‹ Commentaires et lettres (volume 2)Chapitre 95 sur 158 · Gilbert de lUiutefort, seigneur de Hautefort, reçut, peu · texte numérisé non relu

Gilbert de lUiutefort, seigneur de Hautefort, reçut, peu

alors la compaigoie ne se despartira point, eneores qu'ils soient à deux: cappitaines, car chacun des deux en aura la moytié et pas un ne se retirera à leurs maisons. Je vous supplie très humblement, Madame, voloir regarder au temps où nous sommes et qu'il n'est pas besoing qu'une telle compaignie se defîace, car c'est une des bonnes de France \

Je n'ay faly envoyer par toute la Guiene, et princippalement au parlement de Thoulouse, les doubles de la lettre qu'il vous a pieu m'escripre de la requeste de ceulx de la nouvelle religion, ensemble des mémoires que m'avës mandé par monsieur de Pardaillan; et en ay envoyé aussi à la noblesse de Comenge, Querci, Roergue et Agen, afïin, Madame, que tout le monde cognoisse qu'il n'a tenu à vous que la paciffication ne soict dans le royaume. Je ne

après cette lettre de Monluc, le 8 août lo62, des lettres de nomination de gentilhomme de la chambre du roi. En I060, pendant le séjour du roi à Toulouse, Hautefort obtint le collier de l'ordre de Saint-Michel. Il mourut peu après 1S69.

1 . Un incident , que Monluc ignorait peut-être lorsqu'il écrivait cette lettre, avait contribué à désorganiser la compagnie du maréchal de Thermes. Son fils, Hugues de Thermes, guidon de la compagnie, s'était mis en route après la mort du maréchal, pour demander la compagnie de son père au roi. Il avait été arrêté pai' un parti protestant, conduit à Orléans et soumis à une étroite captivité. Délivré au bout de deux mois et demi par le prince de Condé, il était revenu en Guyenne. Mais Burie, le prenant pour un agent de Condé, l'avait fait renfermer au château du Ha. Ces détails sont contenus dans une lettre de ce malheureux capitaine au roi de Navarre (coll. Saint- Germain fr., vol. 689, 6, f° 418). A la nouvelle de son arrestation, les hommes d'armes, dévoués au fils de leur ancien chef, avaient abandonné la compagnie.

VOUS puis escrire des afîaii'es de par deçà^pour ce que tous les pacquets sont prins, et aussi eeulx que vous me mandés; et fault que nous nous gouvernions selon les afïaires que nous voyons devant les yeulx et non selon vos intentions^, par quoy vous plaira prendre le tout à bonne part. Je suis venu trouver monsieur de Burye en ce lieu de Bordeaulx avec sept enseignes de gens de pied^ cinquante salades de la compaignie du roy de Navarre, et le reste est demeuré en Condomoys, celle de monsieur le mareschal de Termes et la mienne. Il s'efforcera de vous faire entendre la délibération que nous aurons prinse, s'il y a moyen qu'on puisse passer. Qui sera fin. Je supplie nostre Seigneur que en très heureuse et longue santé vous doinct, Madame, longue vye et prospérité.

De Bordeauk, ce XV"" juillet 1562.

Votre très humble et très obéissant sujecf et serviteur.

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[19 août 1562'.]

Madame, il y a quelques jours que monsieur de Burye et moy avons despêché vers vous, du Port

1 . Cette lettre n'est point date'e, mais la réponse qu'y fit la reine lui donne sa date. Catherine dit dans une lettre du 43 septembre : « J'ay veu la lettre du i9 du passé que m'avez en-

DE BLYISE J)E MONLUC. 149

Saincte Marye, le seigneur de MontgairaP ; et par luy nous vous faisions entendre toutes les prinses des villes^ chasteaulx et mesmes de eeste ville d'Agen^^ que nous avons faictes despuis Bourg ^, mais, à ce que l'on nous a dict, il a esté prins en chemin. A présent , Madame , nous voulons vous advertir , comme la ville et chasteau de Pêne ont esté prins*, avec le plus cruel et grand combat où je me trouvasse jamais, comme ledict seigneur de Burye vous escript au long. Et parce que nous avons despendu et employé toutes les poudres de nostre harquebuzerie, nous avons advisé de nous retirer pour sept ou lîuict jours en ceste ville d'Agen, pour laisser séjourner quelque peu la cavalerie et que les cappitaines d'infanterie ayent loisir de refïaire leurs compaignies, pour incontinent aller poursuyvre le devoir du service du roy et vostre vers Montauban.

