‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 7 sur 50 · G VIL · texte numérisé non relu

G VIL

L'inflammation excite souvent des sympathies de relation qui sont devenues pour les auteurs les phénomènes prédominans et ont fait donner à la maladie le nom de névrose.

Déjà nous avons vu la névrose , comme suite de l'inflammation , s'associer avec la cachexie ou la

cacochymie; maintenant elle paraît également comme re'suitat de l'inflammation , mais sans cachexie. En effet, il est une foule de cas où l'érection vitale morbide d'un tissu intérieur, élevée au degré de la pîilegmasie , produit des phénomènes nerveux. De toutes les inflammations ce sont celles des membranesmuqueuses desgrands viscères, celles du cœur, du cerveau, de la moelle épinière et des troncs ou des branches des nerfs de relation qui produisent le plus de phénomènes nerveux. Cette vérité, longtemps cachée, est aujourd'hui de la dernière évidence, grâce à la médecine physiologique. Voici comme cela doit être expliqué.

On comprend, en général, sous le nom de névroses ^ deux sortes de phénomènes: les exaltations de la sensibilité et du mouvement; les abolitions de ces deux phénomènes , ce qui constitue les paralysies : de là deux genres de névroses sous le rapport des phénomènes, les actives, les passives. Les névroses actives sont possibles dans tous les nerfs du corps humain. Les passives ne peuvent exister que dans les nerfs de relation , attendu que les nerfs ganglionnaires ne peuvent cesser d'agir qu'au moment de la destruction; d'où il résulte que, sous le rapport du siège, les névroses peuvent être distinguées en névroses des fonctions de relation, et névroses des fonctions intérieures. Entrons présentement dans quelques détails sur ces deux genres de névroses.

Les névroses des fonctions de relation commencent toujours par l'excitation ; elles présentent des

( »i9 ) douleurs ou des convulsions, ou bien les deux phénomènes réunis dans un groupe de muscles volontaires ou dans un appareil sensitif externe, et les conservent aussi long-temps que la cause qui les produit, c'est-à-dire l'excitation du cerveau et de la moelle ou des branches nerveuses , n'a déterminé ni une compression trop forte, ni la désorganisation; ce qui n'a point de terme fixe. Mais aussitôt que la compression est portée à un certain point ou que la désorganisation s'est effectuée, soit dans le cerveau , soit dans la moelle , soit dans un tronc nerveux, la paralysie se manifeste à différens degrés dans les muscles et dans les sens qui jusque là avaient éprouvé les surexcitations , et cette paralysie est dite consécutive. Quelquefois la paralysie se déclare d'abord chez une personne qui n'avait éprouvé ni douleurs ni convulsions; mais, quoique primitive, cette paralysie ne dépend pas moins de l'irritation , parcequ'il faut toujours l'intervention de ce phénomène pour produire la compression ou la désorganisation du cerveau , de la moelle ou d'un tronc nerveux. Les paralysies par section ou ligature des nerfs , sont les seules qui fassent exception à cette loi ; encore l'exception n'est-elîe qu'apparente , car l'instrument qui coupe ou qui serre le nerf est un agent d'irritation , et , si son effet était incomplet, il produirait des phénomènes de névrose active des plus prononcés.

Les névroses des fonctions intérieures offrent toujours des phénomènes d'irritation qui ont leur siège dans les viscères destinés à la conservation ou

( 120 ) à îa reproduction : elles consistent dans des sensations et des niouvemens extraordinaires de ces viscères, qui ne peuvent être autre chose que les poumons , le cœur, les organes digestifs , les dépurateurs , ou ceux de îa génération. Mais, comme les douleurs de ces viscères doivent être perçues par le cerveau , et que les mouvemens qui s'y joignent ne peuvent s'exécuter sans que les muscles respirateurs ou ccphalo-splanchniques y participent, il est évident que les névroses intérieures y sont nécessairement, et dès leur début, accompagnées de phénomènes de relation. Mais celte combinaison devient bien plus marquée par les progrès que font ces maladies; car bientôt, aux sensations perçues dans les viscères, s'en joignent d'autres qui sontrapportées aux appareils sensitifs et moteurs ; et les muscles soumis à la volonté ne tardent pas à entrer en convulsion, soit par le simple effet de la vivacité des sensations, soit par une action simultanée avec celle des muscles respirateurs. Ainsi aucune névrose viscérale ne peut être indépendante des névroses de relation, tandis que ces dernières peuvent fort bien exister sans être accompagnées de névroses viscérales. Tel est le motif pour lequel la proposition porte que les sympathies de relation, devenues prédominantes , reçoivent le nom de névrose. Mais elle ajoute que souvent c'est l'inflammation qui détermine ces sympathies prédominantes; et en effet les arachnitis, les spinitis , les phlegmasies des gros nerfs , les cardites, les bronchites, les pleurésies, les gastro-entérites, les cystites, les métrites, les néphrites , etc., incom-

