‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 147 sur 158 · Lacune dans notre copie · texte numérisé non relu

Lacune dans notre copie

messeigneui's le cogneslable, grand maistre^ et mareschaux de France avés tenu, qui sont les pilliers de vostre couronne. Et quant à nous partialiser pour la conclusion du concilie, nous n'avons garde de ce faire, car aussi il n'a esté tenu pour nous; et si tous vos subjects eussent suivy vostre voye, volunté et commandement, il n'eust esté besoing faire aucun édict de paix; et semblablement, si tous vos subjects eussent suivy vostre religion, comme nous avons faict, il ne se fust point tenu de concilie. Et puvsque nous ne sommes cause aulcunement, ny participans à l'édict de la paix, ny d'avoir faict tenir le concilie, vostre Majesté se peult assurer et vous baille ma vye à estre. sacrifTiée poiu' tous ceulx qui tenons vostre religion, si de nostre part vous entendes que nous ayons en affection autre édict de paix nv résolution de concilie que vostre volunté, et l'obéyssance que nous vous avons toujours porté. Et voulions vivre et mourir en ceste-là jusques à nous mectre le vantre en terre, toutes les foys et quantes que voz commandemens nous seront notiffiés. Voilà la conclusion que je vous en fays pour cet effect, de laquelle je vous offre de nouveau ma vye; et m'en feray approuver de tous les trois estats, qui tiennent vostre religion, non seullement en ce gouvernement mais de celluy que naonsieur de BmTC tient, confinant à cestuy-cy. Et si les autres ont crainte que la publication du concilie se face et que par ce moyen l'édict de la paix se rompe, il fault qu'ils s'en prennent à vostre Majesté, qui le pourra rompre quand il vous plaira, et que la crainte qu'ils ont viene de vous et non de nous qui ne sommes cause qu'ils ont esté

faicts; car nous n'avons ni voulions avoir aultre volunté que la vostre.

Et quant à l'aultre lettre^ pour les plaintes infinies que vous avés ordinairement des volleries et brigandages qui se commectent en vostre royaulme, ayant pour cest efFect ordonné que tous baillis et séneschaulx résideront en leurs bailaiges et sénéchaussées, aiïin du tout exterminer telle vermine et les chasser de bailaige en bailaige et sénéchaussée en sénéchaussée avec son de tocsin, me commendant au siu*plus leur bailler toutes les forces qu'ilz me requerront. Sire, toutes ces ordonnances sont sainctes et bonnes et tendent à la paciffication de vostre royaulme et sûreté de tous vos subjects. Si cliascung se délibéroit les tenir ! mais au premier jour j'entendray dire que vous en aurés exempté les ungs ou les autres; et despuys que ung sera exempté, les autres chercheront des amys auprès de vous pour en estre pareillement exempts et par ainsi nul d'eulx ne s'y tiendra.

Je oserois bien dire que si voz sénéchaussées et bailaiges estoient entre les mains de gentilzhommes de maison et qu'ilz eussent le cueur en bon lieu, avec le gouverneur du pays ^ ous sériés bientost hors de peine et voz subjects en repos. Et s'il plaisoit à vostre Majesté faire tenir ung conseil et veoir qui sont voz bailifz et séneschaulx, allors vostre Majesté cognoistroit de quelles gens vous estes servy en telz offices, et veoir si telles gens sont pour se faire craindre à ceulx qui contreviegnent à voz édicts et commandemens. Et encores de nouveau avés faicts de vice-baillis et vice-séneschaulx, servant de prévosts, et avés volu qu'ilz soient gentilzhommes du pavs,

bien cogneuz et bien famés; et tout inconlinant en en avés créé d'aultres^ contraires à vostre ordonnance, en ce pavs de deçà , qui est ung maistre Girard^ à Bourdeaulx, pour le pays de Peyrigort et Xaintonge, et ung DescombaF;, en ce gouvernement de deçà le Lot, c|ui ne sont gentilzhommes ne bien {'amés. Et veultz que Yostre Majesté ne m'ayme jamais si ung singe, que a mon frère de Lyeux, ne les cbasse bors d'une chambre tous deux, encores qu'ilz soient armés. Or regardés comment telles gens tous peuvent nettover le pavs de brigands. Par aussy ne fault que vostre Majesté trouve estiange s'il en y a tant. Je scay bien qu'il y en aura qui seront marrvs que je vous en parle si franchement, mais, en vous disant la vérité, je ne veultz craindre aucune chose que vostre personne si je faisoys mal. Et néantmoyns, Sire, je n'ay volu falir faire pu]3lique, en ceste ville, promptement, après la réception faicte, vostre ordonnance sur la résidence des dicts séneschaulx et en envoyer les coppies à Bazas, Condom et Lectore. Sire, par Duplessis, vostre vallet de chambre, je vous ay rendu compte du faict que Marchastel et le séneschal de Ouercy ont mys en avant. C'est chose qui touche à mon honneur, duquel je veultz estre si soucyeulx que je vous supplie très humblement que, comme je me l'ay acquis en ^ ous faisant service et à vos prédécesseurs, et ayant perdu tant de sang et de ma personne , qu'il plaise à vostre Majesté de me conserver ou me permettre que je m'en face la raison avec i'ayde de mes compaignons et amis, qui en ce faict sont autant intéressés que moy; car c'est si peu de moy seul qu'il seroil impossible que je sceusse

DE BLMSE DE AFONLUC. 34."

taire aucune chose sans leur ayde. El, puisque cecv touche à tant de nohlesse et de gentilhommes de ce pays-cy, je suppKe très humblement vostre Majesté estre le protecteur de l'honneur de tant de gentilzhommes que nous sommes, que tous voulions mourir et despandre notre bien pour vostre service, comme tout à jamais avons faict dans le royaulme et hors cestuy-cy tous les lieulx où voz prédécesseurs ont eu à faire.