Je suis constrainct vous advertir comme monsieur de Biron a escript à monsieur de Burye et à moy à chascun sa lettre, lesquelles nous vous envoyons, et

« vojée avec celle du s. de Byron » (coll. Gaignières, vol. 34 J ,

1 . Mongairal , seigneur de Gazelles, ne resta pas longtemps entre les mains des ennemis. Le 9 octobre, à la bataille de Ver, il combattait près de Monluc (t. III, p. 47).

2. Voyez le récit de la prise d'Agen dans les Commentaires, t. II, p. 450. Suivant de Bèze [Hist. ecclés., t. II, p. 474, éd. de 1841), l'honneur de cette conquête n'aurait pas été grand; les réformés avaient quitté la ville.

3. Une émeute avait eu lieu à Bourg, et les officiers du roi avaient été pendus (Remontrance du parlement de Bordeaux au duc de Montpensier ; coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 6, P 189).

4. Voyez dans les Commentaires le récit de la prise de Penne, t. II, p. 4o2 et suivantes.

par icelles vous verrez tout ce qu'il nous escript estre contraire entièrement à l'arrest, donné dernièrement par la court de parlement de Paris ^, et aulx lettres qu'il vous a pieu nous escripre journellement; qui nous faict vous supplier très humblement. Madame, qu'il vous plaise le faire aller vers vous et luy faire ressentir sa faulte, de sorte qu'il soit exemple aulx porteurs et inventeurs des nouvelles, car ce n'est que nous mettre en plus grande combustion que jamais, et donner cueur et eschauffer la témérité et audace des séditieux et rebelles. De ma part, je vous supplie faire déclaration du contraire de ce qu'il vous escript, affm que je le fasse faire publier, et que je le puisse convaincre de mensonge, comme desjà l'ay dict au gentilhomme, qu'il m'a envoyé, que je ne croyois rien de ce qu'il nous escripvoit, et parce que j'ay veu la noblesse sy marrie et si désespérée que, s'estant hasardée nuict et jour avec nous à tout péril et hazard, elle ne scait que faire que d'abandonner biens, maisons, femmes et enfants, si cela a lieu^ Et de ma part j'aimeroys mieulx habiter hors du royaulme de France avec le congié et licence

4 . Cet arrêt du parlement de Paris porte la date du 27 juillet 1562. Il proscrivait et déclarait coupables de lèse-majesté tous ceux qui avaient pris les armes ou violé les églises. Il a été publié dans les Mémoires de Condé , t. I, p. 91. Cet arrêt, dit de Thou, fut « un vrai tocsin et une espèce de déclaration de guerre. » Voyez le récit de ses déplorables effets [Hist. universelle de de Thou, t. III, p. 170, édit. de 1740).

2. La reine, dans la réponse qu'elle fit à Monluc, est loin de désapprouver Biron. Sans préciser la c^iuse du différend de Biron et de ■Monluc, elle nous donne à entendre que le premier avait proposé une mesure de tolérance, tandis que l'auteur des Com-

du roy et vostre, que si vous permettes une si grande contrariété de Fédict. Car je suis desjà vieulx de plus de soixante ans et espéroys quelque fin à ces troubles de deçà , dans" peu de temps, pour après vivre deux ou troys ans, ou tant peu que plairoit à Dieu, en quelque repos, ce que je ne puis spérer en tant de diversités d'ordonnances et contre édits; ains je voys que ce sera toujours à recommencer pour le cueur que les nouvelles de delà leur donnent. Et à présent je ne fais doubte qu'ilz n'en pregnent davantage, jDarce que l'on nous a donné advis que le conte de la Rochefoucault et le seigneur de Gramont sont auprès de Mucidan avec grande force pour se joindre au seigneur de Duras, qui est vers le Roergue; mais nous attendons dans peu de jours les Espaignolz^, et lors, s'ilz se approchent de nous, j'espère que Dieu nous continuera au bonheur que nous sommes de les baptre toujours où nous les avons attacqués.

