ) partie à la douleur dépend de la disposition des nerfs. Deux sortes de tissus sont très propres à faire sentir de la douleur, la peau et les membranes séreuses. Les inflammations cutanées sont donc toujours très-douloureuses, et c'est uniquement le voisinage de cette enveloppe qui rend les phlegmons sous-cutanés beaucoup pius douloureux que ceux qui sont situés dans la profondeur des organes. Même observation à faire par rapport aux membranes séreuses; leurs phlegmasies aiguës sont accompagnées de vives douleurs, et celles des tissus capillaires sanguins, cellulaires ou parenchymateux qui sont placés derrière elles ne causent de fortes douleurs qu'autant que ces membranes y participent. Examinez en effet les phlegmasies pulmonaires: sont-elles bornées au parenchyme, la sensibilité peut y être tellement obscure que la maladie soit entièrement méconnue: se propagent-elles jusqu'à la plèvre, la douleur s'y développe avec tant d'acuité que personne ne peut douter du siège de l'inflammation. 11 en est ainsi du cerveau , du foie, de la rate , considérés dans leurs rapports avec les membranes séreuses qui les enveloppent. Après avoir fait ces remarques, vous pouvez parcourir les anciens auteurs, et vous vous convaincrez que les phlegmasies aiguës de la peau, les phlegmons souscutanés , les pleuro-péripneumonies,lesarachnites, les inflammations phlegmoneuses de rabdomenintéressant le péritoine, ont toujours fourni ie type d'après lequel ils se formaient une idée de l'inflammation. C'est de là que sont dérivésles quatre caractères

( 97 ) encore généralement admis de nos jours. Mais toutes les fois que la douleur et la tuméfaction cessaient d'être perceptibles aux sens dans le foyer de l'inflammation, la maladie était méconnue. Or, les médecins physiologistes savent désormais combien ces cas sont multipliés; ils font l'objet des propositions suivantes.

La douleur locale de l'inflammation offre beaucoup de variétés, qui sont subordonnées au mode de sensibilité de la partie et au degré de celle de l'individu.

Nous venons de voir l'inflammation dans les tissus qui sont en même temps et très-sanguins et trèssensibles: mais combien en existe-t-il qui sont sensibles sans être sanguins, ou qui sont fort sanguins avec très-peu de sensibilité? combien d'autres encore qui ne sont ni sensibles ni sanguins ? Il n'en est pourtant aucun qui ne puisse être attaqué d'inflammation. On peut juger d'après cela combien doit être variable la douleur que ce phénomène fera percevoir. Les sensations de chaleur , de déchirement , de perforation, de piqûre , de distension, de poids, de plénitude, etc., peuvent aussi bien appartenir à l'inflammation qu'à la névrose, parceque toute douleur dépend toujours d'une modification de la ma- »• 7

(9» ) tière nerveuse , et que des causes différentes peuvent exciter dans cette matière le même mode de stimulation. Il est donc impossible d'identifier la phlegmasie avec un seul genre de douleur, et, par cette raison , de signaler un type de douleur qui soit applicable à toutes les inflammations. Il en est même quelques unes dont la douleur n'est pas perceptible , parcequ'elle est trop confuse, ou qu'elle est effacée par les sensations que fait naître l'exercice des fonctions : c'est ainsi que l'artérite et la phlébite, dans les vaisseaux profondément situés, ne déterminent aucune sensation distincte , et ne sont reconnues que par les altérations qu'elles ont produites. On ne saurait dire cependant que ces plilegmasies soient exemptes de toute douleur; car, quand elles occupent des vaisseaux extérieurs , les malades y perçoivent une sensation de chaleur très-distincte. Beaucoup d'autres tissus profondément situés nous fourniraient des exemples analogues ; mais de plus amples détails appartiendraient à la pathologie spéciale.

