‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 91 sur 158 · Jehan de Mesmes (t. III, p. 15, note · texte numérisé non relu

Jehan de Mesmes (t. III, p. 15, note

[Cahors, 18' mars 1561 (1562).]

Madame^ monsieur de Burye et moy vous avons assés faict entendre comme les affaires passent par deçà, tant par monsieur de Charry que par le courrier dépesché à Fumel, par les lettres du roy particulièrement et par celles que nous vous avons escript; et à présent a faillu vous despescher ce porteur pour l'occasion que verres en la lettre que nous escrivons au roy. Nous sommes à présent en ce lieu de Cahors, et vous supplie très humblement , Madame, nous accorder ce que nous demandons à sa Majesté, pour ne faillir en aucune chose, affin de n'estre reprins au temps présent et à l'advenir, et aussi que les affaii'es sont en si grand trouble et de telle importance qu'il fault que nous soyons plus de quatre testes ensemble pour déterminer ce que sera besoing et nécessaire, comme vous dira plus amplement ce dict porteur. D'une chose vous veulx suplier très humblement , Madame , que si on vous voulloy t fayre croire que les choses sont pacifiées par deçà et qu'il ne fault plus fayre justice ou que nous la faisons trop aigre, n'en croire rien; car ce qui les faict parler n'est autre chose que la peur de la justice que nous faisons. Et encores pour cela ils n'arrestent de faire insolences et meurtres, comme samedy, y eust huict jours, que au Mont de Marsan fut tué un des

1. Cette lettre, dans l'original, est datée du 17 mars; mais on verra qu'elle ne fut écrite ou au moins expédiée qu'après celle du 18 mars. Nous lui avons donné cette dernière date.

i;j2 LETTRES

plus grandz de la ville par ung de la nouvelle relligion^ sortant de son soupper, à une heure de nuict, d'un coup de pistollet; et, le jour de devant^ le procureur et grefiier du roy de Navarre audict lieu arracharent l'ëdict des mains de celluy qui le publioyt et le mectent en mille pièces ; et aussy en beaucoup d'autres lyeux. Nous espérons que le prévost^ avec les forces de la compagnye du roy de Navarre, que nous y avons envoyé, en attraperont quelques ungs, auquel avons donné exprès commandement de s'attacquer auxdits officiers et fayre justice d'eulx plus griefve que des autres ; car ainsi le nous a escript et commandé ledict seigneur roy de Navarre. Et attendant ce que sortira du crime commis en ceste ville de vos commandements, Madame, je prieray le Créateur vous donner en parfaicte santé longue vye. A Cahors, ce XVir^ mars 1561.

Votre très unble et très hobéisant supgect et

servitem^,

De Monluc.

(Lettre originale; ces derniers mots: votre très unbble, etc., et la signature sont autographes; Bibl. imp., f. fr., vol. ;H86, f" 5.)

[Toulouse, 22 mai 1562.]

Sire', j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'eserire, ensemble les mémoires du liuitiesme de ce

1. Cette lettre ouvre l'importante série des lettres de Monluc, conservées à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, que nous devons à M. le comte de Laferrière.

2. Cette lettre a été imprimée dans le tome V de l'Histoire du

moys*, par le capitaine Consseil, homme d'armes de ma eompaignie, à ce matin^ trois heures après minuict, et, pom' respondre à vostre Majesté sur le commencement de vostre lettre, le conleroUeur* de présent n'est point venu en ce pays, et a esté prins prisonnier à une tranchée près d'Orléans; et n'avons rien veu de sa despêche ny aulcune despuis celle du quinziesme de que ung homme d'armes de ma compaignie, nommé Saincte-Geniès, appourta.

Geste dernière despêche m'a trouvé en ce lieu de Thoulouze', là où il m'a fallu laisser tous les affaires de la Guiene pour courir jour et nuict secourir ceste dicte ville, qui a esté besoing pour vostre service que tous ceulx que nous y sommes trouvés ayons

Languedoc (Preuves, col. 129), mais avec des suppressions trèsgraves. ?h'ous la publions en entier et sans aucun changement. Elle était conservée, avant la Révolution française, à la Bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés , dans le registre 6 des manuscrits du cardinal de Coaslin.

