‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 39 sur 98 · Les vicomtes. Voyez t. III, p. 184, note · texte numérisé non relu

Les vicomtes. Voyez t. III, p. 184, note

3. Cette hypothèse de Monluc est justifiée par les documents publie's dans \' Histoire des Condé de S. A. R. 31. le duc d'Auniale, t. II, p. 47.

jeune, avec sa compaignie et la mienne, aussi entre les dictes deux rivières, ayant faict enfoncer tous les bateaux, mais on ne les peut garder de passer le Lotli, à cause qu'ilz en ont seize grands au passaige de Capdenac, qui est à monsieur d'Acier, dont le chasteau les garde qu'on ne les peult oster, mais sy fauldra-il encores passer la Dourdoigne et là nous nous pourrions veoir. Aultres m'advertissent que c'est pour aller secourir le Mas d'Azil, en Foix, que monsieur de Bellegarde tient assiégé.

Et sur les advertissemens que Monsieur, vostre frère , m'a donnés des entreprinses et intelligences, que l'on a dans Bourdeaulx, j'y suys cuidé retourner; mais enfin je me suis résolu d'y faire aller monsieur de Montferrand en dilligence, mander aux juratz d'envo} er tant en avant qu'ilz pourront vers la Xaintonge pour entendre si ledict sieur prince de Condé prendra son chemin vers Poic tiers ou Lymoges, ou s'il retournera devers nous, laquelle chose j'auserois du tout entièrement asseurer qu'il fera, car, veu que les Alemans sont hors de vostre royaume^ et que vous pouvés deppartir vostre camp et en envoler la moitié à monsieur d'Aumalle, pour s'ilz vouUoient retom^ner, et l'autre moytié pouvez encores mener avec vous, venant trouver Monsiem^ vostre frère, comme m'a dict ledict sieur de Montferrand que c'est vostre délibération, vous aurez tousjours quatre fois plus de forces que voz ennemis. Et pleustà Dieu que je fusse si heureux que je vous visse tous deux ensemble en

1 . Monluc était mal informé. Voyez l'Histoire des Condé de S. A. R. M. le duc d'Aumale, t. II, p. 45.

ce pais de deçà, pour y donner la fin de vostre guerre pour jamais, vous asseurant bien que si cela advient, il n'y aura homme petit ne grand, jeune ne vieux, qui ne prenne les armes pour se trouver à la bataille, et ne plaindrois point ma vie si je y mourrois, pourveu que je visse la victoire entre voz mains.

Monsieur de Terride est à Moissac et la compaignie de monsieur de Gramont auprès de luy pour marcher droict là où sont nos gens ; et moy je m'en iroy pareillement joindre avec eulx. Mais luy ne moy ne pouvons partir que nous ne scaicliions quel chemin les viscontes veuUent prendre, car s'ils prennent le chemin devers le Mas d'Azil pour combattre monsieur de Bellegarde', je veulx faire une extrême dilligence pour leur donner sur la queue et voir si je les pourrov combattre. Et voylà l'occasion pour quoy j'attends encore icy.

J'ay adverty en extrême dilligence ledict sieur de Bellegarde qu'il se retire avec son camp à Thoulouze, et qu'il faut que nous nous rendons forts à combattre les rivières, si ledict sieur prince de Condé prend le chemin de deçà, et non s'amuser à une bicocque contre les montaignes, car c'est icy qu'il fault jouer le grand jeu. Et luy ay mandé jusques à protester s'il ne s'en venoyt, pource que ce n'est pas luy qui est le maistre de l'entreprise, car c'est le parlement et les cappitoulz, car ce sont aujourd'huy vos lieutenans et gouvernem^s de provinces, et non pas nous

1. Sur la campagne de Bellegarde en Aricgc, voyez l'Histoire du Languedoc, t. V, p. 293.

autres, à qui vous en avez donné la charge; et si monsieur de Joyeuse estoit de par deçà, il seroit constrainct s'en plaindre autant que moy. Voilà tout l'ordre que pour ce présent je donne en ce pays, attendant que je puisse descouviir le chemin que fera ledict sieur prince de Condé.

