L'ambassadeur d'Espagne, Alava, atteste ce fait dans ses
que fut le mercredi et le jour de Pasques, les portes de l'église demeurant ouvertes, affin que petits et grands le vissent. Et par toutes les provinces de la France en a faict et délibéré faire autant jusques à leur retour dans Paris, que à grand peyne poura estre encores de huict mois. Or cependant le roy se faict grand et se renforce tous les jours, de sorte qu'il semble à tous ceulx qui le voyent que c'est ung vray miracle de Dieu de veoir augmenter tousjom^s ce prince tant en force, grandeur, que en esprit et éloquence. Ce voyage aussi leur porte ung autre bien, qui est que tous ceulx qui le voient de nostre relligion mettent une si grande amour et affection en luy que nous luy donnons, s'il nous le demandoit, après nos vies, encore nos biens.
Quant à ceulx de la nouvelle religion, leiu's Majestés cognoissent bien la grand différence qu'il y a de l'amytié que leur portent les ungs et les autres ; et pource que eulx-mesmes la cognoissent, je n'en parlera y davantage.
L'autre bien que sort de leur voiage, c'est que la royne a volu s'emparer de toutes les villes rebelles et fere que la force en demeurast au rov, comme de Lyon principallement, car elle estoit bien advertye qu'on voloit faire là ung quanton de Souysses ^ . Et
lettres. A Toulouse, Catherine avait fait donner le sacrement de confirmation au duc d'Anjou et à la princesse Marguerite. A Bordeaux , le roi et la reine assistèrent à plusieurs processions . (Arch. de l'empire, K. 1503, n" 64.)
1. Le bruit s'était répandu qu'une vaste conspiration devait éclater à Lyon au moment du passage du roi. On disait que les princes et la reine seraient égorgés, et que la ville de Lyon s' uni-
pour ceste considération y a fait faire une citadelle, par laquelle leur a rompu tous leurs deceins.
Or à présent elle s'en va, au partir d'icy, à la Rochelle, qu'est une ville rebelle, et se délibère de y faire faire ung autre citadelle, puys en Xantonge, où toute la noblesse est gastée de ceste relligion. Non pas que je m'asseure qu'elle remédie du tout en la relligion, mais seuUement fera que le roy y soit le plus fort; car de rompre leur relligion et fere que les forces du roy soyent les plus fortes en mesmes temps, ce seroit commencer de nouveau la sédition; etcroy fermement qu'elle dissimullera la relligion, sinon en ce qu'ilz en ont prins dadvantage plus que l'édit du roy ne porte sur la paix : en cella elle donra ordre et aux forces, car ilz ne luy pourront contredire. Et ainsy elle en a usé par tout jusques icy. Et pour ce qu'elle m'a déclaré son intention, je le puis dire; à tout le moins m'en asseurer sans le déclairer à personne, ce que aussi elle m'a deffendu. Et comme leurs Majestés seront de retour à Paris, ayant esté le roy par toutes les provinces de son royaume et faict cognoistre qu'il est homme, portant armes, et qu'on n'a plus affaire avecques une femme, sinon avec ung roy homme, et d'autre part monstrer à tout le monde la relligion qu'il veut tenir et qu'il veut que ses subjeets tiennent; pour tout certain la dellibération de la royne est de fere fere ung édit que qui ne voudra vivre en la relligion que le roy tient, qu'il aye à vuyder le royaume de France dans ung mois, luy don-
rait à Genève pour fonder une république (Lettres d'Alava; Arch. de l'empire, R. 1502).
nant permission de vendre ses biens. Et quiconques se trouvera, passé le terme, il luy ira de la vie sans aucune rémission. Et m'a déclairé ma dicte dame que, avant qu'ils se départiront de ce pays, leurs Majestés me bailleront par écrit de leur propre main tout l'ordre qu'ils voudront que je tienne quant cet édit se fera, et que, quelques patentes ou lettres qu'on m'envoye, que je ne face rien, sinon ce que sera contenu en leur escriture. J'espère que Dieu m'aydera à les faire jouir de leur bonne intention. Voilà tout ce que j'ay peu descouvrir de la volonté de la royne.
Ce discourant avecques elle, luy remonstray si elle trouveroit bon que, avant faire cest édit, fisse tenir ung concilie national; laquelle me respondit en grande promptitude qu'il ne s'en tiendroit jamais, car celluy qu'avoit esté tenu estoit cause de tout le malleur de la France^, et qu'elle ne voloit tenir autre concilie que de tenir la relligion de leurs prédécesseurs; de laquelle responce je demeuris fort aise.
Luy remonstris aussi le malleur en quoy le roy se feust mis et se metroit encore s'il se feust faict huguenot; qui est que leur dellibération estoit que, s'ils pouvoyent estre les plus forts, de prendre le roy et l'admener dans Paris, et là luy faire mander tous les estats du royaume de France pour mettre ung règlement sur le faict de la relligion, scellon leur volonté, et pareillement sur tous les estats du dit royaume; et voloient que chesque province nomast ung personnage pour estre du conseil du roy,