Je ne puys encore oblier. Madame, de vous dire que le cappitaine Masses, duquel le seigneur de Biron se plaint par sa lettre, a esté appelé par monsieur de Burye et a respondu de tout ce qu'il debvoit, de mode qu'il se trouve qu'il n'a en rien offensé. Et, si le seigneur de Biron et ses gens eussent tenu bon, personne ne s'y fut adressé; mais il a retiré en ses maisons des sédicieux, et ung grand nombre de ses subjects ont porté les armes contre

mentaires se montrait partisan d'une repression impitoyable (coll. Gaignières, vol. 341, f" 23).

1. Sur l'entrée des Espagnols en France voyez ht note 1 de la page 453 du t. II.

i b2 LETTRES

le roy, qui sera cause que nous n'aurons plus de respect à luy ny à autres, car aussi n'en avons poinct aux plus grands où il est question du service du roy.

Au surplus, iNIadame, nous avons prins le chasteau de Caumont*, que nous avons trouvé plain des sédicieux et Huguenaulx, avec ung cappitaine qu'il a six nioys que personne n'est passé par là, nv du loing de la rivière de Garonne, qui est joignante, qu'il n'aye esté destrossé, assaly ou thué; et le seigneur de Caumont, estant à une autre sienne maison, n'a jamais faict conte d'y remédier; et si est de la religion nouvelle, comme monsieur de Burye et moy ferons aparoir par informations et articles, auxquels il fault que nous soyons ouys. Et à ceste cause, l'ayant prins, je l'ay mis en la puissance du roy avecques cinquante soldatz dedans pour la garde; vous asseurant, ÎMadame, qu'au temps qui coml il me semble que vous ne le devés rendre pour encores, car il est forny de trente à quarante pièces d'artillerye, grandes ou petites, et si est assez fort pour endurer douze ou quinze cens coups de canon avant que se rendre; et s'il retomboit encores en

1. Voyez les Commentaires (t. II, p. 441). Le château de Caumont est situé en Bazadois, siu* les rives de la Garonne. Il appartenait alors à François de Caumont, seigneur de Castelnau et de la Force, qui fut tué à la Saint-Barthélémy. Burie et Moulue y mirent en garnison le capitaine Razat avec quelques soldats. François de Caumont ne cessa de protester contre cette occupation ; il finit par obtenir un arrêt du conseil privé , appuyé d'un ordre du roi, qui commandait au capitaine Razat de lui rendre son château (lettre de Burie, du 14 décembre 1562; coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 7, f" 4^)8}.

leurs mains il n'y a place en la Guienne qui portast tant de dommage que celle là pour le navigaige, qui seroict empesché, et par ce moyen la ville de Bordeaulx bientost affamée.

Madame, je suis très aise d'avoir moyen vous faire entendre comme monsieur de Pons' est avec nous despuis le commencement de nostre camp, et c'est trouvé à toutes les entreprinses et exécutions que nous* avons faictes, sans qu'il se soict espargné de toutes les factions, comme le moindre soldat du camp; et quelque chose que l'ons en aict voulu dire, IMadame, je vous puis tesmonier qu'il est aussi volontaire et affectionné au service du roy que ung de nous. Et s'il n'estoit véritable, je serois bien marry de vous en rendre tesmoignage. Qui sera fin de la présente, après vous avoir supplié très humblement me tenir tousjours en vostre protection et bonne grâce; et je prieray nostre Seigneur qui vous doinct en parfaite santé. Madame, très longue, très heureuse vve et prospère.

