COX X VIEIL
La cause de la périodicité de certaines douleurs et de certaines convulsions qui se répètent pendant long -temps n’est pas connue.
Il s’agit, dans cette proposition, des névroses dont il à été question dans les commentaires sur ces maladies; mais on entend spécialement désigner 1ci celles de ces névroses, soit du centre, commie les épilepsies, soit des nerfs, comme les névralgies, etc.,
qui reviennent, avec une parfaite régularité, à des intervalles toujours les mêmes, et que l’on traite quelquefois par le quinquina , à la manière des fièvres intermittentes. Ne pouvant rien ajouter à ce que dit la proposition sur les causes de ceite périodicité, nous n'auricns à disserter que sur l'état appréciable des organes qui sont le siége de ces affections; mais comme ce sujet a été amplement traité dans les commentaires relatifs aux névroses, nous ne pouvons mieux faire que d'y renvoyer ros lecteurs.
Les rhumatismes sont des phlegmasies fibreuses ou synoviales, produites par les vicissitudes du chaud et du froid extérieurs ; il n’est donc pas surprenant qu’elles soient souvent intermittentes et périodiques.
Si leur cause est un balancement d’action vitale analogue à celui qui occasione les fièvres intermittentes, les rhumatismes peuvent bien présenter, dans leur marche, quelque chose qui les rapproche de ces fièvres. Voilà d’abord ce que semble insinuer la proposition; mais cette disposition à l’intermittence d’irritation tient peut-être davantage à l’organisation et au tempérament des tissus fibreux et synoviaux. Ces tissus se prêtent difficilement à la congestion inflammatoire, et sont liés entre eux par des sym-
pathies très actives, provenant de la nature de leurs nerfs. En effet, tous les nerfs de relation sont pairs, et celui d’un côté ne peut souffrir sans que l’autre ne soit disposé à l’imiter. Gette répétition de souffrances s’observe même dans les différentes branches d’un même nerf, comme l’assurent tous ceux qui ont eu des inflammations au bout des doigts ou dans les nerfs des dents. Il est souvent très difficile de disünguer dans l’odontalgie quelle est la dent malade, ou du moins on ne saurait en juger par le simple rapport du malade, c'est-à-dire par la sensation, car souvent les dents:voisines de celle qui est cariée lui paraissent plus douloureuses que cette dernière. Or les tissus blancs des articulations et des masses musculaires, c’est-à-dire les Higamens, les capsules, les aponévroses, et les tissus cellulaires qui 1rennent de près à l’extérieur de ces membranes, se refusant aux congestions phlegmoneuses, et se communiquant facilement entre eux l'irritation, celle-ci doit nécessairement prendre le caractère intermittent et ambulant, et le conserver jusqu à ce que la répétition des fluxions irritatives ait vaincu la résistance de ces tissus, altéré leur tempérament, les ait rendus humides, de secs qu’ils avaient toujours été , et propres à devenir un centre habituel de fluxion.
Or voici ce que nous apprend l’observation: les rhumatismes, tant musculaires qu'arthritiques, ne sont d'abord que de simples douleurs occasionées par l'impression du froid sur la peau, et ces douleurs semblent se promener dans l'appareil locomoteur; on les voit ensuite prendre un caractère
fluxionnaire; mais la fluxion n’est pas durable, elle se transporte facilement d'un lieu à un autre; enfin ceux de ces points qui ont le plus souffert conservent l’engorgement d’une manière permanente ainsi que la douleur, et répandent des influences douloureuses sur tout le reste de l'appareil, et jusque sur les viscères. Telle est la marche la plus commune, celle qui accuse une irritation modérée des tissus blancs de l'appareil locomoteur; mais il est quelques cas où l’inpulsion irritative est tellement forte dès le début, que les tissus dont il s’agit sont forcés de se prêter à la congestion. Alors la maladie n’est pas ambulante, elle est fixe; et cela peut arriver dès le début, ou seulement après que l'irritation a parcouru plusieurs tissus, comme l’annonce une des propositions subséquentes.
