‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 140 sur 158 · Probablement don Joan de Bardachin · texte numérisé non relu

Probablement don Joan de Bardachin

béré et résolu de mourir en continuant, et plus tost abandonner le royaulme de France et m'en aller vivre mandiant parmy les princes et potemptas catlîolicques, que si on me rapprochoit avoir changé de loyaulté et affection que j'ay tousjours porté à l'endroict de mon Dieu et mon roy.

Et sur le quatriesme article, j'ay dict au cappitaine Bardacliin pour dire au sieur don Joan , quant j'auray faict tout ce que j'auray peu pour le service de mon roy, si je suys constrainct d'abandonner le pays, quel entretenement le roy d'Espaigne me voldroict faire, me retirant en son pays? Le dict cappitaine Bardacliin a mal entendu. Car seullement luy ay dict que, si le royaulme vient à se perdre en ceste religion, que je n'y puys estre assuré en manière aulcune, parce que je suys tant hay d'eulx et principallement des plus grands, qui tiennent leur dicte religion , que, s'ilz me tenoient, me feroient mourir de mille mortz, si tant j'en pouvois recepvoir. Car je n'ay porté respect ny à la royne de Navarre ny au prince de Coudé, ny à homme tel qu'il soit pour ceste querelle , considérant bien qu'elle estoit de plus grande importance qu'il pouvoit advenir à mon roy, et que la vye et royaulme de mon roy demeuroit en compromys ; c'est à sca- /Voir : je te l'ousteray, et s'il me plaist, je te le laisseray. Et cognoissant bien le naturel des chiefz, qui menoient ceste bezoigne, je n'ay jamais peu juger aultre chose d'euK sinon une grande embission de régner et se faire riches et non de dévotion. Tenans le roy à leiu* volunté et le royaulme à leur pouvoir, j'ay tousjours jugé qu'ilz se garderont le

royaulme pour eulx et non le rendre à mon roy, ce qu'ilz ne sauroient faire sans luy ouster la vye et à tous ceulx qui sont de la génération jusqùes à celle qui est avec eulx. Cella m'a donné l'oppinion de les pereéquter comme j'ay faict, n'ayant pardonné à personne qui soit tumbé en ma puyssance , sinon à ceulx qui me confessoient avoir mal faict et me promectoient avoir porté jamais armes contre le roy ne tenir aultre religion que la sienne.

Et si messieurs de Guyse^ connestable et autres, qui estoient près du roy, n'eussent non plus dissimulé et paillié les choses, comme j'ay faict, ilz seroient en vye, et n'y auroit pas, il y a ung an, Huguenaulx en France. Et pour ceste cause il ne fault pas trouver estrange s'ilz me hayssent et si je crains de tumber entre leurs mains, ce que je ne puys fallir de faire, si le royaulme s'en va de jour en jour, continuant au changement de nostre religion, qu'est cause que, tout cecy considéré, j'ay prié au cappitaine Bardechin que, par le moyen du sieur don Joan Bardechin, il seust avec la Majesté du roy d'Espaigne, tumbant en ceste nécessité, si je seray assuré me retirer en Espaigne, non pour luy demander aucun entretenement , sinon qu'il m'employast à son service contre les Tourcs ou contre tout aultre prince, sauf contre mon roy, contre lequel je ne pourteray jamais armes ny ne feray aucune desîoyaulté, ne voulant en ma vie ressembler l'admirail, qui a prins argent des Anglais, ennemys de tout temps de la couronne de France ; et maintenant il est receu près du royaulme, roy, comme

s'il avoit esté le plus loyal subject de mon maistre, à l'appétit de monsieur le connestable son oncle '.

(Copie du temps'; archives de l'empire ; B. 18, K. 150t, pièce 9 et iO.)

^ 0 6 . [commssion de monluc au capitaine

saint-martin].

[EstlUac, 16 février 1563 (1564).]

Biaise de Monluc' permectons au cappitaine

i . Philippe II décida que Juan de Bardachin seul répondrait à ce mémoire de Monluc, Un projet de réponse fut rédigé par un secrétaire d'Etat et soumis au roi d'Espagne , qui l'approuva. Cette pièce ne contient guères que des encouragements pour Monluc et des menaces à l'adresse de la réforme. Touchant l'asyle demandé par Monluc, Philippe II répondit que si les progrès de l'hérésie obligeaient l'auteur des Commentaires à quitter la France, il trouverait en Espagne une retraite conforme à sa qualité. Cette réponse fut libellée avec un soin qui prouve toute l'importance qu'y ajoutait le roi d'Espagne. Une note de la main du roi, écrite sur les marges mêmes de ce document, demande des avis aux principaux conseillers de la couronne (Archives de l'empire, K. laOo, n» 10).

2. Au dos de cette pièce on lit la note suivante de la main même de Philippe II : « No he podido ver todo esto ; sacarle una « copia dello en castellano porque la vean el Pères y Ruy Gomez, « y envien me la mostrar, a my que no he visto esto. » (Je n'ai pu voir tout cela; tirez-en une copie en castillan, affin que Perez et Ruy Gomez la voient, et envoyez-la-moi montrer, à moi qui n'ai pas vu cela) . Le mémoire de Monluc fut traduit en espagnol, suivant l'ordre du roi; la traduction est conservée aux Archives de l'empire dans le même dossier. Une seconde copie du même mémoire, en langue espagnole, se trouve dans le carton K, 150S, n° 26.

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