‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 23 sur 98 · Lacune dans notre copie · texte numérisé non relu

Lacune dans notre copie

sur l'exstinction du subside mis pour l'abréviation des procès, suivant la commission qu'il vous a pieu m'envoier, et faire punir ceulx que je pourray faire attraper de tant de désobéissants et mal vivans qui sont en Périgord, de quoy bientost après je vous manderay des nouvelles. Cependant je supplie Dieu, Sire, vous donner en très bonne santé très longue et très heureuse vye.

D'Agen, ce XIX^^^ jour de may 1 566.

Vostre très humble et très obéissant subject et

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et commuiiiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Périgueux, 5 juin 1566.]

Madame, m'en venant en ceste ville de Périgueux tenir les estats*, je receus la lettre qu'il vous a pieu m'escrire du XyiP" du passé, à laquelle vous faisant response sans dissimulation, je vous diray franchement. Madame, que mon fds le capitaine Monluc avoit promis à l'ambassadeur du roy de Danemarck * de l'aller secourir, sur l'assurance que le dict ambas-

1. La réception de Monluc à Pe'rigueux fut solennelle. Le maire , les consuls et même le roi de la basoche avaient été audevant de lui. Le maire Audoux prononça un discours et lui offrit au nom de la ville six barriques de vin et une coupe d'argent doré (Bibl. imp., coll. de Périgord, vol. G. f" 128).

2. Frédéric II, roi de Danemark et de Norvège, soutenait une guerre acharnée contre Éric XIV, roi de Suède. Daniel Rantzau, général danois, avait remporté, le 20 octobre 1S6S, une victoire

sadeur luy avoit faicte et à tous ceulx de sa suite de faire bon traictement, dont il le devoit rendre plus certain au dixiesme d'ami dernier dans la ville de Paris , auquel dict lieu le dict capitaine Monluc ne faillit de se rendre pour savoir la dicte résoliution ; et en ceste intention y a demeuré jusques à la fin du diet mois sans en avoir aulcunes nouvelles, sinon par quelques ungs venant de delà , qui disoient que quelques princes, parents du dict sieiu* roy de Danemarck et du roy de Suède s'employoient envers eulx pour les mettre d'accord; qui est la cause, Madame, que le dict cappitaine Monluc s'en est retourné despuis huict ou dix jours.

Et incontinent s'en est allé à Saint Jehan de Luz advancer deux de ses roberges à venir devant Bourdeaulx, qui est le complément du nombre des vaisseaulx qu'il maine au voyage qu'il avoit premièrement entrepris, lequel il est résolu de faire et non celuy de Danemark, ayant jà donné ordre à tous ce qui luy est nécessaire de vivres et aultre choses requises en son équipage pour estre prest à partir dans peu de temps ^

Et pource que je voys par vostre dicte lettre que vostre Majesté eust esté déplaisante si le dict capitaine de Monluc eust faict le dict voyage de Danemarck, je vous supplie très humblement , Madame, ne trouver mauvais si je vous déclaire librement les

éclatante sur les Sue'dois. Le bruit de ses exploits avait de'terminé quelques capitaines français à lui offrir leur épée.

4. ]\ous avons déjà parlé (t. III, p. 76, note 3) de l'expédition de Pierre Bertrand de Monluc. Voyez aussi le mémoire de l'auteur des Commentaires, en date du 8 juillet 1566 (p. 61). j

occasions qui l'ont meu à l'entreprendre et à moy à le consentir; car si je vous disoys aultrement, je vous tromperois. Or, Madame les dictes occasions sont que mes enfants ne sont si lasches de cueur qu'ils veullent demeurer simples cadets de Gascoigne et se contenter de manger la souppe grasse aupiès de leur père, ains veullent prospérer tant en biens que honneurs ; et pour y parvenir, veullent libéralement bazarder leurs personnes et vies, comme j'ay faict ; autrement je ne les estimerois mes enfants ni mes frères leurs neveux. Et quand il ne plaira au roy et à vous leur faire cest honneur de les commander, les emploier et recognoistre leurs services, ils sont bien délibérés d'aller chercher leur adventure, servir plus tost le Turc que de demeurer inutilles en ce royaulme. De quoy, quant à moy, je les loue grandement, aimant beaucoup mieulx qu'ils cherchent leur fortune en estranger pays que de se consommer en l'attendant en celuy de leur naissance, et fmablement se trouver vieulx et despourveus de biens et d'honneurs, qui est, Madame, le principal but de leur intention et de la mienne, ce qu'il vous plairra recepvoir en aussi bonne part qu'il soit du cœur de ceulx qui les ont en si bon lieu et qui désirent faire toutes leurs vies très humble service à leurs Majestés.