Pilles et autres sont de retour à Bergerac, et y sont de présent ou à Saincte Foy, ayans passé la rivière avec des batteaux, pource que nos gens n'estoient point en ce cartier-là. Et à la vérité je suis adverty qu'ils sont retournés plus de cinq ou six cens'chevaulx, entre lesquels y en peult avoir quatre vingts ou cent d'assez bien montés, du reste petite roussinaille, venus des larcins qu'ils ont faict par le pays. Et sont six ou sept cens hommes de pied, que ung bon remontement d'habillemens leur feroit grand bien, à ce que m'ont dit ceulx qui les ont veus. Et s'en vont de nuict çà et là voir de leurs parans.

J'attends le receveur Maliac pour bailler de l'argent à la compaignie de monsieur de Gramont, qui n'en a pas eu comme les autres, affin de renforcer nostre trouppe et voir si les pourroient attraper deçà la rivière, tousjours attendant quel chemin les viscontes vouldront prendre. Tout ce retirement de leurs gens tant de cheval que de pied me fait encores plus certain que ledict sieur prince prendra le chemin de deçà.

Quant au cousté de Béarn, je ne vous en puis rien m,ander, pource que nous n'avons encores nouvelles de monsieur de Saincte Coulombe, qui y est allé. Monsieur d'Andaux est icy avec moy, qui en attend des nouvelles. I^es Basques sont tous prests à prendre

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les armes. Le pays commence fort à se fasclier des compaignies que j'ay envoyées sur les confins, affin qu'il ne passe chose aucune audict pays de Béarn; et sera grand cas si, entr'eulx mesmes, les calholicques contre les huguenots ne prennent les armes; mais que j'en entende autres nouvelles, j'en donneroy advis à vostre Majesté. La Marque n'est pas encore venu. Je l'avois envoyé faire venir^ espérant qu'il auroit les despesches que vostre Majesté doibt envoyer pour le faict de Béarn; mais le messager a esté prins et voilé près de Castelnau, sur la Dourdoigne, qu'est à monsieur de Caumont, et par ses gens propres. Vous avez de bons serviteurs en luyet en d'autres qui s'en disent; je le croiroys si le faict estoit comme les parolles. Sy Dieu vous faict la grâce que puissiez eschapper de vos fortunes, la couronne asseurée sur vostre teste, vous pourrez dire que c'est ung grand lévrier eschappé dedans une forest de la bouche de cinq cens loups. Vostre Majesté peut juger ce que je veulx dire sur ces mots ; si les faicts estoient comme les parolles.

Sire, monsieur de Montferrand m'a dit que j'ay de bons amys auprès de vostre Majesté qui me prestent tousjours quelque charité, et que j'ay donné au diable vous, la royne et tout vostre conseil. Pleut à Dieu qu'il m'eust cousté la moitié d'une main, mais qu'il me demeurast deux doigts pour tenir la bride de mon cheval, et que ceulx-là, qui vous font ces rapports, vous fussent autant loyaulx et fidelles serviteurs comme je vous suys, et voz affaires s'en yroient beaucoup mieuK qu'ils ne vont. Je ne me courrouce jamais à vous, mais sy fais bien à la royne et à vostre

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conseil, pource qu'il fault que de sa Majesté et du dict conseil sorte tout le bien que nous debvons faire pour vostre service; et ne fault poinct que l'on trouve estrange sy la moytié du temps je suis désespéré, quant je voys que vos affaires ne vont comme je vouldrois, qu'est chose impossible; car, sy cella avoit lieu comme mon voulloir le porte, toutes voz parties seroient incontinent destruites. Et se fault seullement informer si je me colère pour mes affaires ou pour les vostres, et, sy c'est pour les vostres, il fault donques que chascun prenne patience de mon impatience. Et croy fermement que ceux-là qui ne s'escliauffent et courroucent, quant ilz voyent que voz affaires ne vont comme nous les devons désirer, il ne leur touche guières au cueur ; et croy encore qu'ils ne s'en soucient guières et vouldrois que le mal, que je ne souhaitte à la royne ne à homme de vostre conseil, advint sur moy seul, et elle et vostre dict conseil en seroient assez quictes. Je prie à Dieu qu'il face la grâce à tous ceulx qui sont de vostre conseil qu'ils vous conseillent sy bien que nous vous puissions veoir en la prospérité et grandesse que j'ay veu voz prédécesseurs, et que l'on ne prenne poinct garde à mon impatience, mais qu'on regarde si je m'adonne à passe-temps quelconque que à veiller et travailler pour les affaires de vostre service, et, sy je pouvois faire mieulx, vostre Majesté se peult asseurer que je le feroys.

