MÉMOIRE POUR M. DE BIRO]>r
[Sienne, 1554]
J'ai su que les ennemis avaient abandonné le fort de Monteccliio, qui est environ à un mille derrière le monastère, et je fais faire si bien le guet que aucun homme ne peut ni y entrer, ni en sortir sans être découvert. Et je me suis fait renseigner par des personnes que j'ai envoyées à dessein, et entre autres le capitaine Combas et le capitaine Sciarri. C'est un lieu fortifié, et qui pourra se maintenir chaque fois
qu'il y aura au dedans deux compagnies d'hommes de pied et de cavaliers. Avec de telles troupes, en mettant encore dans Barontoli 25 soldats, et 15 à la colline voisine du couvent des frères, je couperai le chemin qui vient du fort de Camolia, de manière que je réduirai en peu de jours ceux du Monastère à la plus extrême nécessité, parce que j'ai la certitude qu'il n'y a pas au dedans plus de 400 soldats, parmi lesquels il y en a beaucoup de malades. Et comme on redoute la contagion, ils y restent de très-mauvaise volonté et chaque jour il en part beaucoup, assurant qu'après la paye prochaine personne ne voudra plus rester. Ainsi donc si nous les serrions de plus près, de façon qu'ils ne puissent avoir de renfort , leurs mau^ aises dispositions s'augmenteraient, de telle sorte que je crois qu'ils seraient obligés d'abandonner leur poste, parce que du fort de Camolia ils ne peuvent être secourus, chaque fois que nous tenons les lieux, comme je l'ai dit plus haut ; ils n'ont plus dans ce fort que mille soldats de pied environ, divisés en sept enseignes, et deux dans le fort de Vico. Encore ces derniers sont-ils très-mécontents, parce qu'ils n'ont que du mauvais pain et très-peu de vin et qu'ils sont tourmentés par ime foule de maladies.
En conséquence, si son Excellence m'envoyait 500 hommes de pied, je les réduirais sous peu à une telle extrémité que le marquis serait obligé ou de diviser son principal corps d'armée pour y porter remède, onde sacrifier le fort du Monastère. L'un et l'autre parti serait d'une grande importance. Je vous prie donc d'v penser mûrement et de prendre une décision dans le plus bref délai.
Nous a^ ons encore entendu dire que le Palais des Diables était abandonné par eux; peut-être pouiTait-on prendre de ce côté quelque petite place, dont la perte leur causerait grand embarras. Si son Excellence m'envoie les troupes que je lui demande, je m'engage à prendre quelque fort sur leurs derrières, du côté de Florence, à couper leurs communications, à les séparer de leurs magasins et de leurs
réserves. S'ils veulent empêcher ces attaques et mettre leur artillerie en mouvement, ils sont trop peu nombreux pour m'empêcher de les envelopper et d'attaquer leur camp, de soi'te que le marquis perdra son camp ou ses forts.
Je vous envoie avec cette lettre une lettre du duc de Somme. Son Excellence y pourvoira comme bon lui semblera .
Lorsque j'aurai reçu les troupes que son Excellence doit m'envoyer, je les mettrai en campagne sous les ordres du capitaine Combas, et je reprendrai ces petites forteresses qui sont sur la route de Florence ; et certainement j'empêcherai que les vivres ne leur parviennent, de sorte que je chasserai le marquis de ce poste à son grand déplaisir.
Biaise de Moulue.
[Sienne, 13 janvier 1554 (1555).]
Sire, j'ay despêché ce gentilhomme, nommé le sieiH' de Lescussan*, pour vous dire et remonstrer les affaires de ceste cité, et en quelle sorte à la vérité j'ay conduit vostre service despuis ma reconvalescence jusqu'à présent, et aussi pour me justifier tou-
i . Probablement René de Goulard, seigneur de Le'cussan, mentionné clans le contrat de mariage de la veuve de Monluc avec d'Escars (Arch. du ti^ib. de Mantes; documents communiqués par M. de Beautemps-Beaupré) . Monluc commet dans ses Commentaires une légère erreur (t. II, p. 14). Il ne parle que d'une mission de Lécussan, et la place au mois d'octobre. On voit par cette letti'e que ce capitaine ne partit que deux mois après. Une lettre du cardinal de Ferrare au connétable, en date du 13 janvier lSo4 (ISoo), donne la même date à cette mission (coll. Gaignières, vol. 318, C 79).
