‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 44 sur 98 · A MONSIEUR DE LUSSAN · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LUSSAN

[Agen, 4 août 1569.]

Monsieur mon cousin, je vous prie, veue la présente, que vous vous mettes dans la ville d'Aux avec toute la force que vous pomTés. Je vous envoyé le cappitaine Mosseron, présent porteur, avec sa compaignie, que Iuy comanderés et il a^ous obéyra. Et sur ce. Monsieur mon cousin, je me recommande à

VOS bonnes grâces^ priant Dieu vous doint ce que

désirés.

D'Agen, en diligence, ce quatriesme aoust 1569. Vostre meilheur cousin à vous faire service.

De Monluc.

(Copie; Arcli. miin. d'Auch; Reg. cons., f'^ 320.)

[Agen, k août 1569.]

Monsieur, de tout temj3s et ancieneté le pays de Commenge est de la Guyenne, portant les charges tant ordinaires que extraordinaires avec icelle, et partant ne peult estre aucunement cottisé pour le faict de la guerre que audit pays de Guyenne, ayant de ce exprès privilège confirmé par le roy, qui est à présent. Toutesfoys, estant le siège devant le Caria, le Maz d'Azil et Mazères, messieurs de Tholoze ont vouUu contribuer ledit pays en vivres, pour l'entretenement du camp; ce qu'ayant entendu je les auroys exemptez de telle charge et defFendu très expressément de ne fournir rien de tout ce que leur seroyt commandé par ceulx dudit Tholoze ; me desplaisant qu'ils entreprennent sur mon gouvernement ; mais nonobstant madicte exemption et ordonnance, le scindic dudit Tholoze auroyt, après ledit siège levé, obtenu appoinctement du séneschal du dit Tholoze, ou son lieutenant, portant condempnation contre le scindic et trésorier dudit Commenge, à luy baillei' la somme de quatre mil cinq cens livres, au lieu de.sdictz vivres, et à ces fins faict emprisonner

DE BLAISE DE MONLUC. ±0o

ledict thrésorier. Pour quoy. Monsieur^ je vous supplie très humblement ne permectre que pour ledit faict de la guerre ledit scindic de Tlioloze puisse constraindre les habitans dudit pays de Comenge à luy bailler la dicte somme, attendu qu'ils sont contribuables à Navarrenx; l'enjoignant de vostre auctorité faire eslargir ledit thrésorier et descharger ledit pais delà dicte somme, affin que par telle confusion le service du roy ne soye retardé. Et sur ce je m'en voys recommander très humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner. Monsieur, en très bonne santé, longue et heureuse vie.

D'Agen, le IV"^ aoust 1 569.

Vostre obéyssant serviteur,

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f° 65.)

[Lectoure, 5 août 1669.]

Monsieur, ver au soir, à mon arrivée en ceste ville, je vous fiz une dépesche, vous mandant par icelle la résolution que j'avoys prinse et que je me rendroye demain à Mauvesin. Toutesfoys présentement le cappitaine Mausan, qu'est de ma compaignie, est arrivé, venant de ce pays hault, qui m'a asseuré que les ennemvs sont desjà tant advancez qu'aujourd'huy ilz peuvent estre en Béarn ; qui est cause que j 'ay rompu mon desseing et partz demain matin pour m'en aler en deligence au Mont de Marsan, où je faiz acheminer cinq compaignies de gens de pied, ensemble

la mienne que j'ay mandé toute eeste nuyct^ pource que dans lediet Mont de Marsan et dans Ayre y a beaucoup de vivres, desquelz je ne veulx que les ennemys se puyssent ayder; mais ung commissaire des guerres, qu'est ce jour d'huy venu de ce pays de Béarn, me asseure que monsieur de Terride n'a rien touché aux vivres des villages, qui sont à deux lieues de Navarrens, ce que, je pence, les ennemys ont entendu et que cela leur a donné cueur. Je ne sçay si monsieur de Fontenilles a faict le paresseux d'envoyer quérir sa compaignie, qu'estoit à Moyssac, lequel j'en ay assez solicité; et croy que jamais je n'ay faict telle deligence que j'ay faict et faiz encores pour haster tout le monde. Et si ledit sieur de Fontenilles n'avoit faict la deligence requise, je luy escriptz encore me venir trouver en deligence. Je supplie commander que ma lettre luy soyt envoyée promptement.