A Agen, ce ^

Vostre très humble et très obéissant subject et serviteui'.

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

1. Antoine de Pons, comte de Marennes (t. II, p. 437, note 2). Une lettre de Burie au roi de Navarre , date'e du 9 août 1 o62 , contient les mêmes éloges du seigneur de Pons (coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 6, f» 37o).

"2. Lacune dans notre copie.

[Agen. 26 août 1562.]

Madame^, despuis que Montgairal fut despêché, nous avons entendu qu'il avoict esté prins prisonier en chemin. Par luy, monsieur de Burye et moy vous escripvions que la plus part du populaire a esté eonstrainct uar la viollence et force des séditieux et à coups de bilhot aller au presehe et aulx prières, de sorte que ce qu'ilz en ont faict ce a esté ouUre leur gré; qui est cause que monsieur de Burye et moy avons advisé de vous supplier qu'il vous plaise faire donner par le roy ung pardon pour le pouvre peuple, pourveu qu'il repregne la loy et religion du roy, comme il crie et demande de faire ^; sens que nous entendons y comprendre ceulx qui sont comprins en l'arrest du parlement de Paris.

Madame, escripvant encores ceste présente, monsieur de Sanlaraille-, qui est au roy de Navarre et cappitaine de Castelgeloux, auquel, despuis que la ville c'estoict remise en l'obéyssance et volonté du roy, luy avions baillé la charge de la dicte ville ; il nous est venu asseurer que toute la ville estoict réduicte à nostre religion romaine, et que dimenche dernier ledict sieur de Santaraille fict faire prossession généralle et dire la grand messe, là où il ce trouva plus de quatre mil parsonnes. A Nérac pareil-

1. Ces conseils d'indulgence donnés par Monluc au roi, au plus fort de la gueiTe, méritent d'être remarqués.

2. Santaraille, Saint Araille ou Xaintrailles, seigneurie du Bazadois.

lement commencent aller à la messe, là où, plus d'ung an a, que ne s'en estoict dict. Je n'en escriptz poinct au roy de Navarre, pour ce que le gentilhomme qui porte ce pacquet est à cheval et n'a loisir de plus attendre.

D'Agen, ce XX\ P' aoust.

Votre très unbble et très hobéisant supget et

serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale; ces derniers mots : votre 1res unbhle, etc., et la signature sont autographes; Bibl. imp., coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 6, f'' 461.)

[Molssac, 12 septembre 1562.]

Madame, vous entendrës du seigneur de Malicorne' en quel estât sont les affaires de ce pays de Guienne et le debvoir que je fays journellement pour le service du rov et vostre, et principalement pour mectre fin aulx troubles et séditions qui y sont, lesquelz ne sont pas si grandz comme ilz ont esté. Et si j'eusse esté creu, ilz fussent encores moindres. Toutesfoys j'espère, moyenent que le roy et vous. Madame, me layssez forces suffizantes, y donner tel ordre que bientost ce pays vous sera aussy obéyssant qu'il fut jamais.

i. Jean de Chourses, seigneur de Malicorne (t. II, p. îol, note 1). Il avait été envoyé au mois d'août en Guyenne, pour porter à Monluc et à Burie une instruction et l'ordre de conduire au camp du roi les compagnies espagnoles. La minute de cette instruction est conservée à la Bibliothèque impériale dans la collection .Saint-Germain français, vol. 689, 6, f" 396.

