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été présentes dans les deux propositions précédentes , et nous en ferons sentir toute la ve'rite' , en nous servant de la même formule de raisonnement. En effet , si le cerveau réfléchit l'irritation dans tous les nerfs, ceux du cœur doivent nécessairement y participer; s'ils y participent, le cœur doit devenir plus irritable, et par la même raison se contracter plus vivement et plus fréquemment. Nous disons d'abord plus vivement, parceque le premier effet d'une irritation transmise au cœur est toujours une augmentalion de prestesse dans la systole. Ce phe'nomène accompagne ordinairement la sensation contusive , et précède de quelque temps l'accélération: aussitôt la température de la peau est augmentée ; mais comme la peau qui reçoit sa part de l'irritation réfléchie est aussi devenue plus sensible, et que la circulation n'y est pas encore très-active , le cœur étant retenu par une sorte de spasme , la soustraction du calorique est douloureuse et détermine des frissons qui se répètent jusqu'à ce que la systole du cœur soit assez libre pour pousser vers la périphérie une grande quantité de sang, et communiquer à la peau une chaleur capable de résister à l'impression du froid. Telle est, selon nous , l'explication de ces frissons values et répétés qui se manifestent au début de plusieurs phlegmasies ; quant à ceux qui marquent le début des accès de fièvre intermittente et des grandes phlegmasies viscérales, et qui sont accompagnés d'un tremblement convulsif , ils n'en diffèrent que par le degré ; en effet la différence de ces deux espèces de frisson tient principalement à celle de
( iSi )
l'irritation spasmodique du cœur, et ensuite a celle de la peau. Dans le premier, cette irritation est modérée, et la peau, recevant plus de sang, conserve plus de chaleur; dans le second, l'état spasmodique du cœur est excessif, comme le témoignent la petitesse et la roideur du pouls , ce qui tient à l'excès de l'irritation des viscères ; peu de sang parvient à îa périphérie , ce que prouvent la pâleur de la peau et îa diminution de volume des parties extérieures ; enfin la peau est plus irritable : il n'est donc pas e'tonnant que le contact de l'atmosphère la rende douloureuse, et que la plus le'gère soustraction de calorique de'termine des mouvemens convulsifs ; mais ils cessent lorsqu'une systole plus libre a réchauffe' la périphérie, et l'on peut aussi les faire cesser en réchauffant l'atmosphère qui entoure la peau, ou en plongeant le corps dans un autre milieu d'une température suffisante.
L'explication que nous venons de donner du mode de production de la fièvre fait voir qu'il était impossible de s'en faire une juste idée avant de bien connaître le jeu des sympathies. Aussi tous les auteurs n'ont-ils rien avancé de satisfaisant sur ce sujet tant rebattu. Les anciens, qui étaient étrangers à l'anatomie, considéraient la fièvre comme une chaleur contre nature qu'ils attribuaient , les uns à la putridité ou à des matières salines sulfureuses, les autres à l'effervescence des esprits ; les différentes humeurs furent considérées comme pouvant produire chacune une espèce de fièvre ; plus tard on déclara que la fièvre n'était qu'un effet de la maladie ;
{ 132 ) mais qu'était-ce que la maladie ? personne ne le savait. D'autres virent dans la fièvre un effort salutaire de la nature, ayant pour objet la coctionetl'expulsion de la matière morbifique. Enfin comme l'existence de cette matière ne pouvait être démonlre'e dans tous les cas de fièvre , les modernes prirent le parti de ne plus dëfmir la fièvre ; ils se bornèrent à la décrire , et firent entrer dans leur description tous les phénomènes sympathiques qui accompagnent la surexcitation du cœur ; mais comme ces phénomènes varient nécessairement en raison du point d'irritation prédominant, ils décrivirent sous le nom de fièvres essentielles difiérens groupes de symptômes, et il ne s'en trouva point d'applicable à l'idée générale de fièvre. Ce que Ton peut dire de plus positif sur la fièvre en général, c'est que toutes les fois que le cœur éprouve, par l'influence d'un organe surirrité, une stimulation assez vive pour accélérer ses baltemens et susciter une chaleur extraordinaire , l'irritation est partagée par tout l'appareil splanchnique, et réfléchie dans tout l'appareil nerveux de relation. Telle est la notion générale de la fièvre; mais si après cela l'on s'attache à déterminer quel est le point le plus irrité, celui d'où parlent les irradiations qui ont produit le désordre , on entre dans la théorie des fièvres en particulier, qui se confondent aujourd'hui avec les inflammations.