Du reste. Monsieur, je vous supplie aussy vous acheminer vous-mesmes, car comme je vous ay escript, tant que vous demeurerez à Tholoze, il ne y aura que bien peu de gens qui se vueillent mettre aux champs, mais incontinant que vous serez en campaigne tout le monde s'y mettra. Et vous supplie encores ce coup ne retarder davantaige ; car puisque nous ne les pouvons combattre à l'aller, il fault que nous les combattons au retour. Et vous feray encores ceste supplication de ne partir point de Tholoze que ne faictes conduyre pour le moingz dix barrils de pouldre pour l'arquebuserie , avec laquelle nous serons constrainstz de combattre dans les montaignes, et aussi fair conduyre après vous troys ou

quatre cens lances. Je seray vers le Mont de Marsan, où je vous feray de jour à autre entendre de mes nouvelles, comme il vous plaira faire le semblable de vostre cousté; vous advisant que, si j'ay deux cens chevaulx aveques moy, je m'en yray gecter sur la frontière de Béarn, si ce n'est que vous me mandez que vous estes en chemin et que venez en deligence; en ce cas je vous attendray, afin de me joindre avecques vous. Qui est tout ce que je vous puis escrire pour ceste heure, me recommandant humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu, Monsieur, en parfaicte santé vous donner longue et heureuse vie.

De Lectoure, ce vendredy au soir, V'"" jour d'aoust

Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

Monsieur, ne m'estimes jamais soldat, si nous ne sommes troys cens lances ensemble, ayant la suitte et la faveur du pays, si nous ne les desfaisons.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242s f'' 68.)

22 8. — MONSIEUR MON COMPAIGNON, MONSIEUR DE BELLEGARDE, CHEVALIER DE l/oRDRE DU ROY ET CAPPITAINE DE CINQUANTE HOMMES d' ARMES DE SES ORDONNANCES.

[Nogaro, 7 août 1569.]

Monsieur mon compaignon, j'ay receu vostre lettre qui m'a rendu si fasclié que je fuz jamais de

chose qui me soict advenue, car je pensoys que vous feussiez à la guerre des ennemys avec voz forces, pource que, nous estans joins ensemble, les com- Ijaptissions, qui a esté cause que je me suys tant advancé ; et encores demain matin je m'en voys à Avre, comme vous dira le cappitaine Maussan, présent porteur, lequel j 'envoyé expressément devers vous, vous priant le croire de tout ce qu'il vous dira de ma part, comme feriez moy-mesmes. Il ne reste, sinon que si vous avez envye de faire ung grand et notable service au roy, de vous advancer et faire deligence jour et nuict pour vous en venir, car si nous ne les combattons, à tout le moingz garderons-nous qu'ilz ne taillent point en pièces ceulx qui sont devant Navarrens ny n'en appourteront l'artillerie. J'ay icy avecques moy ma compaignie et cinq enseignes de gens de pied. J'attends le baron de Gondrin avec la compaignie de monsieur de Gondrin; j'attendz aussi monsieur de la Chappelle Lauzières qui s'en vient avec une partie de la noblesse de Quercy. Je vous prie vous en venir en diligence, sans attendre personne, et ceulx qui auront envye de venir viendront bien après.

Quant aux consulz de Sainct Gaudens et Montréal*,

1. Les consuls de Saint-Gaudens et de Monréal de Rivière (Montréjeau) avaient été avertis du passage des ennemis par une lettre pressante du baron de Larboust (Coll. de M. le baron de Lassus à Montréjeau). A l'égard des consuls de Saint-Gaudens, au moins, les reproches de Monluc semblent injustes. Une pièce, conservée dans les Archives municipales de cette ville, nous apprend qu'elle avait été ruinée de fond en comble [)ar Mongonmery.

je vous prie les envoyer à Tholoze^ afin que la court de parlement leur face leur procès, lesquelz ont faict ung traytié si malheureux. Et si ne les envoyez à Tholoze^ menez-les moy^ car je les feray pendre et estrangler incontinent. Et remettant le surplus sur la suffisance dudict sieur de Mausan, mettray fin à la présente, après m'estre recommandé de bon cueur à vostre bonne grâce, priant Dieu, Monsieur mon compaignon, en bonne santé vous donner longue et heureuse vye.