Sire, j'ay esté adverty que le sieur dom Francisco d'Est est décédé. S'il plaisoit à vostre Majesté donnei sa compaignie de gens d'armes au sieur de Tilladet l'aisné, je vous asseureroy que vous en serez sy bien

servy que de cappitaine de France, ce que je vous supplie très humblement luy voulloir donner.

Sire, je supplie le Créateur vous donner en toute félicité et santé très longue et très heureuse vie. D'Agen, ce IIP^ de février 4569.

Vostre très humble et très obéissant suget et serviteur,

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Agen, 5 février 1569.]

Sire, despuis ma lettre cloze, qui est dans ce pacquet, monsieur de Saincte Coulombe est arrivé de Béarn, ayant faict ce dont vous l'aviez chargé, mesmes à l'endroict de monsieur de Gramont; et pource qu'il vous en escript au long, mesmes les paroles que le dict sieur de Gramont luy a tenu sur le faict que luy a esté proposé de la part de vostre Majesté, je ne vous en diray aultre chose, sinon que je vous supplie très humblement. Sire, juger les propos que le dict sieur de Gramont a tenus, qui sont avoir faict mesme serment de fidélité à vostre Majesté et à la royne de Navarre et que jamais il n'y a eu traistre en sa maison. Vous le devez, comme il me semble, faire parler clairement et qu'il se déclaire à qui il ayme mieulx tenir le serment de fidélité, car, ayant la royne de Navarre commis félonnye contre vostre Majesté, s'estant rendue avec voz ennemys, le dict

sieur de Gramont, s'il déclare qu'il ayme mieulx tenir le dict serment à la royne de Navarre qu'à vostre Majesté, il ne se peut excuser qu'il n'ave encoureu et commis mesme crime de félonnye, vous estant subject naturel, et par ce luy pouvez justement confisquer ses biens. Vous suppliant très humblement, Sire, ne croire ne penser qu'il puvsse et aye moyen d'exécuter les entreprinses qu'il vouldroit contre vostre Majesté, car j'y ay pourveu en telle sorte que ses parties, avec la faveur que je luv donneroy, luy seront de sy près que il n'aura moyen d'exécuter ses dessaings, et ne se trouvera onques à sa vie sy empesché.

Sire, messieurs d'Andaux et de Saincte Coulombe ont esté d'advis, que, pendant que je seray le long de la Dourdoigne, comme je vous ay escript, debvoir envoier quelque personnaige d'auctorité pour sommer les liabitans de Béarn de se mettre sous vostre protection; s'estant mesme ledict sieur de Gramont excuzé que de la part de vostre Majesté n'avoit esté sommé ce faire, j'ay envoyé pour vostre service monsieur de Terride, afin qu'estant sommé il soit sans excuse.

Sire, je supplie le Créateur en très bonne santé vous donner très longue et très heureuse vie.

D'Agen, le V"^ de février 1 569.

Vostre très humble et très obéissant suget et serviteur.

De Monluc.

Sire, depuis la présente escripte, j'ay receu une lettre de monsieur de Madaillan, mon lieutenant.