Au surplus. Madame, après avoir despêché les dicts estats, j'ay entendu les affaires de ceste sénéchaussée, lesquelles j'ay trouvées en ung misérable estât, ainsi qu'il vous plaira veoir par l'extraict que les officiers du roy m'en ont baillé, que j'envoye à sa Majesté et vostre. Et n'estant à présent gai^ny de ce qu'il

appartient pour y mettre ung bon ordre, j'ay différé jusques à une autre fois qu'il vous plairra me commander d'y mettre la main. Et cependant, j'ay bien volleu despécher le cappitaine Tilladet, présent porteur, avec amples instructions pour vous aller faire entendre le tout^ par lequel il vous plairra me faire response au contenu de sa despéche et me commander vos bons plaisirs, vous suppliant très humblement le faire rembourser de trois cents escus que je luy ay fournis pour faire ce vojage, et au demeurant voulloir donner assignation aulx capitaines de sa légion pour une année de leurs estais; car s'ils ne sont entretenus, ils ont occasion de se douloir, veu qu'ils ont laissé les places d'hommes d'armes qu'ils avoient es compaignies d'ordonnences, pour prendre les dicts estats, èsquels ils ne font nul service à leurs Majestés nv en reçoivent aulcune chose. Aussi, Madame, les chemins, pons et passaiges sont si difficiles ou mal aisés es sénéchaussés d'Agenoys, Condomoys et Armaignac, que je vous supplie très humblement voulloir faire despêcher une commission à ung nommé Pierre Boyer pour estre maistre des dicts chemins, luy donnant pouvoir de les faire rabiller ainsi qu'il vous a pieu faire en Quercy et ailleurs.

Madame , je suplye Dieu en cest endroict vous donner en très bonne santé très heureuse et très longue vye.

De Périgueux, ce V™* jour de juing 1566.

Vostre très humble et très obéissant subject et

'^'■""'"'•' De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Agen, 20 juin 1566.]

Sire^j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escrire de Saint Maur des Fossés le neuviesme de ce moys, touchant le ministre d'Orléans, que avez faict aller à vous pour rendre compte devant vostre Majesté du mescliant et malheureux livre par luy faict et le faire traicter selon son démérite'. Sur quoy je vous dirav, Sire, que je n'a vois point entendu ces nouvelles, et encores demeuré-je incertain de quelle sorte est le dict livre, ce que je vouldrois bien sçavoir pour, en le faisant rechercher, le congnoistre et plus asseurément faire punir ceulx que j'en trouverois saisis. Aussi, Sire, n'en est-il aulcun bruit de par deçà et ne vois point qu'à ceste occasion rien ne bouge en tout ce gouvernement, auquel j'ay pourveu, mesmes par les villes les plus importantes, à ce que, pour la sédition advenue à Pamyers ' et à Foix*, l'on ne s'esmeuve, comme aussy n'a-on faict, de manière que toutes choses y sont, grâces à Dieu, en bonne tranquillité.

1 . Hugues Sureau du Rosier, pasteur à Orle'ans. Il fut emprisonné à la Bastille comme auteur supposé de la Défense civile et militaire des innocents et de l'Eglise du Christ, pamphlet qui prêchait l'assassinat de Charles IX et de sa mère. Voyez le Bulletin de l'Histoire du Protestantisme français ^ t. VIII, p. 602.

2 . Voyez dans les Archives curieuses de Cimber et Danjon une intéressante chronique sur la sédition de Pamiers (t. VI, p. 309).

3. A la nouvelle des troubles de Pamiers, les catholiques de Foix se soulevèrent et se livrèrent à de cruelles représailles. Voyez de Thou, liv. XXXIX.