plètement guéries ou renouvelées plusieurs fois par le retour des causes qui les ont produites, sont les mobiles les plus communs des affections nerveuses de toute espèce: mais est-ce à dire qu'il ne puisse exister de névrose sans pîilegmasie? non sans doute; toutes les e'rections vitales morbides ne s'élèvent pas au degré de l'inflammation; les sens internes peuvent, sous l'influence continuelle des stimulans , acquérir un degré d'irritabilité qui produise sur le centre de relation des impressions capables de provoquer des mouvemens convulsifs: et d'autre part, le cerveau peut devenir tellement irritable que telle stimulation qui serait à peine perçue dans l'état normal, devienne cause de sensations et de mouvemens extraordinaires, qui constituent de véritables névroses. Nous dirons plus : dans cette sorte d'idiosyncrasie l'inflammation devient quelquefois trèsdifficile, comme si toutes les stimulations se dissipaient par les mouvemens nerveux qu'elles déterminent. Toutefois, quoique difficile à produire , la phlegmasie finit ordinairement par se développer dans les principaux viscères , et c'est par elle que se termine ordinairement l'existence des névropathiques, même de ceux qui ne lui doivent pas l'état nerveux dans lequel ils ont passé leur vie.

Tout ce que nous avons dit des plilegmasies peut également s'appliquer aux subinilammations, même primitives: il suffit que l'irritation qui les constitue soit recueillie par un système nerveux très-actif et très-mobile pour que la névropatîiie en soit la conséquence.

Il reste maintenant une dernière question générale : pourquoi toutes les inflammations ne sont-elles pas toujours accompagnées de névrose? Il faut ici établir une distinction: nul ne peut être à l'abri des névroses de relation, puisque l'inflammation du cerveau, de son prolongement et des cordons nerveux est , possible cbez tous les individus de l'espèce humaine. Mais il en est autrement pour les névroses des fonctions intérieures: la sensibilité varie à l'infini dans les viscères, et il n'y a que ceux qui la possèdent à un certain degré cbez qui ces sortes de névroses puissent se développer. Il faut donc nécessairement admettre une prédisposition à la névropathie , c'està-dire à cet excès d'irritabilité du système nerveux qui rend sujet aux sensations extraordinaires et aux mouvemens convulsifs de toute espèce: or, cette prédisposition étant donnée , l'affection se manifeste sous l'influence des stimulans extérieurs; et, dès qu'elle est bien développée , rien n'est si difficile que de la guérir radicalement.

Tous les viscères qui président aux fonctions intérieures étant solidaires , à raison de leur association d'action et de leur communauté de nerfs , il suffit que les stimulans agissent fortement sur l'un d'entre eux pour que tout l'appareil nerveux splanchnique acquière un surcroît d'action. Dès lors, toutes les irritations deviennent démesurées et sont suivies d'une foule de sensationsplus oumoins étranges, et de mouvemens convulsifs plus ou moins prononcés. Toutefois , comme de tous les viscères ceux de la digestion, et surtout l'estomac, sont les plus nerveux

et les plus exposés aux stimulations , c'est communément par eux que débutent les phénomènes de la névropathie ; viennent ensuite le cœur et les poumons , car c'est toujours en agissant sur ces principaux foyers que les irritations des viscères du second ordre parviennent à développer l'état névropathique : l'utérus lui-même, qui le fait naître si souvent, ne saurait le provoquer sans le concours de l'estomac , du cœur et des muscles associés aux fonctions des grands viscères , et l'irritation qu'il y fait naître ressemble, à peu de chose près, à celle que ces appareils éprouvent dans les névropathies indépendantes de l'utérus.