par laquelle me mande que, luy menant ma compaignie avec les sieurs de Sivrac, Montgairal et quarante ou cinquante harquebusiers, ont defFaict cinquante ou soixante des ennemys auprès d'Eymet , sans que d'iceulx il se soit sauvé que deux ou trois qui estoient à cheval, l'un desquels feut blessé de dix coups de pistollet et amené ainsy jusques au dict Eymet, lequel n'eut eu un quart d'heure de respit pour prolonger sy n'eust esté qu'ilz prindrent langue de luy. Je vous puis asseurer, Sire, que les dicts gentilzhommes ont aussi bien faict leur devoir qu'il est possible. J'attends monsieur de Bellegarde, lequel estant joinct avec noz forces, j'espère que nous ferons quelque chose de bon pour vostre service. Monsieur de Gramont a dit à monsieur de Saincte Coulombe qu'il avoit receu lettres de moy bien gratieuses, ce que j'accorderoy avoir faict auparavant qu'il feist tenir les estats en Béarn, mais despuis, ayant entendu ce qu'il y avoit faict et qu'il s'estoit déclairé qu'il prendroit les armes pour la royne de Navarre, ne se trouvera que luy aye aucunement escript.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbonrg et communiqnée par M. le comte de Laferrière.)

^ 9 5. ^ Mémoire à monsieur de Salyes de supplier très humblement Monseigneur, de ma part, m' envoyer permission de prendre argent des finances du roy pour le payement de quatre compaignies de gens de pied, qui sont : le baron dePpurdéac, le sieur de Sainct Salvy, frère de monsieur de Terride, les capitaines

Castera et Montoiissier^ lesquels navoient pas faict monstre lorsque je receus la lettre de mon dict seigneur^ par laquelle il me deffend ne toucher aux dictes finances sans V expresse permission du roy ou de luy^ ce que je Jiay voulu faire ; toutesfoys il nest point raisonnable de rendre mal contans et désespérés telz gentilzhommes, qui sont tous de bonne maison et ay ans fort belles compaignies,

[Sainte-Foy, 13 mars 1569.]

Sa Majesté et mon dict seigneur ne trouveront poinct que les finances de la Guienne ayent esté si mal mesnagées qu'on leur a voulu faire entendre, car monsieur de Valence m'a mandé que sa Majesté et mon dict seigneur seront satisfaits des dites finances pour plus de la moitié qu'ils ne pensoient, et trouveront qu'il n'y a province ou royaume de France, où les dictes finances ayent esté si bien mesnagées que en la Guienne, ny qu'ils en tirent tant comme ils feront à présent, dont mon dict seigneur en sera satisfaict plus particulièrement par Quinse et Sureau.

Au reste luy remonstrera comme le jour d'yer mon fils le chevalier entra à Bragerac avec toutes ses trouppes, et ayant les ennemys habandonné la mesme nuict qu'ils entendirent la routte des autres, dont le lendemain, environ l'heure de midy, IMarchastel v arriva avec douze vingts chevaulx d'élite que monsiem' le prince de Condé envoyoit au devant des viscontes, pource qu'ils sont faibles de cavalerie, mais

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quant ils entendirent le désordre des autres, inconlinant après avoir reppu, montèrent à cheval et reculèrent devers Pilles, avec lequel ils se relièrent à sept lieues d'icy. Et ne fault point que mon dict seigneur avt opinion que les forces, que le dict Pilles a rassemblé, soient pour ranforcer de beaucoup celles du dict sieur prince, car en tout ce qu'il a peu rassembler ne scauroient estre plus hault de mil ou douze cens hommes, qui sont ceulx qui eurent la peur et qui s'enfouvrent les premiers; de gens de pied iln'avoit que quatre cens hommes qu'il avoit layssé en ceste ville ou à Bragerac.

Je suis après pour faire desmanteler la dicte ville de Bragerac, mais en tout ce pays il ne se trouve aucun vilain qui y veuille aller, pource que tous sont delà nouvelle religion, et, si je n'en puis trouver, je v feray mettre le feu, pource que c'est la plus trais tre et desloyalle ville qu'il en y eust jamais au monde.

J'euz au soir l'advertissement que les viscontes sont délibérés passer et qu'ils ne veulent laysser garnison que en quatre lieux, que sont Montauban, Sainct Anthony, Millau et Castres, et tout le demeurant veulent desmanteler. Je fais partir ce matin monsieur de Bellegarde avec mil harquebusiers, sa compaignie et une de clievaulx-légiers, tirant droit à Cahors entre les rivières de Loth et Dourdoigne, afin de s'approcher de Roergue pour, si les dicts ennemys vouloient tenir ce chemin, qu'il puisse estre au devant pour leur empescher le passaige. Toutesfoys, à mesme que messieurs de Constang et de Sainct Venza l'advertiront, comme je leur ay mandé, il s'aclieminera, n'ayant charge le dict sieur de Bellegarde

de faire plus hault de deux lieues par jour, affin que, si monsieur le prince de Condé vouloit prendre son chemin en ce pays de deçà, il puysse faire en ung jour et demy ce qu'il aui'a faict en cinq pour s'en retourner joindre avecques nous.