De Nogaro, ce dimenche, Vn"^ jour d'août 1569. Vostre meilleur compaignon et amy à vous

faire service,

De Monluc.

Je ne escriptz poinct au cappitaine Arné, à cause de l'occupation des affaires, mais, en escripvant à vous, je pense satisfaire au tout.

(Lettre originale ; signature autographe ; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f">7<.)

[Ajrre, 8 août 1569]

Monsieur, à ce soir j'ay receu la lettre que m'avez escripte. Vous ne sçauryés croyre l'ayse et le contantemenl que m'avez donné, ensemble , à toute eeste bonne compaignie, entendant la résoullution que vous avez prins de vous achemyner par deçà; et gi vous continuez, je tiens noz ennemys pour deffaictz; mais il est besoing de user d'une extrême dilligence^ vous suppliant ne vous attandre aux promesses de ceulx qui disent qu'ilz viendront, mais sans plus différer

VOUS achemyner à haste, car cent hommes, vennant dellibérez et d'une prompte gailhardise , en vallent plus que cinq cens de ceulx qui partent après et à loysir. Et d'aultre part ceulx qui auront bonne volunté, chemyneront jour et nuict pour se trouver en une si belle occazion. Et usant de ceste delligence que je vous dis, il fault que vous commandez à ceulx qui vous suyvront de faire mener leurs chevaulx de service en main, affni qu'ilz soient frech à l'arrivée. Tous tant que nous sommes icy, désirons infiniment que gaignez ceste bataille. C'est une belle occazion que ce présente pom' faire crever voz ennemys. J'envoye à monsieur de Bellegarde une lettre de monsieur de Tarride, pour la vous envoyer, par laquelle cognoistrez sa délibération. Qui est tout, me recommandant à vostre bonne grâce, priant Dieu, Monsieur, en très bonne santé, vous donner heureuse et longue vye.

D'Ayre, ce Vm"^' jour d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteur,

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl, nat., f. f,, vol. 3242, f" 7 i

[Saint-Sever, 12 août 1569.]

Monsieur, je vous diray en briefves parolles pour n'avoyr loysir à vous escripre, c*est que monsieur de Tarride c'est layssé surprendre dedans Hortès^,

1. Voyez les Commentaires, t. III, p. 281, note, La Popelinière, livre XVIII, et Dupleix, t. III, p. 707 et suivantes. Dupleix

OÙ il avoyt toute son infanterie et cavalerye. Je ne vous sçauroys dire comme celle c'est faict. Pour le moings il n'y a point faulte de malleur. Il c'est retiré dans le chasteau^ où il n'y a point vivres pour deux jours. Je m'estoys mys en ceste ville, actendant monsieur de Bellegarde, qui devoyt estre icy dans deux jours, pour puys après nous ralhier avec ledit sieur de Tarride et combatre les ennemys; mais maintenant je demeure seul avec cinq compaignies de gens de pied, n'ayant moyen d'envoyer d'autre, pource que, Monsieur, y vont toutes les finances du roy de toutes natures; et ne me laysse point ung soûl pour payer les soldatz, et ne puys faire davantaige. Cessi sera cause de rompre vostre entreprinse; et suys d'avis que vous layssés Lavaur, et veniez dresser vostre camp à l'Isle en Jourdain. Là vous garderés le pays aux environs de Tholoze, fairés teste aux ennemys et je m'en yray joindre avec vous pour les combatre avec ce que j'ay. Il ne fault point faire estât de l'infanterie de monsieur de Tarride, car douze cens harquebusiers qu'il avoit avec luy ce sont layssé prendre dedans Hortès par escalade, et si y avoit six vingtz salades. Qu'est tout, me recommandant très humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu vous

mérite d'autant plus de confiance que son père servait dans l'armée catholique. Ces trois historiens sont les seuls parmi les contemporains qui parlent de la mémorable expédition de Mongommery. Les documents inédits sont presque innombrables. Outre les lettres conservées à la Bibliothèque nationale, principalement dans la collection Harlay S. -G., vol. 323 et suivants, nous citerons : aux archives de Pau la série B, 952 à 9o8, les registres consulaires d'Auch, les registres de Larcher aux Archives de Tarbes, les registres consulaires de Bagnères de Bigorre, etc.

donner, Monsieur, en bonne santé, heureuse et longue vye.

