COX VI
L’hydropisie reconnaît pour causes physiologiques les obstacles au cours du sang et de la [ymphe, l'influence sympathique d’une phlegmasie chronique, la cessation d’action des capillaires dépurateurs, lassimilation imparfaite et la débilité.
La première de ces causes ayant été développée en traitant des obstacles au cours du sang et des au= tres fluides, nous n’avons plus à nous occuper que des autres. L'influence sympathique des phlegmasies chroniques sur les tissus cellulaires et séreux plus ou moins éloignés, est une cause d’hydropisie aujourd’hui généralement connue et avouée de tous les praticiens. Nous aurons cependant quelques, développemens à donner à ce sujet. |
Les phlegmasies chroniques du tissu cellulaire, ou les phlesmons chroniques qui n’intéressent pointles viscères, agissent de deux manières : 1° par la propagation du foyer d’irritation, c’est ce qui produit l’état œdémateux d’un membre à l’occasion d’un
foyer de suppuration qui n’en occupe qu'un point assez circonscrit ; 2° par une influence sympathique qui se manifeste au membre opposé, ou dans toute autre région du tissu sous-cutané. Nous avons vu une contusion du scrotum produire un gonflement œdémateux qui fut bientôt suivi d’une hydropisie générale dont les membranes séreuses ne furent pas exemptes. Îl faut joindre à ces deux modes de production des hydropisies la communication de l'inflammation aux ganglions , aux veines et aux principaux . troncs des vaisseaux absorbans d’un membre, lorsque le phlegmon est placé de manière à devoir les intéresser.
Lesinflammations chroniques des parenchymes viscéraux, tels que les poumons, le foie, la rate, produisent les épanchemens séreux dans différentes régions par des influences à peu près analogues: nous y reconnaïissons, 1° celle du tissu cellulaire qui entre dans leur propre composition; cette influence se fait d’abord sentir à leur membrane séreuse; elle se répète ensuite du plus au moins dans Île reste des surfaces où s’exécutent l’exhalation et l’absorption; 2° la part que les ganglions et les vaisseaux lymphatiques du parenchyme malade prennent à l’irritation dont il est atteint; 9° l'obstacle que la congestion locale peut offrir, en comprimant les grosses veines, au retour du sang vers le cœur; 4° l’appel de fluides continuellement fait vers l'intérieur, qui dérange la régularité de l’action de la peau et finit par détruire l'habitude de l’exhalation cutanée; 5° lempêchement de lPaction des reins.
Les inflammations chroniques des membranes muqueuses ont aussi diverses manières de produire l’hydropisie : elles agissent suivant nous, 1° en empêchant l’action de la peau et des reins par l'appel des fluides séreux à l’intérieur ; leurs follicales ayant changé de fonctions, se trouvent convertis en éliminateurs anormaux, au détriment des véritables élimimateurs, qui perdent leur habitude d’action; mais comme les excrétions muqueuses ne suffisent pas à l'évacuation de toute la sérosité super-
flue ; le mouvement qui la retient à l'intérieur se communique aux tissus séreux et cellulaires dont les surfaces se remplissent de fluides ; 2° par l’affaiblissement qu’elles causent, soit en évacuant une grande quantité de gélatine, soit en s’opposant à l'assimilation première, soit en épuisant les forces par les contractions musculaires qu’elles mettent en jeu et les douleurs qu’elles déterminent; tels ‘sont les efforts de toux inséparables des catarrhes pectoraux prolongés ; les mouvemens convulsifs et les douleurs de membres qui accompagnent les dysenteries et les diarrhées chroniques ; 5° par lin-
fluence qu’elles exercent sur les gros vaisseaux, et en leur communiquant l'inflammation, par exemple, à la veine-porte.
Les inflammations chroniques des membranes séreuses agissent par des influences moins compliquées. Elles en ont d’abord deux qui leur sont communes à toutes : c’est d'interrompre l’action des éliminateurs normaux par l'appel des sérosités, et de disposer sympathiquement les autres surfaces
d’exhalation, grandes ou petites, à retenir aussi leurs fluides. Cette influence s’exerce aussi, et même à fortiori, d'ane région d’une membrane séreuse sur tout le reste de son étendue, dans les cas où la phlesmasie séreuse est très circonscrite. Ensuite 1l faut tenir compte des effets mécaniques de la collection séreuse des grandes cavités, qui exerce toujours sur les grosses veines une pression plus où moins nuisible au retour du sang chargé de lymphe vers le cœur, et à l'introduction, dans les radicules veineuses, de celle que les bouches lymphathiques ont résorbée. Nous ne parlons point de l'influence des hydrocéphales sur les tissus cellulaires ou séreux des autres parties du corps; elles produisent des accidens plus formidables que ceux de l’hydropisie.
La cessation d’action des capillaires dépurateurs, c'est-à-dire de la peau et des reins, vient de figurer comme un effet des différentes phlegmasies chroniques, dans lesquelles sont comprises toutes les subinflammations des mêmes organes. Îl ne s’agit done maintenant que de considérer cette cessation comme cause première des hydropisies. Ces cas se présentent toutes les fois que l'impression subite du froid sur la peau, déterminée , soit par l'air, soit par un hiquide dans lequel on est plongé, soit par l'incubation sur un corps plus froid que le nôtre , a supprimé la transpiration, et qu'on voit survenir une hydropisie générale ou bornée à une partie du corps intérieure ou extérieure. On doit rapprocher de ces cas ceux où le torrent transpiratoire est Lout-à-coup arrêté par une affection morale
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de celles qui produisent le frissonnement ou lhorripilation, comme la terreur, l'horreur avec sentiment d’aversion, ou par l'ingestion subiie d’une quantité d’eau très froide, pendant que le corps est en sueur ; enfin Jon ne peut s'empêcher de voir la même modification physiologique, c’est-à-dire la succession de l'action exhalante intérieure à l'élimination séreuse,de la peau dans les hydropisies qui suivent immédiatement l'application d'un astringent qui a déterminé la répercussion de la gale, des dartres, et même d’une inflammation aiguë , comme l'érysipèle. Depa reilles hydropisies ont été quelquefois provoquées par les frictions avec des pommades chargées de sulfate d’alumine , de sulfure de potasse, owpar des bains avec l’eau imprégnée de su- blimé corrosif , administrés pour gere des prurigos ou des gales rebelles.