J'ay dépesché ce matin messieurs de Fontenille, de Madaillan et cappitaine Monluc, avec troys ou quatre autres cappitaines de gens de pied, quiavoient des harquebusiers à cheval, pour aller à Marmande et Domazan et revencher les meurtres, massacres et inhumanités que les ennemys ont exercé sur les catholicques, mais c'est sur ceulx de la nouvelle religion*, encores qui n'ayent bougé de leurs maisons, pource qu'il n'y a rien plus certain, quelle mine qu'ils ayent faict de ne bouger, qu'ils y ont faict venir les autres. Et leur ay commandé en faire autant à Clairac et Thonneins. El vouldroys de bon cueur qu'il ne y eust aucun ennemy en tout ce pays de deçà, afin que toutes les forces s'allassent joindre avec mon dict seigneur. Je ne scay si ceulx de Thoulouze et Bourdeaulx en pourroient faire autant, entendant ce que les autres auront faict, non que je leur en mande rien; et de cela mon dict seigneur s'en peult asseurer; mais s'ils le font, je n'en pleureray poinct, dont en tout je supplie très humblement mon dict seigneur en advertir le roy.

Remonstrera aussi le dict sieur de Salyes à mon dict seigneur qu'il escrive au roy de faire l'édict que je luy ay desjà escript, c'est que tous ceulx de la re-

i. C'est-à-dire pour revencher les meurtres.... sur ceulx de la nouvelle religion...

ligion nouvelle soyent obligés de se rendre auprès de luy ou auprès de ses lieutenans, avec armes et équipaige, sans excepter aucune personne, de quelque qualité que soit, ou autrement qu'il les déclare rebelles et traistres à la couronne aussi bien que les autres, et qu'il ne veult qu'ils jouyssent aucunement de l'édict qu'il avoit faict, qu'on ne leur demandera rien vivant en paix en leurs maisons; car de là nous viennent tous les maux et malheurs; et il vault mieulx avoir ennemys descouverts que couverts. Et si le roy nous veult envoyer cet édict et qu'il soit publié par les courts de parlement et sièges présidiaulx, nous reviendrons aux premiers troubles, que il en feut tué plus de vingt mille; et n'y auroit nul en tout le pays, feut-ce en les terres de la royne de Navarre ou d'ailleurs, qui se osast d'u*e de la nouvelle religion. Et ne le faisant poinct, ceulx qui demeureront nous trahiront tous.

A Saincte Foy, le Xm""^ de mars 1 569,

De Monluc.

( Lettre rappoi-tée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

4 96. a messieurs de la lande et consuls

d'agen.

[Astaffort, 18 mars 1569.]

Messieurs de la Lande et consulz d'Agen, pource que le roy a envoyé commission à monsieur de Terride pour aller en Biarn* et exécuter la volonté de

i . Antoine de Lomagne, seigneur de Terride, avait reçu par

sa Majesté, me commander de luy ayder de forces, artillerie, pouldres et autres munitions, je vous prie délivrer à Tiboville les quatre pièces de campagne que j'ay à Agen, ensemble les bolletz, et retenant récépissé dudit Tiboville avec la présente, vous servira descharge. Et sur ce métré fin à la présente, priant Dieu vous donner ce que désirés. D'Estefort, ce XyiII™^ de mars 1569.

Vostre meilleur voysin et amy.

De Monluc'.

(Copie; Arch. mun. d'Agen; Reg. cons., î" 223.)

[Sainte-Foy, 16 avril 1569.]

