‹ Commentaires des propositions de pathologie, consigneés dans l'examen des doctrines médicalesChapitre 15 sur 34 · FH · texte numérisé non relu

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une extrême mobilité des intestins et des muscles des parois. Nous avons vu tout cela dans l'hypochondrie et l’hystérie; mais j’indique ici les cas où cet état d’endolorissement ne gêne pas beaucoup les fonc. tions, n'empêche ni l'assimilation, ni l’embonpoint, et ne cause aucune inquiétude à ceux qui en sont porieurs.

Les imprudentes stimulations exercées sur l’appareil digestif dans l’intention de guérir les fièvres iuntermittentesi, sans égard à l’irritabilité du sens interne gasirique , sont encore une cause de ces exaltations de sensibilité dans l’abdomen et quelquefois dans les muscles volontaires. Nous en avons souvent des exemples au Val-de-Grâce, chez des soldats qui ont été traités de ces maladies par d’impitoyables ontologistes qui n'avaient aucune idée du rôle que joue lestomac au milieu du système sensible.

Toutceque produisentlesirritations des muqueuses profondes ou sens internes, peut être occasioné par les irritations des muqueuses extérieures, soit qu’elles constituent elles-mêmes le sens externe, soit qu’elles fassent simplement partie d’un appareil sensitif compliqué. Les ophthalmies souvent reproduites et irritées mal à propos, communiquent aux muscles des paupières, et même à ceux du globe, une disposition convulsive qui peut se prolonger et devenir idiopathique. L'abus des sialagogues et de la fumée du tabac, chez les personnes nerveuses, produit un étai spasmodique et douloureux des muscles masticateurs, que j'ai vu persisier après la cessation de la cause, aussi bien que celui qui résulte des dents

(5567) | cariées, dont le nerf a été exposé à l’air et tourmenté par des applications plus ou moins caustiques. Certains sujets ne peuvent user du tabac en poudre sans ressentir des douleurs, ou sans éprouver des mouvemens convuJsifs dans les muscles du nez, des joueset des yeux ou du pharynx: ce ptarmique ,ou tout autre, pourrait produire des névralgies idiopathiques. La succion d’un enfant avide et fort développe souvent dans le dos et dans les omoplates d’effroyables douleurs, que l’on fait ordinairement cesser en interrompant Ja lactation ; maïs ces douleurs peuvent persister après la soustraction de leur cause, et j'en ai recueilii plusieurs exemples.

L'abus du coït, etsurtout de la masturbation, donne souvent à l'appareil musculaire bulbo-caverneux et ischio-caverneux une disposition couvulsive et une mobilité vicieuse, qui, jointe à celle des vésicules séminales , rend l’éjaculation trop facile, et constitue une névrose qui se prolonge souvent malgré la conduite la plus austère. Nous avons aussi vu la sensibilité tellement exaltée dans le scrotum etmême dans les testicules, par suite de pareils excès, que les malades y ressentaient un prurit fort incommode, et que le contact de leur vêtement leur causait presque des convulsions. La continence forcée, chez des sujets qui avaient l'habitude de fréquentes excrétions, peut également développer cette ardeur âcre au scrotum, avec sensibilité générale de tout l'appareil génital, par l’excessive irritabilité qu'ont acquise les papilles sensitives, ou, si l’on aime mieux, la malière nerveuse faisant partie du tissu muqueux,

(557) | sens interne des vésicules spermatiques, en contact avec une liqueur âcre et concentrée. Nous avons vu aussi des cas où la masturbation avait donné aux corps caverneux ainsi qu à l’urèthre une sensibilité morbide fort incommode et persistant après sa cause.

Les coups, les chutes, en un mot toutes les contusions violentes portées sur un nerf voisin de la périphérie , y laissent souvent une excessive sensibilité ; et même quelquefois lui donnent la faculté, quand il souffre, de développer des mouvemens convulsifs dans les muscles où il se distribue : c'est ce qui constitue une espèce de névralgie plus douloureuse que convulsive, ou vice versä, que l’on observe quelquefois dans le nerf cubital ou cubito-digital, mais qui est possible aussi dans ceux des cordons du trifacial qui peuvent être exposés aux contusions et aux blessures.

On a vu les demi-sections et les ligatures de nerfs donner lieu à des convulsions et à des névralgies dans des régions voisines ou éloignées, et ces névroses se sont ensuite reproduites périodiques ou irrégulières, quoiqu’on eût fait cesser la cause qui les avait déterminées.

Les stimulations prolongées ou répétées à la peau y développent une sensibilité qui ne s’apaise souvent qu'au bout de plusieurs années, et qui parfois ne se détruit jamais complètement. Nous avons observé cela chez des personnes qui avaient long-temps porté des vésicatoires ou des cautères douloureux, et qui s'étaient opiniâtrées à les sumuler. Nous avons

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fait la même remarque sur des sujets à qui l’on avait appliqué plusieurs fois , à des intervalles peu éloignés, des sinapismes sur la même partie. On trouve des personnes habituées à recourir souvent aux pédiluves pour faire cesser des étouffemens, chez qui cette pratique occasione une telle sensibilité des pieds, qu’elles ne peuvent de leur vie y supporter aucune espèce de stimulation. L'abus des frictions, si commun chez les hypochondriaques, qui sont sujets à outrer toutes les prescriptions, donne souvent à certaines régions de la peau une sensibilité qui devient une véritable maladie.

Le froid, cette cause si puissante des névralgies des gros troncs nerveux, en occasione aussi dans les branches secondaires, ou communique un surcroît de sensibilité à quelques filamens, soit dans les muscles, soit dans le pourtour des articulations. Quand on a long-temps souffert de ces sortes de douleurs, elles reparaissent dans une légère nuance, ou l’on en ressent d’autres analogues dans différentes régions du corps, aussitôt que l’on diminue l'épaisseur des vêtemens dont on avait contracté l'habitude ; il s'établit une disposition à l'irritation douloureuse des nerfs de relation, qui se réveille par la plus légère soustraction du calorique cutané, et l’on voit des tressaillemens convulsifs se manifester aussitôt dans les fibres musculaires où les nerfs irrités se distribuent. S'il n’y a pas de muscles, et que ce soit une articulation, on y sent de la raideur , de la plénitude etun craquement qui marque que la sécrétion synoviale est altérée : tant est grande

( 559 ) l'influence des nerfs sur les tissus, quels qu'ils soient, avec lesquels ils communiquent.

Lorsque les expansions nerveuses sensitives et les cordons musculaires ont ainsi pris l'habitude de l'irritation, un rien la renouvelle : c’est alors que tous les changemens atmosphériques retentissent dans les tissus, et sont même pressentis plusieurs jours à l'avance. Alors aussi les affections morales un peu vives ne manquent jamais d’aller réveiller lirritation dans le point de l’appareil nerveux qui s’y trouve pour le moment le plus disposé, et l’existence devient extrêmement malheureuse.

Les crampes ne doivent pas être oubliées dans notre énumération : ce ne sont point des névroses à siége fixe et déterminé , quoiqu’elles affectent souvent de reparaitre dans la même région.

La disposition aux crampes est quelquefois si répandue dans les muscles soumis à la volonté, qu’aussilôt que cette faculté exige d'eux ur effort un peu considérable , on les voit conserver pendant plusieurs minutes la contraction dans laquelle ils viennent d'entrer, et qui toujours est fort douloureuse.

Cette névrose tent, autant que nous avons pu nous en assurer, à des excitalions trop vives de divers genres, aux veilles prolongées, à la contention d'esprit, aux excès du coït, aux phlegmasies chroniques des grands viscères, ou du moins à la surexcitation de ces viscères, qui toujours est réfléchie sur l’encéphale ; à l’abus du vin blanc, du café et des boissons alcooliques , des épices, aux vers, à cerlains poisons; en un mot il nous semble, qu'on

peut toujours Îa rapporter ou à la surexcitation d’un foyer viscéral, ou à celle de l’encéphale, ou bien à une irritabilité établie dans certains muscles par des causes locales , telles que le voisinage d’un foyer d’inflammation, des frictions trop excitantes, des efforts trop soutenus ou trop répétés , etc.; mais, dans ces cas, la crampe ne se manifeste pas dans les autres régions de l'appareil locomoteur.

La difficulté, dans tous les cas que nous venons de signaler dans ce commentaire, est de déterminer quel est et quel a été le point le plus irrité. Celur qui donne actuellement à telle ou teile partie quelconque du système nerveux son irritabilité vicieuse, ne supporte aucune stimulation impunément; celui qui jadis lui a donné cette irritabilité doit être ménagé , parcequ'il reprend facilement l'irritation qu'il a perdue. Ces considérations nous seront d’un grand secours dans la thérapeutique.

Tantôt c’est l’encéphale qui est le point le plus irrilé, Car Son irritation suffit pour occasioner des douleurs, des contractions, des convulsions dans les muscles les plus éloignés ; tantôt c’est un grand viscère qui le sollicite continuellement à innerver sur une branche musculaire ; dans d’autres cas enfin, c'est cette branche elle-même qui est restée en possession de l’irritation qu’elle reçut autrefois par l’une de ces causes. Au surplus, quand on croirait être sûr que l’encéphale n’est pas primitivement affecté, on ne devraitjamais oublier qu’il esttoujours pour beaucoup dans les douleurs, et surtout dans les convulsions. Lorsque la douleur a existé long-temps à un

degré un peu considérable, on est sûr qu’il est irrité, puisque la perception elle-même est, physiologiquement parlant, une stimulation du tissu encéphalique. Lorsque la convulsion est continue ou seulement trèsfacile à provoquer, nul doute aussi que l'encéphale ne soit trop prompt à lancer son innervation : autre vice radical qui nous accuse encore une excessive irritabilité de cet appareil. Tel est le cas de ceux qui sont sujets à la chorée et aux tremblemens plus ou moins approchant de l’état continu. Îl existe chez de pareils sujets une irritation cérébrale, sinon de celles qui mènent à la suppuration, au moins de celles qui épaississent les tissus lamineux transparens, les rendent opaques, adhérens entre eux et avec la substance cérébrale, ou isolés par une sérosité opaque qu'ils ont exhalée; de celles qui font que les fibres blanches se condensent en vertu de leur contractilité, et diminuent la masse du cerveau ; de celles qui, tantôt y produisent l’induration avec confusion des substances et des lignes qui les parcourent, et tantôt y laissent voir un ramoilissement avec des extravasations diverses formant des taches marbrées; de celles qui produisent des encéphaloïdes , des ossifications, etc.

Qu'avez-vous dit, s’écriera quelque anatomo-pathologiste ? Vous indiquez les traces de l’aliénation mentale.

