‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 93 sur 158 · Lacune dans notre copie · texte numérisé non relu

Lacune dans notre copie

Voylà la compaignie de monsieur le mareschal de Termes rompue, en quoy vous me layssés. Par quoy je vous supplie très humblement. Sire, et est besoing pour vostre service que vous envoyés promptement les deux à qui vous avez baillé la charge pour faire ce que je fais; car, avant perdu ceste compaignie, je ne veulx ny puis vous assurer de conserver le pays, car vous malcontenterés cinq cens gentilzhommes : et peut estre que eulx auront meilleur moyen et meilleure grâce à les apayser, car je ne me sauroys promectre de le faire. Je say bien. Sire, qu'on dira que mes lettres sont escriptes en colère, mais j'ayme mieulx vous escrire la vérité en colère et que vous y pourvoyés comme bon vous semblera, que d'escrire doub cément et que tout aille en perdiction. Et s'il vous plaisoit mander quelque gentilhomme de bon entendement icy pour veoir vos affaires, en quels termes ilz sont, vostre Majesté ne trouvera pas estrange, aymant vostre service et me touchant de sy près, comme il faut que je vous escripve de ceste sorte.

D'autre part je n'ay ung soûl pour payer les gens, et a fallu que nous ayons prins quelque argent, qui estoit en vostre recepte de ceste ville, pour aller prendre ses Ailles pour les combatre, s'ilz font résistence; et fault encores que j'en praigne de monsieur le cardinal de Ferrare, à Auch, pour payer deux enseignes nouvelles et celle du cappitaine Tilhadet : car, du cousté de monsieur de Burye, je n'en puys avoir aulcune responce, et pense que les pacquetz sont prins par les chemins, car de mon cousté je n'arreste pas de l'en advertir. Et pour ce. Sire, que vostre Majesté m'escript que nous nous assemblons, luy et moy, et

que nous nous mettons aux champs, je vous supplie très humblement m'exeuser encores si je vous parle franchement, car il est impossible que nous seussions faire beau faict, pour ce que tout ce qui est avecques luy, hommes d'armes et autres, sont d'une religion et nous autres, que sommes ensemble, d'ung autre, et la leur nous liavt mortellement. Vostre Majesté peut juger comment seroit possible que nous tissions chose qui vaille pour vostre service. S'il volloit venir tout seul avecques nous, nous le servirions de tous les offices que luy fauldroil et luy obéyrions comme à vostre personne propre , car il le mérite, et l'estimons tous ce que gentilhomme peult estre estimé. Or velà. Sire, la vérité de tous voz affaires; et touche à vous et à vostre conseil de y remédier et donner ordre au tout, car de moy je vous ay assés déduict les raisons pourquoy je ne sauroys faire. Et vous serviray de laquay, si vostre Majesté le veult, et ne me trouvères jamais desgouté de mettre ma vye pour vostre service. J'ay retenu icy monsieur de la Mothe-Rougé, gouverneur de la Chapelle, pour ce qu'il vous y faict beaucoup de service et aussi que son lieutenant, qui est à la Chapelle, est personne bien souffisante. Nous avons arresté ensemble que monsieur de Gondrin s'en retourne avecques deux des enseignes nouvelles et celles du cappitaine Tilladet, et avecques les hommes d'armes de la compaignie du roy de Navarre, pour garder ce cartier de delà, vers Aeennovs et Condomovs ; et monsieur de Terride et moy allons assiéger Lavaur et Castres, car ceste ville ne demeiuvroit jamais seure si ces places demeuroient entre leurs mains. Et de là nous

en yrons à Montauban, synon que feussions empeschés par malheur^ ce que je n'espère pas à l'ayde de Dieu et de vostre bon droict.

Sire^ je supplie le Créateur vous donner en parfaicte santé longue vye.

De Thoulouze, ce XXJT' may 1 562.

\ ostre très humble et très obéissant sujet et

serviteur ,

De Monlue.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbonrg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Toulouse, 22 may 1562.]