GXIL La fièvre n'est jamais que le résultat d'une
irritation du cœur , primitive ou sympathique.
Il est évident que le cœur doit partager avec tous les autres organes la faculté' de contracter l'inflammation, et de re'pandre l'irritation dans tout l'appareil viscéral.
GXÏIL
Toute irritation assez intense pour produire la fièvre est une des nuances de l'inflammation.
On entend à chaque instant parler de fièvre nerveuse , de pouls nerveux, de fièvre par cause morale, par les passions, etc. Il en est qui sont provoquées par la digestion, par l'orgasme vénérien ; et c'est sur la possibilité de ces espèces d'états fébriles que se fondent plusieurs médecins pour soutenir que toutes les fièvres ne dépendent pas de l'inflammation. Ils allèguent également les fièvres intermittentes. Nous n'aborderons pas maintenant cette dernière question, dont la place est naturellement marquée à côté des propositions relatives à l'intermittence d'irritation ; mais c'est ici le lieu de nous occuper des mouvemens fébriles que l'on attribue exclusivement aux nerfs:
Pour que les nerfs puissent faire battre le cœur
( .34 ) avec précipitation, il faut qu'ils lui transmettent la stimulation d'un tissu quelconque ; car , seuls et considérés isolément, ils ne sont que des moyens de transmission des irritations qui se sont déveîoppe'es dans l'économie. En supposant même, ce qui peut avoir lieu, qu'ils fussent le siège de l'irritation qui cause la fièvre, cette irritation serait dans un point et le reste des nerfs ne servirait qu'à la transmettre. Lorsqu'un nerf est comprimé, tiraillé, déchiré, l'irritation , qui n'est jamais stationnaire dans ses cordons, parvient de suite au cerveau, et est réfléchie par celui-ci dans les appareils sensitifs externes, dans les muscles et dans les principaux viscères. Aussitôt les contractions du cœur deviennent plus promptes et comme convulsives ; le sang est appelé dans les membranes muqueuses viscérales, et sympathiquement dans tous les organes sécréteurs qui leur sont annexés. L'irritation s'établit dans tous ces organes ? qui se mettent à l'unisson avec l'appareil encéphalique. Les mêmes phénomènes ont lieu si l'irritation se développe et s'élève à un certain degré, dans un autre tissu que celui des cordons nerveux. Si cette irritation est peu considérable , l'état maladif qui en résulte prend le nom d'éréthisme, d'état nerveux ; si elle Test assez pour entretenir pendant quelque temps l'accélération de la systole du cœur, on l'appelle fièvre nerveuse ; or cette fièvre doit être considérée comme une légère nuance de l'inflammation ; et c'est toujours dans le cerveau et dans les foyers viscéraux, parmi lesquels figure e» première ligne la membrane interne de
( *35 ) l'estomac, que cette nuance a son sie'ge ; c'est là qu'il existe toujours augmentation de contraclilité, appel de sang , tuméfaction , d'où résulte une perception douloureuse.. Mais à quoi tient-il qu'une pareille nuance d'irritation ne s'élève à un degré plus considérable ? à la prédisposition de l'individu; supposons-le très-vigoureux, dans un parfait équilibre , ou peu sanguin et peu disposé aux inflammations aiguës : le calme se rétablira plus ou moins vite; mais s'il est apte à contracter une plilegmasie intense , s'il en avait déjà une chronique plus ou moins circonscrite, l'inflammation se déclarera à l'état aigu, et la lièvre se prolongera avec une intensité proportionnelle. L'esi ainsi que les afieclions morales, les passions, les digeslions. laborieuses, et même les plaies et les ligatures des nerfs deviennent la cause des