J'indique les traces des irritations chroniques de l’encéphale et de ses membranes; reste ensuite à déterminer si ces irritations doivent nécessairement produire tous les symptômes que les auteurs assi-

( 56020) onent à la folie. Je crois qu'ouvrant la scène morbide, les irritations encéphaliques qui occasionent tous ces changemens d'organisation doivent en effet déterminer les symptômes de la folie avec plus ou moins d’agttation et un délire plus ou moins étendu; mais je crois aussi que les personnes qui ont été pendant long-temps tourmentées sans délire par les convulsions, les tremblemens, les douleurs de membres , et qui finissent par la démence et par la paralysie générale, peuvent présenter les mêmes altérations pathologiques; et je pense qu’alors lirritation qui, plus vive , aurait fait délirer par activité excessive des perceptions, n’a produit le délire qu'après avoir épuisé la force d’innervation intra-céphalique, c’est-à-dire par la faiblesse de ces mêmes perceptions. Sans doute ce délire est très différent du premier ; toutefois 1l me semble que l’irritation qui aurait pu produire la folie proprement dite, si elle eût été plus active, n’a donné pendant long-temps que des convulsions et des douleurs dans les expansions nerveuses de l'appareil locomoteur. On demandera si j'admets que la même matière nerveuse encéphalique préside aux phénomènes d’innervation sensitive et d’innervation motrice. Ce n’est pas cela que je dis, je me contente d'avancer, parceque je crois en avoir des preuves, que la même irritation qui exagère le mouvement musculaire et la sensibilité de relation, peut aussi produire le délire actif ou par excès de pensée, et le délire par défaut de pensée et de mémoire , qui rentre dans la démence des auteurs. La proximité des fibres nerveuses intra-céphaliques, sen-

( 563 ) sitives, intellectuelles et motrices, est assez grande pour qu'elles exercent les unes sur les autres des influences perturbatrices très considérables. Je m’expliquerai plus tard sur toutes les particularités de ces faits, que je n'indique ici que d’une manière générale.

Mais quelle idée faut-1l enfin se faire de cette irritation nerveuse dont nous avons rappelé les formes diverses ? Sur ce point, nous nous expliquerons sans réticence el en peu de mots, parce que nous avons à exprimer une idée dont les preuves ont été données avec le plus grand détail dans notre Physiologie, et dans tout ce que nous avons écrit sur les maladies nerveuses. L'irritation du système nerveux n’est pour nous qu'un mouvement, ou plutôt des mouvemens trop rapides dans la substance blanche qui constitue, suivant nous, la metière nerveuse par excellence. Quels sont ces mouvemens? Nous les croyons de contractilité : nous les regardons comme des alternatives de condensation et de relâchement. Si l’on trouve cette idée grossière, nous en sommes fâché; mais nous croyons qu'elle se confirmera parle secours du temps et des instrumens qu’il saura prêter à notre faiblesse. Ce n’est point par une analogie tirée dela contractilité de la fibrine etde celle dela gélatine, que nous en jugeons , c'est d’après l’observation directe. Nous ne saurions penser que les mouvemens de chaquefibrille nerveuse soient différens de ceux de la masse tout entière de l’encéphale que nous voyons revenir sur elle-même, orsqu'elle a été soulevée par la pulsation des artères de la base, ou par l'expiration.

Nous ne pouvons nous figurer que ce ne soit pas er vertu de cette force de condensation , que les différentes régions de la masse encéphalique exécutent ces mouvemens vermiculaires qui font frotter les surfaces arachnoïdiennes les unes cenire les autres. Le poli de l'arachnoïde nous paraît non seulement être la preuve de mouvemens ondulatoires pareils à ceux des intestins et du poumon, à l'intensité près cependant ; nous allons même jusqu’à croire que ce poli, et la confection de l’arachnoïde elle-même, sont des effets de ce même frotiement. Or, c’est ce mouvement vermiculaire de masse que nous suivons dans chaque fibre semi-liquide en particulier, et c'est là que nous le voyons constituer ces vibrations nerveuses dont on a parlé si vaguement.

Est-ce là tout, nous demandera-t-on bien ..

Hélas non ! cela est encore bien loin de la cause première du phénomène de l'innervation. Nous professons qu'il se passe dans les tissus les plus mous, dans les tissus semi-liquides où commencent tous les mouvemens de l’organisme animal, des phénomènes moléculaires ; c’est-à-dire qu'il s’y fait des combinaisons fondées sur des affinités vitales sur le mode desquelles nous ne pouvons acquérir aucune donnée précise, parceque nous n'en voyons que les résultats, ce qui n’est même pas toujours possible, et que nous n’avons aucun moyen de les imiter. Or, la partie de notre matière la plus rapprochée du liquide est sans contredit la substance nerveuse ; mais elle n'est pas seule sur ce théâtre primitif des scènes de la vie: elle y est avec des molécules apportées

par le torrent artériel ; elle y est avec l’oxygène , peut-être avec quelque autre élément non moins essentiel, provenant de l'air atmosphérique; elle s’y trouve aussi avec le calorique : on ne peut dire ni jusqu'à quel point l'agent que nous nommons électricité peut y figurer, ni sil s'y peut rencontrer d’autres impondérables , ni s’il existe un fluide particulier aux nerfs, puisqu'il est impossible d’en recueillir une a goutte ; ni comment les attractions moléculaires que nous voyons dans les corps bruts sont modifiées dans la trame nerveuse; ni les changemens qui doivent en résulter par rapport à la matière animale constitutive des nerfs. Mais ce qu’on peut affirmer avec assurance, c’est qu’il s’y passe des changemens qui renvoient le sang bien différent de ce qu'il était à son arrivée , et cela nous porte , que dis-je! nous force à croire que si le défaut d’oxygénation du sang dans le poumon est si promptement funeste àla force d'innervation , cela ne peut dépendre que d’un changement de la matière nerveuse semi-liquide dont nous traitons, qui la rend impropre à l'excitation des organes. C'estainsi qu’agissent, selon nous , les gaz assez délétères pour occasioner la raort au moment où 1ls pénètrent dans la substance nerveuse des expansions sensitives : c’est de la même manière que nous expliquons l’action de l’acide hydrocyanique, qui, déposé sur la langue, éteint subitement la vie, etc., etc.

Si l’on demande maintenant comment les mouvemens de contractilité que nous admettons dans

la matière nerveuse peuvent servir d’instrument à ces 1e Path. Gi

modifications moléculaires, et si c’est par la propagation de ces mouvemens, ou par la progression d’un impondérable, queles stimulations cheminent le long des nerfs avec la rapidité de la foudre; si l’on insiste pour savoir comment le phénomène de la sensation, celui de la pensée , ou seulement celui de la contrection musculaire, se rattachent à la contractilité d’albumine, aux affinités des solides avec les fluides , et au rôle des impondérables dans la substance nerveuse , nous dirons que c’est là ce qui constitue l’inconnu, auquel il est impossible d’atteindre.

Qu’on ne croie pas nous réïuter en alléguant que la vie et la présence des liquides ne sont pas nécessaires à l’innervation, puisque la commotion élecirique parcourt un nerf séparé du corps et détermine la contraction des muscles auxquels il se distribue. Nous répondrions que la vie existe encore dans le membre coupé, et qu’elle y reste autant de temps qu'il obéit au galvanisme ou à l'électricité. Quant aux fluides, nous dirions qu'ils y sont aussi, du moinsen quantité suffisante, pour obtenir ce qu’on obtient d’innervation; nous ajouterions encore que cette innervation forcée et factice épuise plus promptement ce qu'il y a de vie dans ces muscles séparés du corps, et prépare une plus rapide putréfaction, en dérangeant les affinités qui étaient l’ouvrage de la vie, qui même la constituaient.

Si nous rappelions i ici toutes les observations et toutes les expériences des médecins qui cultivent la physique concernant la durée de l’ irritabilité à la suite des différens genres de mort et des agens mé-

dicamenteux ou vénéneux auxquels lanimal à été soumis, nous trouverions en abondance des preuves qui viendraient à l’appui de nos assertions : nous verrions constamment que tous les modificateurs qui précipitent l’innervation au-delà d’un certain degré laissent la fibre sans irritabilité, et facilitent beaucoup le travail dissociateur de la chimie brute.

Les obstacles à la circulation ne dérangent les fonetions des principaux viscères que lorsqu'ils sont situés dans le cœur ou dans les gros vaisseaux.

Les obstacles à la circulation du sang n’avaient été considérés isolément dans aucun système de nosologie. Les symptômes qui leur appartiennent étaient confondus avec mille autres dans les maladies où ces obstacles existent. Les médecins étaient par cette raison gênés dans leur diagnostic et embarrassés dans la détermination des indications curatives.

En distinguant ce qui dépend de la difficulté du passage du sang à travers le tissu des viscères d’avec ce qui résulte de toute autre cause, et en rapportant les symptômes qui proviennent de cette difficulté à l'irritation , la doctrine physiclogique a fait faire un grand pas à la science. En effet, qu’y a-t-il de commun entre l’anévrisme du cœur et l’épaississement de ses paroïs avec induration , inaptitude à la sys-

( 568 ) tole et à la diastole ; entre la dilatation excessive des embouchures artérielles dans le cœur, et leur obturation par une végétation ou un polype; entre la dijatation dela crosse de l'aorte et son rétrécissement : entre la péricardite, où le cœur est comprimé par une suppuration intra-péricardienne, et une collection ou une tumeur qui presse le péricarde lui-même ou les gros troncs vasculaires qui s’abouchent avec le cœur; entre toutes ces maladies et la péripneumonie, ou la pleurésie ; entre un accès d'asthme et toutes ces affections ? Enfin, qu'y a-t-il de commun entre tout cela et une douleur de goutte qui se déplace pour remonter à la poitrine (langage vulgaire ), si ce n’est la difficulté avec laquelle le sang traverse le cœur, les poumons , et satisfait au besoin de la respiration ? Existe-t-il un moyen de distinguer au premier abord, et même après un mür examen, pendant la vie, toutes ces affections les unes des autres, et de concevoir bien clairement la maladie qui se présente à traiter ? Non, sans doute , ce n’est qu’après des tâtonnemens longs et pénibles, après des rapprochemens difficiles , fondés sur la connaissance parfaite des lois de l’économie, et dont un petit nombre de médecins sont susceptibles ; ce n’est qu’à la faveur de renseignemens exacts sur le commémoratif, qu'il est très rare d’obtenir, que l’on parvient à soupçonner la cause de la dyspnée qui existe dans la plupart des cas sus-mentionnés. Si quelques uns sont clairs,comme lhypertrophie bien prononcée, combien d’autres sont d’une obscurité désolante , par exemple, l'induration , la hernie , la

déchirure des parois du cœur, avec formation d’un caiilot qui prévient l’effusion du sang, les oblitérations de l'aorte par la formation d’une couenne, etc. ? Que faire en nosologie de ces maladies, ou plutôt de ces groupes de symptômes, produits de divers points d’irritation qui se sont développés, accrus et multipliés tacitement pendant une longue suite d'années? Veut-on les classer précisément par groupes analogues ? Ces cas étant toujours diversement compliqués, l’analogie n’est jamais exacte. À-t-on la prétention de les caractériser à la manière des anatomo-pathologistes , qui aspirent à fonder la nosologie sur le mode d’altération? On n’y parviendra que par hasard , une fois sur mille. D’ailleurs, ces deux méthodes ne fournissent point d'indications certaines. [l n’y a d'autre méthode à suivre que de saisir ce que tous ces cas ont de commun, et d’en faire le caractère distinctif du genre. Mais quel est le caractère commun ? est-ce la dyspnée ? Elle existe dans tous les cas rapportés , mais; comme elle appartient également à d’autres, par exemple , aux compressions cérébrales, aux péritonites , aux gastrites, aux accès d'hystérie, etc., on ne peut pas désigner ces maladies par le nom de dyspnées. D'ailleurs, cette expression ne désigne pas assez clairement la modification physiologique qui est à détruire.