Madame j si ce pacquet se peult sauver, vous y verres le discours de la prinse de ceste ville par la lettre du roy et comme elle a esté recouverte, qui me gardera vous en faire autre récit. Seulement vous escriray de ce que je me plains en la dicte lettre : et me fault faire teste et secourir le Languedoc et la Guiene, et, en lieu que l'on devroit contenter les gens de bien et les tenir en la bonne volunté qu'ilz

1. L'Histoire du Languedoc mentionne une lettre de Monlue dont la date et le contenu s'accordent exactement avec le contenu et la date de la présente lettre. Il reste seulement un doute : les Bénédictins soulignent ces mots :«.... d'Escars qui n'avoit donné aucune preuve de son savoir faire. » Cette précaution domierait à penser que ces mots se trouvent dans le texte; or ils ne se trouvent pas dans la copie ci-jointe. Malgré cette cause de doute, nous croyons que la présente lettre est celle que signale X Histoire du Languedoc (t. V, p. 223), comme se trouvant dans le registre 6 des manuscrits de Coaslin,

ont pour le service du roy, on faict ce que l'on peult pour les en ouster. Je vous supplie très humblement. Madame, regarder s'il est possible que je puisse garantir ce pays en me foisant perdre les hommes de qui je suis le plus secouru; et n'est pas seulement question des chiefs, mais de la plus grand partye de la noblesse. Que je ne vous auzeroys escrire le grand malcontentement que tout le monde a par deçà d'avoir fait si peu de cas du lieutenant* et de l'enseigne' de monsieur le mareschal de Termes qui sont hommes de bonne famille, s'il y en a en tout le royaulme de France. Le lieutenant estoit son beau frère et l'enseigne son proche parent. Que si l'on vouloit louer deux gentilshommes de ce pays de deçà, l'on vous mettroit ces deux-là des premiers. Et puisque le conseil du roy fait si peu de cas de gens de bien , et mesmement au temps et la nécessité en quoy nous sommes, que l'on les devroit achepter à prix d'or, estant le royaulme en telle division que nos partyes ont de leur cousté presque la moitié de la noblesse, je vous supplie très humblement, Madame, commender que celluy que l'on veult faire si grand vienne prendre la peine que je prens de mon cousté pour conserver le royaulme à sa Majesté, et que l'on luy fasse gaigner le lieu, là où l'on le veut mectre, afin qu'ils esprouvent son bon sens et sa ardiesse, pour monstrer s'il le mérite plus que les autres de qui l'on

1. Roger de Saint-Lary, seigneur de Bellegarde (t. I, p. 107, note), fut nommé sénéchal de Toulouse à la suite de cette lettre.

2. Le seigneur de Masses, dont nous avons parlé (t. I, p. 209, note, et t. II, p. 388, note 2). Il n'obtint pas la fonction de viguier à Toulouse, que Monluc demandait pour lui.

faict si peu de conte , et me donner mon congié pour m'en aller tenir auprès de vous, car je ne suis ni ne veulx deppendre d'autre que de sa Majesté et de la vostre. Car jusques icy les grands biens, que j'ay receus de mes maistres ny de leurs ministres, ne m'obligent en rien ni autre chose que l'obligation que le suject doit à son roy et la bonne volunté que toute ma vye j'ay eu au service de la coronne. Et puisque je suis en ceste ^ . . .je veulx aller achever ma vye auprès de vous que j'ayme, honore et estime, et non thuer icy jour et nuict pour faire grands et riches les autres, qui ne servent de rien que à faire menées et estre cause de malcontenter ceulx qui font service. Par quoy vous supplie très humblement, Madame, me donner mon congié et faire que d'Escars' vienne icy. Et je m'iray donner de bon temps là, car aussy bien suis-je vieulx ; et m'asseure bien que, s'il me vient quelque désastre, qu'il en diroit bien son ad vis à son maistre.

S'il vous plaisoit. Madame, faire donner la séneschaussée au lieutenant et la viguerie à l'enseigne, vous fériés meilleure eslection qu'ils ne sont pas, car l'on a oppinion qu'ils seront jugés pour estre principal aucteur de la sédition^, et vous contenteriés beau-

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