De Saint Sever, ce XII"* d'aoust, du matin, 1 569. Vostre obéyssant serviteur,

De Monlue.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" 76.)

[Saint-Sever, 12 août 1569.]

Monsieur, je vous ay escript par autre voye la desfortune qui est advenue à monsieur de Terride. J'arrivay seulement hier en ceste ville, ayant mandé à monsieur de Bellegarde de s'acheminer; mays, du premier jour que les ennemys ont esté devant Ortlîès, ils ont prins la ville et enfermé monsieur de Terride dans le chasteau, qui n'y sçauroyt demeurer deux jours; et a là perdu douze cens harquebusiers qu'il avoyt dans ladicte ville; qu'est cause que je vous supplie, sy le trouvés bon, vous en venir à Tholoze et assembler vostre camp à l'Isle en Jordain, afin que nous nous liguons ensemble et faire ung camp pour faire teste aux ennemys; autrement vous pouvés considérer sy je puys faire teste à gens victorieux, estant sy foible; pour quoi je vous supplie. Monsieur, y adviser et me mander, s'il vous plaist, de voz nouvelles.

Escript à haste, à Saint Sever, le XII'"* d'aoust 1 569.

Vostre obéyssant serviteur,

De Monlue.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., Toi. 3242, f" 78.)

[Saint-Sever, 12 août 1569.]

Monsieur, voicy la troisiesme lettre que je vous ay ce jour d'huy escript, touchant le désastre de monsieur de Terride, de quoy je ne vous ause parler; toutesfoys quant on faict tout ce que l'on peult et entend, on peult laisser faire le reste à Dieu, bien qu'on ne se peult excuser qu'il n'y aye eu de la faulte. Je me suys délibéré poiu' ma dernière résollution de demourer en ceste ville ou à une lieue près, pour couvrir tout ce plat pays de la Guyenne jusques aux portes de Tholoze, car sy je reculoys, tout le monde perdroit cueur; lequel, ce faisant, je tiendray asseuré, ayant envoyé une compaignie de gens de pied à Dacqz avec le gouverneur que j'ay trouvé icy à propos, et mandé à monsieur le visconte d'Horte d'assembler des gens de son cousté pour la conservation de la ville de Bayonne. Je vous supplie donc aultant qu'il m'est possible vous résouldre du tout en tout ce que vous délibérés de faire. Je vous ay escript aujourd'huy qu'il me sembloyt, sy le trouviés bon, d'assembler vostre camp à l'Isle Jordain; et ce faisant, monsieur de Bellegarde se pourra tenir vers Ayre et Nogaro, pour estre les ungs près des autres. Et me semble que vous ne pouvés assembler et faire vostre camp en Lauragois, ains en Guyenne, pourc^ que, iceluy assemblé, nous nous pourrons tous joindre ensemble pour aller combatre les ennemys, à ung prix ou à autre. Et ne puis encores comprendre ce qu'ilz veullent faire, s'ilz se veullent contenter de

reprendre les villes de Béarn ou s'ilz se veullent emparer de celles du roy, à quoy il n'y a personne qui les en garde, sy vous ne vous meetés le plus tost que faire se pourra en campaigne, et mander cependant à monsieur de Bellegarde de demeurer par deçà; n'estant à présent besoing que ce pais soyt abandonné de forces, d'aultant que je n'ay avec moy que deux ou trois compaignies de gens de pied que je puisse mectre en campaigne, et ausquelz je ne puys avoyr grand fiance qu'ilz facent rien de bon lorsque je vouldray exécuter quelque chose, comme j'ay peu cognoistre en ceulx de monsieur de Terride. Quant à la cavallerye, je n'en ay aussi qui soyt assés forte pour les combatre. De sorte que si vous ne trouvés bon ce que je vous ay mandé de faire assembler vostre camp à Flsle en Jordain, et le plustost qu'il sera possible, affin que nous joignons noz forces ensemble, je ne voy poinct d'ordre. Quoyque ce soyt, j'ay prins pour mon dernier et seul conseil que je n'abandonneray ce quartier. Monsieur de Terride et les autres seigneurs et cappitaines se fussent peu retirer, s'ilz eussent voullu, sans perdre ung soldat, là où à présent ilz se sont retirés dans ung chasteau, où il n'y a nulz vivres, et n'en puys espérer rien de bon. Je vous supplye. Monsieur, m'envoyer vostre résolution et ce que délibérés de faire, ensemble de voz nouvelles; et sy ne trouvés meilleur conseil que le mien, le voulloyr prendre.