Mais si l’on remonte à la cause évidente de cette dyspnée , à la stagnation forcée , mécanique du sang dans les poumons, on possède un phénomène commun à tous ces cas , et surtout un phénomène dont le simple énoncé fixe l’indication qu'il est urgent

de remplir. Il faut effectivement, dans toutes ces circonstances, ou évacuer le sang pour diminuer sa stagnation , ou l'appeler vers la périphérie ; il faut toujours modérer l’hématose, et constamment s’opposer à toute modification qui pourrait précipiter le cours du sang vers le lieu où il n’est déjà que trop accumulé. À la tête de ces modifications figure, sans contredit, l'exercice musculaire; par conséquent, voilà les trois premières indications sur lesquelles reposent le traitement préservatif, le curatif et le palliatif des obstacles ; les voilà, dis-je, irrévocablement posés par le seul fait de la dénomination. Avec de pareïlles données, on n’envoie pas promener, sans l'avoir saigné , un sujet que la pléthore dispose à l’hypertrophie du cœur, mais qui n'accuse encore aueune sensation pénible du côté de ce viscère ; on ne hâte pas les progrès d’une, irritation du même organe, qui ne cause encore que des symptômes nerveux, en conseillant fe bain froid et les antispasmodiques : on prévoit les conséquences d’une gastro-entérite commençante, et l’on ne se presse pas de restaurer un convalescent piein d’appétit, qui ne conserve d'autre trace de sa maladie aiguë que de rapides et fortes pulsations à la région du cœur.

On a pu remarquer qu’en donnant l’idée générale de l'obstacle au cours du sang placé au centre de la circulation, nous avons nommé quelques maladies aiguës, comme la pneumonie, la pleurésie, la péricardite , la gastrite : ce n’était pas dans l'intention de les laisser dans celte classe; elles sont beaucoup

mieux dans celle des-plegmasies, dont elles rénnissent d’ailleurs tous les caractères. Nous ne laissons ici que les affections qui n’ont pas de place ailleurs, et quise distinguent encore par lacommunauté desindications curatives sus-mentionnées. Un examentrès attentif fait quelquefois distinguer la cause de l’obstacle, mais cela ne change point l’indication radicale; cette perfection du diagnostic n’est qu'une donnée de plus pour la certitude du pronostic qu’on doit porter.

Dans tous les cas indiqués , l'obstacle est au centre de la circulation, dans le point le plus rétréci du cercle circulatoire ; et c'est précisément pour cette raison qu’il existe tant de symptômes graves, comme la difficulté de respirer et celle d'exécuter la locomotion, avec un malaise qui paraît général -et un dérangement dans la fonction assimilatrice : tout le reste est secondaire. Mais la lésion des trois fonctions intérieures fondamentales, la circulation, la respirauon et la nutrition, n'existent point simultanément quand l'obstacle au cours du sang n’intéresse qu’une section de l'arbre circulatoire : stagnation du sang appréciable par le gonflement des vaisseaux, la coloration et la turgescence de la partie, voilà tout ce qui frappe l'observateur lorsque cette partie est extérieure. Quant aux obstacles bornés à chaque viscère en particulier, 1l y à une distinction à faire : s’ils intéressent le passage du sang à travers le tissu du cœur, on doit les rapporter aux obtacles généraux ; mais s’ils sont tout-à-fait circonscrits dans un viscère, comme dans le cerveau, le foie , la rate, un rein, le pancréas , ils rentrent dans les irritations de chaque

( 572 ) organe. Telles sont en général lesidées que renferme

la proposition CCVIL.

CC VIIT.

Dans les cas d’obstacles à la circulation , l’hydropisie vient de Fa stagnation du sang dans l’appareil veineux.

Il est clair que les fluides absorbés doivent tous passer par le système veineux. Les uns s’y rendeni par le plus court chemin, c’est-à-dire qu'ils sont conduits dans les radicules veineuses par des canaux dont la dissection n’est pas encore bien faite; les autres n’y parviennent qu'après avoir parcouru la longue route du grand système lymphatique, et s’être réunis avec le chyle provenant de la surface gastrointestinale. Or, il est évident que, pour exercer l’absorption,les vaisseaux centripètes blancs et noirs ont besoin de trouver un débouché dans l'oreillette droite du cœur. Donc, toutes les fois que la veine çave ne pourra se débarrasser librement du sang qu’elle présente au cœur, tout le système centripète restant trop plein, se trouvera dans l'impossibilité de continuer régulièrement l'absorption; alors les fluides oubliés sur les surfaces séreuses et dans les aréoles du tissu cellulaire les distendront en s’y accumulant, et produiront l’hydropisie. Voilà précisément ce qu'exprime la proposition; mais notre devoir est d’y joindre certains développemens.

D'abord, il faut noter que l’hydropisie est souvent

lente à paraître, et que l’obstacle au sanz qui débouche des deux veines caves est, chez bien des personnes, en apparence porté à un point extrême, sans qu'il se manifeste encore aucun symptôme d’hydropisie. Dans ces cas,que nousavonslong-temps médités, nous n'avons pas vu que le flux de l’urine füt très copieux : il faut donc croire que l'élimination de l’eau surabondante est opérée par la voie de l’exhalation cutanée; car on n’observe même pas de sueurscopieuses.

Les ouvertures de cadavres nous ayant souvent montré des traces d’inflammation dans les vaisseaux sanguins, à la suite des anévrismes et autres affections organiques du cœur, nous nous sommes demandé si la phlogose des veines n’aurait pas quelque influence sur la production de l'hydropisie, qui termine si fréquemment la vie des malades. Nous avouons que les faits ne se sont pas assez répétés pour que nous puissions établir des propositions générales. Les personnes qui souffrent de la circulation ont généralement deux manières de finir : tantôtelles périssent subitementpar une brusque suspension du cours du sang, ettantôt, après dessouffrances fort longues , elles s’affaiblissent, et tombent dans une funeste hydropisie. Nous indiquons ici ce qui est le plus ordinaire , car bien d’autres chances sont possibles. Nous les mentionnerons, mais nous devons dire ici qu’il est des cas d’obstacle où l’hydropisie est un des premiers symptômes; et comme alors on la guérit aisément, et même radicalement, par la saignée , suivie d’une hygiène bien entendue, il est probable que l’inflammation des veines n’y estencore

pour rien, et qu’on ne peut s’en prendre qu'a Îa pléthore de ces vaisseaux. Mais il ne suit pas de là qu’une longue durée de Pobstacle au cours du sang ne finisse pas par altérer les veines et y développer une inflammation véritable, ou seulement une subinflammation telle qu’on en trouve dans les veines variqueuses de la périphérie. Il est encore possible que cette inflammation descende de l'oreillette par la veine cave , ou que, partie du ventricule gauche, elle n’arrive dans les veines qu'après avoir traversé le système capillaire. D’autres chemins sont encore possibles, par exemple, la propagation, dans les rameaux de la veine porte, de l’inflammation qui occupe la muqueuse digestive; enfin, pour se bien préserver de toute idée exclusive sur les causes et le mécanisme de cette hydropisie, on ne doit pas oublier que ceux qui ont long-temps souffert de la dyspnée dépendante de l'obstacle au cours du sang ont été nécessairement débilités et relâchés par de fréquentes saignées, par l’abstinence à laquelle leurs étouffemens les contraignaient, par le défaut de sommeil, et par l'imperfection de l’oxygénation de leur sang.

CGOIX.

L'augmentation subite de la dyspnée dans l’anévrisme du cœur, par lelfet de la Iocomotion, prouve l'influence du système musculaire sur la circulation veineuse.

Cette proposition n'est pas uniquement applicable

à la physiologie normale; on peut entirer grand part? dans l’hygiène des personnes qui, par leur constitution native ou acquise, ont à craindre Les obstacles au cours du sang dans le point rétréci du cercle circulatoire.En effet, si toutes les fois que les muscles

entrent en action ils attirent une plus grande quantité de sang et en chassent davantage dans le système veineux, comme nous lavons prouvé dans notre Traité spécial de physiologie; si ce fluide, vivement poussé vers le cœur par une grande quantité de muscles simultanément en action, exerce une violence dangereuse sur la veine cave et sur l’oreillette droite ; si le cœur est obligé de précipiter alors ses pulsations ; si ce surcroit d'action ne peut qu'accroître une hypertrophie qui menace de le conduire au ramollissement anévrismatique, nul doute que l'exercice fatigant ne doit jamais entrer, comme moyen préservatif ou curatif dans le traitement hygiénique des personnes, qui ont à craindre les suites d’une irritation du cœur. Sans doute les médecins qui ordonnent ces exercices n’ont que de bonnes intentions ; ils prétendent corriger par l’innervation musculaire une nervosilé vicieuse, qu'ils attribuent à toute autre cause qu’à l'obstacle au cours du sang; ou bien ils se figurent que les troubles du cœur , lorsqu'ils sont apparens, sont eux-mêmes de nature nerveuse, et doivent céder à la révulsion vers l’appareil locomoteur. Il importe donc beaucoup de ne rien ometire dans les traités de séméiotique de ce qui peut éclairer la marche des affections du centre circulatoire , qui peuvent aboutir à l’ob-

stacle au cours du sang; mais comme ce travail n'existe dans aucun traité ex professo sur cette matière, puisqu'ils sont tous rédigés suivant les méthodes humorales, empiriques ou ontologiques , nous nous imposons l'obligation de consigner dans ces commentaires ce que nous savons de positif à ce sujet, lorsque nous aurons examiné toutes les propositions qui ont rapport à ces maladies.

COX

Les congestions inflammatoires et les sècrétions prouvent l'influence du syslème capillaire sur la circulation du sang.

L'irritation qui préside aux inflammations appelle le sang dans le tissu qu’elle occupe, empêche une grande quantité de globules de regagner les veines, en les fixant dans son foyer d’abord, et ensuite dans les environs. Elle n’arrèête cependant pas tout le sang qui est dirigé vers elle par l’impulsion du cœur; car toute inflammation finirait par un obstacle général à la circulation : au contraire, l'impulsion qu’elle donne aux artérioles de son pourtour agissant toujours sur ce Sang, précipite sa progression vers le sfstème veineux. Or, tous ces changemens du cours des fluides sont indépendans de limpulsion du cœur, tant que l’inflammation n'est pas assez intense pour précipiter son action; ils prouvent donc

( 577 ) l'influence du système capillaire sur la circulation du sang.

