A MONSIEUR LE GRAND PRIEUR D AUVERGNIE
[Cahors, 30 septembre 1568.]
Monsieur, le roy a escript une lettre à monsieur d'Escars, par laquelle luy mande incontinant s'aler joindre avec les forces qu'il a avec monsieur de Montpensier, et ce afin de combatre les forces de monsieur le prince de Condé; luy mandant par
1. Claude de Tiboville. Il reçut l'artillerie de la ville, quelques couleuvrines conservées dans la maison de Monluc, et en donna récépissé le 11 octobre 1568. (Reg. cons. d'Agen, f° 218.)
2. Jean Mottier de Hautefeuille, de la maison de Lastic, second fils du seigneur de Pontgibaud, était grand prieur d'Auvergne et lieutenant de Saint-Herem, gouverneur de la province.
mesme moyen sa Magesté qu'il s asseure tant de l'expérience et bonne conduite de tous ses bons et fidèles subjetz et serviteurs de par deçà, C[ue, avec les forces que nous avons assemblées, nous empêcherons le passage des Provenczaus et de ceulx du Dauphiné et Languedoc. Or, Monsieur, puisqu'ainsi est, que vous, messieurs de Saint Eran*, Cauret, de Senectere, de Sainct Chaumond, de Curton, d'Urfé, et toute la noblesse du pays de delà estes ensemble, comme monsieur de Cornusson m'a mandé, et qu'estes résolus de les combatre, s'ilz veullent passer en voz cartiers, il n'est question en ce fait que de diligence, c'est que incontinant que vous entendriés que les enemys prendront leur chemyn pour passer, s'ils prenent leur chemyn en vos ditz cartiers, vous nous advertissés en toute dilligence, mais il fault que soyt jour et nuict, sans rien esparnier, monsieur de Rodes, lequel incontinant en advertira monsieur de Caylus, qui en mesme instant nous advertira à nous, affin que s'ils passent en vos ditz cartiers, nous vous puissions aller joindre et nous rendre au lieu que vous manderés, pour les combatre. Mais il fauldra que vous les advertissez du chemyn que nous avons à tenir, pom^ce que vous le savez mieux que nous. Et si cas est qu'ils veullent prendre autre chemyn, nous leur irons au devant vers Périgueus, afin de les pouvoir combatre; comme nous en ferons de mesmes de ceulx de Montauban s'ils sortent.
1. Gaspard de MontiiiDriu , comte de Saint-Hereni , capitaine d'une compagnie d'ordonnance, chevalier des ordres du roi, lils de François de Montmorin et de Jeanne de Joyeuse. Il avait succédé à son père dans le gouvernement de l'Auvergne.
Et voyia comme il est nécessere pour le service du roy que nous nous entendons et ayons intelligence. Vous asseurant que, si nous pouvons deffere ces trouppes, la guerre est finie, cai^ monsieur le prince n'a poinct de forces ; et en quelque lieu que ce soyt il les fault combatre, ne craignant poinct que nous ne soyons assez fortz ; j'ay icy avecques moy di\ compaignies de gens d'armes bien complètes et trente enseignes de gens de pied. INIais je me fie plus en la cavalerie qu'en tout le demeurant, combien que j'aye la melieur arquebouzerie qu'est possible, et estans ensemble, parce que pourrons fere de cinq à six: mile hommes, ayant aussi plus de cent gentilhommes qui sont icy avecques moy pour leur plaisir. Je vous prie encores ce coup, Monsieur, fere dilligence de vostre costé, en laquelle gist tout nostre affere. Et sur ce me recom.manderay humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu, Monsiem', en bonne santé vous donner longue et heureuse vie.
De Cahours, ce dernier jour de septembre 1568. Yostre frère, compaignon et amy à vous fere service.
De Monluc.
(Copie du temps; Bibl. nat., f, fr., vol. 3347, f" 75.)
ISS. AU ROY.
[Souillac, 9 octobre 1568.]
Sire, vostre Majesté aura veu le sieur de Périgort que monsieur le comte d'Escars et moy despeschasmes devers vous de Gourdon, et par luy entendrez le desseing des ennemys, qui estoient assemblés vers les
Sevèiies, qu'estoit qu'ils debvoient prendre le ehemiii d'Auvergne et parle bas Limosin pour s'aller joindre avec monsieur le prince de Condé à Confoulant^ et que pour empaicher leur passaige et les combattre, nous acheminions peu à peu du long de la rivière de Dordoigne pour leur estre au devant et nous joindre avec messieurs les grand prieur d'Auvergne et de Sainct Haran, pensant que ceulx de Montauban, Millau et Sainct Anthony s'achemineroient pour s'aller joindre avec les autres. Mais estant arrivés en ce lieu de Souillac, j'ay receu deux lettres, l'une de mionsieur de Rhoudez et l'autre de monsieur de Cornusson le jeune, qui sont au dict Rhoudez, et qui nous tiennent advertis d'heure à autre, sur lesquelles nous vous avons assemblé tous les chevaliers de l'ordre et cappitaines de gens d'armes pour sur ce en dire chascun son oppinion.