îl n'est pas inutile de fixer l'attention des praticiens sur les différences constitutionnelles de la sensibilité. Si la faculté de senlir est si obtuse chez plusieurs sujets , qu'il faille , selon l'expression d'un écrivain célèbre, les écorcher pour les chatouiller; si, d'un. autre côté, certains individus jouissent d'une sensibilité tellement exaltée, que le simple exercice de leurs fonctions suffit pour les tourmenter et leur inspirer le dégoût de la vie, on doit sentir de quelles prodigieuses variétés les douleurs de l'inflammation se-

( 99 ) ront susceptibles, si on les considère dans les différentes espèces de tissus et dans les diverses nuances d'intensité' qu'elles peuvent pre'senter. ïl est certains modificateurs stimulans qui semblent jouir du triste privilège de développer la sensibilité chez les sujets les plus obtus: nous trouverons plus tard l'occasion de les signaler.

L'inflammation excite souvent pins de douleur dans les parties où les irritations sympathiques se manifestent que dans son propre foyer. Les inflammations des membranes muqueuses de l'estomac 9 des intestins grêles et de la vessie , en offrent des exemples journaliers.

Oui, nous avons le bonheur d'être organisés de telle manière que les surfaces internes de notre corps qui communiquent avec des corps étrangers ne nous font pas percevoir de trop vives sensations, tant que leur excitabilité n'a pas été fort exercée. C'est ce que l'on peut constamment observer, durant la jeunesse , chez les sujets qui n'ont pas encore abusé des stimulans : les premières irritations qui se développent dans l'appareil digestif, que je prends pour exemple, parceque la membrane muqueuse y est plus irritable que partout ailleurs , ne provoquent qu'une

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sensation de douleur tellement confuse, qu'elle est bientôt efface'e par celles que l'on rapporte à l'encéphale et aux organes du mouvement; de sorte que l'on peut dire avec vérité' que les irritations de la muqueuse digestive doivent, dans l'état pathologique comme dans l'état normal, être moins ressenties dans les nerfs de la huitième paire que dans les autres nerfs du domaine encéphalique. Souvent même c'est uniquement par une sensation de malaise général qui inspire l'inquiétude, la tristesse, le découragement, que ces irritations se manifestent; et si l'inappétence , la soif, le dégoût, le trouble des sécrétions bilieuse et muqueuse, ne dirigeaient l'attention vers l'estomac , on n'imaginerait pas que la lésion de ce viscère fût l'unique cause du désordre. Il en est à peu près ainsi des autres organes tapissés par une membrane de rapport. Les douleurs de la surface interne de la vessie sont souvent confuses dans leur début, quoique cet organe ait beaucoup de nerfs de relation, et rapporiées à l'extrémité de l'urètre, aux aines, aux lombes; celles de la matrice retentissent également dans l'appareil locomoteur circonvoisin. C'est dans les lombes que sont perçues les premières douleurs de la parturition. L'irritation de la membrane muqueuse des bronches est rapportée au larynx et aux parois de la poitrine toutes les fois qu'elle occupe les ramifications profondes de ces canaux ; mais , lorsque les irritations inflammatoires ou autres des membranes muqueuses ont leur siège dans le voisinage de leurs ouvertures , elles sont très-distinctement perçues

( loi ) dans le lieu qu'elles occupent. Cette différence ne peut être attribuée qu'à celle des nerfs qui dominent dans ces diverses régions : la pre'ponde'rance du grand sympathique dans la portion des membranes muqueuses qui tapisse l'intérieur des cavités viscérales y dénature les sensations , et les transporte ou plutôt les fait percevoir dans les nerfs extérieurs du domaine encéphalo-rachidien ; mais , comme ceux-ci l'emportent dans les ouvertures des muqueuses, qui toutes sont des sens externes, les irritations qui s'y développent sont rapportées à leur véritable siège. Telle est la principale différence des sens externes et des sens internes: tant qu'elle n'a point été comprise, la médecine n'a pu s'asseoir sur des bases solides : la plupart des inflammations viscérales on du rester inconnues. Il a nécessairement existé un grand désaccord , relativement à la théorie et à la pratique, entre les inflammations des parties où président les nerfs encéphaliques et celles des tissus intérieurs où domine le grand sympathique. Cependant les inflammations des membranes muqueuses viscérales peuvent quelquefois être douloureuses; et. il n'est pas moins curieux d'en connaître la raison que de savoir pourquoi les organes avec lesquels elles sympathisent ont pu paraître plus sensibles et plus malades qu'elles-mêmes.