Il en est ainsi d’un sécréteur qui reçoit et renvoie plus de globules sanguins, quand un surcroît d’innervation indépendante du cœur le force à un surcroit de sécrétion : tel est le foie, stimulé par le passage du chyme dans le duodénum ou par un purgatif; telles sont les glandes salivaires, lorsqu'elles sentent la stimulation d’un siolagogue placé dans la bouche. Toutes ces actions capillaires locales pouvant déranger le cour régulier et monotone du sang dans son passage àtravers ces tissus, ne peuvent qu'influencer puissamment la circulation.

La proposition a rappelé tous ces faits à l’occasion des obstables au cours du sang , afin de présenter simultanément à l'esprit tout ce qui peut exercer une influence avantageuse où nuisible aux dyspnées que déterminent les obstacles du cenire circulatoire, et pour montrer comment l'irritation peut en provoquer de partiels.

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L’absorption prouve l'influence du système capillaire sur la progression des fluides non sanguins.

Ceux qui ne veulent reconnaître, pour la progression du sang, d’autre force impulsive que celle du cœur, sont obligés du moins d’avouer que ce viscère

n’exerce aucune influence sur l’absorption du chyle dans le canal digestif, et de la Iymphe sur les surfaces séreuses cellulaires, en un mot sur toutes les surfaces de l’économie. Mais nous venons de voir que le cœur est étranger aux congestions de sang qui naissent sous l’influence des irritations locales, soit normales, soit anormales, dans les muscles, dans les organes sécrétoires et dans tous les foyers d'inflammation ; il est donc évident que beaucoup de fluides centrifuges sont soustraits à l’impulsion du cœur, une fois qu'ils ont gagné l’exirémité de l'arbre artériel, et que d’autres fluides s’avancent vers le cœur, avec une partie des précédens, sans avoir derrière eux le vis a tergo du cœur.

Ces vérités physiologiques , trop long-temps méconnues , ne doivent pas être ici un simple objet de curiosité étranger au sujet que nous traitons. Cette influence des irritations des systèmes capillaires et de la contractilité des différens vaisseaux sur les fluides centripètes, explique comment il est possible que la circulation continue malgré l’inertie, le ramollissement et la rigidité du cœur devenu presque immobile, ou malgré les obstacles situés près de la source du torrent artériel et s’opposant à ce que la systole soit ressentie bien loin dans l'aorte. Cette même influence fait voir aussi que l’action propre des vaisseaux excréteurs et des exhalans doit beaucoup retarder l'apparition de l’hydropisie, en débarrassant le corps d’un superflu de sérosité que les lymphatiques et les veines ne peuvent plus résorber. Ces

‘considérations, jointes à la connaissance des lois vitales qui retiennent les fluides dans les tissus irrités, doivent servir à éclairer le praticien qui cherche des indications dans les cas difficiles : elles peuvent, par exemple , lui suggérer l’idée de provoquer l’action auxiliaire desorganes éliminateurs,sans toutefois les stimuler à un degré qui les expose à devenir eux-mêmes le siége d’un embarras partiel, qui ne ferait qu'ajouter à l’embarras général.

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Le malaise et l'angoisse des obstacles à [a circulation déterminent tôt ou tard la gastrite; les médicamens stimulans lui font faire des progrès.

Il est question de deux choses dans cette proposition, du malaise et de l'angoisse qu'occasione Ja difficulté du passage du sang dans le centre de la circulation , de la gastrite qui doit tôt ou tard en résulter. Nous traiterons successivement chacune de ces deux questions.

À quoi tient le malaise qu'éprouvent les personnes affectées d’un obstacle central au cours du sang ? Sans doute il a bien des causes, mais nous pensons que la principale est la difficulté de l’oxygénation de ce fluide. Cette difficulté dépend elle-même de ce que le sang, traversant les poumons avec trop de lenteur, le renouvellement de ce fluide n'est pas

( 58 ) | assez prompt dans les principaux viscères, c’est-àdire dans le cerveau et dans lPappareil digestif. En cffet, le prompt échange des molécules sanguines qui ont servi à une fonction quelconque est nécessaire pour que le sentiment de bien-être ordinaire de la santé persiste. Si donc cet échange est ralenti, le malaise se déclare ; et si le ralentissement continue , l'angoisse ne tarde pas à lui succéder.

Ce que nous avons dit plus haut en terminant nos dissertations sur le système nerveux doit être ici rappelé, pour rendre raison de ces espèces de douleurs que l’on désigne par les expressions vagues de malaise , mal-être , angoisse. Dans ce passage, nous avons prouvé que la continuation de la vie tenait essentiellement à des combinaisons moléculaires qui se font dans la matière semi-fluide du système nerveux, et dont l’oxygène et les principes fournis au sang par l’air atmosphérique sont les matériaux, Sinon uniques, au moins essentiels. Nous avons ajouté qu’aussitôt que ces matériaux manquaient à la matière nerveuse, elle perdait les conditions qui la rendent propre à exciter le jeu des fonctions , c’est-à-dire les fibres, qui sont les instrumens grossiers et visibles de ces fonctions: or, c’est ce changement funeste de la matière semi-fluide des nerfs, dont l’imminence produit le sentiment de mal-être que nous étudions maintenant.

Où est-il perçu? nous demandera-t-on ; dans 4ous les lieux où la matière nerveuse est en état d’expansion avec la matière sanguine apportée par les artères, compagnes constantes des nerfs, c’est-à-

( O8 } dire dans toutes les surfaces muqueuses et dans le cerveau, qui n'est lui-même qu'une immense expansion nervoso-sanguine. Puisque toutes les modifications tant soit peu considérables des nerfs se transmettent, avec la rapidité de l'éclair, d’une partie de ce système à toutes les autres, il re faut pas être surpris que la lenteur de l’oxigénationrépande le mal-être dans toute l’économie. D'ailleurs , la cause de ce mal-être est à la fois dans tous les crganes sensibles, qui tous en même temps s’ennuient des vieilles molécules sanguines, et en demandent de nouvelles à l'instinct conservateur. Si l’on s’enquiert du siége de cet instinct, nous dirons qu'il est partout dans le système nerveux; c’est-à-dire que la perception des besoins n’est autre chose qu'un résultat du changement de cesystème auquelsejoignent certains mouvemens, dont les principaux se passent dans l’encéphale, et surtout dans le cervelet et la moelle alongée. L’intellect lui-même ne peut avoir d'autre siége que l’ensemble de l'appareil sensitif : l’un et l’autre ne peuvent être que des mouvemens de cei appareil, occasionés par des changemens moléculaires qu'il éprouve ; et fixer sérieusement , sans parler par figures, des siéges particuliers à chaque phénomène intellectuel et instinctif, ou isoler dans l’appareïl encéphalique des prétendus incitateurs pour chaque organe, n’est pas moins ridicule que d’asseoir l'âme, comme une faculté matérielle, sur la glande pinéale, ou de la faire nicher dans la matière nerveuse de la protubérance annulaire. Les vivisecieurs peuvent bien quelque- 1. Path. 38

Li Mye- due

fois blesser dans son trajet un faisceau de fibres nerveuses qui se rend à tel muscle ou à tel organe : mais de cette expérience aux inductions qu'ils veulent en tirer, d’une multitude de facultés motrices, sensitives , instinctives , intellectuelles , indépendantes les unes des autres, et qui composeraient la république de l’encéphale, 1l y a loin, bien loin... Si l’on ne nous comprend pas aujourd’hui, nous nous ferons comprendre plus tard.

Après cette première cause du mal-être instinctif, nous .en ferons noter une seconde, une troisième , peut-être en trouverons-nous davantage. Mais d’abord il importe de bien isoler la première, et de la réduire à sa pure valeur.

Sil'oxigénation était toujours très défectueuse dans les dyspnées par obstacle au cours du sang, les autres causes de mal-être n'existeraient pas ; la vie ne conserverait pas assez d'énergie pour qu’ellesexistassent. Mais le danger est le plus souvent exagéré par le sentiment instinctif conservateur: en d’autres termes, pourun très léger déficit d'oxigénation, le moiconçoit desinquiétudes extrêmes chez certains sujets nerveux, de même que la plus légère irritation du canal digestuif inspire des craintes exagérées à d’autres sujets également nerveux, de sorte qu'il y a des hypochondriaques par vice d’oxigénation, comme il ÿ en a par vice de digestion. S'il n’en était pas ainsi, on ne verrait pas tant de personnes se plaindre d’étouffer pendant un grand nombre d’années, sans que jamais la couleur brune, la diminution de l'irritabilité, celle de la chaleur, etlesautres signes d’aboxigénation

se manifestassent. Qui ne reconnaît à ces marques l'analogie indiquée de l’asthmatique exagéré avec le dyspeptique, qui ne fait pas, selon lui, une bonne digestion dans ioute une année, et qui se sent dissoudre et dépérir, quoiqu'on ne le voie jamais expulser ses alimens, ni perdre une livre de son poids? N’est-il pas clair que le sentiment instinctif exagère à ces deux malades le désordre de leurs fonctions et le danger qui en résulte pour leur vie ? Gette proposition admise,on comprendra comment plusieurs autres causes de mal-être peuvent s'ajouter à notre première, qui n’est réellement autre chose que l’imminence de l’asphyxie. Ces causes sont l'irritation des organes par la stagnation forcée du sang dans leur tissu, l’action forcée de certains sécréteurs, surtout des muqueux, qui, stimulés par ce même sang, sécrètent plus qu'ils ne devraient, et encombrent les surfaces d’une mucosité mal élaborée.

Voilà bien les deux causes principales de mal-être qui doivent marcher après l’imminence de suffocation. La première ne manque jamais, et nous allons bientôt en voir les effets dans l'appareil digestif; la seconde est quelquefois en défaut; son existence dépend de la disposition spéciale des follicules muqueux. Nous en parlerons aussi, mais il faut en menüonner d’autres encore.

Certaines sensations sont affeciées à certains modes de stimulation des viscères. La terreur, par exemple, qui suspend l’action du cœur, est, dans le moment où elle produit cet effet, accompagnée d’un sentiment pariiculier que les personnes timides con-

naissent parfaitement. Eh bien! lorsqu'une irrilation par cause physique ralentit ou tend à suspendre tout-à-coup la circulation en prolongeant la systole du cœur, le même sentiment se reproduit, et les malades ont, sans causes morales, des sensations de surprise, de terreur, et des palpitations qui leur paraissent en dépendre. Il est possible toutefois que cette sensation ne suppose pas l'affection primitive du cœur. Tous les organes sont liés, et de même qu’une gastrite primilive suspend le mouvement inspiratoire par le spasme du diaphragme , elle peut aussi menacer de suspendre les pulsations du cœur, en prolongeant spasmodiquement sa systole. Il n’en faut pas davantage pour produire la sensation qui nous occupe : aussi, les hypochondriaques s'en plaignent-ils souvent. D’ailleurs , il n’est ni impossible , ni même rare que l'hypochondrie-cardiaque, qu’on me passe celle expression, s’associeàl’hypochondrie gastro-duodénale.