fièvres continues les plus intenses et les p us rebelles. Je le demande maintenant, où est la ligne de démarcation qui sépare ces deux ordres de fièvres ? comment les reconnaître au moment de leur début ? on ne peut, sur ce point, obtenir que des présomptions. L'habitude, l'idiosyncrasie, nous les fournissent chez certaines personnes qui sont sujettes à ce ce qu'on appelle des fièvres nerveuses. Cependant, examinez de près ces sortes de sujets ; vous ne tarderez guère, en vous aidant des lumières de la médecine physiologique , à reconnaître qu'ils ont un foyer intérieur de phlegmasie à l'état chronique, le plus souvent dans l'appareil de la digestion, quelquefois dans les poumons, plus rarement dans l'ente'phale t et tôt ou tard ces mouvements fébriles, quta
( i36) tous qualifiez de nerveux, parcequ'ils se dissipent, comme d'eux-mêmes en quelques heures, se prolongeront et se trouveront convertis en fièvres continues, toujours très graves. Or, comment pourronsnous acquérir la certitude que le mouvement fébrile que vous avez maintenant sous les yeux, n'est pas celui qui doit prendre cette tournure fâcheuse ? Ce n'est donc qu'après coup, à posteriori , ou par l'événement, que vous jugez du caractère nerveux d'une fièvre. Tels sont les faits qui ont engagé l'auteur à avancer, que toute irritation assez intense, pour produire la fièvre , doit être considérée comme une nuance de l'inflammation. On voit combien sont fausses et inconvenants ces dénominations de fièvres nerveuses et lentes nerveuses , appliquées à des maladies de longue durée , qui se terminent le plus souvent par la mort, et a la suite desquelles on trouve des traces évidentes de phlegrnasie dans les principaux organes , et particulièrement dans le cerveau et dans les organes digestifs.
Toute inflammation assez intense pour produire la fièvre en parvenant au cœur Test assez pour être transmise en même temps au cerveau et à l'estomac, au moins dans son principe ; et comme elle ne change point de nature pour être transmise , c'est tou-
( «37 ) jours une nuance d'inflammation qu'elle
développe dans ces trois organes.
Cette rédaction est vicieuse , il fallait dire : « Toute » inflammation assez, intense pour produire la fièvre » en excitant le cœur l'est assez pour agir en même » temps sur le cerveau et sur l'estomac, au moins » dans son début; et comme l'irritation ne changé » point de nature pour être transmise, celle que re- » çoivent alors les trois organes est toujours une » nuance de l'inflammation. » Telle est la forme que doit conserver cette proposition.
Nous avons démontré précédemment que c'est par le moyen du cerveau que le cœur et l'estomac reçoivent l'irritation partie d'un foyer d'inflammation développé en tout autre lieu que dans l'un de ces trois organes; ainsi nous n'avons pointa revenir sur la première partie de cette proposition; il s'agit donc de la seconde, portant que l'irritation transmise est de même nature que l'irritation première, c'està-dire qu'elle est une nuance d'inflammation. Cette assertion est une de celles qui ont paru le plus paradoxales aux personnes qui n'ont pas assez réfléchi sur îa doctrine physiologique , ou qui du moins n'avaient pas présens à l'esprit tous les faits sur lesquels cette doctrine est appuyée. Eh bien, nous allons exposer ces faits, en ce qu'ils ont de relatif à la question qui nous occupe.
