Le premier président Benoist Lagebaston
Je pense bien qu'ilz s'excuseront^ mais il touche à la royne de se faire obéir, mesme en chose qui importe tant aux affaires du roy et repos public^, comme ceste-cy. Et si sa Majesté ne les voudroit tirer hors de ce pais, je la supplie très humblement me permectre que je l'aille trouver pour faire service au roy et à elle ; car, continuant ces presches, je ne sauroys icy ne rien servir, si ce n'estoit que je adhérasse à lem^s opinions et changeasse de religion, ce que je ne feray jamais, si mon roy premièrement n'en change.
Et si sa Majesté me vouUoit donner permission d'assembler forces, elle se pouiroit asseurer que je ferois entretenir ses édicts en ce païs à qui que ce fust, encores qu'ilz ne le voulussent. Et si la royne n'y remédie promptement, elle peut croire qu'en brief nous aurons la guerre en Guyenne; car desjgi le vieux roy de Navarre* a mandé à ceulx de la Basse Navarre que, s'ilz y enduroient aucuns presches ne ministre, qu'il avoit charge du roy y donner ordre : et, ne vouUant appeler à elle les dessus dicts, pour le moings faut-il, si elle veut tenir ce peuple à sa dévotion, que le roy déclare par lettres patentes du grand sceau, comme il ne veut ne entend que que aucun seigneiu* ou dame de ce royaulme puisse faire prescher aucun ministre en . ses terres, sinon en sa maison où sa personne sera; et aussi que, par
1 . Alphonse de la Cueva, duc d'Albuquerque, vice-roi de la Navan-e espagnole. Déjà, à la date du 16 avril lo63, un rapport anonyme, daté de Bordeaux, prévenait le roi que les garnisons espagnoles menaçaient la frontière (coll. Saint-Germain fr., 689, 9, P 195).
mesme moyen, sa Majesté déclare que les biens meubles, que les ungs ont osté aux autres durant ces troubles par hostillité et forme de guerre, ne seront restituables et ne se pourront reprendre sur ceulx qui les ont prins ou aclieptez, mais seullement ceulx qui auront esté usurpés et voilés par larrons et volleurs, n'ayant aucun adveu et n'estant à la solde ne au service du roy, ainsy que sainement se doibt entendre par l'édict. Autrement chascun se ruyneroit en procès et seroit impossible de contenir ce peuple en paix.
Faudra bailler aussy à la royne la dispute faicte à Dacqx, pour en ordonner ainsi que bon luy semblera ; et la supplier très humblement de me faire promptement response à ce que je sache ce que j'auray à faire*.
Fait à Bourdeaulx, le XIII™^ jour de may 1563.
De Monluc.
(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)
\ . Le roi adressa à Monluc une première réponse, du mois de mai 1563, et une seconde, au mois de juin, sans autre date. Dans ces lettres il blâmait la reine de Navarre de ces infractions manifestes et renouvelait ses défenses de laisser prêcher la Réforme ailleurs que dans les villes énumérées dans l'ordonnance du 7 avril. Cependant il recommandait à Monluc les plus grands ménagements vis-à-vis de cette princesse. Ces lettres sont conservées à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. Nous en devons la communication à M. le comte de Laferrière.