L'irritation qui fait Le fond des affections rhumatismales est nerveuse daus sa nuance la plus légère, et, dans ce cas, nécessairement chronique. Nous avons fait remarquer précédemment les rapports qui l’'unissent avec ce qu’on appelle névralgie. Dans une nuance plus élevée, l’irritation rhumatismale est inflammatoire : alors elle peut être ambulante, ce
qui constitue les variétés appelées rhumatismes goutteux ou arthritis, et goutte; ou bien elle est phlegmoneuse, ce qui peut arriver dans Île tissu intermusculaire et dans les grandes articulations. Enfin lirritation rhumatismale peut devenir chronique avec état fluxionnaire permanent , soit dans le tissu aponévrotique et ligamenteux, soit dans les capsules articulaires et tendineuses; et c’est ce qui produit
la désorganisation lente de lPappareil locomoteur, vérilable subinflammation qui paraît dans les auteurs sous des noms différens, mais le plus communément sous celui de goutte chronique ou atonique. On lui donne le nom d’atrophie rhumatismale quand elle affecte les membres et les conduit au ma-
rasme par l’immobilité, en développant à l'excès les issus cellulaires et aréolaires, remplis de lymphe ou de graisse dégénérées. Au surplus, quel que soit le tissu où elle prédomine, cette irritation désorgamisatrice est toujours accompagnée de douleurs sympathiques , non seulement dans l'appareil de la locomotion, mais même dans les viscères où elle se communique du plus au moins.
COXXX.
, Les phlegmasies articulaires périodiques deviennent ambulantes par la voie des sympathies , et se terminent par des crises, ou bien en se fixant quelque part, sous forme aiguë ou chronique, à la manière des phlegmasies viscérales, lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes.
Nous avons dit dans le précédent commentaire ce que nous pensions sur les sympathies des phlegmasies articulaires, et nous avons indiqué la fixation mentionnée par la proposition actuelle. Îl s’agit en
effet des cas où, après s’être promenée sur plusieurs points de l'appareil locomoteur, l’irritation s'arrête, se fixe dans un grand article où dans un tissu intermusculaire , et y prend en définitive une forme véritablement phlegmoneuse. Quant aux autres crises qui peuvent terminer la maladie, et l'empêcher de devenir aussi grave, ce soni les excrétions sudorales et urinaires ; mais elles sont impuissantes pour armener la solution complète de la phlegmasie rhumatüismale, soit musculaire , soit arthritique, lorsqu’elle s'élève à un haut degré d'intensité, ou quand eile à récrdivé pisieuss fois. Aussi les arthritis et les gouttes qui n'ont pas pris d’abord la forme pbhleg- ‘ moneuse, qui toujours est la plus rare, deviennentelles d'autant plus opiniâtires, d'autant LS disposées à la fixité chrouique , bien différente du phlegmon, que les malades sont plus avaneés dans la carrière de la vie; et cela d'autant plus qué l’on a laissé ces maladies se développer avec plus de liberté: c’est ce que fait assez entendre la proposition.
GCOXXXL.
La goutte ne diffère de l'arthritis que par des circonstances qui tiennent à l’âge ou à l'idiosyncrasie des sujets.
Le caractère de la goutte est de débuter par une irritation inflammatoire mono arthritique. Ce début ne s’observe guère avant la puberté; on le remarque
dès l’âge de quinze à dix-huit ans chez les sujets les plus prédisposés; mais le plus ordinairement il n'a lieu que vers le déclin de l’âge, chez les hommes qui ont abusé des ingesta , et qui sont déjà affectés d'une gastrite ou d’une duodénite chronique, avec ou sans altération de la substance du foie. C’est ce qui a fait croire à quelques médecins, et surtout à Scudamore , que l’affection articulaire était une dépendance de l'affection viscérale ; mais les faits de goutte chez les adolescens et même chez certains adultes, sans irrilation gastrique préexistante , empêchent d'admettre cette explication, et forcent les observateurs à considérer la gastro-duodénite comme une simple complitation; ce qui n’empêche pas qu'elle n'exerce une grande influence sur l'irritation articulaire.