chant ce que le marquis de Marignan m'avoyt mandé de me vouloir veoir, pour la joye qu'il avoyt de ma guérison; et ce estoit pour ce qu'il m'a secouru de toutes choses qui estoient nécessaires : et si j'eusse esté son propre frère, il n'en eust sceu faire plus qu'il n'a faict\ Et ce n'estoit pas pour parlementer pour aulcune chose, mais aultre chose me convoyoit d'y aller, comme vous dira ledit sieur de Lescussan; et suis fort bien asseuré que, quand bien je y fusse allé, mon aller n'eust rien préjudicié vostre service; et plus tost aymeroys-je mieulx mourir. Et quand monsieur le mareschal Strozzi a entendu mon intention, il a esté fort marry d'en avoir jamais escript, comme je feray apparoir par les mesmes lettres^ Qui sera fin de la présente, après avoir supplié nostre
1. Monluc dans ses Commentaires parle de la courtoisie de Marignan (t. II, p. lo).
2. Il paraît par cette lettre que la générosité de Marignan inspira des soupçons sur la fidélité de Monluc. Strozzi écrivit au connétable le 18 janvier 1554 (1555) :
« J'ay esté adverty que l'on vous a faict entendre que led. s. de « Monluc avoit voulu parlamenter avec led. marquis, dont j'ay « esté bien fort marry, car telle délibération fut fiiicte seulement « pour cause de Visitation et se remercyer de quelques gracieu- « setés et courtoysies qu'ilz s'estoient usées de l'ung à l'aultre, « combien que ceulx qui premier m'en advertirent me le desguy- « serent aultrement; mais, après m'en estre diligemment enquis,
« je trouve que ce faict estoit passé comme je le vous escrys
« et quelque chose que l'on vous en aye escript, je vous supplie « rien croire sinon ce que je vous en dys. Et vous assure que « nul aultre n'auroit sceu mieux faire que a toujours faict « led. s. de Monluc, duquel sad. Majesté a très grande occasion « de se contenter et le récompenser de si grands services, commo « j'espère qu'elle fera.... » (Coll. Gaignières, vol. 331, (° kl).
Seigneur que en très heureuse santé vous doint. Sire, très heureuse et très longue vie. De Sienne, le XIIP® janvier 1 554.
Vostre très humble et très obéissant subject et servi te ur,
Biaise de Monluc*.
(Copie; Bihl. inip., coll. Gaignières, vol. 341, f" 147.)
iô. A MONSIEUR LE MARESCHAL STROCY , LIEU- TENANT GENERAL POUR LE ROY EN ITALIE ET A MONTALCIN.
[Sienne, 26 janvier 1555.]
lllustrissimo et eccellentissimo Signor mio osservatissimo, havendo io fatto intendere a vostra Eccellentia per il capitano Flamminio tutto quello che occorreva fino alla partita sua, le diro per questa, corne io mi son trovato dipoi nel coUoquio, al quale i signori Otto chiamavano 1 5 cittadini per ciascuno ordine, oltra la Signoria^ et li gonfalonieri, mossi dal vedere la città malcontenta et desiderosi d'intentendere la verità de le cose publiche. Adunato adunque il colloquio, messer Andréa Savini che era priore propose : che havendo il magistrato loro operato con fede, diligentia et assiduità, tutto quello
i. Copie de la main du secrétaire de Gaignières. L'original, dit une note marginale, se trouvait dans les manuscrits Lamoignon, année 1554, vol. 24. Voyez la note de la page 8.
2. Par le mot seigneurie [signoria], Monluc désigne, dans ses Commentaires comme dans ses lettres, le sénat de Sienne.
che haveva conosciuto essere a proposito per la diffesa délia città et del dominio suo, et trovandose le cose nel termine che essi sapevano^ li havevano chiamati per conferiie con loro le cose più imporlanti, et intender l'oppinioni loro^ eshortando ciascuno a pariar liberamente^ et non liaver rispetio ad altro clie alla suinte délia patria, corne a buoni et prudenti cittadini conveniva : et dando poi loro generalmente notitia d'alcnne cose si rimesse aile lettere, che per più particulari informationi sarebbano loro lette. Et cosi havendo finito il slio raggionamentO;, mi parve a proposito di dire qualche cosa, prima che cominciassero a consigliare^ per conforto et satisfattione loro. Et percio m' ingegnai di dimonstrare, come ci non dovevano dubitarpunto d'haver a esser soccorsi da sua Maestà^ considerando che doppo l'iiaver rendit© loro la libertà gli haveva difesi nella prima et nella seconda guerra con tante forze et con tanta spesa, quanta essi sapevano. Et vedendo come in questa seconda guerra haveva mandato per la loro liberatione un potente esercito per mare et per terra, et che dopo l'infelice successo délia giornala* (se bene sua Maestà haveva perdute tante forze et la città era alïlitta) nondimeno, non solo non si era punto raftreddata , anzi maggiormente riscaldata a far provision! più gagliarde che mai per la difesa et sainte di questa città. Et percio non haveva havuto rispetto a cavar del regno suo buona parte délie miglior genti che v' haveva, et inviarle, parte per terra,
