Lacunes dans le manuscrit
paix. Nous debvons pareillement remercier plus que jamais le Roy de sa bénignité et clémence, la Royne de son conseil et des effectz de sa prudence; les princes du sang et messieurs du conseil privé du Roy de leur bon advis, par lequel ilz ont fortifié l'intention du Roy à l'union et pacification de ce royaume : et particulièrement nous sommes tenuz à Dieu et obligez au Roy, qui nous ont pourveuz d'un si sage, si vaillant et prudent gouverneur, qui entre tous ses gestes et prouesses, qui sont haultz et mémorables, si chevalier en fist oncques en France. Il est sans contredict loué de l'amitié qu'il a porté aux bons subjectz du Roy, et d'avoir promptement repoulsé et vaincu les ennemiz de sa couronne; voyre, en tout et par tout il a faict aparoir le zelle du service du Roy; et, comme il auroit par les armes, lorsqu'il en estoit besoing, rendu la Guyenne paisible, il a pareillement par sa sagesse et prudence rallye despuys et réuny les subjectz du Roy; encores voyons-nous les mioyens qu'il employé pour nous continuer et garder en ceste commune amitié. »
« Je puys, de ma part, plus que nul aultre, vous asseurer. Monseigneur, de la docilité et de l'obéyssance que les habitans de la ville de Bourdeaulx ont de tout temps accoustumé de rendre au Roy, à messieurs ses lieutenans et à ses officiers, pour ce que j'ay esté si bien vouUeu des habitans qu'ilz m'ont faict cest honneur de m'avoir par plusieurs et diverses [fois] esleu pour leur chef et maire.
« Et oultre mon tesmoignage particulier, la chose parle de soy-mesme; et ce que vous. Monseigneur, en avez veu et dict, nous sert d'un grand contente-
ment pour le service que nous devons au roy, et nous invite encores mieulx en mieulx à soustenir et augmenter l'oppinion qu'il a reeeu de nous, et nous fortifier en l'union et pacification que vous avez tant recommandée. Nous ne vous scaurions suffisamment remercier des bons offices que à ses fins nous avons receu de vous, et des offres que vous nous faictes pour l'advenir : à raison desquelles, et puys qu'ainsy vous plaist, avant vostre pai'tement, pourveoir à tout ce qui peut apai^tenir au repos et tranquillité de ceste ville, nous en communiquerons par ensemble. »
Ce faict et soubz le bon plaisir du dict sieur de Monluc, les dictz maire et juratz ont appelle aucuns des plus apai'cns citoyens et habitans de la dicte ville, esleux et choisiz des deux religions, sans en faire aucune différence, pour ensemblement conférer de ce que dessuz. Et se sont retirez en une chambre à part, où ilz ont faict résolution, et icelle incontinent après rapportée au dict sieur Monluc, au veu des susdictz habitans : sçavoir est, que, comme les dictz juratz avoient cy-devant acoustumé de faire avecq deux ou troys dizaines et en armes la reveue par la ville pour obvier à tous troubles, esmeutes et séditions, que désormais ilz delibéroient, soubz son bon plaisir, de continuer les dictes reveues et rondes par chascun jour, seoir et matin ; et prendroient voluntiers pour se soullager, chascun d'eulx, quatre lieutenans ; desquelz les deux seroient de l'ancienne religion, et les aultres deux de celle qu'ilz disent réformée ; et renouvelleroient de mesme sorte leurs dizeniers, affin d'observer une égualité entre eulx et tollir toutes les diverses et différentes nominations, ensemble tous
aultres moyens qui les pourroient indiiyre à division. Et ont^ à mesme instant, présenté au diet sieur de Monlue l'élection qu'ilz avoient faicte de leurs dictz lieutenans ; ofFrans et promettans de faire le semblable pour le regard de leurs dizeniers.
Le dict sieur de Moulue, ayant receu ceste élection, les oflies et volunté que le dict sieur de la Rivière, maire de la dicte ville, a rapporté et desduict pour tout le corps et collège de la dicte ville et pour les habitans d'icelle, les a remerciez, a accepté leurs offres ; et, pour gratifier l'assistance, leur a demandé s'ilz trouvoient bonne la délibération des dictz juratz, et s'ilz approuvoient et ratiffioienl le dire du dict sieur la Rivière, leur maire. Et lors tous les assistans ont en trouppe et chascun d'eulx respondu avecq grand joye au dict sieur de Monlue : Ouy, Monseigneur ! Et signifîoient par leur contenance avoir receu les susdictes remonstrances et exortations avecq grand ayse et contentement.