L’arthritis se distingue de la goutte en ce qu’elle consiste dans l’inflammation simultanée de plusieurs articulations. Ordinairement les plus sensibles et les plus éloignées du centre, qui sont aussi les moins protégées contre l'impression du froid, sont affectées les premières. L'irritation prédomine toujours dans l’une d’entre elles, quoiqu’elle en affecte plusieurs, et l’on peut l’observer dans plusieurs nuances à la fois : elle est souvent inflammatoire dans une ou deux articulations, tandis qu’elle n’est que nerveuse dans plusieurs autres où, dès le jour suivant, on la voit élevée au degré de l’inflammation, pendant que la parte qui, la veille, la présentait dans ce degré ne l'offre plus que sous une forme fluxionnaire qui tend manifestement à la subinflammation, et qui
n’en prend que trop souvent les caractères. L’influence de cette phlegmasie sur les viscères est en ‘raison de lirritation mobile qui la constitue, comme le font voir les variations de la fièvre, de la respiration, de l'appétit, de la force des membres, du sentiment de gêne ou de fatigue générale, et les inégalités du caractère ; phénomènes qui sont toujours en raison de l’inflammation et de la sensibilité de l’articulation la plus malade.
Quant à l’âge, quoique nous en ayons déjà parlé, il est bon de répéter que les deux formes de l’inflammation articulaire peuvent se montrer à tous les âges et chez toute espèce de sujets; mais que celle qui dépend du froid purement et simplement est plus commune dans la jeunesse, et plus ordinairement poly-arthritique ; tandis que celle à laquelle l'irritation duodéno-hépatique paraît avoir contribué, est assez généralement mono-arthritique dans son début, et se rencontre plus souvent vers l’âge de retour. 3
COXXXIE.
Les phleosmasies articulaires , devenues chroniques , dégénèrent en sub-inflammations : de là les nodus, les conerétions, ete.
Que les iflammations articulaires aient été mono ou poly-arthritiques dans leur première invasion, elles finissent toujours , quand elles se sont répétées un grand nombre de fois, par devenir d2s subin-
( 690 }) flanmations des plus caroniques, et par prendre Îe nom de goutte. Îl serait inutile de nous arrêter ici à décrire toutes les formes de la dégénération qu’elles font subir aux articulations, soit dans le tissu cellulaire qui les embrasse, soit dans les ligamens qui les mainüennent, soit dans les capsules , soit même dans les os. Nous ne pourrions rien dire de nouveau sur ce sujet; nous ferons seulement remarquer que ces altérations doivent être rapportées à deux causes générales qui sont le résultat de l’inflammation et de la subinflammation : 1° le vice de la nutrition, qui produit les suppurations, les caries , les tissus gélatineux, fibreux, lardacés, et toutes les transformations de tissu ; 2° l'extravasation, qui donne lieu aux concré- ‘ tions calcaires que l'on extrait parfois de petites tumeurs inflammatoires qui se montrent autour des articulations des vieux goutteux. En effet ces espèces de calculs libres doivent être distingués des ossifications de tissus que l’on peut aussi rencontrer dans les foyers de subinflammation très chroniques; carils ne se forment pas immédiatement dans des tissus vivans, mais dans des amas de matière albumimoso-gélatineuse , sorte de suppuration non élaborée que les tissus blancs surirrités ont déposée à plusieurs reprises dans le tissu cellulaire sous-cutané qui tapisse l’extérieur des ligamens, des capsules et des insertions tendineuses. Ge tissu est susceptible d’une suppuration phlegmoneuse dons l'état aigu de lirsitation rhumatismale ou goutieuse, comme le démontreni les autopsies ; mais, dans l'état subinflammatoire chronique, la lymphe qui lé remplit n'a pointies ca-
( Ggr )
ractères du pus ; elle forme des masses dont le plus Jiquide est résorbé, et dont le résidu n’est autre chose que du phosphate de chaux avec de la matière animale. Telle est l’origine de ces calculs qui se font jour quelquefois par: les petits abcès qu'ils provoquent, en agissant comme des corps étrangers sur les tissus voisins, et surtout sur celui de la peau, au dessous de laquelle ils sont placés.
