‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 38 sur 98 · DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

DE BORDEAUX

[Sainte- Foy, 16 novcmbro 1568.]-

Messieurs, j'a\ receu par le contrerolleur général — présent porteur, les lettres du roy dont je vous envoie la [copie*]. Il m'a dict en avoir d'aultres de sa ?\rajesté à vous add[ressantes], le contenu desquelles vous ne fauldrez à accomplir et à y besongner selon sa volonté contenue en icelles. Et d'a[utant] que cela importe à son service, lequel vous est assez recommandé, je ne vous en feray plus longue lettre, p[riant] Dieu, Messieurs, vous avoir en sa sainte garde.

i . Les bords de cette lettre, conservée aux Archives de Bordeaux, ont été rognés par l'incendié de 1862. Nous rétablissons entre crochets les mots qui manquent au tovte. Cette lettre nous a été communiquée par M. Barkhauson, éditeur des Alémoires de Favas, puhHés ]>ar la Société des bibliophiles de Guvenne,

DE BLAISE DE xMO.XLUC. 141

De Saincte Foy, ce XVl™^ de novembre 1568. Voslie entièrement bon amy,

De Mon lue.

(Lettre uiigiuale; signature autugrïpiie; Arcb. mun. de Bordeaux.)

[Agen, 3 feSTier 1569.]

Sire, Monsieur de 3Iontferrand est aLijom'd'iiuy arrivé et m'a dict tout ce qu'il vous a pieu me commander; je l'ay faict partir incontinent pour s'en aller à Bourdeaulx en la charge qu'il a pieu à vostre Majesté luy donner \ Je suys certain que faulte de bonne volunté ne le fera jamais faillyr, mais le temps est de telle sorte que le plus saige homme du monde a assez à faire à se pouvoir conduire saigement en sa maison sans charge aucune ; or vostre Majesté pourra considérer comme on se peut gouverner en une grande cité ou en ung pavs là où il n'v a pour le jour d'huy que connivences et dissimulation , et ceulx-là que l'on pense aucunes foys les plus ouverts en volunté et affection pour vostre service^ à huit jours de là se trouvent les plus couverts et dissimulés. Je porte grande envye à la nation de France,

1 . A la suite des plaintes nombreuses portées par les jurats contre la négligence de Tilladet, Monluc avait remplacé ce capitaine par Charles de Monferrand dans la charge de maire de Bordeaux (Devienne, Histoire de Bordeaiu, t. I, p. \i)± et siiiv.). Vovez la lettre 189.

que , encore qu'il y en aye de ceste relligion nouvelle, si est-ce que le naturel du Francoys a meilleur zelle; et sont plus saiges en toutes choses que les barbares et rusticques de ce païs, que chacun veut que l'on face sellon ce que son esprit léger porte. Et croys que le faict de monsieur de Tilladet' ne porte autre chose que cela, car je l'excuseray tousjours que faulte de bonne volunté ne l'a pas gardé qu'il n'aye contenté tout le monde. Et vostre Majesté ne doibt point laisser de vous en servir en autre charge, car il est homme de service.

Au demeurant, Sire, à tous les commandements que Monsieur, vostre frère, me faict d'heure à autre, j'y pourvois en la plus grande dilligence qu'il m'est possible. Pour le présent, les affaires de par deçà sont telz que les viscontes" sont, les ungs à Montauban, les autres à Gaillac, rassemblant tousjours leurs forces, les ungs m'advertissant que c'est pour passer les rivières de Loth et de Dourdoigne et s'en aller joindre avec monsieur le prince de Condé; aultres me mandent qu'ilz ne veullent bouger du pays et qu'ilz se veullent tenir forts et ensemble pour estre au* devant du dict prince de Condé, qui doibt venir en ce pays, et pour pourvoir à la garde du passaige des dictes rivières^. J'ay envoyé quinze enseignes de gens de pied, le cappitaine Tilladet le

1. Sur la recommandation de Monluc, Tilladet venait de recevoir une lettre flatteuse du roi (coll. Gaignières, vol. 644, f" 49).

Page 1