Je ne sçay. Sire, en quel estai sont les affaires des aultres provinces de vostre royaume et quel advis vous en avez; mais me semblant par vostre dicte lettre que vostre Majesté est en doubte que ceulx de la nouvelle religion prennent facilement occasion de se remuer soubs le prétexte dudict ministre, je ne peulx faillir de vous dire ce que j'en voys. Vous suppliant très humblement. Sire, de me croyre et vous assurer que je cognois si bien toutes choses estant en ce gouvernement, que, s'il plaist à vostre Majesté de me favoriser et accompagner de vos commandemens et à vos bons et notables serviteurs de par deçà, nous vous rendrons bon compte de ceste Guyenne, mais que je soys de bonne heure adverty, (le sorte. Sire, que vous pouvez doresnavant faire claire démonstration de l'intérieur de vostre cueur et de vostre vollonté, car vostre Majesté n'aura que faulte de bons et fidelles subjects et très humble serviteurs et n'espargneront leurs vyes pour vous faire très humble service en tout et partout où il vous plaira leur commander.

Sire, je supplie Dieu en cest endroict vous donner en très bonne santé très heureuse et très longue vye.

D'Agen, ce XX^^^ jour de juin 1566.

Yostre très humble et très obéissant subject et serviteur.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Agen, 8 juillet 1666.]

Madame, suivant ce qu'il vous a pieu me mander par le cappitaine Tilladet, je vous envoie par le cappitaine Montault, présent porteur, la délibération du cappitaine Monluc, mon fils, touchant son voiaige de mer, qui est celle mesme que dès le commencement je fis entendre à vostre Majesté, vous asseurant, Madame, qu'il n'y a aultre chose sur son cueur et sur le mien.

Au surplus j'ay, ces jours passés, escript au roy qu'il estoit nécessaire de faire doresnavant tenir garnison aulx compaignies de gendarmes, qui sont en ce gouvernement^, car je y vois l'audace sy grande avec tant de contraventions aulx édicts que je n'y pourrois plus donner l'ordre qu'il appartient dans cella. Et pour les avoir espargnés des dictes garnisons despuis l'édict de la paix, ils sont devenus si riches que delà procède leur audace et désobéissance, en quoy ils augmenteront s'ils ne sont contenus par ce moien. Aussi bien les dites compaignies demeureront inutilles au logis, lesquelles ne désirent rien tant que de faire service à vos Majestés. J'ay dict

1. Un état signé du roi et valable pour le quartier d'a^Til, mai et juin 1566, énumère ces compagnies avec le lieu de leur garnison : la compagnie du prince de Navarre, de 100 lances, à Tonneins; celle de Monluc, de 30 lances, à Condom; celle de Gramont, de 30 lances, à Samatan; celle de Terride, de 30 lances, à Beaumont de Lomagne; celle de Biron, de 30 lances, à Libourne (f. fr., vol. 3207, ^ 34).

quelque aultre chose au dict cappitaine Montault pour vous faire entendre, dont je vous supplie très humblement , Madame , le croire comme moymesmes.

Madame, je supplie Dieu en cest endroict vous donner en très bonne santé très heureuse et très longue vye.

D'Agen, ce VlIIme de juillet 1 566.

Vostre très humble et très obéissant serviteur et subject,

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

\oo. A LA IIOYNE.

[Agen, 8 juillet 1566.]

Sur le commandement que la royne a faict par le cappitaine Tilladet à monsieur de Monluc , chevalier de l'ordre du roy, et son lieutenant général au gouvernement de Guyenne, en l'absence de monsieur le prince de Navarre, de lui mander le voiaige qu'a délibéré faire sur mer le cappitaine Monluc, son fils, les lieux et endroits où il veult aller et à quelles fins;

Le dict sieur de Monluc respond à sa Majesté que le dict cappitaine Monluc, se voyant inutille en ce royaulme et désirant trouver quelque bonne fortune, a entreprins de faire ung voyage sur mer, ayant quatre ou cinq vaisseaulx comme navires, roberges et chaluppes équippés, et trois ou quatre cents hommes et autant de mariniers pom^ se garder d'estre

mys à fond par les pyrattes, dans lesquelles vaisseaux il a trouvé moyen de mettre plusieurs et diverses marchandises pour les porter vers la coste de.... et les y trocquer et eschanger aveeles Mores, qui sont libres et aultres, en or ou argent monnoyé ou à monnoyer et aultres richesses qu'il prétend amener en ce dict royaulme.