Si l'on examine les tissus visibles à l'extérieur, qui sont les plus influencés par une inflammation ,
( i38 ) on y observe, lorsqu'ils ne sont pas modifiés révulsivement, augmentation de contractilité et de sensibilité', injection sanguine, accroissement du volume. Ainsi, dans les gastrites, la langue rougit; sa membrane muqueuse s'injecte et se tuméfie avec les follicules, qui deviennent sailîans. Les muscles de cet organe éprouvent un e'tat de contraction ; tout l'intérieur de la bouche s'échauffe, lors ■même qu'il n'y aurait pas de fièvre. Il en est ainsi de la conjonctive : la peau participe à cet état, et souvent même les points les plus affectés de cette membrane sont dans un état érythémateux ou présentent des boutons véritablement inflammatoires ; de sorte que l'on peut dire avec assurance qu'il y a dans tous ces tissus des érections morbides, qui représentent à peu près celle de la membrane inlerne de l'estomac. Si maintenant on porte son attention sur les organes placés audessous de la peau, on reconnaît que ceux d'entre eux qui reçoivent une influence sympathique du foyer intérieur d'inflammation se trouvent dans un état à peu près analogue; les muscles, que la gastrite rend douloureux , sont en même temps plus chauds que dans l'état normal; les articulations, qu'une sympathie spéciale a modifiées , sont plus chaudes , plus sensibles et souvent un peu gonflées. Si l'on applique en même temps des sangsues ou des ventouses sur les régions de la peau où se manifeste la sympathie et sur d'autres régions, on voit sortir des premières un sang plus abondant , plus coloré et plus chaud que celui que l'on retire des secondes»
Faisons maintenant l'application de tout ceci a d'autres foyers d'inflammation. Puisque la gastrite détermine dans les ouvertures des membranes muqueuses, dans la peau , dans les muscles et dans les articulations qu'elle influence , une légère nuance d'inflammation, il est naturel de croire que lorsque l'inflammation , primitivement développée dans ces tissus , réagit sympathiquement sur l'estomac , elle y produit également une nuance plus ou moins prononcée du même phénomène. On a d'autant plus de raisons d'admettre cette réciprocité, que l'estomac, influencé par une glossite , une angine , une ophtalmie , un érysipèle , un anthrax, un arthritis , offre les mêmes phénomènes et développe les mêmes sympathies que s'il était affecté d'une inflammation primitive. Parconséquent l'inappétence, la rougeur et la saburre de la langue , l'injection de la conjonctive, les douleurs contusives de l'appareil locomoteur, qui se développent par l'effet de l'une de ces phlegmasies et que l'on qualifie d'embarras gastriques , ne peuvent dépendre que d'une nuance d'inflammation de l'estomac , qui correspond, comme sympathie, à l'inflammation des parties extérieures. Si Ion admet la justesse de ce raisonnement pour les tissus que nous venons de mettre en rapport, nous ne voyons pas pourquoi ce raisonnement serait moins juste étant appliqué à d'autres tissus. Ainsi les inflammations rubéoieuses, varioleuses , scarlatineuses de la peau, ne peuvent être que des sympathies de la gastro-entérite , de l'angine et de la bronchite par lesquelles ces inala*
dies ont débuté ; ainsi la toux qui dépend de la gastrite est une bronchite sympathique , comme l'embarras gastrique provoqué par la bronchite est une gastrite sympathique ; par la même raison, lorsque les sécréteurs, tels que les reins , le foie, les glandes salivaires , fournissent, dans les phlegmasies des différens organes, un produit ou plus abondant ou plus concentré, ou dépravé et très-irritant, on doit croire que l'influence sympathique qui dérange leur action tient à une augmentation de chaleur et d'injection sanguine, à une érection vitale morbide analogue à celle du viscère d'où cette influence est partie , en un mot à une véritable nuance d'inflammation. La douleur et la tuméfaclion n'y sont pas toujours perceptibles à la vérité , mais elles le sont quelquefois. La chaleur et le sentiment de plénitude existent, dans bien des cas, à la région du foie et à celle des reins, dans les phlegmasies des grands viscères; et lorsque le malade ne s'en plaint pas, c'est toujours parce que son attention est fixée sur le foyer primitif d'inflammation ou sur d'autres organes plus sensibles que les sécréteurs, et qui ont également reçu l'influence sympathique du viscère primitivement affecté.