Les muscles sont nécessairement liés au cœur par des sympathies nerveuses que dirige l'instinct; s’il en était autrement, il y aurait désaccord entre eux et ce viscère, et, sous certaines influences morales, nous pousserions souvent l'exercice beaucoup trop loin. Or, c’est cetie sympathie qui fait que les personnes affligées d’un obstacle central au cours du sang soni obligées de s'arrêter, surtout quand elles commencent à marcher. Si cela dépendait de Foppression de poitrine, on n’y verrait que le mal-être que nous avons attribué à l’imminence d’une asphyxie éloignée ; mais, dans le principe du mal, ces

personnes ne rapportent souvent rien à la région pectorale, ou du moins, si elles y sentent quelque chose, ce n’est qu'après avoir poussé l’exercice jusqu'au point de se procurer de l’essoufflement. Mais le premier avis est donné, dans les cas que nous signalons , par ces muscles eux-mêmes, et résulte d’une espèce de fatigue et d'impuissance que l’on rapporte au milieu des cuisses et dans les masses musculaires. Les malades vous disent qu’ils se sentent les membres cassés, et qu'ils ont perdu toutes leurs forces, et cela bien long-temps avant qu'ils appellent votre attention du côté de la région thoracique. La perception douloureuse rapportée à Pappareil locomoteur estdonc encore une nouvelle cause du mal-être qui empoisonne l'existence des personnes chez lesquelles le centre de la circulation est affecté de manière à faire obstacle au cours du sang. ;

La dernière place parmi les causes du mal-être qui rend ces sortes de personnes si valétudinaires appartient à la congestion du sang dans }? eucéphole, Cette cause paraîtra peut- être à quelques médecins devoir être placée la première, à raison de l’importance de l'organe; mais, sil’on considère que plusieurs malades ne se plaïgnent jamais de la tête; que, parmi les nombreux désordres qui peuvent causer l’obstacle au cours du sang , il n'y a guère que lPhypertrophie du cœur qui agisse puissamment sur l'appareil cérébral, nous pensons qu: l’on sera disposé à se ranger de notre avis. Nous avons observé la chose de près, et nous avons remarqué que la seule difficulté du

dégorgement de la veine cave supérieure dans l’oreillette droite ne produit presque pas de symptômes cérébraux, où n'en produit que dans un état de la maladie fort avancé ; tandis que la projection violente du sang par un cœur dont les parois sont doubles de volume et d'énergie, menace continuellement le cerveau d’une congestion funeste. Aussi cette imminence de congestion est caractérisée para pesanteur, le tournoïement , les pulsations au sommet de la tête, la chaleur à la face et dans l’intérieur du crâne, les céphalalgies , les migraines, accidens qui se montrent en rapport avec les époques où les pulsations du cœur sont larges , fortes , bruyantes , et souvent accompagnées d’un sentiment d’ardeur et de bouillonnement dans la poitrine. Îl faut noter de plus que l'embarras et le malaise du cerveau ne sauraient exister sans la simultanéité du sentiment de fatigue et de pesanteur dans les membres: nouvelle cause à ajouter aux précédentes pour expliquer la somme des maux qui accablent les infortunés dont la circulation est grue dans son point central. On voit qu'il y a es raisons pour que les asthmatiques de tous genres

soient arrêtés dans leurs exercices musculaires. L'ordre que nous snivons nous appelle maintenant à la seconde idée de notre proposition, que le mal-être et l’angoisse doivent toujours amener la gastrite. Coinme les faits justifient surabondamment cette assertion, qui n’en est elle-même que lexpression , nous n'avons plus qu’à rechercher le gwomodo de la production de la gastrite, et cette recherche est nécessaire, puisqu'elle conduit à la connaissance

( 587 ) des moyens de prévenir une complication toujours fâcheuse.

La première cause de la gastrite est, d’après notre manière de voir, la stagnation forcée du sang dans les rameaux de la veine porte. Si la veine cave se dégorge difficilement dans l’oreillette droite, le sang doit séjourner dans le foie, et, par la même raison, dans la rate et dans tout l'appareil veineux des voies digestives ; maintenant, pour peu qu'ilsoit avoué que le sang est le stimulus naturel de nos organes, on doit comprendre quetoules les portions de la membrane muqueuse où cette stagnation est leplus considérable sont souvent sur-irritées , ou du moins prédisposées à le devenir. Mais que faui-il pour que leur prédisposition ait tout son effet ? Des stimulans, répondret-on sans doute, Eh bien! puisque la nécessité de l'alimentation expose sans cesse l’estomac à l’action de pareils agens , on ne doit pas s'étonner d’y voir naître si fréquemment une inflammation qui vient compliquer la maladie principale. Dans les premières années de l’obstacle, lorsqu'il n’est encore que peu grave , quoiqu'il puisse quelquefois le paraître beaucoup, comme nous l'avons expliqué, ces gasirites peuvent être aiguës. Nous rencontrons souvent la double affection dans ces maladies fébriles des jeunes sujets; mais plus tard, ou après quelques rechutes, elles sont nécessairement chroniques, et toujoars l’irritation est partagée par le duodénum, et plus ou moins par la partie supérieure de l'intestin grêle.

La seconde cause de Ja gastrite des obstacles à la circulation est dans la stimulation directe de lesto-

mac. L'intervention de cette cause déterminante est en effet si puissante, que l’obstacle au cours du sang ne produit pas d'une manière générale et uniforme la rougeur de la membrane muqueuse gastrointestinale ,ce qui ne manquerait jamais dans les cadavres de ces sortes de malades, si la rougeur des voies gastriques ne dépendait que de la stagnation forcée du sang. Nous avons ouvert, en 1826, depuis que nous avons écrit le Commentaire sur la proposition CLXXVI,p./411, plusieurs sujets quiavaient succombé à des affections organiques du cœur , et nous y avons irouvé la confirmation de ce qui a été dit dans ce commentaire. Ceux qui avaient présenté les sympiômes de la gastro-dnodénite offraiert une forte injection sanguine dans l'estomac, le duodénum et la partie supérieure du jéjunum , tandis que l'arc du colon, qui reçoit le sang des rêmes sources, et qui n’est pas plus éloigné de l'obstacle, était absolument sans rougeur. Un de ces sujets avait plus souffert du jéjunum et de l’iléon que de l'estomac ; ce furent ces intestins qui présentèrent la rcugeur : un quatrième , ayant eu la diarrhée , avait tout le colon pénétré de sang : un cinquième offrait des rougeurs intestinales par plaques isolées, ce qui seraït impossible si la rougeur du canal digestif dépenchit uniquement de l’obstacle au cours du sang et de la stagnation uniforme de ce fluide dans tous les tissus sous-diaphragmatiques.

Ce sont des observations de ce genre qui, constamment reproduites sous nos yeux depuis plus de vingtcinq ans, nous ont porté à conclure que si les auteurs

ont constamment trouvé une injection générale dans tous les tissus du bas-ventre à la suite des maladies du cœur et des gros vaisseaux, c’est qu’ils la favorisaient par leur méthode curative. Comme ils ne pensaient point à la gastrite, ils ne prenaient aucune précaution pour la prévenir. Les stimulans étaient prodigués, tantôt pour faciliter l'expectoration, tantôt pour combattre les spasmes, tantôt pour procurer le sommeil, très souvent dans l'intention d’évacuer les sérosités, et quelquefois même dans le but de modérer l’impulsion trop énergique du cœur, et le résultat constant de cette médication empirique était une gastro-duodénite avec turgescence du foie, qui ne faisait qu’ajouter aux angoisses des malades et préparer la plus effroyable agonie. C’est après de semblables morts que linjection sanguine se présente dans son plus haut degré d'intensité et de généralité ; mais lorsque l’on a soin de ménager l’irritabilité des voies digesüves, et de combattre les gastrites ou les entérites au moment de leur apparition, on ne trouve plus, à l'ouverture des cadavres, que les traces de l’irritation dont on n a pu triompher; mais il y a toujours assez d'espaces exempts de rougeurs, de gonflement, d'ulcération, pour montrer que ces altérations ne sont l'effet nécessaire n1 de l’obstacle au cours du sang, ni d’une inflammation qui en serait l'effet nécessaire.

C’est parcequ'on avait confondu l'effet des drogues avec l'effet de la maladie que la proposition les a Fistignés: in y avait que ce D AE de rendre cette dernière à sa simplicité primitive.

Après avoir terminé ce qui est relatif aux propositions qui traitent des obstacles au cours du sang, nous avons à remplir la promesse que nous avons faite, de donner quelques détails sur les symptômes qui correspondent aux irritations du cœur et des vaisseaux sanguins d’un certain volume, causes les plus ordinaires de ces obstacles. Ces maladies, le plus souvent obscures dans leur début , sont toujours claires dans leur état avancé, du moins comme obstacles au cours du sang ; mais quand on en connaîtrait les particularités anatomiques , on n’en serait pas moins réduit à la médecine palliative. C’est donc à les prévenir, ou du moins à les étouffer dans leur berceau , que le médecin doit particulièrement s'exercer. Mais, pour avoir l’idée d'entreprendre cette cure importante , il faut être dans le cas de prévoir les obstacles à la circulation long-temps avant qu'ils soient formés ; il faut deviner l’obstacle continu qui doit un jour donner la mort, par l'obstacle momentané qui n’alarme pas même le malade dans les cas les plus ordinaires, ou qui, s’il occasione de l'inquiétude , donne l'idée d’une affection toute différente.

Ce que nous nous proposons de faire en ce moment suppose que nous pensons que les traités de médecine sont incomplets sur les signes des maladies de la circulation encore peu prononcées. Effectivement, l’on ne trouve que des faits épars sur ce sujet dans les anciens classiques. Nul d’entre eux ne s’est exercé à les rapprocher et à établir des règles générales pour le diagnostic. Le Traité des

maladies du cœur, de Senac , et celui de Corvisart, ont jeté les fondemens de cette partie de la pathologie : mais combien ne laissent-ils pas à désirer sous le rapport de la physiologie © Corvisart luimême ne connaît pas le rôle de l’inflammation dans les obstacles au cours du sang ; et tout ce qui n'est pas vice organique ne lui paraît que névrose. Ce n'est pas ainsi que ces maladies doivent être envisagées; et, tout en profitant des travaux de cet illustre maître , qui nous sert toujours de modèle dans l'investigation du siége des maladies, nous allons essayer, sans néanmoins prétendre épuiser le sujet, de remplir quelques lacunes qu’il a dû laisser. Nous avons déjà traité , et nous traiterons encore ce sujet, quand loccasion s’en présentera, dans les Annales de la médecine physiologique ; mais cela ne nous dispense pas d’y revenir présentement. Tout au contraire, il est de notre devoir de recueillir les données éparses, de les rapprocher et de les consigner dans cet ouvrage, où il sera plus facile de les trouver et d’en faire l'application au besoin.