GCX XXII.
La forme de phlegmasie articulaire que Jon appelle goutte est souvent, mais non toujours, compliquée d’une gastro-entérite chronique qui en modifie la marche, et appelle lisritation sur les viscères.
Ayant traité forcément de la complication des gas-. tro-entérites dans les divisions et les distinctions que nous avons faites plus haut, il ne nous reste à parler ici que de l'influence des irritations gastriques sur la rétrocession de la goutte. Cette rétracession est facile à concevoir lorsque l'on sait que la vitalité est toujours plus considérable dans les viscères que dans. les parties extérieures du corps, et que la révalsion de celles-ci sur ceux-là est beaucoup plus facile que celle en sens opposé. Ce n’est pas seulement sur Pestomac et les intestins que la gastrite peut appeler l'irritation articulaire ; le cœur, les poumons et la tête sont tellement liés entre eux qu'ils se la communi-
quent ou se la cèdent avec une extrême facilité. Une stimulation accidentelle fait l'office de cause déterminante; en sorte que le goutteux affecté de gastrite est exposé à contracter, par l’influence du froid, une péricardite ou une phlegmasiepulmonae, par celle d'une affection morale, une congestion cérébrale ou une encéphal tte : sans parler + irrégularités inexplicables, ni des cas de néphrite et de cystite qui déter-
minent aussi des appels à l’intérieur, d'autant plus facilement que la région gastro-duodénale est plus souffrante chez les goutteux. Mais lorsque les sujets sont jeunes et pleins d'énergie vitale, l'affection arüculaire semble au contraire former une crise qui les délivre tout-à-coup des souffrances que leur eausaient toutes cesirritations viscérales ; or cette crise, sans être, comme on l’a cru, la voie de solution nécessaire de ces maladies internes, est possible et même fréquente tant que les viscères n'ont pas souffert d’altération dans leur texture. C’est ce que le praticien ne doit jamais perdre de vue.
COXXXIV.
Le foie n'est affecté, dans la goutte, que consécutivement à une gastro-entérite concomitante.
Cette proposition est l’énoncé pur et simple de l'observation : elle a d’autant moins besoin de commentaire, que la question a été traitée plus haut
( 695 ) avec beaucoup de détails. ( Voyez les Commentaires sur la gastro-entérite et sur l'hépatite.)
GOXXX V.
L'irritation de la gastro-entérite se communique aux articulations par voie de sympathie, sous la forme d’arthritis et de goutte ; mais ce n’est que lorsque l'influence des vi-
cissitudes atmosphériqies , OU quelque autre | cause irrilante extérieure y ont prédisposé ces articulations.
La goutte esi une maladie fort rare dans les pays constamment chauds, quoique les gastro-entérites et les hépalites y soient extrêmement fréquentes. C’est ce qui doit faire penser que les phleomasies articulaires ne sont point la crise nécessaire des irritations gastriques. On ne saurait nier toutefois qu'il n’y ait une sympathie fort étroite entre les voies gas < triques el les articulations : les dédolations des membres qui accompagnent le début des gastroentérites aiguës en fournissent des preuves journalières, et lon Sat que les points sympathisés sSoutirent quelquefois l’irritation du point sympathisant. On ne saurait donc nier la possibilité de la révulsion d’une phlegmasie des voies digestives par l’explosion d’une phlegmasie articulaire ; nous en avons vu plusieurs exemples. Touiefois nous ne pensons
p: AS ps ces ar thritis métastatiques, telles qu Hippo- . Path.
crate paraît en avoir rencontré, puissent être fréquentes et affecter la marche des gouttes que l’on observe dans les pays froids et tempérés. Au surplus nous sommes d'avis que, pour ne point préjuger les résultats de l'expérience, il convient de modifier la proposilion par le mot ordinairement. La voici donc dans la forme que nous nous proposons de lui laisser. « L'irritation de la gastro-entérite se commu- » nique aux articulations par voie de sympathie, » sous la forme d’arthritis et de goutte ; mais ce n’est » ordinairement que lorÿque l'influence des vicissi- » tudes atmosphériques ou quelque autre cause irri- » tanie extérieure y ont prédisposé les articula-
» Lions. »
COXXX VI.