Il est des dispositions de. l’économie, d'ailleurs ‘très difficiles à réconnaître, qui sont si peu favorables à l’action des reins et des exhalans cutanés, que si l’on ingère subitement une grande quantité de liquides , la sérosité qu’ils fournissent n’est point éliminée-par les. voies normales, mais se trouve vicieusement dirigée, vers les surfaces exhalantes, cellulaires et séreuses, où.elle produit de véritables hydropisies. C’est ce que nous avons observé chez différentes personnes qui avaient avalé en peu de temps une grande quantité de liquide, ni lrop chaud, ni trop froid, .et d’ailleurs assez innocent, comme du bouillon, de da tisane pectorale ou diurétique ; de l’eau pure, etc.; les unes pour se
guérir d’un rhume ou d’une gastrite ; les autres pour se délivrer d’une uréthrite ; d’autres, enfin, dans l’intention de faire avorter un accès de goutte. Dans tous ces cas, on peut dire que l’avidité des absorbans surpasse l’activité des exhalans éliminateurs. Cette disposition existe quelquefois chez ceux qui ont été subitement affaiblis par de grandes pertes de sang : ayant pompé de grandes quantités de liquides, ces hommes deviennent hydropiques à la manière des chiens auxquels on a injecté beaucoup d’eau dans les veines.
L'action sécrétoire des reins peut être subitement arrêtée par une néphrite, une gasirite, etc. Il est rare qu'il en résulte une hydropisie; mais on conçoit la possibilité du cas, si quelque autre modification de l’économie s’opposait à l’action sup-. plémentaire de la peau.
L’assimilation imparfaite est mise par la proposition au nombre des causes principales de l’hydropisie. Îl n’y a rien en cela qui doive paraître étrange, d’après ce que nous avons dit à l’article scorbus. Nous avons observé des cas où l’usage des alimens crus et très aqueux occasionait lJ’œdématie des extrémités et même de tout le corps, sans dégénération scorbutique , bien que les malades ne fussent point sous l'influence d'un air humide, froid et marécageux ; à plus forte raison doit-on s'attendre à la disposition œdémateuse chez les personnes vivant d’alimens de mauvaise qualité, ou mal conservés durant les hivers des années stériles, dans les pays bas et humides, et dans les villes assiégées , où
( 625 } l’on boit de l’eau corrompue, où l’on baigne dans un air humide et infect, où l’on vit d’alimens moisis, pourris, et souvent fort indigestes ou tout-à-fait inusités.
Enfin la débilité figure en dernière ligne parmi les causes de l’hydropisie , quoique pendant longtemps elle ait occupé le premier rang dans les auteurs classiques. Îl ne s’agit ici, comme on le conçoit assez, que de la débilité pure , et nullement de celle qui concourt avec les causes précédentes à la production des hydropisies ; car il n’est pas possible de mettre en question si les longs obstacles au cours du sang et de la lymphe, les phleomasies chroniques, la diseite, le scorbut, l'humidité, les mauvais alimens, affaiblissent le ressort dela contractilité et diminuent la puissance d'absorption. On trouve la débilité sans mélange chez les convalescens qui ne conservent pas d’autres traces de leurs maladies : leurs jambes enflent le soir par l’effet de la station; toute la superficie du corps paraît disposée à l’œdème, et le ventre lui-même est pâteux et se gonfle pour peu qu'ils dépassent les bornes de la stricte sobriété. La débilité est simple aussi chez les personnes qui ont éprouvé d’abondantes pertes de sang , surtout lorsque ces pertes se sont plusieurs fois répétées dans un court espace de temps, avant que les malades aient eu le temps de se restaurer. Mais lorsque les hémorrhagies s’opèrent par un foyer de phlesmasie chronique , la cause de l’hydropisie est complexe.
De toutes les causes mentionnées, celle qui se
rapproche le plus de cette dernière, c’est la disette avec lPusage des alimens trop aqueux, dans un air humide : cependant on ne peut pas dire que la faiblesse soit toujours pure et simple, à cause des phlegmasies chroniques de la PAMERRSE digestive et du vice d’assimilation qui s’ y rencontrent ordinatrement.
Depuis long-iemps nous avons émis l’idée que les substances minérales, et Surtout les préparations mercurielles, peuvent disposer à P bydropisie ; mais nous regardons cette cause comme rentrant dans l’uue des précédentes ; car les minéraux agissent, soit en occasionant des inflammations chroniques du canal digestif, soit en nuisant à F’assimilation et produisant une diathèse scorbutique. Nous ne pouvons qu'en dire autant de différens poisons, auxquels on a atiribué la faculté de produire lhydropisie.
D'après tous ces détails sur l’étiologie des hydropisies, il est facile de juger quelles sont celles qui ‘dépendent de lirritation et méritent le nom d’acüves , et celles auxquelles on doit conserver le titre de passives, qui jadis était donné, sinon à toutes, au moins à la très srande majorité de ces maladies.