Jetons les yeux maintenant sur le cœur. Quel est son véritable état au milieu de ce désordre des principales fonctions ? il se contracte plus fréquemment et plus vivement qu'à l'ordinaire : il a donc des érections vitales plus intenses; il est donc et plus chaud, et plus injecté, et plus gonflé dans son tissu propre qu'il ne l'était auparavant ; la modification
qu'il éprouve est donc encore une nuance de l'inflammation, c'est-à-dire une répétition du phénomène qui se passe dans le viscère primitivement affecté.
Si ce raisonnement n'est pas rigoureux, nous ne savons ce qui peut l'être en pathologie. Mais ce n'est pas encore tout, il faut aussi nous occuper du cerveau.
Puisque c'est par l'intermédiaire de cet organe que l'irritation du foyer primitif de phlegmasie est réflécliie sur les diffère ns tissus sympathise's , il faut bien croire que celte irritation doit agir sur le sien d'une manière parfaitement, analogue. Elle provoque donc dans la substance de l'encéphale appel de sang, augmentation de tempe'rature et de densité' ; et quant a la douleur, elle est tellement prononcée dans le début delà plupart des phlegmasies un peu intenses, que son défaut ne suffirait pas pour infirmer le caractère inflammatoire de l'irritation encéphalique. Mais nous allons plus loin; nous osons soutenir que l'encéphale est toujours plus ou moins douloureux dans ces maladies. Si l'on n'y perçoit pas des douleurs lancinantes ou pulsatives, du moins y éprouve-t-on constamment un sentiment d'embarras, de plénitude, de tournoiement , en un mot quelque chose qui indique positivement un état de congestion irritative.
Il résulte de ce rapide examen des principales sympathies de l'inflammation , que presque tous les organes éminemment sensibles, irritables etsanguins, partagent l'érection vitale morbide du lieu primitivement affecté , de telle sorte que l'inflammation née
42) dans un point du corps est aussitôt disséminée à
différens degre's dans une foule d'autres, mais principalement dans le cerveau, dans le cœur et dans l'estomac, ainsi que le porte la proposition que nous venons de de'velopper. Tout cela ne surprendra point les me'decins qui ont profondément médité la physiologie de l'état normal ; ils sentiront que les principaux viscères étant lie's par des connexions intimes, au moyen de la huitième paire et de l'appareil nerveux du grand sympathique, et agissant toujours de concert dans la respiration , la digestion, les excrétions, les facultés morales et affectives, il est de toute im possibilité qu'aucun d'entre eux éprouve l'irritatio à un degré un peu intense, sans que les autres y participent, et que la même lésion ne leur soit pas commune à tous. L'office du médecin, dans ces sortes de cas, est de bien constater quel est le, point de départ de l'irritation , afin de s'assurer si elle y rest prédominante, et dans le cas contraire , quel est 1 lieu où il pourra l'attaquer avec le plus d'avantage. Mais cette dernière opération ayant été traitée à l'occasion des sympathies, nous ne pouvons qu'y renvoyer les lecteurs , désireux de multiplier les rapprochemens, et de saisir le véritable esprit de notre doctrine.
Nous ne disons rien des tissus dont l'action est diminuée par l'inflammation, car il est clair que leur apathie est l'effet d'une soustraction révulsive de vitalité.
Les irritations transmises au cerveau et à l'estomac par un organe enflammé diminuent quelquefois, malgré la persistance de l'inflammation qui les avait excitées , et ces deux viscères reprennent leurs fonctions, pendant que le cœur continue d'être vivement irrité et d'entretenir la fièvre.