L'irritation des phlegmasies articulaires développe sympathiquement celle de lestomac ; et celle-ci devient parfois prédominante.
Voila la réciprocité d’influences sympathiques. Il s'agit ici des cas où, l'estomac étant sain, une arthritis provoquée par l’action du froid dans une ou plusieurs articulations, disparaïîtrait pour faire place à une gastro-entérite aiguë. Nous avons recueilli plusieurs exemples de ces sortes de rétrocessions , et nous les regardons comme analogues à ceux de pleurésies, de pneumonies et de péricardites également
( 699 ) précédées des irritations de l'appareil locomoteur. Ces phénomènes ne sont point parliculiers à la goutte ; ils servent seulement à éclairer sa marche dans queiques cas+
CCXXX VII.
Les infirmités multipliées qui tourmentent les vieux goutteux ( diathèse et cacochymie goutteuses ),.sont des sympathies de l'estomac, de Pencéphale, etc., qui se sont accrues et transformées en phlegmasies, en névroses ou en subinflammations; ou bien ces phlegmasies sont primitives. ;
En effet, lorsque les irritations viscérales des vieux goutteux n'ont pas précédé la goutte, elles sont produites par elle, à moins que quelques causes accidentelles, comme un empoisonnemeut, une violence extérieure , ne soient intervenues depuis que l'affection articulaire s’est déclarée. Ce qu'il y a de certain, c'est que celle-ci les produit d’abord en répaudant l’irritation dans l'appareil viscéral par l’intermédiaire du cerveau ei des nerfs. Elles peuvent être inflammatoires dès le premier moment chez les sujets prédisposés, comme nous l’avons assez démontré; mais le plus ordinairement elles commencent par être purement nerveuses, ou du moins elles n’altèrent la circulation et les sécrétions viscérales que
( 696 ) d’une manière légère, qui n'empêche pas Île retour de l’équilibre lorsque la cause, c’est-à-dire l'irritation extérieure provocatrice, a cessé d’agir. Mais lorsque âge a fait des progrès, les congestions que produisent ces irritations nerveuses viscérales ne se résolvent plus, les phlegmasies et les subinflammations chroniques restent désormais permanentes dans les viscères ; les malades, qui s’y sont insensiblement accoutumés , les Supporient sans un surcroît d'inconmodités ; on les voit même exercer assez bien la nutrition et conserver de l’embonpoint, quoique la membrane muqueuse des voies gastriques soit désorganisée en plus d’un point, quoique le tissu du foie soit devenu impropre à la confection d’une bile normale, que le cœur soit hypertrophié et le système vasculaire en proie à un travail subinflammatoire qui tend à l'oblitérer et à détériorer tous les travaux de sécrétion, aussi bien que l'assimilation nutritive. Réduits à ce triste état, les goutteux sont extrêmement fragiles ; ils ne prolongent leur existence qu’à force de soins; la perturbation morale ou physique la plus légère leur cause un surcroît de maux: tantôt ils souffrent d’un catarrhe, tantôt d’une cystite ou d’une attaque de néphrite calculeuse; quelquefois l’estomac se refuse à la digestion, ou la bile, tout à coup devenue surabondante et dépravée, fait l'office d’un corps étranger qui tourmente ce viscère et le canal intestinal ; le éerveau, centre de convergence de tous les modes divers d’irritation, menace d'interrompre ses fonctions; et le pressentiment que Îles malades en conçoivent ne peut qu'ajouter beaucoup à leur
morosité habituelle. Tel est Pabrégé beaucoup trop sommaire des maux que l’on mettait autrefois sur le compte d’une prétendue humeur goutteuse, accuraulée peu à peu dans les Hquides et duns les différens tissus de l’économie. Mais il est trop clair aujourd’hui qu'on ne peut les attribuer qu’à l’irritation des viscères, et que les autres vieiliaräs surirrités en sont aussi souverit les victimes que les vieux goutleux, s'ils ne prennent de bonne heure les précautions hygiéniques nécessaires pour s’en préserver. Enfin le moment arrive où les fonctions ne peuvent plus contmuer, et les derniers accidens qui précèdent la mort, comme la congestion du sang dans la tête, dans le cœur et dans les pournons, sont'mis sur le compte de la gouite remontée , attendu que d'ordinaire l’encéphale , tout entier aux stimulations des principaux viscères, a cessé depuis plusieurs jours de se prêter à la perception des irritationis articulaires habituelles.
