VI INTRODUCTION
Nous avons même relevé plusieurs souches de lettres qui ne se retrouvent pas dans la collection russe, ce qui donne à penser que d'autres amateurs ont puise à la même source que M. Dubrovi^ski.
Les lettres de Monluc conservées à Saint-Pétersbourg occupent deux volumes magnifiquement reliés par les soins du savant conservateur de la Bibliothèque russe. Nous croyons que M. GhampoUion Figeac les a signalées le premier dans une note de son Recueil de lettres de rois et 7'ei?ies, de la collection des Documents inédits. Depuis la publication de cet ouvrage, elles ont attiré Tattention de tous les savants français qui ont eu le bonheur d'entrer à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. En 1864, un érudit distingué, chercheur infatigable, M. le comte de Laferrière, envoyé en mission en Russie pour copier les lettres de Catherine de Médicis de la collection Dubrowski, obtint , à l'aide de son crédit personnel , la communication des lettres de Monluc et de beaucoup d'autres grands personnages, et l'autorisation d'en prendre copie*. Nous devons à la libéralité de M. le comte de Laferrière plus
les lettres de Monluc aient été choisies avec soin dans un plus grand nombre. Ce ne sont que niénioires, lettres au roi ou à la reine , d'une importance capitale pour les événements auxquels Monluc a pris part. La collection Saint-Germain contient encore de nombreuses lettres de Monluc, mais elles offrent moins d'intérêt historique. Cet assemblage vraiment unique ne peut être que le résultat d'un triage.
1 . M. le comte de Laferrière a consigné les résultats de sa mission dans un intéressant volume, publié en 1867 sous ce titre : Deux années de mission à Saijit-Pétershourg . A la fin du volume se trouve un mémoire sur Monluc, inspiré par sa correspondance, qui nous paraît la plus heureuse de toutes les études historiques publiées sur l'auteur des Commentaires .
INTRODUCTION. vu
de soixante lettres , les plus importantes sans contredit de notre recueil. Les membres de la Société de VHistoire de France^ admis les premiers à jouir des découvertes de M. le comte de Laferrière , désireront s'associer aux remercîments que nous avons l'honneur de lui offrir.
Les archives de Sienne et de Florence ont aussi fourni un contingent précieux à notre édition. Nous devons la communication de vingt-deux lettres de Monluc et de quelques autres documents à MM. Gaffarel et Benoist, le premier professeur d'histoire au lycée de Montpellier , le second doyen de la faculté de Nancy. M. Benoist en avait pris copie pendant le cours d'une mission scientifique en Italie, d'où est sortie sa belle étude sur Guichardin * . La plupart de ces lettres étaient adressées à des capitaines du parti français; elles ont été interceptées par les coureurs florentins. Plusieurs sont eu chiffres; elles seraient probablement restées inintelligibles pour M. Benoist , malgré ses soins, s'il n'eût trouvé, en poursuivant ses recherches, la traduction du chiffre de Monluc. Cette pièce avait été saisie sur un messager envoyé par l'auteur des Commentaires à Strozzi. A l'aide de cet alphabet, M. Benoist s'est livré au déchiffrement de ces lettres, œuvre délicate qu'il a conduite avec la pénétration d'un philologue consominé. La Société de r Histoire de France profite aujourd'hui de son travail, et voudra bien se joindre à nous pour le remercier publiquement.
Nous tenons de M. Benoist quelques renseignements qui rendront plus claires nos indications de sources des pièces italiennes. Les archives de Florence [Arcîwio Reaïe di
i. Voici le titre exact de cet ouvrage: Guic/in/din, historien et homme d'état italien au XFI" siècle, in-8, 4862.
vin INTRODUCTION.
stato) ont été classées avec soin sous T administrât ion de M. Bonaini. Les Archives Médick {Jrchii>ioMedîceo) forment une section particulière qui comprend toutes les pièces relatives à la domination des Mèdicis depuis le duc Alexandre jusqu'à la mort de Jean Gaston (1530-1737). Chaque section est divisée chronologiquement en rayons ou liasses {filza). Le fonds Strozzi {carte Sirozziajie) est une collection commencée à la fin du seizième siècle, et poursuivie jusqu'au milieu du dix-septième par un membre de cette illustre maison, Carlo Strozzi. Elle contient des lettres et documents de tout genre , originaux ou copies , sur l'histoire de Florence et forme une division cataloguée à part. Les archives de Sienne ne sont pas moins bien classées que celles de Florence, mais leur abord est moins facile. Cependant, grâce à l'autorité de sa mission, M. Benoist a pu obtenir la communication de trois lettres de Monluc conservées en original. Mais des ordres sévères avaient été donnés pour refuser la communication des pièces justificatives inédites des histoires de Tommasi et de Nini. M. Benoist pense qu'il s'y trouve beaucoup de détails sur Monluc et le siège de Sienne , et même des lettres ou des ordonnances de l'auteur des Commentaires. Ces lettres sont mises en œuvTC dans les travaux que MjNL Luciano Banchi, Bartholomeo Acquarone et Carpellini consacrent à l'étude des dernières années de la république de Sienne. *.
Les Archives de l'empire nous ont fourni seize documents. Dans nos recherches à travers les innombrables seclions de ce grand dépôt, nous avons été guidé par le regret-
i. Banchi, Alcune lettere politiche di Claudio Tolomei, revc\wo di Tolone y scrilte alla r-epuhlica di Siena , Siena , 1868. — Acquarone, Gli uUimi anni délia storia reppuhlicana di Siena (ir)r)l.)'i^5), Siena, 1869, in-8.
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table M. Teulet, membre du conseil de la Société de V Histoire de France, et par M. Gustave Saige. On trouvera dans les lettres de cette provenance la série complète des rapports de Monluc avec la cour d'Espagne, les mémoires de l'auteur des Commentaires à Philippe II, celui qu'il remit au duc d'Albe, à Bayonne, en 1565, dont l'importance a été si finement raillée par le ministre espagnol*. Ces rapports étaient entourés du plus profond mystère et devaient être cachés même à l'ambassadeur du roi catholique ; d'obscurs agents servaient d'intermédiaires entre Monluc et le roi d'Espagne. Les Réformés, toujours aux aguets, avaient pénétré le secret de ces intrigues ; ils accablaient l'auteur des Commentaires de dénonciations. Les soucis que lui causaient ces calomnies sans cesse renouvelées attristèrent sa vieillesse : on a lu ses plaintes dans les Co/nmentaires; on en trouvera de nouvelles dans les lettres. Nous connaissons toutes les pièces de ce procès, et nous pouvons attester la fidélité de Monluc : pas un document, pas un mot ne permet de le soupçonner d'avoir prêté l'oreille à des propositions de trahison. Mais que Philippe II, sous le voile du catholicisme, n'ait pas tenté de séduire l'irascible gouverneur de la Guyenne, nous ne pourrions pas l'assurer.
Les Archives de quelques villes de province nous ont fourni plusieurs documents curieux; nous citerons, avec une vive reconnaissance pour les conservateurs de ces dépôts précieux, les villes de Bordeaux, de Toulouse, d'Agen, de Lectoure, d'Auch, de Condom , de Périgueux. Plusieurs collectionneurs ont daigné nous ouvrir leurs cabinets; on trouvera les noms de ces généreux amis de la Société de
1. Papiers d'état du cardinal de Gramelle, t. IX, p. 281 et suivantes.