Ce néantmoins, le dict sieur de Monlue leur a de rechef faict une sommaire exortation, par telz interrogatoires : « Ne trouvez-vous doncq pas, mes amys, « que la paix nous estoit fort nécessaire? Ne con- « gnoissez-vous pas combien noslre Roy et la Royne « nous sont bons, doulx et miséricordieux ? Ne voyez- « vous pas l'incommodité qu'il y a d'estre un trouce peau dissould, séparé et dissipé, et, au contraire, (f le bien qu'il y a de s'assembler, soit pour se dé- (f fendre des ennemiz estrangiers, qui nous voul- « droient frustrer de nos possessions, soit pour re- « prandre la douleur de noslre ancienne et familière « conversation ? Si, pour le peu de temps que vous
« estes ensemble, vous estimez beaucoup le fruict de « la paix, ne jugez-vous pas que pour l'ad venir, si « vous la vouliez garder, elle vous sera plus profitaw ble? Faites m'en doncq, je vous prie, démonstra- <c tion. Et si vous aymés le service du roy, sa paix et « la pacification qu'il vous a donnée ; si vous luy M vouliez obéyr et à ses magistratz, levez la main et « me le promettez. Et je demeureray bien content « de vous, avecq affection de vous faire à jamais tout « le plaisir dont je me pourray adviser. »
Alors et avant que le dict sieur de Monluc eust achevé la susdicte exortation, tous les dictz assistans en général et particulier levèrent la main et respondirent , chascun d'eulx : Ouy ! Ouy 1 Monseigneur ; avecq répétition affn^mative et avecq grande expression et déclaration de leurs bonnes voluntez et du désir qu'ilz avoient de vivre unanimement. De quoy le dict sieur de Monluc se contenta; et leur a déclaré qu'il en advertiroit le roy et la royne de l'affection et bonté qu'il avoit trouvé en eulx, afin qu'ilz ne demem^assent poinct fustrés de la recongnoissance que les roys de France ont acoustumé faire à ceulx qui leur sont fidelles et obéyssans serviteurs.
(Copie du temps; Bibl. imp., coll. Saint-Germain fr,, vol. 689, 9, f" 244.)
Si. — [autorisation accordée aux habitants
DE LA RÉOLE.] [Bordeaux, 4 mai 1563.]
Avons permis aux supplians faire guet et garde tant de nuict que de jour, en ladicte ville de la
Réole*, à qu'à ces fins puissent élire le nombre de 40 hommes ou autre nombre que bon leur semblera, par chacun jour, lesquelz seront habitans de ladicte ville ou prévosté d'icelle, et desquelz les supplians respondront. Et permettons aussi ausdits supplians prendre et saisir les armes de tous ceulx qui vouldront rentrer dans ladicte ville et autres habitans de ladicte prévosté, s'estant retirez en leurs maisons et faire recherche des armes, par les villages d'icelle prévosté, appartenans à ceulx qui sont rentrez ou rentreront dans icelle ville, à la charge de remettre lesdites armes ez lieux destinez par les éditz et ordonnances du roy et de ne molester en aucune manière ceulx de la nouvelle religion, qui se sont à présent retirez en leurs dictes maisons, à peyne de désobéissance et de nous en prendre aux supplians. Et à mesme peine faisons inhibitions et défenses ausdits de la nouvelle religion ne faire aucunes assemblées et port d'armes, et ne mesfaire de paroles ne de fait, tant aux supplians que autres ma-
1 . On conserve dans les archives municipales de la Réole, avec cette ordonnance, la requête du sjTidic des jurats de cette \dlle à Monluc qui la provoqua. Le s)ndic expose que les vingt hommes accordes par Monluc pour défendre la ^ille sont insuffisants, que les quarante du conseil de ville se sont ofierts pour renforcer cette garde, que les gens de la nouvelle religion prennent les armes et s'assemblent sous prétexte de célébi-er les cérémonies de leur culte, qu'il serait donc utile de permettre aux quarante du conseil de ville de saisir toutes les armes aux mains des l'éformés et d'emprisonner ceux qui résisteraient. — Une autre pièce, conservée dans les archives de la R.éole et publiée dans le même recueil, nous apprend que les habitants jouissaient du droit de s'armer en temps de guerre sous la surveillance de leurs ofliciers municipaux [Arch. de la Gironde^ t. I, p. 324).
nans et habitans dudit la Réole et prévosté d'icelle. Permeetons audit cas ausdits supplians enquérir des contraventions et assemblées qu'ils feront, iceulx constituer prisonniers et pour estre les tous punys suivant la rigueur des édits et ordonnances du roy.