Qu'estant à la dicte coste et s'estant deffaict de ses marchandises, il a délibéré de renvoyer tous ses vaisseaulx de par deçà avec tout ce qu'il aura peu gaigner et acquérir, pour en rendre compte à ceulx qui luy ont fourny les victuailles et marchandises, qui montent à une si grande somme qu'elle excède cent ou six vingts mille livres ; et se réserve deux roberges , avec lesquelles il a délibéré aller descouvrir quelques isles que certains Portugais expérimentés, qui sont avec luy, luy ont déclaré estre inhabitées et incongneues. Et y estant, son intention est d'y planter des bornes et par ceste introduction rendre cest endroict-là utille au service du roy, commode et favorable à tous les subjects de sa Majesté, qui ont à voiager en cest endroict. Ce qu'il a dès le commencement faict entendre au roy et à la royne, qui ne le trouvèrent mauvais. Par quoy il a faict toutes diligences poiu* se rendre prest à partir en cest équippaige: pour y parvenir a obligé et hypothéqué à plusieurs sa personne et tous ses biens ^

Et parce qu'il a pieu à la royne voulloir encores

4. Une lettre de l'évêque de Valence, du 4 juillet 1366, publiée par M. Tamizey de Larroque, confirme ces détails et donne de nouveaux renseignements sur Pierre Bertrand de Monluc et ses armements maritimes {Documents sur Monluc de Faïence^ p. 48).

sçavoir de nouveau la délibération du dict cappitaine Monluc, et qu'il est sur le point de l'exécuter, il semble ad vis que ce soit pour oppinion qu'elle a\ t ou que l'on a donné à entendre à sa INIajesté qu'il veille faire quelque chose contre les ordonnances ou entreprendre contre les am y s, alliés et confédérés du roy; ledict sieur de Monluc luy faict entendre que le dict cappitaine Monluc n'a délibéré aulcunement de transgresser les dictes ordonnances nv endommager les pays et subjects des dicts amys, allyés et confédérés de sa Majesté ^

Et faisant le dict cappitaine Monluc son dict voyage, les marchands entreprendront plus volontiers de faire de grands traffîcques sur la mer dont il adviendra de grandes richesses en ce royaume , ce qu'ils n'osent faire, ains laissent leur navires inutilement es havres de la coste de la mer, pour la crainte des pyrattes et corsaires qui les forcent et pillent, voire mettent à fons, ainsy que depuis dix ou douze ans ils ont faict à plusieurs des subjects du roy, et mesmes depuis peu de temps à ung navire de monsieur de la INIailleraye* avec trente ou quarante hommes.

1. Ce passage s'applique e'videmment au roi d'Espagne, qui, inquiet pour ses possessions de l'Inde, ne cessait de traverser par ses intrigues à la cour de France les projets de Pierre Bertrand de Monluc. Voyez à ce sujet la cuineuse correspondance de Philippe II et de son ambassadeur Alava (Archives de l'empire, R. ISOS et 1506).

2. Jean de IMouy, seigneur de la Mailleraye, chevalier des ordres du roi, lieutenant général au gouvernement de la Normandie, capitaine d'une compagnie d'ordonnance, vice-amiral de France, chevalier du Saint-Esprit le 31 décembre 1382, Il reprit le 11 novembre 1567 la ville de Dieppe aux réformés. On con-

Et voyans les dicts marchans le dict convoy estre la seureté 'de leurs marchandises, ils l'entretiendront d'eulx-mesmes, sans qu'il couste aucune chose au roy, qui néanmoyns en tirera de grands services.

Et quant au voiaige de Danemarck, le dict cappitaine Monluc n'y ira point, et ce qu'il avoit arresté avec l'ambassadeur du roy du dict pays, c'estoit pour ce qu'il luy monstra une patante du roy, par laquelle il permettoit à ung chascun sortir avec armes par ce royaume, venant du cousté d'Oranges et d'Avignon, qui donnoit claire congnoissance au dict cappitaine Monluc que l'intention du roy estoit qu'on allast secourir le dict roy de Danemarck, ce que aultrement il n'eut jamais entreprins, ny ne fust party sans aller prendre congé de sa Majesté. Et preuve: que avant d'y aller voulloit bien sçavoir la responce du dict ambassadeur, duquel depuis il n'a eu nulles nouvelles.

Fait à Agen, le Vlir" de juillet 1566.

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[EsliUac, 25 juillet 1566.]

Sire, monsieur de Rambouillet* me vint trouver à Lectoure, le XV""' de ce moys, où j'estois allé pour

serve à la Bibliothèque impériale un assez grand nombre de lettres de la Mailleraye (coll. Harlay S. G., vol. 320 et suivants).