Maintenant, si l'on veut bien se rappeler ce qui a été dit de la contractilité et de la sensibilité dans le Traité de physiologie appliqué à la pathologie , on arrivera , ce nous semble , aussi près que possible de la détermination de cette prédisposition qui nous occupe. En effet , si la contractilité est la seule propriété inhérente à la fibre ; si la sensibilité n'est qu'un des résultats des mouvemens contractiles ; si ce résultat suppose l'action du centre de relation; si ce centre de relation ne peut exister que dans le cerveau, il suit, comme conséquence nécessaire, que la prédisposition à la névropathie tient à la disposition particulière de ce viscère , c'est-à-dire à la manière dont il réagit sur les impressions qui lui parviennent : si les impressions , quoique nettement et vivement perçues , ne dérangent pas beaucoup les fonctions du cerveau , ou l'innervation , le sujet ne sera jamais névropathique , quelle que soit l'atro-

cite des souffrances physiques et morales qu'il puisse e'prouver; si les impressions dérangent beaucoup l'innervation, la névropathie, au contraire, deviendra très-facile , se corrigera difficilement, et renaîtra sous l'influence la plus légère.

Mais , demandera-t-on , quelle ide'e faut-il prendre de ce dérangement de l'innervation cérébrale qui donne pour résultat la névropathie ? C'est , selon nous, une réaction trop facile, trop vive du cerveau sur les causes de stimulation : en d'autres termes, l'impossibilité où est le principe de réaction de retenir les mouvemens que les impressions agréables ou pénibles tendent à déterminer : aussi la volonté est-elle ordinairement faible chez les névropathiques.... Mais, encore une fois, à quoi tient cette disposition? Elle tient, selon notre manière de voir, à l'organisation même du cerveau. Mais nous n'entreprendrons pas aujourd'hui de déterminer si elle dépend en premier lieu du mode de vitalité de la masse encéphalique tout entière , du défaut ou de l'excès de développement de certaines régions de cet appareil. Nous aborderons ces questions dans un autre lieu; mais, comme elles sont délicates, nous n'y procéderons qu'avec une extrême réserve, et toujours appuyés sur les faits les mieux avérés.

Quant à présent, nous établissons que la prédisposition à la névropathie ne réside pas dans les viscères dont les érections vitales plus ou moins inflammatoires ont coutume de la produire ; car la gastrite d'unhypochondriaque ne diffère pas plus de celle d'un homme ordinaire , que la métrite d'une

femme hystérique ne diffère de celle d\me femme qui ne l'est pas, mais qu'elle consiste dans la manière d'être de l'encéphale. Nous ajoutons encore que cette manière d'être de l'encéphale est souvent associée à cet état général de l'économie que les auteurs assignent à leurs tempéramens hypochondriaques et nerveux , mais qu'elle en est aussi très-fréquemment indépendante, et peut même se concilier avec des tempéramens tout opposés.

GVIII.

L'inflammation ne change pas de nature par la diminution des forces dont elle est la cause.

Celte idée a été développée à l'occasion de la proposition LXXX, ainsi conçue: « La surexcitation et » la congestion morbide actives et partielles sont » compatibles avec la diminution générale des for- » ces. » Il serait donc inutile d'y revenir. Le médecin doit en rechercher les preuves dans sa pratique.

GIX.

Les irritations de tous les organes sont transmises au cerveau lorsqu'elles acquièrent un certain degré d'intensité, et surtout

lorsqu'elles sont inflammatoires ; il en résulte altération des facultés intellectuelles et affectives, et un état de douleur et de malaise que l'on rapporte à l'appareil locomoteur. L'excès de cette sympathie se convertit en encéphalite.

Après avoir indiqué d'une manière générale la marche de l'irrilation, nous sommes pre'pare's à l'observer dans chaque organe en particulier. Le cerveau est, sans contredit, le premier qui la reçoit, quel que soit le tissu où elle ait pris naissance, et ce n'est que par lui qu'elle peut être refléchie dans l'appareil locomoteur. Rattachons celte proposition à un fait qui soit à la connaissance de tout le monde, et prenons cette sympathie à son origine. Une personne se blesse un orteil en se coupant un cor : le lendemain il s'y développe une inflammation, la maladie est encore locale; mais cette inflammation augmente, et le jour suivant la personne, en se levant, s'aperçoit qu'elle a mal à la tête; si elle se détourne vivement pour porter ses regards quelque part, elle sent plusieurs mouvemens confus dans l'intérieur du crâne ; elle éprouve une sensation de pesanteur à la région frontale, et s'aperçoit qu'elle a de la lassitude dans le torse , dans les membres, de l'éloignement pour l'exercice et de la tendance au repos; c'est ce que l'on appelle courbature. N'est-il pas évident que l'irritation de l'orteil s'est propagée au cerveau, et que de là elle a e'té refléchie dans l'appareil mus-