Pour remplir cette tâche avec plus de facilité, il nous paraît utile de revenir sur les maladies du cœur, considérées dans leurs rapports avec les phlegmasies des artères. On ne saurait trop, à noire avis , appeler l'attention des praticiens sur ce fait d’une grande vérité et d’une généralité alarmante, que l’état habituel de palpitation , avec un certain degré d’hypertrophie du cœur, opère insensiblement la désorganisation du système ariériel, souvent même simultanément du veineux, et prépare sour-

( 592 ) dement l’inévitable destruction de l'individu. longtemps avant que le cœur soit parvenu à ce ramollisserment qui est le signal d’une mort prochaine.

Toutefois, ces maladies si communes sont difhciles à reconnaître, parceque les phénomènes locaux sont d'ordinaire fort peu de chose, et que les influences sympathiques n’excitent pas fortement l’attention des praticiens. Quelles influences en effet pourrait exercer sur l’ensemble des fonctions une artérite chronique, dont les progrès sont si lents ? Elle en exerce sans doute, mais il n’est pas toujours facile de les discerner. Tout le monde n’éprouve pas de fièvre pour cause d’artérite , et le sentiment de chaleur , el les pulsations incommodes le long du trajet des artères , phénomènes qui ont coutume de déceler les artérites aiguës chez les personnes dont l’attention n’est pas distraite par d’autres douleurs, sont des symptômes que n’accusent point celles qui souffrent d’un organe plus sensible que les artères. Quelques sujets, à notre connaissance, ont très distinctement ressenti tout cela dans Îles artérites et les phlébites chroniques ; mais combien d’autres n’en ont aucune perception! C'est donc à la perspicacité du médecin qu'il appartient de suppléer à ce qui manque à ces sujets sous le rapport du sentiment de soi-même.

Les causes des maladies du cœur sont, selon nous, beaucoup plus multipliées qu’on ne le croyait autrefois ; en effet, outre l’hérédité, les violences extérieures , les efforts pour soutenir de pesans fardeaux , les courses précipitées , les quintes de toux

violentes , les affections morales, les excès vénériens, qui sont les causes connues de tous les médecins , il faut encore tenir compte des affections arthritiques dont quelques praticiens ont déjà parlé; des maladies éruptives et d’une foule de phlegmasies aiguës; genres de causes sur lesquelles on n’a pas assez multiplié les recherches. Il est, en outre, bien certain que les irritations de différens viscères, surtout celles de l'estomac et de l'utérus, agissent puissamment sur le cœur, et semblent quelquefois se transporter dans son tissu. Mais une des influences les plus puissantes, c’est la suppression des évacuations sanguines dont la constitution avait contracté l'habitude.

Il importe beaucoup de se faire une juste idée de la manière d’agir de toutes ces causes. Il ne peut plus être question maintenant d’une distension purement mécanique : il faut absolument voir l'irritation dans la première impulsion qui donne naissance aux hypertrophies et à toutes les autres dégénérations du cœur. Il est bien vrai que, dans quelques cas, l'agent d’irritation est mécanique; mais, son action s'exerçant sur un organe vivant, il ne peut laisser dans cet organe qu’une lésion des forces vitales : or, c’est cette lésion qui donne lieu à tous les désordres consécutifs, et cette lésion est une irritation. Supposons que le cœur soit comprimé par la pression du thorax, ou qu'il reçoive une commotion par une chute où par un coup qui ont porté sur les côtes qui lui correspondent , il restera toujours irrité. En effet, soit que quelques unes de ses fibres

( 594 ) charnues aient été déchirées, ou soit qu’elles n'aient souffert que par le tiraillement sans solution de continuité; soit que ses capillaires aient été déchirés au point qu'il en résultât quelque épanchement, ou que la commotion se soit bornée à une simple modification de la matière nerveuse du cœur ; toujours est-il que l'équilibre rompu ne pourra se rétablir qu'au moyen d’un travail organique qui exige du repos, ou du moins le moindre degré d'action du cœur compatible avec la conservation de la vie. Mais 1l n’est pas facile de procurer au cœur cette rémission si nécessaire ; le malaise qui accompagne la simple diminution de son action la rend insupportable à la plupart des sujets. On veut se sentir vivre, on veut être ranimé. Le médecin peut faire à son malade tout ce qu'il lui plait, pourvu qu'il le maintienne dans le sentiment bien vif de son existence, et qu'il l’exempte de toute douleur. S'il s’opiniâtre à le laisser dans un état de faiblesse , dans cet état qui lui présage l’anéantissement, il est toujours très mal reçu. D'ailleurs ce médecin n’est pas toujours appelé, 1l s'en faut bien, pour porter les premiers secours à la suite des accidens qui peuvent intéresser le cœur. Les malades cherchent donc, dans tous les cas, les moyens de se ranimer, et comme toutes les stimulations faites sur les surfaces de rapport aboutissent au cœur, la modification qu’il reçoit est précisément l'opposé de celle qui serait nécessaire pour prévenir toute altération consécutive. Îl se fait dans ce viscère un travail intérieur qui n’est autre chose qu’une nuance de l’inflammation , pro-

portionnée, pour l'intensité, au degré d’impulsion de la cause déterminante, accommodé d’ailleurs au tempérament propre de l'organe. Les premiers résultats sont tous, ou du moins la plupart, des accidens d’irritabilité et de sensibilité locale qui composent la série des névroses du cœur et des poumons: la première dégénération locale qui en résulte est l'hypertrophie ; la seconde et la dernière, c’est le ramollissement, présage certain de mort, à l’exception d’un petit nombre de cas où 1l se fait des altérations extraordinaires.

De toutes les causes mentionnées, celles qui paraissent le plus mécaniques après les précédentes, ce sont les efforts pour soulever un pesant fardeau, les quintes de toux, les courses précipitées, la grossesse, les tumeurs de l'abdomen qui s'opposent à l’ampliation de la poitrine, les épanchemens et les corps étrangers qui se forment dans la cavité gauche du thorax. Comme, dans tous ces cas, il y a double modification exercée sur le cœur: 1° celle du sang, qui, faute de trouver un débouché suffisant, est forcé de séjourner dans ses quatre cavités qu’il distend outre mesure ( cause mécanique ) ; 2° le surcroît d’innervation qui agit pendant long-temps du cenire nerveux sur la trame musculeuse de l’organe ( cause vitale }: on ne trouvera pas étrange que nous appliquions à cette étiologie ce que nous venons de dire sur la précédente, et même que nous ajoutions un à fortiore.

Les affections morales et les excès vénériens sont des causes exclusivement vitales : nous ne pouvons

voir dans leur action primitive autre chose qu’une violente innervation du cerveau sur le cœur, et des érections vitales extraordinaires qui attirent le sang dans la substance du cœur et donnent lieu à son hypertrophie et à sa dégénération. La résistance offerte aux parois musculaires par le sang qui s’y accumule dans la colère, dans l’orgasme vénérien , etc., doit être considérée comme une autre çcause d’irritation ; mais nous ne la croyons pas la plus puissante.

Selon nous, c’est la modification de l’encéphale et la sensation qu'elle détermine dans l’appareil nerveux sous-diaphragmatique, ainsi que dans les plexus pulmonaire et cardiaque, qui suspendent ou du moins amoindrissent l’action du cœur dans la terreur, dans la surprise et dans le premier moment de la colère. Cette sensation vient aussi d’une modification imprimée en même temps à la substance nerveuse formant les parois internes de l'estomac et des bronches et aux capillaires fondus avec cette substance ; c’est ce que prouvent les modifications du mucus de ces surfaces , la suspension de l’acte digestif, les exhalations sanguines de lhématémèse et de l'hémoptysie, la création subite de gaz, les démangeaisons du larynx tendant à pro voquer la toux, etc., que l’on observe dans le moment où ces passions se font sentir avec le plus d'énergie. Quoi qu'il en soit, c'est en même temps que ces modifications ont lieu, et que les sensations dont il s’agit sont perçues, que l’ampliation hbre du cœur est empêchée, que son état de systole est prolongé, que plusieurs petites pulsations

Ce e

sont substituées à une grande; et c'est, du moins à notre estime , en vertu de ce mode d'irritation du cœur qu'accompagne quelquefois une sensation ingrale rapportée à son tissu même, que les mouvemens du diaphragme et des muscles intercostaux sont suspendus. On n’a pas assez réfléchi à l'influence singulière de la régularité des pulsations du cœur sur la régularité des mouvements inspirateurs du thorax. Rien n'est plus frappant pour nous: une seule intermittence du cœur sufht pour interrompre la monotonie de la respiration et pour donner au sujet l’idée et la crainte d’une attaque de dyspnée et du malaise indicible qui l'accompagne. Cest effectivement ainsi que sont produites la plupart des attaques d’asthme : tant que le cœur spasmodisé, parcequ'l est irrité, ne se développe pas librement, les muscles inspirateurs sont enchaînés; le malade fait de vains efforts pour bien respirer, pour emplir sa poitrine de l'air qu'il se procure en faisant ouvrir portes et fenêtres : il ne peut y réussir tant que la convulsion spasmodique du cœur n’a point cédé.

Notez maintenant que l'estomac se montre toujours en mesure avec le muscle central de la circulation et avec les inspirateurs : dans le début de l'accès, cet organe est constringé , spasmodisé comme le cœur et comme Îes muscles quiobéissent au besoin de respirer, et dégage péniblement quelques gaz; sur la fin de l'accès, lorsque le cœur relâché se prête librement à la diastole et revient sur lui-même avec sou-

plesse dans la systole , les muscles inspirateurs sont 1]. Path. 99

forcés d'agir grandement, pour donner à la cavité du thorax une dilatation proportionnée au volume du sang que le cœur lance dans les poumons: et c’est alors aussi que l'estomac, également déspasmodisé et libre d'exécuter de grands mouvemens de contraction, parceque les inspirateurs peuvent le suivre ,; dégage amplement des gaz et fait sentir de l’appétence pour les alimens.

Si l’on voit l’expectoration se rétablir sur la fin des accès d'asthme, c’est moins parceque le spasme des capillaires muqueux de la membrane des bronches vient de cesser, que parceque le sang est mieux poussé dans les capillaires , et que les mouvemens d'expectoration ne sont plus empêchés par le spasme des muscles inspirateurs. Dans le fort de l'accès, ces muscles, retenus par le spasme du cœur, n’obéissaient qu’à la loi première qui les attache irrévocablement aux mouvemens alors eniravés du cœur et des poumors; maintenant que ces mouvemens sont libres et qu'ils peuvent êlremodifiés sans danger, l'instinct permet à la volonté de disposer des muscles inspirateurs pour faire cesser la sensation douloureuse, résultat de la présence du mucus sur la surface sensitive des bronches, et l’expectoration de ce mucus, devenu plus copieux à raison d’une impulsion plus forte du cœur, devient possible.