1 . Cette instruction du roi est adressée à Burie et à Monluc et porte la date du 8 mai lo62. Le roi donne à ces deux capitaines l'oindre de prendre les armes, et de se mettre en campagne. Pour leur permettre de lever des troupes , il leur envoie des commissions de capitaines en blanc. Avant tout il leur recommande d'empêcher les séditieux de joindre leurs forces à celles qui venaient de s'emparer d'Orléans. Enfui, pour encourager Burie et Monluc, le roi annonçait l'arrivée en Guyenne de Caudale, de d'Aussun, de Byron et de Negrepelisse. La minute de cette pièce importante est conservée à la Bibliothèque impériale, dans la collection Saint-Germain français, vol. 689, 6, f° 16.

2. Ce contrôleur se nommait le Pin, comme on le voit par la lettre du roi à Burie et à Monluc, citée dans la note précédente.

3. Voyez dans le tome II des Commentaires, p. 398 et suiv. le récit du soulèvement de Toulouse.

usé de diligence^ car autrement elle estoit perdue et liors de vostre obéissance. Nous nous estions assemblés, messieurs de Gondrin, Terride et moV;, et plusieurs autres gentilzhommes, à la maison d'ung nostre parent;, nommé le seigneur de Faudoas. Et là résolusmes promptement de amener quatre compagnies^ des huict que vostre IMajesté a commandé faire vers le pays de Condomoys pour faire teste à ceux de Leytoure, Agen et Nérac^ que journellement sont en grand nombre et courent la campagne, prenent tout ce qu'ilz trouvent, vi^Tcs, chevaulx et toute autre chose, prisonniers aussi. Je n'ay point veu en Italie faire la guerre autrement qu'ils font. Et de retom' que je fus à ma maison, qui fust le mesme jour de nostre délibération, je arrivis à ma dicte maison, et le matin je m'en alis en diligence à Auch pour ung advertissement que j'avois eu que s'y faisoit quelque menée. Et avant mon arrivée au dict Auch receuz une lettre de monsieur le premier président de ceste ville, qui me respondoit à une, que je luy avoys mandée du dict Faudoas, deux jours avant, que ung mien parent m^'avoit mandé de Cahours que ung gentilhomme estoit passé là, qui venoit d'Orléans; et luy avoit donné charge m'advertir en diligence que ung cappitoul de Thoulouze estoit parti expressément dudict Orléans, avant promis à monsieur le prince de Condé de luy rendre ceste ville révoltée et à sa dévotion dans le dix-huit ou vingtiesme de ce moys, Velà ce que contenoit la dicte lettre et la response du dict seigneur président contenoit ces mots : que voyant les afFah-es de ceste dicte ville aulx termes qu'ilz estiont, luy et toute la court jugeoient la let-

tre véritable et me prioient que je vouleisse venir en diligence en eeste ville et la secourir des forces que j'avoys, car icy n'y avoit personne. Et tost en iing mesme instant j'escripvis à monsieur de Terride, luy priant se venir présenter à une lieue d'icy veoir si l'affaire requéroit secours^ ne pouvant croire que les choses fussent si avant comme elles estoient; et en mesmes heure despêchis monsieur de Bellegarde^ lieutenant de la compaignie de monsieur le maréchal de Termes^ pour se venir gecter dans ceste ville. Et promptement fis retourner en arrière la compaignie du dict seigneur mareschal et les quatre compaignies, pour s'en venir nuict et jour ce gecter dans ceste ville^ que desjà estiont à douze lieues d'icy. Je ne demeuris que une nuict à Auch^ et^ après avoir paciffié tout et mis la ville en seureté, m'en retournis à ma maison*^ cinq lieues distant du dict Âuch, et à mon arrivée trouvis une lettre de monsieur de Terride^ par laquelle me mendoit que la maison de la ville estoit prinse et que l'on estoit aux mains toute la nuict. Je mandis haster encore les compaignies et ad ver tir le dict seignem' de Terride que je luy prioys de les mettre dedans, entre les mains de monsieur de Bellegarde, mais qu'il ne s'enfermast point et qu'il passast la rivière de Garone, avecques sa compaignie et les deux enseignes du cappitaine Charry, pour combattre le secours qui leur venoit, et que monsieur de Gondrin et moy nous viendrions nous enfermer dans la dicte ville avecques ma compaignie et cinquante arquebiiziers à cheval du cappitaine

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