( *£? ) culaire? Mais suivons lesprogrès de cette légère irritation du cerveau : ils sont toujours en raison de celle de l'orteil et de la prédisposition de l'encéphale. La phlegmasie de l'extrémité' est-elle faible , circonscrite, le malaise se dissipe dans l'espace d'un ou deux jours, et l'on remarque que les douleurs contusives s'avancent du torse vers les muscles, et se terminent par les avant-bras, les mains, les jambes et les pieds. L'inflammation première est-elle exaspe'rée , s'empare-t-elle de tout le pied, le malaise fait des progrès, la tête devient très-douloureuse , le moral est assie'ge' par des ide'es tristes, par des pressentimens funestes; et si le sujet est prédisposé aux phlegmasies cérébrales, il contracte une encéphalite plus ou moins intense. C'est ainsi que débutent toutes les phlegmasies aiguës, et plus l'organe qui en est le siège a de nerfs, plus grande est son influence sur l'encéphale. Les phlegmasies ne sont pas les seules irritations qui dérangent l'action du cerveau : toutes les douleurs produisent le même effet. Placé au centre de tout l'appareil nerveux, le cerveau est le rendez-vous de toutes les irritations, soit agréables, soit pénibles; il les reçoit des nerfs où elles ont pris naissance, et les réfléchit d'abord dans tous les autres. Est-il donc étonnant qu'en faisant cette opération il devienne quelquefois lui-même le point principal d'irritation, et qu'il contracte une véritable phlegmasie?

GX.

Les irritations intenses de tous les or-

( *s8 ) ganes sont constamment transmises à FeStOmac au moment de leur début ; il en résulte inappétence, altération de la couleur de la langue et du mucus lingual : si l'irritation reçue par F estomac s'élève au degré de l'inflammation , on voit les symptômes de la gastrite ; et comme le cerveau est toujours plus irrité, il développe à un plus haut degré les sympathies qui lui sont propres et peut même s'enflammer.

Si le cerveau réfléchit les irritations dans tous les nerfs avec lesquels il est en communication, il est clair que ceux de l'estomac doivent y participer. Mais nous ferons observer que celte influence, dans l'état de parfaite santé, est plus promptemcnt exercée sur les nerfs de l'appareil musculaire que sur ceux de l'estomac dans cette légère courbature produite par l'inflammation d'un orteil, et que nous avons prise pour exemple : le malaise et les douleurs musculaires sont produits les premiers. Ces phénomènes sont les premiers effets de la souffrance du cerveau, parceque ce viscère agit plus promptement sur les nerfs de son domaine que sur le grand sympathique. Mais si la santé n'est pas parfaite au moment où le cerveau reçoit une irritation, le point le plus irritable est celui sur lequel il la réfléchit avec le plus de force. Supposons donc que l'individu à la phlegmasie de l'orteil ait l'estomac déjà fort ir-

( 129 ) rite, les symptômes d'embarras gastriques rapportés clans la proposition , et qui ne sont autre chose qu'un premier degré' d'inflammation, se développeraient aussi promptement que les douleurs contusives de l'appareil locomoteur. Toutes les fois que , dans cette dissémination de l'irritation, l'estomac devient le point le plus affecte', et qu'il se forme une véritable gastrite , le cerveau devient aussi plus malade qu'il ne l'aurait e'te' si un autre viscère que l'estomac eût été le point prédominant d'irritation; c'est alors qu'il est le plus exposé à contracter l'inflammation consécutive. Ceci est une conséquence de l'étroite liaison que la nature a établie entre ces deux viscères; et Ton peut affirmer que rarement les irritations que le cerveau a reçues d'un foyer de phlegmasie parviennent à l'inflammation, si elles n'ont d'abord produit le même effet dans la membrane muqueuse de l'estomac.

CXÏ.

Les irritations intenses de tous les organes sont transmises au cœur : alors il précipite ses contractions; la circulation s'accélère, et la chaleur augmentée de la peau détermine une sensation pénible : c'est ce que l'on doit appeler la fièvre, qui est ici considérée d'une manière générale.

On retrouve encore ici les mêmes faits qui ont

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