Sire, je vous supplie très humblement ne trouver mauvais si je ne vous escripts si souvent comme je désirerois afin de vous advertir comme voz affaires passent en ces quartiers de deçà, pource que vostre Majesté est si loing d'icy qu'il n'y a guières personne que y aille; et s'il en y va, aucun ne vient à ma cognoissance. Je pensois vous escrire bien au long

lettres patentes du duc d'Anjou, du 4 mars 1569, le commandement de l'expédition dirige'e contre le Béarn (Olhagaray, p. 587). Il dressa son armée en Armagnac, Fezensac et Bigorre et fit de formidables réquisitions, dont les détails remplissent les registres consulaires d'Agen , Tarbes, Bagnères de Bigorre et Auch,

1. A la suite de cette letti^e, sur le registre consulaii-e, on lit le récépissé des quatre pièces de campagne , signé par Tiboville.

par Quinse, qui m'avoit promis passer la pari où je serois, s'en retournant vers vostre dicte Majesté, mais avant trouvé commodité par autre chemin, comme il me le manda, je ne le vis poinct. Toutesfois il ne passe chose aucune concernant vostre service que je n'en advertisse Monsieur, qui du tout vous donne advis, ainsi qu'il m'a mandé, qui me gardera vous en faire autre discours par la présente, si ce n'est seulement pour vous advertir qu'il y a desjà quelques jours que les visconles font semblant de s'acheminer pour s'aller joindre avec mionsieur l'admirai ; et ont tousjours avec eulx le frère de monsieur de Biron*, qui les presche de s'advancer;mais pour cela ilz ne font poinct semblant de passer, car, s'ilz s'avancent de quatre pas en ung jour, le lendemain ilz reculent de quatorze. Si est-ce que, s'ilz poursuivent leur chemin et que j'entende qu'ilz ont passé la rivière de Dordoigne, je seray au devant d'eux pour les combattre, et ne se joindront jamais avec le dict sieur admirai qu'ilz ne trouvent rencontre et que nous ne nous soyons bien battus.

Sire, la royne de Navarre cy-devant avoit mis en vente certains bois qu'elle a en ces quartiers de deçà*; si vostre Majesté trouve bon d'envoyer commission

1. Foucault deBiron, seigneur de Puybeton et de Laudian, tué à la bataille de Moncontour.

2. Aussitôt après la mort du prince de Condé (13 mars 1569), Jeanne d'Albret conduisit au camp son fils Henri de Navarre. Le jeune prince fut reconnu comme le chef des réformés. Jeanne avait donné ses bijoux et mis ses terres en vente pour continuer la guerre. Voyez \ Histoire des Condé de S.A. U. M. lo duc d'Aumale, t. II, p. 87 et suiv.

à vostre procureur général de Bourdeaulx pour les faire vendre, il s'en tirera plus de deux cens mil francs, qui serviront à payer une partie des frais de la guerre.

Au demeurant le gentilhomme, présent porteur, nommé le jeune Montgairal, s'en va vers votre dicte Majesté pour vous faire entendre comme ceulx de Bourdeaulx ont faict quelque plainte contre monsieur de Bordeaux*, mon dict sieur, pour raison de la fausse porte de son jardrin, dont n'estoit besoing faire telle plainte, car, si j'eusse cogneu qu'elle eust porté préjudice à vostre service ou à la ville, il y a longtemps que je l'eusse faicte fermer, ce que fust esté bien aisé, de tant que le dict sieur de Bourdeaulx et tous les siens vous sont si fidelles subjects et servitem^s que, à la première presse que je luy en eusse faicte, il n'eust faict reffuz. Mais je cognois le naturel de ces gens de ville, qui est tel qu'il en y a tousjours une trentaine qui veulent faire accroire qu'ilz sont fidelles serviteurs, et sur ce prétexte inventer d'eulxmesmes plusieurs nouvelles, que après font trouver bonnes aux autres. Quant aux chevaulx, je ne voys nulle apparance de suspeçon pour fermer les fausses portes, pourveu que les cappitaines d'iceulx y tiennent des gens dt bien et affectionnez à vostre service, comme ilz promettent qu'ilz font. Monsieur de Montferrand a le cueur à toutes choses, qui y faict tout le debvoir que ung vray et fidelle serviteur doibt faire à l'endroict du service de son maistre, qui me faict vous supplier n'en estre en peine. Mon dict

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