Lorsqu'il se forme une ulcération isolée , par l'effet d'une phlegmasie fixée depuis long-temps et entretenue par des stimulans énergiques dans la profondeur des viscères , il n'est pas rare que la membrane muqueuse y devienne assez sensible pour

que l'individu puisse indiquer le siège précis du mal; mais quand ii y en a plusieurs, la douleur est souvent confuse. Souvent aussi certaines ulcérations isolées déterminent àeux points douloureux, l'un situé dans la partie malade , et l'autre à l'extérieur, dans quelque point de l'appareil musculaire. Les inflammations et les érosions des membranes muqueuses profondes , occasionées par les poisons caustiques, sont toujours celles où la douleur locale est le plus nettement perçue : cela paraît venir de ce que l'altération subitement développée envoie au sensorium des stimulations toutes différentes de celles que lui transmet le reste de la membrane : l'estomac , le gros intestin , dans les cas où l'on y introduit un acide concentré ou un sel corrosif, la vessie quand on y injecte du sulfure de potasse, les bronches lorsqu'une vapeur acre ou un corps étranger y ont pénétré, le col utérin quand on y fait parvenir une injection trop acre, en fournissent quelquefois les preuves; mais, si l'irritation de ces membranes s'est développée et accrue avec lenteur, sous l'influence d'agens d'une activité modérée, les ulcérations qui s'y forment sont assez ordinairement , ou peu douloureuses, ou indiquées par des douleurs sympathiques plutôt que par celle du point malade.

L'usage long-temps prolongé des excitans de toute espèce finit presque toujours par élever la sensibilité des membranes muqueuses à un degré qui rend les fonctions de l'organe très-douloureuses. Gomme Festomac est de tous les viscères celui qui est le plus exposé aux superstimulations, c'est aussi ce viscère qui

( >o3) fournit les exemples les plus fré'quens de cette exaltation vicieuse de la sensibilité'. Dans la jeunesse , les gastrites se manifestent le plus souvent par des symcpathies ; mais lorsque l'homme, parvenu à un âge plus avance', a souffert pendant long-temps la stimulation desalimens, des toniques, des antispasmodiques, etc., l'estomac devient tellement sensible, qu'il fait le tourment continuel des malades ; alors, aux sympathies, qui n'ont fait que s'accroître de plus en plus, s'ajoutent des douleurs locales excessivement varie'es, et rien n'est plus difficile que d'e'mousser cette vicieuse sensibilité. Il arrive même assez fréquemment qu'elle est partagée par les intestins grêles , qui , dans l'état normal, en sont encore plus éloignés que le ventricule, a raison de la petite quantité de nerfs cérébrorachidiens qui y pénètrent. Les hypochondriaques peuvent être cités en preuve de ces assertions. L'art de ménager la sensibilité des membranes internes de rapport est donc un des points les plus importans de la doctrine physiologique : il faut que le praticien s'habitue à reconnaître leurs irritations par les sympathies ; il y en a toujours assez pour cela, et nous ne saurions approuver le conseil donné par quelques médecins, d'administrer des stimulans pour reconnaître le siège d'une maladie qui paraît douteuse. Les irritations des parenchymes viscéraux, qui ne parviennent pas jusqu'à leurs membranes séreuses , ne donnent guère que des sensations confuses, à moins qu'elles ne se soient développées avec une extrême rapidité. Les inflammations séreuses aiguës sont le plus souvent très-douloureuses , tandis que les

( i04 ) chroniques le sont à peine. On rencontre cependant des pleurésies aiguës tout-à-fait indolentes.

Lorsque l'inflammation n'excite aucune douleur , elle ne réveille que des sympathies

organiques.

