Aler de Ponant, l'océan Atlantique
à si bonne intention. Il s'en va délibéré. Sire, de vous faire entendre dans le mois d'avril le succès de son voiage, et espère que Dieu et la fortune l'auront si bien accompagné que vostre Majesté en aura quelque contentement*.
Au surplus. Sire, je n'ay failly d'envoyer aulx séneschaulx d'Agenois, Condomois, Quercy, Rouliergue, Armaignac, Périgort et Xaintonge, faire publier les lettres patentes qu'il vous a pieu m'envoyer par le dict sieur de Montault, contenant prohibition de sortir avec armes de vostre royaulme, ny aller secourir ou favoriser ceulx de Flandres ny aulcun prince sans le congé de vostre Majesté^; et le semblable ay-je faict faire en ceste ville, comme aussy ay-je faict retirer vos ordonnances sur la closture des ventes de bleds, suivant vostre commandement. Et estant icy, je me suis enquis avec des gentilshommes de nostre religion mesmes comment les affaires passoient en Xaintonge, mais j'ay esté asseuré. Sire, que l'on y vit et se contient au mesme estât que vostre Majesté les laissa dernièrement, tellement que là, ny en ce pays ny en la haulte Gascoigne, dont je viens, je ne vois aulcune chose pour le présent d'où il puisse advenir aulcun désordre ou inconvénient. Ceulx de la nou-
1. Ces espérances ne se réalisèrent pas. Le capitaine Monluc fut tué à Madère (t. III, p. 76, note 3).
2. L'héroïque révolte des Gueux venait de commencer. Monluc avait envoj'é au roi d'Espagne divers avis sur le secours que les calvinistes français devaient porter aux révoltés flamands, sur leurs projets contre la vie de Philippe II, sur les conseils donnés à Charles IX d'envahir les Pays-Bas (Archives de l'empire , K. 1506, n» 46 et 48).
velle religion de eeste ville me présentèrent hier une requeste affui de leur approcher de ceste ville leur presche, qui est à Saint Macaire *, suivant deux ou troys renvoys qu'il vous a pieu me faire ; mais voyant l'importance de l'affaire et la diversité des renvoys sur ce faicts, estant le dernier faict à la court de parlement, je leur ay ordonné de se retirer devers vous pour leur y pourvoir ainsy qu'il vous plaira, car c'est à vous à le faire et non à aultre.
Aussy, Sire, le maistre des fortifications et réparations de ce pays avec vos officiers en la séneschaussée de Guyenne m'ont remonstré que la tour de Cordoan s'en va du tout en ruyne et perdition, qui est un très grand intérêt pour vous, Sire, et pour les marchans et navires. Et m'ont dit qu'il y a homme qui avoit faict marché avec le baron de la Garde de la remettre en bon estât, moiennant environ quatre mil livres, sur quoy il a jà receu cent escus , mais qu'il n'y touche point, et qu'il est nécessaire que la dicte somme entière luy soyt fournye et délivrée. Je le vous ay bien vouUu escrire. Sire, affin qu'il vous plaise. Sire, y donner ordre , car il en est plus que besoing. Il vous a esté écrit plusieurs autres foys, comme les dicts officiers m'ont dit, mais la dicte tour est si près de tomber qu'il est nécessaire de convertir en cest endroict la longueur en diligence.
Il vous a pieu. Sire, m'escrire une lettre du sixiesme du passé concernant la querelle du baron de Lestranges et du sieur de la Feuillade, suivant laquelle je
i. Cette aflaire traînait depuis la fia de l'année 1563 (t. IV, p. 292, note 2;.
leur ay mandé à tous deux de me venir trouver avec leur train ordinaire et sans armes prohibées à Agen, au vingtiesme du prochain , affîn de composer leur différent et les rendre amys ; sinon je leur feray les commandemens en la dicte lettre et les renverray à messieurs les connestables et mareschaux de France, suivant ce qu'il vous plaist me commander. Et n'ayant rien à faire icy pour vostre service, je m'en vays demain en Agenoys , délibéré de retourner de par deçà si je vois que les affaires le requièrent.
Sire, je supplie à Dieu cest endroict vous donner en très bonne santé très longue et très heureuse vye.
De Bordeaulx, ce XXIII'"*' jour d'aoust 1566.
Vostre très humble et très obéissant subject et
serviteur.
De Monluc.
(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrièie.)
4 58. MEMOIRE REMIS A BARDACHIN.
Les^ afferes de la France sont aujourd'huy en tel estât que les seigneurs obtiennent de la royne tout ce
'] . Ce mémoire est sans date, sans titre et sans signature. Il est accompagné d'une traduction espagnole, au dos de laquelle on lit : a Relacion y avisos del estado en que estan las cosas de Francia que embia Monluc a don Juan de Bardaxi. » Son authenticité est donc certaine. Quant à sa date, nous pouvons l'établir par une comparaison avec d'autres documents. Monluc, dans sa lettre du 23 aoilt (p. 70), a déjà parlé du secours promis par
qu'ilz demandent et mesmement pour avoir des ministres et faire l'exercice de leur religion, par tous les lieux où ils veulent, et ce par patentes, qui leur sont expédiées à ses fins, ce qu'est entièrement contrevenir à l'édict de la pacification , car par icelluy est dict que ceulx de la nouvelle religion n'auront aucung exercice de leur dicte relligion, sinon en faulxbourgz d'une ville en chesque senneschaucée ou bailliaige seulement*, dont j'en ay prins sept ouhuict permissions, toutes contraires aux édictz, lesquelles j'ay envoyées par homme express au roy et à la royne, leur remonstrant et faisant entendre la ruyne que nous apportoient icelles permissions, qui estoit entièrement la perdition de la religion catholique, et que la liberté des presches et habondance des ministères en seroit cause, dont j'en ay eu responce de leurs Majestés par lettres qu'ilz m'en ont escrites, me mandant par icelles que, porveu qu'ils ne prinssent les armes, que je les layssasse en l'exercice de leur religion. Qui nous faict pencer que la royne ne se soucye poinct que la religion catholique s'en aille en tout perdue, n'ayant trouvé catholicque, cardinal ny autre, qu'aye voulu prendre en protection nostre religion et garder que telles patentes eussent lieu.
les calvinistes français à leurs frères flamands. Le 13 septembre, le roi d'Espagne charge Bardachin de remercier Monluc de ses avis à ce sujet (Arch. de l'empire, K. 1S06, n" 46). Enfin le 20 septembre, Bardachin parle à Ruy Gomez de Silva des révélations de Monluc sur le soulèvement de Flandres {ibid., n° 48). Il est donc probable que le présent mémoire est contemporain des documents précités.