1. Combat de Marciaiio, du 12 août loo4. Vo\ez lea Commentaires^ t. I, p. 465 et suivantes.
et parte per mare a soceorrere questo stato; et che se l'esereito mandato in Piemoiite ^ haveva fatto quelJi aeqnisti che erano noti, et per non maneare al servitio di sua Maestà, haveva seguitato quella biiona fortuna, che ni quella jjarte se le mostrava, non era da maravigliarsi; haveudo massimameote sperato che i nemici in tuto e in parte se havesero a partir di qui. Et pereiô si haveva a tener per certo che quell' esercito havesse a voltarse a questa impresa^ seconde la intentione di sua Maestà. Et parimenle che l'arniata destinata a soccorrerli havesse di giorno ni giorno à comparire a Porthercole. Et che sua Maestà fusse resolutissima di volere mantenersi la riputatione et la gloria, per la quale sola aquistare haveva preso la protetione di questa republica et si constantemente difesa fino a qui eshortandoli che da la parte loro volesino perseverare in prolungare la vita a questa città acciô che il soccorso potesse in questa stagione del verno più comodamente condui'se quà.
1 . Le roi avait tenté de faille diversion au siège de Sienne, j)ar une reprise des hostilités en Piémont. Des troupes envoyées à Brissac lui avaient permis de prendre l'offensive; mais ces troupes étaient insuffisantes, et Brissac dut se contenter de s'emparer d'Yvrée. Ce plan de campagne est très bien exposé dans une lettre de Soubise au roi. Si l'armée royale, dit-il, marche sur Milan, tomme les Impériaux le redoutent, « cela pourroit <>: faire quelque diversion des forces qui sont devant Sienne, « comme vous le désirez; mais tant qu'elle sera seullement decc dans les limites du Piedmont, je pense bien que le marquis ne « s'en lèvera pas pour l'espérance du gJiing qu'il se promect par « la j)rinse dudict Syenne. » (Lettre du 26 décembre 1554; coll. Gaignières, vol. 331, f" 165.)
Parlato cli' io hebbi furono lette le lettere clelli ambasciatori di Roma, et del cavalière Amerighi, et le risposte date loro : et dipoi comiiiciô a parlare messer Alessandro Guglielmi, iino de' signori, il quale teneva il luogo del priore che era amalato, ei la sustanza del suo ragionamento fii questa : Che si doveva ricorrere per la salute délia città ail' aiuto divino et bumaiio. Circa il divino ricordo che si facessero continue orationi et alcune opère pie consuete a la città et che i citadini donassino l'ingiune loro a Dio et si riunissino in vera eoncordia. Quanto alo aiuto humano esortô i citadini che havessero del grano a riserbarsi solo quanto fusse loro necessario per tuto il mese di febraro, et il resto desino al pnblico con pagamento, dimostrando corne questa provisione poteva asicurarre la città d'havere a essere socorsa in questo tempo, et prego il magistrato delà Abondanza et i deputati a la nuova descriptione , che acelerassino di linire, quale finita et conferita meco, giudicava che si dovesse mandare subito à piedi def?) ministri del re in Roma^ acciôclie vedessino fîno a quanto si estendeva la vita de la cita et fussino pregati di acelerare il socorso et provedere con l'arme a la salute de la cita, si come ella desiderava sopra ogni altra cosa. Ma quando conoscessino che il soccorso non potesse essere in tempo, volessino per altra via salvare la cita, et non la lasciare condurre alF estremo, ne' permettere in alcuno modo che la fusse preda de' suoi nimici, mostrando quanto obligo aveva questa cita a sua Maestà Christianissima, et quanta speranza dovesse havere in lei et eshortando ad lia-
vere per guida in tute le pratiche la voluntà et l'autorità de' ministri regii,
Doppo il Guglielmi parlorono tutti i signori i gonfaloiîieri et molti cittadini^ tutti i signori il Forteguerra et il Raggnone, gonfaloniere, et tra gli altri cittadini, messer Girollamo di Gliino, messer Orlando Marescotti, messer Bartolommeo Buoninsegni, messer Giovan Battista Ballati, messer Agustino Bardi, messer Cammillo Campani convennero nell' opinione del Guglielmi, consigliando che la cita si dovesse salvare con Parmi o con l'accordo ; riputando ogni partito migiiore o meno cativo che destrugere la patria, et esortando a caminare in questo negotio sempre con i piedi dei ministri regii.