Et ay voullu proposer le premier : et que raion oppinion estoit que nostre camp devoit prendre le chemin de Bragerac et Périgueux pour favoriser Angoulesme, que le dit sieur prince de Condé tient assiégé, mais j'ay esté seul en oppinion, car tous les dicts cappitaines en général ont esté d'advis que nous ne debvions prendre ce chemin, disant, veu que le sieur d'Assier est desjà arrivé à Castres et Gaillac avec ses forces, estant bien avant descendu vers Montauban, il ne seroit point venu si avant pour après reculer, et qu'il se venoit joindre avec ceulx de Millau, Sainct Anthony et Montauban, pour après prendre leur chemin droit à Bragerac, où ledict sieur prince de Condé leur viendroit au devant; car d'Angoulesme jusqu'au dict Bragerac ne y a que quatorze lieues,
DE BLAISE DE MO.NLUC. li'J
ny de Montauban jusques audict Bragerac que dix hiiicl ou vingt, et que nous en estans esloignés leur donnions passaige, et que au partir de Montauban avec troys ou quatre pièces d'artillerye, qu'ils y ont, ou à Castres, ilz prendroient Agèn, Moissac, Villeneufve et par conséquant pilleroient tout le plat pays ; et d'autre part, nous ne scavons si les forces de monsieur de Montpensier et de monsieur le mareschal de Vieilleville sont suffisantes pour combattre celles du dict sieur prince de Condé, ny que s'aclieminant le dict sieur prince pour venir au devant des dictes forces, le dict sieur de Montpensier et mareschal de Vieilleville se missent sur queue pour, si le dict siem' prince se trouvoit à eulx, résister à ses forces, disant tous en général que nous ne scaurions aujourd'huy faire ung plus grand service à vostre Majesté que d'empescher le passaige des Prouvençaulx, qu'ainsi se sont tous nommés.
Or, Sire, tous sont résolus que le dict sieur d'Assier n'est point descendu si bas pour après reculer et s'en aller par les montaignes, car dans quatre jours il se peut joindre avec les forces du dict sieur prince, tenant le susdict pays, et reculant pour aller vers Confoulant, il leur en fault plus de liuict, s'estant desjà éloigné de plus de quatre journées du chemin d'Auvergne, qui est cause que nous reculons et nous allons mettre le plus près d'eulx qu'il nous sera possible, afin aussi de nous joindre avec monsieur de Joyeuse, qui a escrit à monsieur le président Daffis à Thoulouze qu'il sera si tost audict Thoulouze avec ses forces que ledict sieur d'Assier sam^oit estre vers Montauban, comme le dict sieur président m'a
ma»dé. Toutesfois je n'ay encores peu descoiivrir les forces du dict sieur de Joyeuse et par mesme moien j'advertis les dicts sieurs grand prieur d'Auvergne, de Saincl Haran, de Rhoudez et de Cornusson de s'avancer avec leurs forces pour se venir joindre avec les nostres afin que, si monsieur le prince veult venir au devant des autres, nous puissions estre assez forts pour combattre les ungs et les autres, dont je vous ay bien voulu faire tout ce discours et vous mander les raisons pour lesquelles nous reculons, vous suppliant très humblement croyre que ce n'est pour fuyr le combat, ains au contraire pour y aller, car nous ne désirons autre chose\ Etpource que le dict sieur comte d'Escars vous en escript encores plus particulièrement, je ne vous en feray la présente plus longue, si ce n'est seulement que pour vous rendre plus certain de ce que je vous escripts. Je vous envoie les lettres que les dicts sieurs de Rhoudez et de Cornusson m'ont escript, ensemble la coppie de celle du dict sieur président.
Sire, je supplie le Créateur en toute félicité et santé vous donner très longue et très heureuse vie.
De Souillac, le IX'"^ jour d'octobre 1508.
Vostre très humble et très obéissant suget et
^^'^''''^^^'^> De Monluc.
(Lettre rapportée de Saiut-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)
1. Voyez les Commentaires, t. III, p. 177 et suivantes. Une lettre de Philippe de Bardachin , en date du 6 octobre 1568, donne de nouveaux détails sur l'armée pro\enrale et les manœuvres de Monluc contre elle (Arch. mit., K. i^ilO, n" 40).
DE BLAiSE DE MO.NLUC. loi