1. Jacques d'Angennes, seigneur de Rambouillet, diplomate fort employé pendant le règne de Charles IX. Il était envoyé en

reigler et paciffier les habitants de la dicte ville sur quelques choses intervenues entr'eux concernant leur amytié et la pollice^ lesquelles^ bien qu'elles fussent de petite qualité, si est-ce, Sire, qu'il en pouvoit succéder quelque inconvénient'; mais je leur couppay chemin, et receus lors fort à propos la lettre qu'il vous a pieu m'escrire du deuxiesme de ce moys, car je la monstray aux officiers et consuls et je leur en baillay copie : et par icelle ils virent si bien que vostre vouloir et intention estoit toujours de faire vivre vos subjects en union et concorde que, avec les commandemens que je leur en fiz, ils se délibérèrent tous de l'ensuivre et accomplir; comme jusques icy ils ont faict, tellement. Sire, que je les laissay en bonne paix et les habitants aussy.

Le dict sieur de Rambouillet me dict que les maire et jurats de Bourdeaux vous avoient escript les assemblées que faisoient ceulx de la nouvelle religion autour du dict Bourdeaux contre les édicts, et qu'en faisant leur dépesche ils avoient receu lettre de moy, les advertissant du massacre de Pamyers, et comme ceulx de la dicte nouvelle religion avoient fait brusler ung consul en sa maison avec sa famille *. Il est vray, Sire, que je leur donnay le dict advertis-

Languedoc pour pacifier les troubles de Pamiers et de Fois. JJ Histoire du Languedoc a donné de précieux détails sur sa mission (t. V, p. 272, et Preuves, col, 183 et suiv.),

1. De graves désordi'es avaient eu lieu à Lecloure quelques semaines auparavant. Le capitaine Guadet avait été attaqué et tué près d'une maison appelée Corneilh, dans la vallée du Gers. (Arch, de Lectoure, Livre des records de 1S42 à 1578, f° 202.)

2. Ce consul se nommait la Brousse; il était un des chefs du parti catholique. (De Thou, liv. XXXIX.)

sèment, mais par la dicte lettre aussy, je leur mandois bien que pour cella ilz se prinssent bien garde que rien ne se remuast et donnassent ordre d'oster les soupçons que pourroit apporter ce désastre aulx ungs et aulx autres, pour crainte qu'il en advint une sédition, ce qu'ils ont obmis ou voullu obmectre de vous escrire pareillement , comme ung des dicts jurats de Bourdeaux, qui m'estoit venu trouver avec le dict sieur Rambouillet, confessa devant luy, ainsi. Sire, qu'il vous a peu ou pourra escrire et dire à son retour. Et encores que je n'aye rien à commander à Thoulouze, si est-ce que, m'esyant escrit le premier président et les cappitouls du dict lieu la folie de Pamyers, en leur faisant response, je les priay de n'esmouvoir aulcune chose pour cela, pour éviter une misérable sédition qu'il tiroit après soy si on començoit à s'en eschauffer.

Quant aux dictes assemblées qui se font contre voz édicts aulx environs du dict Bourdeaux, en cela les dicts maire et jurats ont véritablement escript, et si la court de parlement prenoit ces désobéissances et contrevention plus à cœur qu'elle ne fait, l'on ne les feroit sy licentieusement et sans crainte ny respect, comme l'on faict tant là qu'ailleurs, et à mon grand regret et desplaisir, pour aultant que ne y puis mectre la main, n'ayant aultre chose à faire sinon que où la justice ne pourra estre obéye je y emploie les forces qu'il vous a pieu me donner ; maisjusques icy. Sire, je n'en ay encore esté requis. Ny, quant au voiage qu'il vous a pieu me commander de faire en Périgort, je ne vois point que la dicte court procède vivement au faict de la commission

