CONDOM, A CONDOM
[Estillac, 8 mai 1565.]
Monsieur mon cousin , suyvant la lettre que je vous ay cy-devant escripte, j'ay recouvert le pacquet de leurs Majestés pour envoyer à Rome afin d'obtenir l'expédition de l'évesché de Condom*, et ay baillé à Boery, présentement porteur, des blancs signés pour faire ladite dépesche, lequel je vous prie croire de ce qu'il vous dira de ma part comme à moy-mesmes. Et me remectant sur sa suffisance, mettray fin à la présente par mes affectionnées recommandations
1 . Catherine avait écrit à La ville Parisis, ambassadeur à Rome, pour obtenir gratuitement l'expédition de l'évêché de Condom. Sa lettre nous apprend que le roi avait écrit dans le même sens à Rome (Coll. St-Germ. fr., vol. 689, 10, f» 80).
de bon cueur à vostre bonne grâce, et prie nostre Seigneur que en parfaiete santé vous doinct. Monsieur mon cousin, longue et heureuse vie. D'Estillac, ce VIII'"^ jour de may 1 565.
Vostre meilleur cousin et amy à vous faire service.
De Monluc.
(Lettre originale; tignatare aotographe; Bibl. imp., cuil. Galgnières, vol. 341, f" 81.)
4 37. — MÉMOIRE AU ROY d'eSPAGNE*.
[Juin 1565]
Les affaires de France sont aujourd'huy en tels termes.
Premièrement laroyne, elle estant en France, il y a ung an, feust advertye de tous les coings du royaume que ceulx de la nouvelle religion faisoient courir le bruyt par tout et donniont entière asseurance que le roy et la royne se voliont mettre en leur religion et que desjà ils n'alliont guières souvent à la messe. Et ne leur souffizoit de le dire, mais aussi ils l'escrip-
1 . Le duc d'Albe rapporte dans sa lettre à Philippe II , date'e de Bayonne, du 15 juin 1563, qu'en flattant Monluc il obtint un mémoire dans lequel l'auteur des Commentaires exposait les conditions de l'alliance que les rois de France et d'Espagne devaient, suivant lui, nouer ensemble contre les réformés, ou bien, en cas de défaillance de la cour de France , les moyens de défense qui restaient au roi d'Espagne (Granvelle, Papiers d État y t. IX, p. 281). On va lire ce mémoire. Ces lettres du duc d'Albe, que le savant éditeur des Papiers d État de Granvelle a publiées d'après une copie, sont conservées en original aux Archives de l'empire (K. Io04).
voient; et avoient gens à la court aprestés, qui mandiont lettres par tout le royaume. Toutes ces nouvelles mettiont tous les trois estats en crainte, et beaucoup de gens sui' ses nouvelles preniont parti en ceste maudite religion.
La royne, entendant toutes ses nouvelles, se résolut contre la volonté de tout son conseil, catholicques et autres, admener le roy par toutes les provinces de son royaume sans déclairer jamais son intention à personne. Et print son chemin vers Lorraine soubz colleur d'aller veoir sa fille \ Or a voitelle encore ung autre intention, laquelle je desduiray après ceste-cy. Et pour parachever ceste première occasion d'admener le roy par toutes ses provinces, c'estoit affin que tout le monde vist manifestement la relligion que le roy, elle et tous ses autres enfans tenoyent. Et par toutes les grandz cités, en la moindre feste qui c'est présentée, le roy a faict faire posession généralle et faict commandement que tout le monde s'i trouvast, où la roy ne. Monsieur et Madame ont toujours acisté, et pareillement oyent toujours les grands messes solennellement, avecques si grand dévotion, que chescun peut cognoistre qu'ils ne veullent changer la religion de leurs prédécesseurs. Et afin que personne ny face encores aucun doubte, la Majesté de la royne a reçu, ces Pasques passées, le corps de Nostre Seigneur devant tout le monde en la grand église de Bordeaux^, deux fois.
1 . Claude de France, fille aînée de Henri II et de Catherine de Médicis, avait épousé le duc de Lorraine.