Fait à Bourdeaux, le 4 de mai 1 563,
De Monluc.
Par commandement de mon dit Seigneur,
Laplace.
(Imprimé dans les archives de la Gironde, t. I, p. 323, d'après l'origmal, scellé aux armes de Monluc et conservé aux archives municipales de la Réole.)
[Bordeaux, 12 mai 1563.]
Madame, monsieur de la Rivière, présent porteur, qui est ung gentilhomme qui a tousjours suivy en la Toscane feu monsieur le mareschal Estrecy*, et, depuis que y fuz, y a tousjours demeuré avec moy, s'en va vers vostre Majesté pour les affaires de Périgueux , et avec luy ung de Sarlat pour les affaires dudict Sarlat. Je vous supplie très humblement leur donner audience, car ce qu'ilz vous ont à dire sont choses qui concernent le service du roy et vostre pour l'entretenement de la paix. Et pour ce que j'ay tousjours cogneu le dicl sieur de la Rivière, homme de bon entendement et personne secrète, je luy ay donné charge vous dire quelque chose de ma part
i. Pierre Strozzi (t. I, p. 277, note 2).
qui concerne le mesme service. Je vous supplie très humblement qu'il vous plaise mettre en considération ce qu'il vous dira et promptement y pourveoir. Et^ puisque vous avez les reistres hors du royaulme, me semble que cecy est aujourd'huy l'affaire de tout le royaume, qui vous est de plus grand importance. Et crains, si promptement vous n'y mettez la main, que, quant vous le vouldrez faire, n'en aurez le temps; et ne trouvez mauvais ce que je vous fais dire par luy, car autre chose ne mène que la vraye fidellité du service du roy et vostre, et n'ay autre partialité que cestuy-là, avec laquelle je veulx vi\Te et mourir, obéissant tousjours à votre volunté et commandemens. Vous aurez bientost des gens de tous les trois estats de ce pays, qui vous en vont faire pareille remonstrance et ne vous fault poinct espérer autre chose que d'avoir la teste rompue de telles complaintes, car vous en aurés de tous les cartiers de la Guyenne, si vous ne prenés le remède que vous dira le sieur de la Rivière.
Je fusse party, longtemps y a, de ceste ville pour aller faire ung passaige par toutes les villes de mon gouvernement, si monsieur d'Escars fils eust esté icv, mais je n'en puys avoir autre chose que longueur et dissimulation. Je luy laisseray la ville de Bourdeaulx en aussi bonne paix que si jamais il n'y eust eu sédition; et s'il veult suyvre le chemin de l'ordre, que je y ay mis à grand peyne, les plainctes que vous aurez de la dite ville ne vous mettront en peyne. Et pour ce que je vouldrois mettre peyne d'en faire le semblable par tout mon gouvernement, je suis contrainct pour la fascherie qu'il me donne et qui
me garde de faire une si bonne œuvre, vous dire. Madame, que je serois content si vous ne luy eussiés jamais donné ceste charge, puisqu'il en faict tant le dédaigneux; car ce n'est pas peu de desservir au roy que je ne fais la visite par le pays. Les Espagnols passeront la rivière de Garonne à Marmande sabmedy prochain. Si le dit sieur d'Escars eust esté icy, je les fusse allés trouver et les accompaigner une ou deux journées, mais n'y estant poinct, n'ay ozé laisser ceste dite ville. Qui sera fin, après vous avoir supplié très humblement me tenir tousjom*s en vostre protection et bonne grâce et je prieray nostre Seigneur vous donner. Madame, en très heureuse santé, très longue et très prospère vye.
A Bourdeaulx ce XIP® de may 1563.
Vostre très humble et très obéissant suject et serviteui',
Monluc.
(Lettre rapportée de Saint-Pétersbonrg et communiquée par M. le comte de
Laferrière.)