Sire, je supplie le Créateur vous donner en parfaicte santé longue vye et prospérité.

Agen, ce XXVP^ mars 1563.

A ostre très humble et très obéissant subject et serviteur.

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée p;ir M. le comte de Laferrière.)

H3. LETTRE COLLECTIVE DU CARDIKAL d' ARMAGNAC,

DE MONLUC, MIREPOIX, TEHRIDE ET NEGREPELISSE A LA REINE MÈRE , POUR LUI DEMANDER UNE « REPARATION EXEMPLAIRE » DES CALOMNIES DE MARCHASTEL.

[Belleperclie, 15 mai 1564.] (flist. du Languedoc, t. V, Preuve?, col. 179.)

11^. — -AU SEIGNEUR DOM .TOHW ])E BARDAXIX.

fConflom, 17 mai 1564.!

Seigneur dom Johan, j'ay receu les lettres qu'il a

pieu à la Majesté du roy eatholicque m'escrii'e ^, ensemble les mémoiiTs que m'avez envové par vostre cousin, le seigneur Phelippe Bardaschin, et vous prye vouloir bayser les mains audit seigneur roy de ma part et luy dire que je le remercie très humblement de ce qu'il m'ayme et estime pour deux choses, la première pour estre bon et ferme crestien en la religion romaine eatholicque, et l'autre pour estre si bon et loyal subject de mon roy comme je suis. Et vous prie aussi luy remonstrer que jamais je ne changeray d'autre religion que celle que nous avons tousjours tenu ; qui sont les deux choses en ce monde qui peuvent estre les plus grandes à vostre personne. Et vous prie luy asseurer que je mouriray en ceste oppinionlà et que je ne changeray jamais ny de l'une volunté ny de l'autre. Je n'escritz rien à sa Majesté, mais vous plaira luy dire semblablement que le roy s'en va à Lyon % là oii j'espère qu'il demourera troys moys ou environ, et prendra résolution de tout ce qu'il verra estre nécessaire pour le bien de son service et conservation de son royaulme.

Toutesfoys je ne voys pas que pour cela les séditieux de ceste religion nouvelle prennent autre vove qu'ils ont accoustumé, ains toujours au contraire

1. Monluc parle sans doute d'une letti'e que le roi d'Espagne avait fait écrire et signer par don Juan de Bardachin, date'e du 24 fé\Tier 1564 (Archives de l'empire, K. loOo, n° 10).

2. Ce voyage du roi à Lyon causait au parti catholique de vives appréhensions. Une lettre de don Juan de Bardachin à Buy Gomez de Silva, en date du 22 juin io64, dit que le roi n'en « sortira que hérétique ou mort, parce que tous les hérétiques « y arrourent. « 'Arch. de l'empire, K. loOS, n" 17.^

percéverent en leurs meschancettés. Je vous prie le remercier très humblement aussi de la grâce qu'il luy a pieu faire au cappitaine Bardaschin^ pour l'amour de moy, et asseurez-le qu'il l'a donnée à ung fort homme de bien. Il vous dua d'autres choses que nous avons communicqué ensemble^ de ce qui se faict de par delà, et comme je gouverne les afFeres de mon maistre, en telle sorte qu'il n'y a gouvernement au royaulme de France pacifficque que cestui-cv, ny de qui le roy se puisse plus asseurer. Quant au faict de monsieur Damville, je ne suis poinct d'advis pour le présent de l'advertir de rien^, mais m'en laisser faire amy; car je vous asseure qu'il ne changera poinct des deux articles, qui sont dans ceste lettre, de la religion que nous tenons ny de la lovaulté que nous devons à nostre roy. Et remectant le tout sur sa sufïizence, je m'en vovs recommander de très bon cueur à vostre bonne grâce, et prie nostre Seigneur en très bonne santé vous donner, Seigneur dom Johan, longue et heureuse vie.

De Condom, ce X\TP^ jour de may 1564.

Vostre compaignon, frère et amy,

De -Nlonluc.

(Lettre originale; signature autographe; Archives de l'empire, B. 20, K. 1505 , nM5.)

1 . La réponse de Bardachin, citée dans la note 1 de la page précédente, conseillait à Monluc de s'entendre avec Dam^■ille, de concerter ses mesures avec lui pour mettre au ser\ice de la cause commune plus de force et d'autorité fArch. de l'emp., K. loOo, n" 10 .

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