En y refléchissant, noos avons reconnu que cette proposition est inexacte. îl y a beaucoup de phîegmasies chroniques indolentes qui sont accompagne'es de sympathies de relation. D'abord, toutes lès fois que . l'inflammation est assez intense pour produire de la fièvre, elle réveille des sympathies de relation : témoins les gastro-entérites aiguës , dont, plusieurs sont sans douleur locale , et les pneumonies aiguës et chroniques, qui souvent n'en présentent pas. La fièvre qui correspond à ces phlegmasies est toujours, au moins pendant les redoubîemens, accompagnée de sensations de fatigue dans l'appareil musculaire, d'accablement et de lésions des fonctions de l'intellect; ce qui constitue autant de sympathies de relation. Ensuite il est beaucoup de gastrites et de gastro-entérites chroniques, apyréîiques , qui ne sont pas habituellement douloureuses , qui ne le deviennent qu'à certaines époques de la digestion, et qui pourtant ne laissent pas de provoquer des douleurs sympathiques dans les muscles , ou d'agir sur l'appareil sensitif de manière

( io5) à produire une nuance d'hypochondrïe. Les irritations, même apyre'tiques , qui réunissent les quatre caractères de l'inflammation agissent presque toujours assez sur l'encéphale pour produire quelques phénomènes nerveux, soit musculaires, soit sensitifs , soit intellectuels. Mais il est beaucoup de subinflammations très chroniques , appre'ciables au toucher, qui sont indolentes , qui ne provoquent aucune douleur , aucun mouvement convulsif , qui ne de'rangent point les fonctions de Fence'phale , en un mot, qui ne provoquent que des sympathies organiques , telles que le vice de la nutrition, celui des sécrétions, l'altération de la couleur de la peau, la diminution des forces, cet état, en un mot, que l'on appelle cachexie ou cacochymie. L'hydropisie peut encore en être le résultat. En conséquence de ces réflexions, nous pensons que la proposition doit être modifiée, et qu'il faut la présenter dans la forme suivante : Lorsque l'inflammation est sans douleur, elle réveille moins de sympathies de relation que lorsqu'elle est douloureuse ; il y a même beaucoup de subinflammations indolentes, suites ounon de phlegmasies véritables, qui n'excitent que des sympathies organiques. En effet, on peut rallier à ces dernières grands nombre de pleurésies et de péritonites chroniques qui, après avoir fait éprouver de vives douleurs, sont devenues tout-à-fait indolentes et se sont en quelque sorte fondues dans l'état subinflammatoire, comme le prouve la nécroscopie , qui fait voir le tissu séreux épaissi, devenu fibreux, cartilagineux, osseux , lardacé , tuberculeux, etc., avec quelques épan-

( ioS )

chemens de matière lymphatique plus ou moins concrète. On peut aussi ranger dans la même catc'gorie certains engorgemens du tissu cellulaire contenus entre les lames du me'diastin , plusieurs de ceux qui se sont développés dans le mésentère elles epiploons, soit primitivement, soit à la suite de l'inflammation des deux surfaces membraneuses ; ce qui comprend un grand nombre des obstructions des auteurs , quelques tumeurs indolentes , ou du moins rarement et momentanément douloureuses , qui se forment à l'extérieur dans le tissu cellulaire des membres, entre les muscles, les aponévroses, les tendons , etc., par l'effet d'une contusion. Toutes les tumeurs subinflammatoires dont la texture est lardacée, stéatomateuse, approchant de la chair d'orange, réagissant tacitement et en vertu de relations purement organiques sur les principaux appareils viscéraux et sur les tissus composés des mêmes principes qu'ellesmêmes, produisent la pâleur, la couleur de cire, une certaine langueur des fonctions et la répétition du mode d'altération qui les caractérise , c'est-à-dire des subinflammations consécutives dans des parties plus ou moins éloignées du lieu où elles ont pris leur origine.

L'inflammation altère toujours Les fluides de la partie enflammée.