Au demeurant. Madame, j 'envoyé à la court, avec ledict seigneur de Malicorne, ung homme exprès, tiuit pour m'apporter la responce qu'il plaira au rov et à vous me faire que pour soliciter l'expédition de quelques miens particuliers affaires, entre autres, celle du don que le roy m'a cy-devant faict de quelque reste de compte, en quoy, l'année dernière, le recepveur du taillon de Bordeaulx est demouré. J'ay entendu, ]\îadame, qu'estiés au conseil lorsque le dict don me fut accordé, et que toutes les difficultés que le trésorier de l'espargne et les intendans des finances sceurent alléguer, fiu'cnt vuydées : néanmoins, ledict trésorier ne m'en a voulu jusques icy dépescher; et croy que je ne le seray poinct, si ce n'est par vostre moyen, à quoy je vous supplie très humblement tenir la main; et imployeray cela avec tout ce que j'ay pour faire toute ma vye très humble service au roy et à vous. Qui sera l'endroict où je vous supplieray très humblement me tenir tousjours au nombre de voz très humbles et très obéissans serviteurs et en vostre protection et bonne grâce; priant le Créateur vous donner. Madame, en parfaite santé très longue et très hem'euse vye.

De Movssac, ce XII™^ jour de septembre 1 562.

Votre très unbble et très hobéisant suget et

serviteur.

(Lettre originale; ces derniers mots: votre très unbble, etc. , et la signature sont autographes; Bibl. irap. , coll. Saint-Germain fr., vol. 689, 6, f" 412.)

DE iîl.lISE DE MUNLUC. lo7

[Du camp rie Montecli, 20 soptembrc 1562.]

Madame, j'ay receu la lettre que vous a pieu m'escrire parce corryer du douziesme septembre, et vous supplie de croire que, si j'ay trouvé par cy-devant mauvaise la lettre que monsieur de Biron m'avoit escripte, que ce a esté suyvant les lettres qu'il avoit pieu au roy et à vous m'escrire auparavant, toutes contraires à la sienne et à l'arrest donné à Paris le vingt sep tiesme juillet*, et, si en cella nous avons suivy vostre commendement et l'ordonnence de la court, il me semble. Madame, que je n'ay poinct de tort de l'avoir trouvée mauvaise, estant contraire à vostre commendement. Combien qu'il vous plaist m'escrire que par cy-devant il m'avoit esté dict et mandé à donner seureté aulx gentilzliommes pour ce retirer en leurs maisons. Je vous puis asseurer. Madame, qu'il ne m'a esté dict, de la part du roy ny vostre, de faire autre chose que ce que j'ay f'aict, et, jusques à présent qu'il a pieu au roy de m'escrire, je n'avois jamais sceu qu'il eust agréable que les gentilzliommes se puissent retirer en seureté en leurs maisons, qui auroient porté les armes contre sa Majesté, si ce n'est que luy plaist asture m'escrire et mander qu'il m'envoye le pouvoir de le permectre, lequel je n'ay autrement receu que comme il est en sa lettre. Il est vray, Madame, comme il vous a pieu m'escrire, que,

1. Voyez la lettre de Moulue du 19 août ioQÛ, et la note I de la page loO.

io8 LETTRES

ez troys ou quatre mois qu'il y a que nous avons les armes à la main, je n'ay peu esteindre ny assoupir le feu, de sorte qu'il ne se relume; je vous respondray de ma teste que, si j'eusse esté seul à commender pai' deçà, sans avoir compaignon qui m'entretaillast mes entreprinses, il y a deux moys que je seroys mort ou le seigneur de Duras deffunt; mais d'aultant que je porsuis et cherche de combattre, monsieur de Burye^ m'y contrarie et romp entièrement tous mes desseins. Voilà les alumettes qui tiennent tousjours le feu allumé; et si monsieur de Malicorne est homme de bien, tel que je l'estime, il vous porra avoir dict la vérité de ce qu'il a veu.

Je désire aussi, jMadame, que vous demeuriés satisfaicte de ce qu'il vous plaist me commender que je deffende qu'on ne saccaige plus les maisons de gentilzhommes, à quoy je vous puis certainement respondre et asseurer qu'il n'y a maison de gentilhomme qui ait esté saccaigée, réservé troys ou quatre, esquelles estoit la retraicte de tous les sédicieux des environs, qui volloient et pilloient tous les passans des envii^ons qu'ils congnoissent estre de la religion et parti du roy, dont les deux estoient celles de Biron, qui en a mené avec luy, s'en retornant en court, sept ou huict de ceulx qui estoient avec Duras le jour que je le combatis à Taragon^ Et vous puis dire encores, ^Madame, que je veulx que vous

1. Charles de Coucv, seigneur de Burie (t. II, p. 340, note 3). Le livre V des Commentaires est plein de ces accusations du bouillant Monluc conti^e le prudent Burie.