Il Forteguerri', quanto a la nuova descritione, promise che la sarebbe finita in tre di, et non asicuro di trovare vetovaglia se non fino ail' venti di febraio. Maestro Giulio Vieri, gonfaloniere, conformandosi nel resto con l'opinione degli altri stete molto su la speranza del socorso et quanto al acordo mostro che si doveva più tosto imitare i Saguntini che salvarsi con acordo poco honorevole : et con l'opinione sua convenue messer Niccolo Sergardi, il quale agiunse che non gli pareva che gli ambasciadori loro dovessino ragionare mai d'acordo, ma ascoltare quando i ministri regii ne parlassino, et rimetersi sempre a loro, con questo perô che in ogni forma d'acordo si salvasse non solo la libertà.
I . Une dame de cette illustre maison, la signora Tarsia Forteguerra, avait levé et commandait un bataillon de femmes (t. II, p. oo et note de la p. 56).
corne havevano detto gli altri, ma anche la protetione del re^ et detestando l'acordare col mettersi sotto la protêt ione di tre potentat!. A questo particulare fu contradetto dal Ballati^ il quale dise che non si doveva legare le mani a li ministri regii, ma rimetersi a la prudenza et bontà loro in tutto qiiello che occorresse tratare d'acordo per la salute de la cita.
Messer Andréa Landucci esorto a contribuire il grano, et a prolungare la vita a questo corpo, et sperare nel soccorso promesso dal re. Fu commendato da tutti il procedere degli Otto^ et cosi ebbe fine il coUoquio con satisfatione universale. lo dipoi non volli mancare di parlare di nuovo, per removere dale menti de' citadini una opinione, la quale intendeva essere penetrata nell' animo di molti^ ragionandosi per la cità, che quando le cose fusero a l'estremo et sensa rimedio , io mi salverei con tutte le genti, abandonando la cita, et lasciandola in preda a' nimici. Sopra di che dissi : Che non essendo stato conosciuto ne per tristo, ne per poltrone, nessuno doveva havere taie opinione di me, ne credere che 1' onore che io mi havevo acquistato con tanto sudore et sangue spai'so per servizio del re mio padrone, lo volessi perdere in mia vecchiezza col fai-e cosa tanto contra alla intentione di sua Maestà, et si aliéna dalla somma bontà et generosità sua, per la quale io liavessi a perdere la grazia sua; et che si persuadessino che io ero risoluto a vivere et morû^e con la cita, et cosi prometevo, dando loro quella fede, quale hâve va sempre osservato. Et se dubitavano che i colonnelli non fussino di questo animo.
ofterivo di menarli tutti davanti loro^ acciô clie col giuramento li assicurassino del medesimo. Qiiesto mio parlare quieto assai la mente di qiiei citadini; se bene mostrarono di credere^ che niuno fusse mai caduto in una taie opinione di me.
Hor Yostra Eecellentia vede in clie termine si trovino le cose, et quai sia l'opinione universale de' cittadini; et io credo che se pure si trovasse vettova»lia per tutto il mese di febraro, cosi per i soldati, corne per la terra, il che non prometto, sai-ebbe tutto quello che la cita potesse fare. Onde mi pare necessario che vostra Eecellentia si risolva di havere proveduto a la sainte di questa cita per tutto li venti di febraro al pi à lungo, et non punto più tardij altrimenti io la vego ruinata et distruta con gran perdita delF honore et reputatione del re. Quando sarà finito la descrilione la mandera a vostra Eecellentia, dandole notitia di quanto accaderà. Pregola che sia contenta, parendole di bisogno, di mandare subito la copia di questa mia a li ministri del re in Roma, non havendo io hauto tempo di farla mettere nella lor cifera, et mandarla loro. Et con questo fine a vostra Eecellentia humilmente mi raccomando*.
1. L'original de cette lettre est plein d'abreSiations; elle a été traduite aux archives de Florence par M. Uccelli, sous les yeux de M. Benoist. Au dos de cette lettre on lit le billet suivant : « Esta se allô esta tarde cuando se sué à buscar, el que la traia « la habia echado en un foso, pensando que era alguna boisa. « Base la mano a V. E. Hernando de Silva. » (Cette lettre a été trouvée ce soir; lorsqu'on alla la chercher, celui qui la portait l'avait jetée dans un fossé, pensant que c'était une bourse. Je
Di Siena, il XXV di genaio 1555.
Di vostra Signoria illustrissima et eccellentissima humillissimo servitore.
Biaise de Monluc.
(Lettre originale; signature autographe; Florence, archives Med'icis, Jîlza 1863; communication de M, Benoist.)
TRADUCTION