Celle altération est l'effet nécessaire du change-

( i<>7 ) ment des affinités vitales. ïi y a toujours dans les corps vivans un rapport entre l'action des solides et la composition des fluides. En effet il est clair que , si les affinités moléculaires des fluides n'étaient pas dirigées par les solides , elles seraient telles que nous les voyons dans les humeurs séparées du corps , c'est-à-dire qu'elles amèneraient la décomposition et la destruction de la forme particulière à l'état de vie. Mais , d'un autre côté, les changeinens que les solides opèrent dans les fluides font que ceux-ci agissent différemment sur eux, c'est-à-dire qu'ils les stimulent autrement qu'avant d'avoir subi des transformations : il y a donc action réciproque des solides sur les liquides, et des liquides sur les solides. Personne n'ignore cette vérité; aussi ne la rappelonsnous que pour en tirer des inductions sur les effets des congestions inflammatoires.

Nous avons vu ailleurs que toutes les maladies d'irritation étaient produites par les stimulations provenant de l'extérieur : ainsi, lorsque les stimulations auront développé une phlegmasie , les fluides circulans appelés dans le foyer d'irritation y recevront des solides une impulsion différente de l'état normal, subiront des affinités moléculaires différentes de cet état , et devront à leur tour exercer sur les solides qui les ont changés une stimulation qui n'est plus celle de ce même état.

Mais, dira-t-on, les fluides que l'irritation accumule dans un foyer de phlegmasiey sont-ils retenusjusqu'à la terminaison? ne sont-ils pas au contraire incessamment échangés contre d'autres? Quoique la solution de

( *o8 ) cette question ne soit pas indispensable pour la thérapeutique, il peut être utile de l'aborder. Les expériences microscopiques faites par M. le docteur Sarlandière sur la circulation dans le mésentère des grenouilles, et dont j'ai été témoin (voyez le mémoire publié par ce médecin dans le tome Ier des Annales), ont fait voir que les molécules du sang s'accumulent dans un point irrité ; que celles du centre y paraissent comme immobiles , que celles de la circonférence seules sont échangées, à moins qu'il ne se forme un nouveau point d'irritation plus actif que le premier; car alors tous les globules se dégagent de la circonférence vers le centre, pour obéir à cet appel nouveau, et la première congestion se dissipe. Ne pourrait-on pas croire qu'il se passe quelque chose d'à peu près analogue dans les inflammations des animaux à sang chaud, du moins dans celles de la nuance phlegmoneuse ? Le sang de la circonférence est renouvelé jusqu'à un certain point. îl faut bien que cela soit : autrement la tuméfaction s'accroîtrait sans mesure, et la stagnation du sang deviendrait générale. Quant à celui du centre et aux humeurs déposées dans les cellules , humeurs qui sont mêlées et confondues avec lui , il est clair que ces liquides ne doivent être résorbés que lorsque l'irritation qui les retenait est apaisée. C'est durant ce séjour que ces humeurs, qui ne sont pas immobiles, mais bien soumises à un mouvement intestin, s'allèrent, s'éloignent de l'état normal, que les solides mêmes se résolvent en liquides, et que la suppuration s'élabore , entraînant avec elle une véritable désor-

( 109 ) ganisation. On conçoit d'après cela comment le sang altéré par la suraction locale devient pour les tissus où il est emprisonne' un stimulus qui entrelient l'irritation. On est d'autant plus porte' à admettre cette proposition, que, si l'on tire du sang du foyer phlegmoneux , il est beaucoup plus foncé et plus chargé de cruor et de fibrine que celui qn'on extrait des tissus environnans. On comprend également que le pus, d'abord innocent, se décompose par son séjour, et devient un nouvel aiguillon pour les tissus qui le renferment. Enfin, il est très-facile d'en conclure que, si ce pus est résorbé au lieu detre éliminé, il agit sur les principaux foyers de la vie à la manière des poisons septiques, et entretient une fébricule secondaire que nous avons appelée hectique de suppuration.