COXXX VII
Dans les phlesmasies articulaires chroniques el répétées , l’irritation s’avance toujours de la circonférence vers le centre; mais il en est ainsi de toutes celles de la périphérie.
Cette proposition exprime un fait d'observation générale. On n'avait ici pour but que de rappeler
et de rattacher à la goutte ce qui a été dit de toutes les irritations des organes secondaires. Aucune d'elles ne peut seule donner la mort; maïs les lois de l’économie veulent que le système nerveux répande | l’irritation dans toute l’économie, et que les principaux viscères, après l'avoir repoussée un grand nombre de fois, finissent par la conserver et par en subir les conséquences. L'âge, la répétition des souffrances, l’affaiblissement qui résulte de la douleur, des convulsions et des moyens qu’on à cru devoir leur opposer, doivent nécessairement diminuer la force de résistance de l'appareil viscéral: de là la raison pour laquelle tel spécifique interne qui avait plusieurs fois réussi dans le traitement des darires, de la syphilis, de la goutte, du rhumatisme, devient inopinément un poison promptement funeste entre les mains du médecin qui ne sait point calculer la vitalité, c’est-à-dire qui n’est point physiologiste. Ces réflexions donnent la mesure de l'importance de la proposition qui vient de nous occuper.
COXXXIX.
La transformation de la goutte en une autie maladie n’est autre chose que le déplacement du point principal d’irritation, qui produit des effets relatifs à la structure et à la vitalité des différens tissus qu'il occupe. |
Cette transformation n’a lieu que lorsaue lirrita-
tion articulaire n’est »as encore invétérée et n'a pas dénaturé les tissus qu'elle attaque ; car s'il en était autrement, le cas serait du nombre de ceux dont on a ait mention dans le Commentaire de la proposition CCXXXVIL. |
Comme il ne s'agit iei que d’un transport ou d’un déplacement d'irritation, chose dont nous avons souvent parlé, nous croyons pouvoir nous dispenser de tout commentaire.
Il est absurde d'appeler goutte une affection qui n’a point été précédée de phlegmasie articulaire ; il l’est aussi de donner ce nom à celle qui en a été précédée, car dire que la goutte s’est portee dans le cerveau quand lä manie survient à la sute d’une phlégmasie articulaire, c’est comme si lon disait que la manie s’est pertée dans le gros orteil, lorsque la goutte remplace un accès de délire.
Cette proposition fait remarquer le ridicule des vieilles dénominations, et l’ontologie des anciens médecins. Îl suffirait à un esprit bien fait de la méditer pour sentir toute l’importance de la doctrine de l’irritation, et pour rester à jamais convaincu que l’on ne peut faire de médecine sans le secours
de l’idée que nous attachons à ce mot. Qu'est-ce, en effet, qui se déplace dans les cas cités ? Est-ce la goutte ? Mais si la goutte n’a pas existé, comment peut-elle se porter sur la tête, sur le poumon, sur l'estomac? D'ailleurs, si on la considère comme une maladie d’articulation, il est absurde de dire qu’une affection articulaire qui n'a pas existé se porte dans un viscère. Mais quand cette affection aurait existé, il le serait encore de lui faire faire un pareil voyage; car qu'est-ce qu'une affection arliculaire dans la tête, le poumon, etc. ? Veuton parler d’une humeur formée dans le corps, et destinée à produire la goutte ? humeur qui, le plus souvent, irait d'abord dans les articulations , pour de là se transporter dans les viscères; mais qui pourrait, dans certains cas, se diriger sur ces derniers avant d’avoir visité une seule articulation ? Cette humeur est un être hypothétique qu'aucun procédé anatomique ou chimique ne peut démontrer. Ge que les anciens avaient appelé humeur goutteuse n’est autre chose que la matière lymphatique plus ou moins rapprochée du pus que l’on irouve dans les tissus articulaires où lirritation à régné pendant: un certain temps; les molécules calcaires qui se rassemblent parfois dans cette humeur extravasée, ne sont point la cause , mais le produii de la goutte, ainsi que nous l'avons montré plus haut; et ce ne sont ni elles n1 l'humeur dont elles proviennent qui vont se porigr sur un auire organe pour y établir l'affection goftteuse.