Tel est, à notre avis, le mécanisme des accès d'asthme, de la plus grande partie du moins; tant qu'ils durent, le mouvement circulatoire est diminué d’intensité : le renouvellement des molécules sanguines dans le cerveau et dans les poumons est ralenti. C’est

de là que résulte le grand malaise qui accompagne ces attaques, etnon pas du défaut de l’expectoration. L’impossibilité du déplacement , et surtout de la marche, vient évidemment de l’imminence de suffocation qui accompagne tout mouvement des membres tendant à empêcher ceux déjà si laborieux de l’inspiration, ce qui n’est pas difficile à concevoir. En effet, les muscles des membres prenant leur point d'appui fixe sur le tronc, aucune locomotion ne peut se faire qu'aux dépens de la régularité des mouvemens inspirateurs. [| faut avoir de l’air de trop dans les vésicules bronchiques pour pouvoir marcher; or, le malade qui est dans l'accès d'asthme n’en a pas suffisamment , parceque ses poumons ne peuvent se dilater assez pour renouveler celui qui occupe les bronches, parceque la mucosité qui encombre les cavités bronchiques ne peut être suffisamment expulsée, etc. Comment donc serait-il possible que linstinct consentit à l'immobilité du thorax pour satisfaire un caprice de la volonté? Quand la cause des accès d’asthme n'est pas une affection primitive du cœur, ce peut être l’irritation des bronches qui s'oppose à leur arnpliation et accumule le sang dans les vaisseaux pulmonaires. L'on a aussi quelquefois de fortes raisons pour croire que cette cause n’est autre chose que l'irritation de l’estomac: on en juge par les étouffemens qui naissent si fréquemment chez certains sujets par l’exaspération accidentelle d’une gastrite. Quoi qu'il en soit, en admettant la réalité de ces deux causes locales , il resterait encore à décider si les irritations de l'estomac et des bronches n'agissent

{ bOù } pas plutôt en influeñçant le cœur et le mettant par sympathie dans l’état spasinodique où il se trouve idiopathiquement dans les aitaques d'asthme primitif, qu’en agissant, comme on Île croit vulgairement en médecine , sur Je diaphragme et sur les muscles inspirateurs.

Aucun physiologiste n'aura l'idée de placer l'asthme dans les nerfs de l'appareil inspirateur; mais on pourrait être tenté d'en établir la cause dans le cerveau ou dans la moelle cervicale, puisqu'on y place bien celle de l’hypochondrie et de l'hystérie. On ne peut pas douter que les congestions cérébrales ne produisent la dvpnée mais je n'ai point encore aperçu dans Îles accès de dyspnée périodique de signe préalable ou concomitant d'une accumulation de sang dans le cerveau.

Ces développemens qui nous ont paru nécessaires pour bien comprendre le mode d'action des causes vilales qu altèrent l'organisation du cœur, servirent en même temps à ie connaître notre manière de voir concernant l’asthme, névrose dont il n'est point question dans les propositions sur Ja pathologie. Nous ne pouvions en effet rallier cette névrose à aucune affection mieux qu'à celles de lPorgane qui ne peut êlre celui de la circulation sans être en même temps le principal régulateur de Ja respiration. Continuons la recherche des causes qui préparent les obstacles au cours du sang.

Nous avons dit, dans le Traité de physiologie appliquée à la pathologie , que l’inflammation s’introduisait dans le système artériel, tantôt en remon-

Com)

tant du système capillaire, et tantôt en descendant du cœur : nous avons ajouté depuis qu’indépendamment de la voie des propagations, qui n’appartiennent qu'aux cas de cardite, le cœur pouvait encore enflammer la crosse de l’aorte par la violence du choc que lui fait éprouver le sang qu'il lance contre elle lorsqu'il se trouve dans un état d’hypertrophie. Nous allons encore plus loim; car nous pensons, et nous l'avons déjà plusieurs fois exprimé, que sans être hypertrophié, de manière du moins à pouvoir nuire au système artériel pendant l’état apyrétique, le cœur peut, quand :l est fortement excité par une inflammation violente , chez un sujet pléthorique, darder le sang contre la crosse aortique de manière à y établir une phlegmasie latente qui plus tard amènera la désorganisation de cette partie du tube artériel.

Nous ne croyons pas, et nous parlons toujours d'après les faits, que toutes les inflammations À niques de la crosse de laorte, qui sont toujours accompagnées de sa dilatation, doivent nécessairement se propager dans cette artère ; mais nous pensons qué cette propagation a lieu dans un grand nombre de cas. Au surplus, ce n’est pas elle qui produit l’obstacle central au cours du sang; mais ce peuvent être les concrétions inflammatoires qui se forment non ioin du cœur, plus ou moins près de la crosse aortique.

Nous n'avons pas acquis la certitude que le système veineux soit toujours enflammé conjointement avec le système artériel; mais nous pensons que

( Go à

cette complication doit être fréquente. Notre motif, c’est que, dans tous les cas où il y a propagation de l'inflammation de la surface interne du cœur dans les artères, cette propagation doit également se faire dans la veine cave; et cela d'autant plus que toutes les accélérations du cours du sang distendent du plus au moins oreillette droite et l'embouchure de cette veine. |

Après les causes mécaniques et les causes vitales de l’état normal, nous passons naturellement aux causes vitales de l’état anormal; c’est-à-dire, aux irritations morbides des autres organes, qui déterminent celles du cœur et des gros troncs vasculaires qui s’y insèrent. Îci se placent en première ligne le rhumatisme et la gouite, puisqu'on n'est pas encore las de donner ces noms ridicules aux irritations de l’appareil locomoteur ; mais ces affections sont loin d’être les seules qui puissent donner lieu aux désordres de la circulation. Tous les déplacemens peuvent se faire au désavantage du cœur : ainsi Jes maladies chroniques de la peau peuvent l’affecter aussi bien que les aiguës ; mais il est des irritations opiniâtres qui, sans se déplacer, excitent sur le cœur une grande influence, qui même l'affectent d'autant plus vivement qu'elles sont elles-mêmes plus intenses ; et ces irritations sont celles de l’utérus, et surtout celles de l’estomac.

Nous avons dit, en commentant la proposiion CLXXIV , ce que nous pensions de la manière dont les inflammations aiguës produisent les irrita- tions du cœur et du système vasculaire. N'ayant rien

à y ajouter, nous allons nous occuper à résumer les signes qui peuvent faire craindre la formation d’un obstacle au cours du sang.

Ces signes peuvent être tirés de plusieurs sources :

1° Du cœur, dont les pulsations se font sentir avec force au moindre exercice , surtout dans l'ascension , et sont plus ou moins irrégulières. Quelques personnes sentent de temps à autre une suspension de l’action du cœur, ou une espèce de bouleversement et de révolution momentanée de cet organe qui dérange la régularité de leur respiration et leur cause un moment d'inquiétude ; d’autres éprouvent de la douleur au cœur lui-même ; ce qu’elles expriment différemment, suivant leur susceptibilité et les points de comparaison qu’elles peuvent trouver dans ce qu'elles ont senti en d'autres temps et par d’autres causes. Tous ces phénomènes ne sont d'abord que Passagers. et les médecins les qualifient de nerveux. C’est fort bien, s ils n'ont en vue que de rassurer leurs malades ; mais cela ne doit pas leur inspirer à eux-mêmes trop de sécurité.

2° Des pulsations artérielles, qui sont dures, vibrantes, pleines , et de temps en temps suspendues d’une manière correspondante aux intermittences du cœur.

5° De la fonction respiratoire. — Elle se suspend toujours du plus au moins à l’occasion des irrégularités du cœur. Ainsi, quand elles ne sont que momentanées , la respiration n’est aussi dérangée que pour un instant ; mais, pour peu que le spasme du

( 604 ) cœur soit durable , il y a des altaques d’asthmé qui, d’abord eourtes et légères, deviennent ensuite longues et fortes. Une sensation de plénitude et de démangeaison dans Île trajet des bronches les accompagne. Ces attaques sont sèches dans le commencement; puis elles se terminent par une expectoration plus ou moins épaisse et copieuse, dont plus haut nous avons donné l'explication. #’oyez page 598. On doit aussi rapporter à la lésion de l'appareil respirateur une douleur que les malades perçoivent derrière la partie supérieure du sternum, et inférieure de la trachée, suivant la ligne médiane, avec sentiment de plénitude ou de démangeaison, et tendance à tousser. Cette douleur s’augmente par l’exercice , par toutes les émotions, cesse après le repos, revient plus tard, et est toujours fort importune. Chez quelques uns elle parait provoquer une toux sèche, par secousses isolées, assez semblable à la toux gastrique. Ce signe nous a fréquemment suffi pour nous porter à explorer le cœur, dont les malades ne parlaient pas; et le diagnostic s’est con-

firmé.

4° Des sensations percues dans la région du thorax.— Douleur ou endolorissement à la région du

cœur, dans tout le côté gauche de la poitrine, et même à l'épaule et sous l’omoplate : sensation de compression comme Si les organes contenus étaient trop volumineux, ou la poitrine trop étroite.

5° De la lésion du mouvement musculaire.— Cette lésion dans la région du thorax correspondante au cœur, jointe au sentiment de compression dont

nous venons de parler, qui semble rapprocher le sternum de la colonne vertébrale, constitue Île groupe de symptômes nerveux que l’on nomma d’abord angine de poitrine, et depuis, névrose sterno-cardiaque, ou sterno-cardialgie. Elle se caractérise assez clairement par une vive douleur avec les caractères indiqués , qui se propage à l'épaule, au bras, et même parfois } LR l’avant-bras, et qui ébheË les malades de s'arrêter. Il y a simultanément dérangement de laction du cœur, qui est toujours le point de départ de la douleur et du spasme des muscles environnans ; les pulsations de cet organe sont petites et précipitées ; et 1l s’y joint une constriction à l’épigastre , une éructation gazeuse. Les irès légères nuances de ce groupe de symptômes ne doivent pas le faire méconnaître ; quelques sujets se trouvent, dans le début, forcés de s’arrêter en marchant , et surtout en montant , par un sentiment qu'ils ne peuvent définir, et même sans qu’ils éprouvent aucune douleur à la région cardiaque. Qu'on examine le cœur et les artères dans ces mal-être mal définis, on aura bientôt la certitude qu'ils tiennent au spasme du cœur , dont les systoles et les diastoles normales sont remplacées par une espèce de frémissement. C’est ce changement subit qui suspend la locomotion comme la respiration, et c’est à la lésion du cœur plutôt qu'à une vague modification du système nerveux qu'il faut s'en prendre.

Dans les muscles des extrémités pelviennes, les sensations pénibles et les lésions du mouvement musculaire ne sont autre chose que le sentiment de

fatigue rapporté aux genoux ou bien au milieu des cuisses, dont nous avons parlé ailleurs , et qui oblige également les malades à suspendre leur marche. S'ils n'accusent point encore la région du cœur, qu'on l'explore sans hésiter, ainsi que le système artériel, et l’on aura bientôt l'explication de la prétendue faiblesse dont se plaignent ces sortes de sujets, qui bien souvent sont d’une constitution athlétique.