Nous croyons que les choses se passent ainsi dans le phlegmon; mais il n'en est pas de même dans toutes les autres nuances de l'état inflammatoire. Lorsque l'irritation est légère et qu'elle occupe une surface étendue, de peu d'épaisseur, et communiquant avec l'extérieur du corps, il se fait une excrétion continuelle qui modère la tuméfaction de l'organe et empêche les humeurs de stagner. La circulation continue donc de s'y faire ; mais cela n'empêche pas que, pendant que le sang traverse l'organe enflammé, ilnesubisse unealtération très-notable. <§e fait estencore prouvé par les saignées locales, qui fournissent un sangplus noir et plus hbrineux que celui des environs. D'autre part, on n'ignore pas que les humeurs sécrétées par les membranes ainsi frappées d'inflamma-

( uo ) tion sont différentes de l'état normal , et que souvent elles exercent une vive stimulation, non seulement sur le lieu dont la sensibilité est augmentée par l'inflammation, mais aussi sur les parties les plus saines.

L'altération des fluides ne se borne pas au foyer de l'inflammation : souvent la masse entière des humeurs éprouve un changement dans sa composition, comme l'atteste la couenne qui se forme sur les saignées ; d'autres fois l'altération n'est sensible que dans le produit des sécrétions et des exhalations.

Il y a des différences considérables dans les altérations qu'éprouvent les fluides, soit fixes , soit mobiles, pendant la: durée des phlegmasies, depuis l'inflammation la plus active jusqu'à celle qui l'est le moins et qui se perd dans la subinflammation. Ainsi, pour nous borner aux altérations locales, les fluides convertis en pus, tantôt irritent les parois de leurs foyers, et tantôt y restent stagnans sans les fatiguer autrement que par la compression, comme on l'observe dans plusieurs dépôts froids et dans les collections des membranes séreuses; d'autres fois l'inflammation se termine par une induration rouge qui reste stationnaire et n'excite aucun phénomène d'irritation. Nul doute cependant que les fluides ne soient encore altérés dans cet autre genre de congestion. Enfin il est des nuances d'inflammation suppurantdSpsurtout dans les surfaces libres, qui peuvent persister sans exercer beaucoup d'action sur l'économie, sans même faire éprouver beaucoup de douleur. La sensibilité ne s'y développe que lorsque l'organe est forcé à une action extraordinaire ,

et se remet bientôt dans son état habituel : telles sont une foule de bronchites , de gastrites , de phlegmasies cutane'es, comme celles des exutoires.IXous le demandons maintenant : faut-il admettre autant de causes mate'rielles inappréciables, autant d'entite's morbides particulières, qu'il existe de nuances dans ces affections locales , et n'est-il pas e'vident qu'on n'y peut voir autre chose que des états divers du phénomène de l'inflammation ? Sans doute, et ce n'est pas à i'alte'ration des fluides qu'il faut s'en prendre pour expliquer les différentes nuances d'inflammation. Cette erreur a pourtant été commise pendant une longue suite d'années, et, si elle ne l'est plus dans la théorie, elle ne laisse pas de l'être encore dans la thérapeutique des ontologistes. De là les spécifiques, non plus contre les humeurs , mais contre les entités rhumatismales, goutteuses , dartreuses . et contre la putridité ; car cette décomposition des fluides sécrétés ou exhalés est attribuée par les browniens à la langueur des forces vitales, langueur dont les stimulans sont devenus les spécifiques. Enfin vous remarquerez que, malgré le changement du langage, la substitution de l'être abstrait maladie à l'être matériel humeur raorbifique 3 les spécifiques des ontologistes sont aujourd'hui les mêmes que ceux des humoristes du temps passé. C'était surtout pour arriver à ces conclusions que nous avons développé la proposition CIV; mais il résulte de notre dissertation qu'elle est trop restreinte et qu'il convient de ià présenter sous une forme qui exprime toutes les altérations humorales dont nous venons de donner

( ha ) l'idée. Voici la rédaction que désormais elle doit conserver: L'inflammation altère toujours les fluides de la partie enflammée, et quelquefois la masse entière des humeurs.