Nous ne pouvons attribuer ce changement qu'à l'habitude. Les fièvres se partagent sous ce rapport en trois se'ries: dans la première, l'inflammation qui alimente l'état fébrile fait de si grands progrès dans les principaux viscères, qu'elle détruit la vie; dans la seconde, l'inflammation s'apaise, et avec elle disparaissent les irritations sympathiques de tous les organes : la troisième se compose des cas où l'inflammaticfn se prolonge et devient chronique, en conservant toutefois assez d'activité pour continuer d'agir sur le cœur. C'est de ces dernières fièvres qu'il est. question dans la proposition qui nous occupe ; on les désigne en général sous le nom d'hectiques. Aussitôt que le médecin s'aperçoit qu'une personne affectée d'une maladie fébrile violente , qui pendant un certain temps avait suspendu les principales fonctions, recouvre l'appétit, et songe à reprendre ses affaires, quoiqu'elle conserve^ encore de la fréquence dans le pouls et de la chaleur et à peau, il dit que la
maladie aiguë est dégénérée en chronique, et il donne à la fièvre le nom d'hectique. Ces fièvres, qui d'ailleurs peuvent se montrer primitives, sont toujours alimentées par une inflammation circonscrite, à laquelle l'économie s'est habituée insensiblement, mais toujours cependant jusqu'à un certain point: en effet, les sympathies qui semblent e'mousse'es pendant une partie du jour, se réveillent à certaines heures, surtout le soir et après les repas, et celui qui ne verrait les malades que dans ces redoublemens les croirait affectés d'une fièvre aiguë ordinaire. Il n'y a donc réellement qu'une diminution momentanée dans le jeu des sympathies ; mais ce qui est très remarquable , c'est que celle du cœur est la plus persévérante. Pendant que les facultés morales reprennent leur liberté, que la locomotion se rétablit, que l'estomac devient apte à la digestion, le cœur continue de battre avec précipitation, comme étant le plus fidèle interprète de l'irritation persistante. Toutefois, si l'on voulait entrer dans le détail des cas de cette espèce, on trouverait que tous les foyers d'inflammation n'agissent pas avec la même puissance sur cet organe : ceux du poumon paraissent les plus propres à entretenir la fréquence du pouls; aussi la majeure partie des fièvres hectiques dépend-elle de l'inflammation de ceviscère , et il n'est point rare de voir des fièvres qui, après avoir été mises en jeu et entretenues pendant un certain temps par les inflammations des autres organes, sont prolongées dans la chronicité par le développement consécutif d'une pneumonie qui devient chronique,
et amène insensiblement une phthisie pulmonaire : mais comme ces détails. appartiennent aux inflammations pneumatiques, nous abandonnons ce sujet, pour examiner, en suivant nos propositions, ce qui se passe dans les viscères qui paraissent le moins affectés pendant la durée des fièvres hectiques.
Quoique l'estomac et le cerveau continuent leurs fonctions pendant l'inflammation d'un autre organe, ils nelaissent pas d'être irrites organiquement. Leur irritation est toujours près de l'inflammation, et s'y élève bien souvent , si le foyer qui l'entretient persévère jusqu'à la mort.
Cette proposition n'est qu'une application d'une autre plus générale, portant que nul homme ne peut mourir sans que les organes de premier ordre soient affectés. Dans l'antique médecine, on groupait autour des symptômes produits par l'inflammation d'un organe secondaire, ceux qui dépendaient de l'affection des viscères fondamentaux, et l'on faisait du tout une entité qui prenait le nom de l'organe primitivement affecté.
Parcourez dans les classiques les histoires de la laryngite chronique , désignée sous le nom de phthisie laryngée : vous trouverez, vers la fin de la maladie, les symptômes réunis de la pneumonie chronique et