Où est la preuvè qu'une pareille humeur se soit
( 701) formée dans le sang par limperfection de la dépuration, ou qu'elle ait été détachée des os par un acide? L'esprit est-il satisfait de l'énoncé hypothétique d’une matière terreuse accumulée dans le sang par la faiblesse de la transpiration, et dont les articulations les plus petites et les plus éloignées du centre seraient Îa voie normale d'élimination ? A-t-ou pu écrire avec conviclion que lorsqu'une pa- - reille humeur ne trouvait pas les articulations prêtes à la recevoir, elle se portait sur les viscères ?... On répondra que les théories humorales sont abandonnées , et que par conséquent nos reproches ne regardent plus les auteurs vivans.. Nous ne pensons pas ainsi; Car si les auteurs vivans ne font pas voyager des humeurs , ils sont forcés de faire voyager les entités qu'ils leur ont substiluées. Or, ces entités sont ou des affections articulaires vaguement désignées, ou des entités nerveuses articulaires, où des phlegmasies, soit sanguines, soit lymphatiques, mais toujours articulaires ; ou enfin, s'ils prennent Îe parti de Scudamore , une entité inflammatoire spéciale, qui s’est façonnée dans le tissu du foie, et tient en grande partie à une dégénéralion particulière de la sécrétion de cet appareil glanduleux. Nous le demandons maintenant, est-1l possible de laisser reposer son atiention sur de pareilles hypothèses ? Considérer la goutte, imaginée de l’une de ces manières, comme une entité qui voyage, n'est-ce pas faire un roman ? Mais si l’on fait abstraction de toute explicaüon, et que l’on ne voie mentalement que l'entité goatle en promenade
dans l’économie, la faire établir son domicile dans le cerveau , sera la même opération intellectuelle que loger l'entité manie dans le gros orteil. En effet, goutte représente à l'esprit un genre de douleur, la perception d'une goutie d’eau bouïllante qui tomberait sur un article enflammé ; et manie représente une aberration du jugement. Faites abstraction des causes prochaines de ces deux phénomenes nerveux, que vous restera-t-il? le mot. Sous-entendez des causes non prouvées, non probables, qu’avez-vous ? des hypothèses. Choisissez donc entre faire mouvoir au milieu des organes vivans des êtres hypothétiques , c’est-à-dire des chimères, ou un vain mot, l’idée d’un son sans valer.
Allons au fait : 31 est évident que ce qu'il y à de commun entre les accès réguliers de la goutte et les affections des viscères qui peuvent alterner avec eux, c’est uniquement le phénomène de l'irritation. Il est possible de démontrer que ce phénomène se développe dans les diftérens tissus d’une manière conforme à la vitalité du sujet, à celle des différens organes où nous le voyons se manifester, à la violence de ses causes procréatrices, provoôcatrices , auxiliaires ; à l’action de tous ses modificateurs ; en un mot, de quelque manière qu'ils puissent agir. Or, voilà ce qu'il faut étudier en recueillant et comparant un grand nombre de faits, au licu de se payer d'expressions qui ne représentent que des entités et des phénomènes hypothétiques: et la
(705) proposition n’a eu pour objet que de montrer cette nouvelle voie aux véritables praticiens.