L'inflammation peut exister sans suppuration.

Bien que cette proposition ait été suffisamment prouvée par les développemens dans lesquels nous venons d'entrer au sujet de la précédente, il nous paraît utile d'y revenir; car il est encore une foule de praticiens qui s'obstinent à prendre le phlegmon pour type fondamental de l'inflammation. Que l'inflammation puisse exister sans former de pus , c'est un fait dont il n'est pas permis de douter lorsque l'on a vu la tuméfaction rouge de la peau qui entoure un cautère, les indurations sèches qui environnent un os nécrosé , les érythèmes provoqués par le froid, par le chaud, par une foule d'agens irritans, et qui peuvent être entretenus indéfiniment sans suppuration. Il est encore beaucoup de cas où l'on peut observer le même phénomène à l'extérieur: par exemple , les personnes qui ont l'habitude de toucher sans cesse une région de la peau ou des ouvertures de membranes muqueuses , comme le nez, la bouche, les organes sexuels , y entretiennent un état de sensibilité avec rougeur, chaleur, mais sans

( u3 ) aucune excrétion purulente. Il en est ainsi des yeux que l'excès de lumière fatigue ou que l'on force trop à Faction; de la marge de l'anus, dans certaines nuances de l'affection hémorroïdaire ; de la langue , du voile palatin, du pharynx, par l'usage continuel des alimens irritans , ou par l'influence d'une gastrite. Ce sont là de le'gères nuances d'inflammation, mais ce sont toujours des inflammations ; et si elles recevaient une nouvelle impulsion , elles pourraient s'élever au degré' qui produit le pus rassemblé en foyer ou excrété au fur et à mesure de sa formation. Ce qui se passe à l'extérieur du corps peut également avoir lieu dans le fond des viscères, soit primitivement, soit à la suite d'une inflammation très-prononcée. L'abus des stimulans irrite, échauffe, rougit la membrane muqueuse de l'estomac sans qu'il y ait augmentation de mucosité dans ce viscère ; il ne jouit alors que d'une action vitale exagérée, presque toujours accompagnée de boulimie ; et quoiqu'il agisse avec douleur, il ne laisse pas d'exécuter de bonnes digestions et d'augmenter la pléthore et l'embonpoint. L'intestin grêle partage souvent cet état, qui peut, dans tous ces organes, être la suite d'une inflammation plus intense, qui long-temps a fourniune sécrétion morbide plus ou moins copieuse. L'encéphale est un des organes qui supporte le plus long-temps sans suppurer cette érection vitale morbide, comme le prouvent les céphalalgies, les migraines, les pesanteurs de tête que tant de personnes éprouvent à la suite de plusieurs excès. La membrane muqueuse des bronches devient souvent 1. 8

sensible, chaude, et par conséquent tume'fie'e sans qu'il y ait excrétion surabondante. Cette modification peut y être primitive , mais elle est plus souvent la suite des bronchites imparfaitement termine'es. La vessie se trouve souvent dans le même état, surtout quand le canal digestif est enflammé, comme le démontrent les dysuries sans aucun dépôt muqueux dans les urines. Les muscles que l'on a trop exercés sont dans une légère nuance d'inflammation : il en est ainsi du cœur dans une foule de circonstances qu'il est facile de se figurer. Il serait fastidieux de s'arrêter trop long-temps sur de semblables détails : observons cependant que les membranes séreuses , les tissus aréolaires, ligamenteux, séreux, sont beaucoup moins susceptibles de cette nuance légère d'érection vitale avec douleur et congestion, sans formation de pus. La matière de leurs exhalations s'accumule presque toujours sur les surfaces ou dans les interstices , ce qui constitue un genre de suppuration. Les membranes de rapport et toutes les parties des appareils sensitif et locomoteur sont donc les tissus les plus exposés à ces inflammations sèches que nous rappelle la proposition CV, qui sont si familières aux membranes de rapport et à toules les parties de l'appareil sensitif et du locomoteur.