2. Combat de Targon livré contre Duras, le 17 juillet lo62. Voyez les Commentaires ^ t. II, p. 437 et suivantes.

DE BL4ISE DE MONLUC. 1o9

me faictes coupper la teste si je ne vous envoyé le roUe, si vous plaist le me commender, de bien près de deux cens maisons de gentilzhommes que le camp de Duras et autres de la religion ont saceaigées, bruslées, prins les gentilz femmes^ mises en chemises, et leur ayant faict d'autres choses indignes vous estre escriptes. Mais je congnois à vostre lettre que ce sont des rapports de Biron et autres, mes bons amys, qui seroient bien ayses de trouver moyen que le roy et vous et messeigneurs du conseil trouvissiés mauvais ce que je fais pour m'ouster ceste charge, de tant qu'ilz savent bien que je suis celluy seul de la Guienne, qui, avec l'ayde de mes parents et amys et de la noblesse, ay seul monstre teste à tous les sédicieux de la Guienne, espérant que, en estant moins, ilz porroient contraindre la noblesse et tous autres à leur volonté et mainer les choses à leur dévotion. Je seray tousjours très ayse. Madame, pourveu que vous l'ayés agréable, que vous m'oustés de ceste peine et que ung autre fasse ce que je fays. Et parce. Madame, que j'ay esté adverti que quelques ungs ont avancé que ce que j'ay faict ce a esté pour m'enrichir plus que pour le service que je doys au roy, je suis contrainct de respondre que je voldroys qu'ilz eussent faict comme moy, non pas calle lauvelle (■?), comme ilz ont faict; et toute la Guienne seroit en repos. Et sans moy ilz eussent plié le cou et mis soubz le joug, comme la noblesse de toute la Guienne en tesmoniera, et du léal service que je fays. Et si puys-je dire quelque chose que mes envieux rapportent de moy que, jusques à ce jour, je n'ay demandé aulcune confiscation ny

i 60 LETTRES

lîien^ qui appartienne à gentilhomme; et cy n'est en la puyssance du roy de m'en faire prendre^ sauf de quelques personnes de basse condition et inutille au service de sa Majesté, qui ont faict aultant et plus de mal que ceulx qui portent les armes et par là» ... .

Madame, je vous supplie très humblement recongnoistre que l'avarice ny l'espérence d'agrandir ma maison au domaige des gentilzhommes, qui se sont rebellés contre Sa Majesté, ne m'a faict entreprendre ce que je fays, et que c'est la seule fidelle et léale affection et dévotion que j'ay au service du roy et vostre, et que j'ay suivy ce que vous-mesmes m'avez autresfoys escript et commendé. Et, pour vous faire paroistre que j'ay procédé avec plus de doulceur que l'on ne vous a fiiict entendre^ il se trouvera que j'ay baillé seureté à plus de quatre mil personnes sous la charge que ilz ne porteront jamais armes contre le roy et vivront à sa religion, ce qu'ilz font à présent. Mais quelque diligence, promesse ny menée, que j'aye sceu faire, il m'a esté impossible de retirer que deux gentilshommes, qui ayent voulu laisser le parti des sédicieux, pour suyvre le service de sa Majesté; et monsieur de Burye mesmes, qui a dans leur camp vingt cinq ou plus de ses plus proches parents, n'en a peu, comme il m'a dict, arracher ung seul.

Madame, je vous supplie ne trouver mauvais si par cy-après je n'entre au conseil avec monsieur de Burye ny ne me mesle des affaires de deçà, autre-

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