‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 40 sur 98 · Antoine Prévost, archevêque de Bordeaux · texte numérisé non relu

Antoine Prévost, archevêque de Bordeaux

seigneur avoit renvoyé ce faict à moy pour y pourvoir^ toutesfois je n'y ay voulu toucher, voiant la nécessité ne le requérant.

Sire, il y a desjà quelque temps que je vous ay supplié très humblement me voulloir accorder la creue de ma compagnie jusques à cinquante hommes d'armes, dont mon dict sieur vous en a escript, et m'a mandé que ma dicte compagnie ne pouvoit estre du dict nombre, pource que tous les gouverneurs des autres provinces en ont soixante, et que vostre dicte Majesté ne bailleroit la creue jusques au dict nombre. S'il est le bon plaisir de vostre Majesté la m'accorder et commander que les dépesches nécessaires me soient envoyées, j'espère que fera une des belles compaignies du royaulme de France, du nombre qu'elle sera, de laquelle vous en tirerés fidelle service. Et moy la conduiray en propre personne si je ne suis engagé ailleurs; ou bien, si je n'y suis en personne, elle sera toujours preste pour aller où il plairra à vostre Majesté commander. Le tout est pour vous et non pour moy, qui ne vous demande de bienfaicts ny de grandz présents. Qui me faict vous supplier très humblement encores ce coup la m'accorder. Autrement je craings que je perdray ung infinité de gentilzhommes bons soldarts, que j'entretiens soubz l'espérance de la dicte creue. Et peult estre, si je n'en ay bientost les expéditions, quant vous vouldrez que je les assemble et que m'envoyerez les dites expéditions, ne sera poinct temps alors, ayant perdu les dicts gentilzhommes qui auront prins autre party ailleurs.

Sire, je supplie le Créateur en très bonne santé et

toute félicité vous donner très longue et très heureuse vie.

De Sainte Foy, le XVI™* joui' d'avril 1 569.

Vostre très humble et très obéissant suget et

serviteur.

De Monluc.

{ Lettre rapportée de Saint-Pétersboui'g et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Agen, 26 mai 1569.]

Monsieur, j'ay esté adverty que vous estez arrivé au camp en bonne santé, dont j'en loue Dieu et en suis autant ayse que serviteur ny amy que vous ayez en ce monde, pource que les afferes du roy ne s'en porteront que mieulx. Au reste je suis asseuré que vous verrez la dépesche, que je faiz présentement à Monseigneur, par laquelle je le supplie me permectre que je l'aille trouver, si cas est que monsieur l'admirai s'en aille avec ses forces pour s'aller joindre avec le duc de Deux-Pontz, comme je croy qu'il fera, qui me faict vous supplier m'estre aydant envers

1. Cette lettre est la première d'une série de lettres adressées à Damville, et conservées à la Bibliothèque nationale parmi les papiers de Montmorency. Elles s'appliquent toutes à l'expédition de Montgonmery. Il semble que pour répondre aux accusations de Monluc (voyez la lettre du 18 octobre 4S69) Damville ait préparé un dossier particulier. Toutes ces lettres portent pour suscription : A monsieur Damville^ mareschxil de France, gouverneur et lieutenant général pour le roy en Languedoc. Nous avons abrégé cette suscription uniforme.

mondit sieur, ledit cas advenant, et faire en sorle qu'il me permecte que je l'aille trouver. Car à présent, estant sur mes vieulx ans, je me sentiray trop heureux que d'avoir cest honneur de mourir à une telle bataille qui se présente, à laquelle peult estre que par ma longue expérience je pourray faire quelque notable service au roy. Il est temps à présent de ce préparer ung chacun, car ladite bataille est de telle importence que, si le roy en demeure le vaincueur, comme j'espère qu'il fera, il ne y aura halemant qui entre jamais dans le royaume de France, lequel demeurera en paix; aussi si la fortune estoict si contraire a sa Majesté et à nous tous que nous la perdissions, tout est perdu pour nous. Par ainsin je vous supplie encores ce coup m'estre aydant à ce que mondict sieur me permete que je l'aille trouver, et adviser ez endroictz où cognoistrés que j'auray moyen vous faire service, vous asseurant que le feray d'aussy bonne volunté que serviteur que vous ayez, présentant en cest endroict mes très humbles recommandations à vostre bonne grâce ; priant Dieu, Monsieur, en bonne santé vous donner longue et heureuse vie.

D'Agen, ce XXVl^^ de mai 1569.

"Vostre humble serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale} signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" I.)

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