que vous luy avez envoyée^ car je n'en ay eu nulles nouvelles^ et il me fault croire que cella s'en ira en fumée. Et vois que, à ceste occasion , le cueur augmente à ceulx de la dicte nouvelle religion d'innover tousjours quelque chose contre les édicts, témoing que encores hier deux consuls de Périgueux me vindrent faire plainte et remonstrance d'une grande assemblée qui fust faicte le dimanche septiesme de ce moys en la terre du sieur des Bories, lieutenant en la compagnie de monsieur le prince de Navarre, à laquelle assemblée le dict sieur des Bories assista , et y avoit plus de mil personnes , dont y en avoit bien cincquante ou soixante du dict Périgueux et d'ailleurs, qui ne sont ses subjects , lesquels pourtant il v récent; et y firent tous la cène à leur façon. Et vovant, Sire, que je n'ay cognoissance que du faict des armes, je les renvoyay aulx juge-maige et procureur de vostre Majesté au dict Périgueux, ausquels j'escripvis d'informer incontinent et procéder contre la dicte contrevenance suivant l'édict faict à Roussillon, jusques à ce que, ayant besoin de force et me le faisant entendre, je leur en fourniray de tant que vostre Majesté et vostre justice seront obéyes ; qui est. Sire, tout ce que je y puis faire et en aultres cas semblables.

J'ay despuis trois jours leceu quelques advertissemens lesquels, s'ils sont véritables, importent grandement, et suis après à les espélucher pour en tirer la certitude, laquelle je ne fauldray incontinent de vous envoyer, ne vous voullant. Sire, rien mander qui ne soit certain et asseuré. Néanmoins , depuis le partement du dict sieur de Rambouillet, je n'ay cessé, où

que j'aye este, de tenir le langage qu'il vous a pieu me commander; et, pour faire sçavoir le voulloir et intention de vostre Majesté à ung chascun, j'ay envoyé la copie de vostre dicte lettre tant à Bourdeaux, Agen , Périgueux, que ailleurs pour leur servir de commandemens. Mais quoy qu'il en soyt, Sire, et que les affaires ne soient pas encores manifestes, sj est-ce qu'il ne se fault assurer d'une tranquillité que par le moyen des garnisons qu'il me semble que la gendarmerie doibt doresnavant commencer à tenir, ainsy que par cy-devant j'ay escript à vostre Majesté; et affin de faire cesser tant de désobéissances et de contreventions qui se font à vos édicts, sy je vous en ause donner adviz, je diray qu'il seroit bon que par l'ordonnance qu'il se plaira faire, vous commandiez aux cappitaines et membres des compaignies, qui tiendront garnison de chascun endroit, prendre garde que aulcuns , tels qu'ils soient, ne transgressent les dicts édicts sous peyne d'en respondre eulx-mesmes; et lors la crainte de désobéyr se recouvrera avec le respect qui sont maintenant comme perdus. Qui est. Sire, tout ce que pour le présent vous puis escrire, supliant Dieu en cest endroict vous donner, Sire, en parfaite santé très heureuse et très longue vye.

D'Estillac, ce XXV"" jour de juillet 1 566.

Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur.

{Letir*" rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comle de L:ifernèii-.)

[Bordeaux, 23 août 1566.]

Sire, ayant veu la lettre qu'il vous a pieu m'escrire du XXVIII'"^ du passé' par le cappitaine Montault, je m'en suys venu en ceste ville pour voir Tambarquement du cappitaine Monluc, mon fils, lequel il faict aujourd'huy avec quatre roberges et une pataclie^, qui vont à la rame et à la voille, et deux beaux navires, dans lesquels y a sept ou huict cens hommes de guerre, sans les mariniers qu'il faict beau voir, car. Sire, il y a bien trois cens gentilshommes, dont y en a une demye-douzaine qui sont de meilleure maison que luy ne moy, qui luy font cest honneur d'aller soubz luy à ce voiage. Je ne vous sçauroys. Sire, assez remercier du congé qu'il vous a pieu luy octroyer ; mais j'asseureray bien vostre Majesté que l'avarice ou le gain, que le dict cappitaine Monluc pourroit avoir en ce voyage, ne le luy a point tant faict entreprendre que le désir qu'il a de vous y faire ung grand et notable service et pour apprandre à ceulx qu'il maine la navigation de ceste mer de Ponant^, suppliant Dieu qu'il luy en fasse la grâce, comme je crois qu'il faict à ceulx qui entreprennent

1 . A celte lettre du 28 juillet que nous n'avons pu retrouver, Charles IX ajouta de nouvelles recommandations , datées de Villers-Cotterets , du 9 août. Le roi recommande expressément à Pierre Bertrand Monluc de ne s'attaquer ni aux colonies du roi d'Espagne, ni à celles du roi de Portugal (coll. Gaignières, vol. 472, P 302, minute).

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