Toutes ces nuances légères de l'état inflammatoire sont reconnues lorsqu'elles apparaissent à l'extérieur du corps; mais quand elles siègent dans les viscères , le vulgaire des médecins ne voit que la douleur, le malaise, les sympathies nerveuses qu'elles

peuvent exciter, et ils prononcent le mot de névrose, toujours suivi de l'emploi des stimulans, qualifiés du titre d'antispasmodiques ou de toniques , sous l'influence desquels la maladie s'e'lève à l'état aigu, ou persiste dans le chronique jusqu'à la désorganisation, le plus souvent avec une subinflammation consécutive. Il était donc nécessaire d'entourer la proposition d'un cortège de preuves qui peut la rendre évidente et lui donner une utilité pratique en épargnant du travail à ceux qui voudront la méditer.

GVL

L'inflammation laisse souvent à sa suite un mode d'irritation qui porte un nom différent du sien et produit une cacochymie que l'on a crue essentielle.

Cette proposition indique toutes les érections vitales morbides qui, après avoir manifesté, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur, les caractères de l'inflammation, les perdent plus ou moins lentement et n'agissent plus sur l'économie, qu'en s'opposant à la nutrition, soit parceque l'organe malade en est un des principaux agens , soit parcequ'il trouble par des influences sympathiques ceux qui sont chargés de l'exécuter. Alors les malades sont pâles, débiles, maigres , souvent infiltrés , languissans. Les affejc-

tïons de ce genre sont ce qui compose la classe clés cachexies chez les nosologisles. Les cachectiques, compare's entre eux , offrent des différences assez notables: les uns éprouvent des douleurs dans l'organe malade , mais ces douleurs ne sont point rapportées à l'inflammation; on les subordonne à l'état général, et l'ancienne médecine ne les combat que par de prétendus caïmans. D'autres, sans éprouver beaucoup de douleur, se plaignent de ce que l'organe malade ne peut exécuter ses fonctions : cette impuissance est ordinairement attribuée à la faiblesse générale, et l'on en tire l'indication des stimulans : telles sont une foule de dyspnées, de dyspepsies, de constipations, etc. D'antres offrent des phénomènes nerveux qui attirent toute l'attention des praticiens, et la cachexie est considérée comme compliquée de névrose. Si l'organe malade est de nature à prendre un volume considérable que le tact puisse distinguer au travers des parois, la maladie est qualifiée d'engorgement , d'obstruction : enfin toutes les fois que la nécroscopie découvre une altération profonde dans les viscères, on finit par confesser l'existence d'un vice organique que les uns subordonnent aux symptômes qui les ont frappés pendant la vie, tandis que d'autres y voient l'effet d'un vice caché, préexistant à toute lésion, et à l'influence duquel il était impossible que le malade fût soustrait. La cause de toutes ces erreurs n'est désormais que trop évidente : elle a été dévoilée dans Y Histoire des phlegmasies chroniques, et confirmée par les nombreux rapprochemens que l'on a consignés

daxisVEceamen des doctrines. L'erreur vient de ce que Ton a étudié les symptômes et que l'on en a fait des collections abstraites e'rigëes en maladie, avant de bien connaître l'état pathologique des organes. Mais, pour se convaincre que l'inflammation est la source unique de ces e'tats morbides que l'on a crus si long-temps de nature si différente , il y a deux choses à faire: la première de bien observer la marche des inflammations, en les suivant chez les mêmes sujets pendant tout le cours de leur vie , sous l'influence des modificateurs ; la seconde de se servir, pour l'interprétation des symptômes et des altérations organiques , d'une bonne physiologie. Or , une bonne physiologie n'est pas seulement applicable à l'état normal; elle soutient avec non moins d'avantage l'épreuve de l'état morbide ou anormal: c'est à ce double caractère que les esprits justes pourront la reconnaître. C'est à l'établir et à la propager que doivent incessamment travailler tous les médecins jaloux de payer leur dette à l'humanité.

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