6° Des lésions de l’encéphale. — A est des cas, et ce sont ceux d’hypertrophie du cœur, où les premiers signes se manifestent par des pesanteurs et des douleurs de tête, des vertiges, des éblouissemens , des migraines qui correspondent à l'exaltation de l’action du cœur, à des chaleurs qui montent au visage, à des pulsations dans les artères de latête, qui même quelquefois semblent soulever le crâne ; d’autres fois, les malades éprouvent des sensations de surprise, et même de terreur, dont ils ne sont pas maîtres, et qui souvent les étonnent beaucoup. Pour peu qu'il y ait combinaison de ce symptôme avec un séntiment de chaleur et de bouillonnement à la région du cœur, la chose devient assez évidente ; mais quand le malade n’appellerait pas l'attention vers ce dernier organe, le médecin devrait se teur pour prévenu qu'il importe de l’explorer. On ne peut que rapporter également à l'excitation de l’appareil encéphalique l'inquiétude dans les membres, et la nécessité de changer souvent de place, symptôme qui se rencontre quelquefois chez les sujets dont la circulation se fait avec trop d’impétuosité.

= De l'estomac et du duodénum. — Ge signe ap-

partient, comme le précédent, aux hypertrophies du cœur commençantes. Il est rare en effet que ceux chez qui les pulsations du cœur sont violentes n'aient pas la langue rouge et pointue , le creux de l'épigastre un peu sensible, et la région hépatoduodénale rénitente, et plus ou moins endolorie. Nous présumons que cela tient à la sympathie qui associe le cœur avec l'estomac ; mais il serait possible, etmême dans certains cas on serait tenté de le croire, que l’irritation gastro-duodénale füt entretenue par l’engorgement sanguin du foie causé par la difhiculté du dégorgement de la veine cave. La thérapeutique semble confirmer ce soupcon lorsque l’on voit qu'une application de sangsues faite à l’hypochondre droit enlève mieux cet engorgement que les saignées générales ou les saignées capillaires pratiquées à la région du cœur. Nos lecteurs n'auront pas oublié sans doute que la constriction de l’épigasire, la formation et le dégagement des gaz accompagnent presque toujours les spasmes du cœur qui interrompent la régularité des mouvemens respirateurs. Ajoutons que les signes tirés de l’estomac et du duodénum n’ont de valeur que par leur coïncidence avec ceux qui dépendent du cœur. Mais il est quelques cas où les malades ne font attention qu'aux premiers, et Von doit être prévenu de la possibilité des seconds pour ne pas faire de bévues.

8° De la lésion de l'absorption générale. — 1 est en effet des personnes qui, venant consulter pour la première fois le médecin , ne se plaignent d’autre chose que d'une disposition à l'infiltration et à

l'œdème autour des malléoles : il en est d’autres qui accusent simultanément une plénitude de l’abdomen , où l'on trouve une fluctuation obscure. Lorsqu'il ne se présente aucune autre cause pour rendre raison de ces imminences d’hydropisie , le devoir du médecin est d’explorer les organes de la circulation : souvent il y trouvera l'explication du vice de l'absorption, quoique d’abord les malades n'aient point appelé son attention de ce côté.

Nous passons sous silence tous Îles signes de l'obstacle central à la circulation, considéré dans son plus haut degré d'intensité, attendu que cet ouvrage n’est destiné qu’à l'exposition des faits imparfaitement observés, et à la discussion des points ltigieux de la médecine ; et nullement à l’exposition didactique des signes et de la marche des maladies.

COXXIIL .

Le scorbut est uu état particulier des solides et des fluides produit par une assimilation imparfaite ; ses causes sont donc multipliées , mais le froid, Le défaut de lumière, la tristesse et les mauvais alimens, sont les principales. L’extravasation des fluides est un des principaux effets de létat scorbutique, parceque cette maladie rend tous les tissus fragiles; maïs les visceres, et surtout l’appareil encéphalique , résistent

( 609 ) plus que les tissus dont le squelette est revêtu.

On a répété à satiété que le scorbut dépend toujours de causes débilitantes. Ce n’était pas assez dire, puisque toutes les débilités ne sont pas accompagnées de scorbut. Nous fondant sur la tendance générale des tissus à la décomposition, que l’on observe dans celte maladie, nous avons émis l’idée d'un vice de la nutrition qui ne peut être expliqué que par l’affaiblissement radical de la force de composition vitale qui préside à la formation de nos liquides et de nos solides.

Si l'on s’en rapportail à quelques auteurs, on serait tenté de poser en thèse générale que le système nerveux n’est point atteint par le scorbut, et que les viscères en sont exempts; on pourrait se fonder pour la première opinion sur Lind, qui prétend avoir toujours trouvé le cerveau et les nerfs en bon état, pendant qu'il existait de grandes désorganisations dans la poitrine et dans l’abdomen ; on appuierait la seconde sur le rapport de plusieurs médecins navigateurs qui citent des guérisons nombreuses de scorbutiques qui semblaient près de l’agonie, aussitôt qu'il a été possible de leur procurer des vivres frais.

Mais si l’on considère, d’une part,que les désordres de l’encéphale n'étaient pas bien connus de Lind, de l’autre , que les désordres qu’il a trouvés dans les cavités splanchniques prouvent que les viscères

ne sont pas épargnés dans le scorbut, on est forcé de changer d'avis. Pour nous, en observant de plus en plus cette maladie, nous avons acquis la certitude qu'elle est souvent très compliquée, et que le sysième nerveux et les viscères y sont primitivement affectés, bien que les épanchemens et les altérations organiques se manifestent d’abord dans les parties extérieures. En effet, le scorbutse développe, malgré les meilleurs alimens, dans les locaux peuéclairés , où beaucoup d'hommes sont rassemblés ; on le voit durant les saisons humides, dans les hôpitaux où la nourriture est le mieux appropriée aux constifjutions des convalescens; les alimens salés, indigestes, mal conservés, le développent difficilement chez les pauvres quand ils vivent au grand air, et surtout dans des lieux secs et élevés ; la tristesse, surtout le découragement, favorisent son développement; il se mêle toujours au cortége des symptômes de la gastrite chronique, même dans l'atmosphère la plus pure, quand les malades sont long-temps privés de toute espèce d’alimens, et surtout lorsque l'inflammation occupe toute l'étendue du canal digestif, et qu'elle maintient pendant un temps fort long la membrane muqueuse dans une couleur rouge foncée ; tandis qu’on ne le voit jamais compliquer les affections chroniques où cette membrane conserve son intégrilé, à moins que l'humidité et Île défaut de lumière n'aient agi longuement sur Îles malades.

Il nous semble qu’on peut conclure de ces faits que le vice de la force chimique vivante qui consti-

( 611 ) tue vraiment le scorbut n’est point essentiellement étranger à la matière nerveuse. Cela peut être dans les scorbuts uniquement occasionés par les mauvais alimens que l'économie s’est vue forcée de s’approprier dans un aïr sain, mais cela ne doit pas se rencontrer dans les affections scorbutiques déterminées par un air humide, sombre, miasmatique, et par la tristesse , toutes causes dont les premiers effets se portent sur la matière nerveuse ; par conséquent, sans que cetie matière paraisse altérée dans sa texture, elle n’en est pas moins malade, ainsi qu'elle l’est dans tous les autres cas pathologiques où les sujets ont subi de pareilles modifications. Si Lind, qui peut nous rassurer sur l’état du cerveau, avait eu les données d'anatomie pathologique que l’on possède aujourd’hui, il n'aurait point conclu de l’absence des traces de suppuration à l'intégrité parfaite de l’encéphale : il aurait su que la matière nerveuse peut être profondément altérée sans qu’on en découvre de traces après la mort, et qu’il faut juger de son intégrité plutôt par la manière dont s'exécute l'innervation , que par l'apparence extérieure du tissu nerveux. D'ailleurs, il est, comme nous venons de le dire, des signes d’altération du cerveau que cet auteur ne connaissait pas ; l’injecion de la substance pulpeuse, blanche ou grise, son endurcissement, son ramollissement, la plus faible altération de sa couleur, les opacités, les infiltrations , les adhérences même légères des membranes , sont des témoignages posilifs que la matière nerveuse a beaucoup souffert avant la mort.

6 Gus)

Nous pouvons donc penser qui si les auteurs ont trouvé le cerveau et les nerfs non-attaqués dans le scorbut, c’est qu'ils en jugeaient sur une comparaison superficielle :1Îs rencontraient des traces d’inflammation adhésives, suppuraioires et gangréneuses , squirrheuses, dans la poitrine, dans le péritoine et dans les tissus cellulaires et séreux de l'abdomen, et ne trouvant rien de pareil dans l’encéphale, ils concluaient à l'intégrité parfaite de la substance nerveuse au milieu des plus affreux désordres des autres tissus. Telle est la cause de l'erreur. Mais l’altération de la membrane muqueuse des voies digestives et ulmonaires suppose ceile des expansions nerveuses qui en font partie; et d’ailleurs, jamais cette matière n’est profondément affectée sans que la pulpe cérébrale ne le soit. On voit toujours se détériorer les fonctions du cerveau avec celles du sens interne gastrique , et toutes les fois que le cerveau dirige mal les fonctions auxquelles il préside, on peut être assuré que la substance qui le compose est plus ou

moins altérée. É Ce n’est pas seulement en altérant a pulpe cérébrale que la gastrite produit le scorbut; c’est aussi parcequ'elle empêche l'assimilation. On a déjà plusieurs fois eu l’idée de comparer le scorbut à la fièvre putride. Cette comparaison est juste. La fièvre putride n'étant qu'une gasiro-entérite aiguë qui décompose la membrane interne chargée du premier acte de l'assimilation, doit produire sur la composition des fluides et des solides des effets à peu près analogues à ceux de la gastro-entérite chronique,

cause connue et généralement avouée de la dégénération scorbutique. Si donc on voit des gencives rouges et putrides avec des taches violettes à l’extérieur du corps chez les personnes qui sont sur le point de succomber aux progrès d’une gastro-entérocolite, soit aiguë , soit chronique , on doit regarder ces altérations comme représentant des ulcérations de même nature qui se sont faites préalablement dans la surface interne du canal digestif. Nous avons déjà dit dans nos discussions sur les faits que l’on consigne périodiquement dans {es Annales, que toutes les fois qu'une phlegmasie de membrane se prolongeait et prenait de l'extension, elle passait à la couleur brune ; eh bien! cette couleur brune, quand elle devient générale sur la peau, est une preuve d’un vice de l'assimilation , et les pétéchies ou les vibices qui s'y ajoutent quelquefois ne sont que des ecchymoses produites par une modification vitale analogue à celle que nous voyons dans le scorbut. |

Ne peut-on pas, d'après ces données, avancer que la modification première d'où dépend cette maladie , a son siége dans la membrane interne du canal digestif, lors même que ceux qui en offrent les premiers signes extérieurs , tels que faiblesse des muscles locomoteurs , taches livides, gengivites à couleur brune, n’accusent aucun des signes qui caractérisent, dans les cas ordinaires, l’inflammation aiguë ou chronique de cette membrane ?

I] resterait à déterminer quelle est cette Hodif cation de la muqueuse digestive, qui brunit, ecchy-

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