‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 92 sur 158 · Sanpuy en Gaure (note de \Hist. du Languedoc · texte numérisé non relu

Sanpuy en Gaure (note de \Hist. du Languedoc

Tilladet et une bonne troupe de gentilshommes, ce

que nous avons faiet.

Le combat y a demeuré quatre jours et quatre nuicts, là où il est mort beaucoup de gens, tant d'ung cousté que d'autre. Et ayant monsieur de Terride mandé delà la rivière sa compaignie et eu nouvelles qui c'estoit joincte avecques celles de monsieur de Charry, nous est venu trouver aulx portes de ceste ville pour ce trouver au combat avecques nous. Et ayant entendu les ennemys nostre arrivée, qui seroit le matin au soleil levé, la nuict ils se mirent en effroy, tant comme tout le monde vit de nostre arrivée que du combat qui se fit ce jour que nous marchions. Hz sortirent à l'entrée de la nuict pai' les portes qu'ils tenoient, et furent suyvis d'une trouppe de gentilzhommes qui en mirent en pièces troys ou quatre cens; le reste ce saulva, mais non tout, car les païsans les aliont courant et en ont thué et prins une autre partye. Ils aviont quatre enseignes à Montauban, qui y estoient arrivées le jour avant leur deffaicte, qui venoient à leur secours, mais, ayant entendu que la compaignie de monsieur de Terride et les compaignies de monsieur de Charry estoient sur le chemin, tournarent en arrière dans la dicte ville de Montauban. Le lendemain sont venus à Lavaur, là où ilz ont saccaigé tous ceulx qui tenoient vostre religion, et avoient reculy ceulx qui s'estoient peu sauver de la deffaicte de ceste ville; et sont aujourd'hui au nombre de quinze cens à deux mil à Lavaur, à Rabastens et à Castres. Et vous puis asseurer. Sire, que la grand diligence qui a esté faicte du secours, est cause que la ville est sauvée, et le combat qui y

a esté faiet, là où la ville ny les soldatz n'ont rien espraigné, comme il appert du nombre des hommes qui sont morts. Messieurs de la court de Parlement vous en escriront encores mieulx à la vérité^ qui a esté bon besoing qu'ils se soient montrés telz qu'ilz vous sont. Aussi croys-je que les nouveaulx cappitoulz en feront de mesmes. Et pour ce^ à eul\ de vous advertii' de ceulx qui ont esté à la conspiration de la ruyne.

Et ce n'a pas esté tout^ car nous avons demeuré deux jours et deux nuicts sans nous attendre à autre chose que à garder la ville, qu'elle ne fust saccaigée tant des soldats et communes, qui c'estoient armées ; que, qui n'eust mis une extrême diligence, aussi bien s'atacquiont aulx bons que aulx mauvais à la saccaiger : ne veullant laisser en arrière. Sire, ni leur oster leur honeur, que l'enseigne et le lieutenant de monsieur le mareschal de Termes ont faict, tant au combat que la ville ne fust saccaigée, ce que gentilzhommes scauroient faire; et ay bien oppinion que messieurs de la court et cappitoulz tesmoigneront que nous n'avons pas dormy. J'oblyois, Sire, de faire mention de monsieur de Forquevaulx, qui arriva de la part de monsieur de Joyeuse durant le combat, s'y trouva, et beaucoup de noblesse; que je ne vous sauroys nommer personne qui n'ave faict son devoir, et en estoit bon besoing. Velà les périls en quoy vostre ville de Thoulouze s'est trouvée. Ung mien nepveu, nommé Clermont, que messeigneurs de Guise et d'Aumalle cognoissent, gaigna cinq de leurs enseignes, qui estoient tout ce qu'ilz en avoient, lesquelles je vous envoyeroys si j'estovs

asseuré que puissent aller à vous, mais tout est prins et voulé par les chemins.

Sire, nous sommes asture à prendre une résolution d'aller assalir ceulx qui sont à Lavam' et à Castres. Le seigneur d'Arpajon et le filz de monsiem^ de Pe}Te sont chiefz; et ont deux cornettes de gens à cheval, au nombre de soixante à quatre vingtz en toutes deux. Et prenons six pièces d'artillerie de ceste ville; et voyons bien qu'il ne vous fault plus aviser à autre chose que à combatre. Et vous supplie très humblement croire que la nécessité nous conslrainct venir là, car autrement tout le pays est perdu, tant le Languedoc que la Guiene, car tout s'en va par ung mesme chemin, comme je m'asseure que monsieur de Forquevaulx vous escrira pour la part du Languedoc.

Et vous supplie très humblement me pardonner si je vous escriptz une chose francement et à la vérité, laquelle vous congnoistrés très véritable, c'est que vous n'avez que troys compaignies de par deçà, qui ne soient garnies la pluspail de la religion nouvelle, sauf celles de monsiem' le mai^eschal de Termes, de monsiem^ de Terride et la miene. Et ayant entendu, quelques gentilzhommes de la compaignie de monsieui' le mareschal, qui estoient tous ses pai^ents ou de son lieutenant ou de son enseigne, que vous les aviez desparti à d'Escars* et à monsieur de Martignes*, ilz se sont rézolus entièrement de n'y en

1. François de Peyrusse, comte d'Escars (t. III, p. 70, note 1).

2. Sébastien de Luxembourg, vicomte de Martigues, surnommé le chevalier sans peur. En 1562 il était colonel de l'infanterie et devint capitaine d'ordonnance. Après la mort du duc d'Etampes, son oncle, il obtint le gouvernement de la Bretagne. Mar-

aller pas uiig; et la pluspart déclarèrent qu'ilz ne

porteroient jamais armes^ ^

avecques celle de monsieur de Terride et la mienne qui fault que je secoure le Languedoc et la Guiene. Et sy vous ne voulés remettre de ce qui est avec monsieur de Burye en sa compaignie, ni en celle de monsieur de JarnaC;, ny en celle de monsieur le prince de Navarre, n'en y a pas six qui n'en soient, sauf le lieutenant du dict seigneur de Burye. Et quant à tous ceulx de sa maison, il n'a ung seul homme avecques luy, de quelque estât qui soit, sauf ung ou deux, qui ne soient de ceste religion. Quant à luy, je n'en sauroys dire mal, pour ce que je luy ay veu faire comme ung bon crestien acoustumé en la loy que vous tenés ; et ne me sauroys plaindre aulcunement de luy, car jamais luy et moy n'avons eu une seule parole ensemble, comme luy-mesmes sait bien que ce que je dis est vérité; et, quant à celle du roy de Navarre, il n'y sauroit avoir quarante hommes d'armes, de quoy, la pluspart sont de ceste religion, que le guidon, qui n'en est point, ne s'en fye.

tigues s'était distingué aux sièges de Calais et de Metz. Il combattit aux batailles de Dreux, de Jarnac et de Moncontour et fut tué en décembre 1569 sous les murs de Saint-Jean-d'Angély. Brantôme lui a consacré un article dans son livre Des couronneh françois.

1. Malgré cette protestation, la compagnie du maréchal de Thermes fut partagée en deux et donnée à d'Escars et à Martigues. Massez, enseigne du maréchal, devint lieutenant de d'Escars et Boisjourdan, guidon de l'ancienne compagnie, devint Ueutenant de Martigues (Brantôme, Des couronneh françois, \ie de Martigues).

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