Escript à haste, à Saint Sever, le XII'"^d'aoust 1 569. Vostre obéyssant serviteur.

Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" 80.)

[Ayre, 13 août 1569.]

Monsieur, j'ay receu présentement la letre qu'il vous a pieu m'escripre du dixiesme à Lavaur. Je vous ay despêché deux hommes, dont en y a ung chanoyne de Lombes, pour vous advertir la desfaicte de monsieur de Terride dans la ville mesmes de Hortès, qui a esté par ung grand désordre, par une improvoïanee, et pour ung gi^and estonnement. Il c'est sauvé, presque tous ceulx de la compaignie de monsieur de Negrepelisse et quelque peu de la scienne. Quant aux gens de pied, il n'en fault faire aucun estât, car je pence que tous ce qui estoit de bon est mort; messieurs de Terride, Saint Phelipes, Saincte Colombe , Jardres , Bedelhac , Pom^déac et plusieurs autres sont encores dans le cliasteau; qui, s'ilz ne sont encores bien secom^eulx, ilz sont aussi perdeuz que le demourant, et dix sept pièces de grosse artilherie, qui est tout ce qu'estoit à Bayonne et à Dacqs. Monsieur, sy vous voullés laysser pour quelques jours vostre entreprince et vous en venir en deligence par deçà avec toutes voz forces, je vous respons de ma vie qu'ilz sont à nous, et que sans cannon vous prendrés toutes les villes que vous voullés assiéger. Tout le pays de Basques , Béarn et de toutes les vallées sont en armes, et ne scauryés croyre comme ceste comune a bonne volunté d'assister au conbat. Vous vous mectés une coronne sur la teste pour jamais et obligés le roy, quoyqu'il sovt nostre maistre, à vous, et faictes

crever voz ennemys , lesquelz ne font rien que vailhe, et exsaussés et soustennés tousjours le nom de monsieur le coignestable; et s'il y a homme qui vous conseilhe au contraire, il n'est vostre amy ny vostre serviteur ny n'ayme la prospérité de vostre maison, car, puysque Dieu vous envoyé la comodité, vous la devez prendre, car peult estre jamais ne s'en vous en présentera une de sy grand importance que stuycy ; et si je ne vous aymois, je ne vous escriproys ce que je vous escrips. Et vous fault venir en grand deligence, car les ennemis en seront advertis et ce vouldront retirer pour vostre venue, et par quelque part que ce soyt nous leur coupperons chemyn avec la grosse delligence que je feray de me ralyer avecques vous. Qui est tout ce que je vous pourray pour le présent eseripre, sinon que n'avant jamais coigneu que vous craignes à combatre, me faict espérer et asseurer vostre venue. Et sur ce je me recommande humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu, Monsieur, en très bonne sancté, vous donner heureuse et longue vye.

D'Ayre, ce XV'"'^ d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr,, vol. 3242, f" 83.)

[Camp d'Aire, 21 août 1569.)

Monsieur, sur l'heure de quatre heures de ce jour, j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escripre par le cappitaine Mausan, et vous prie croire que ma

joye c'est redoublée entendant la deligence qu'il vous plaist faire. Monsieur de Bellegarde m'a escript sur l'heure mesmes que ceulx qui estoient dans la ville de Nay l'ont habandonné, et les ennemys s'en sont emparés. Hz ont faict tout ainsi que ceulx de Pau , qui s'en sont allés de vye ; et me mande aussi qu'ilz s'en vont droict à Oloron^ avec l'artillerie; et les quatre cens Espaignols y sont entrés, comme on m'a dit : ilz pourront tenir trois ou quatre jours. J'ay faict partir mon nepveu de Leberon , sur l'heure mesmes, pour sçavoir s'il est vray de Nay; luy ayant baillé la coppie de vostre lettre pour la monstrer à celluy qui commande à Oleron, où Nay seroit prins, pour leur donner couraige de ne se randre si ayséement.

Je ne suys bougé de ce lieu d'Aire, encores qu'il soit ouvert, et faiz atalbanizer', estant à cheval jour et nuyt; si les ennemys veillent, ilz ne me trouveront endormy. J'assembleray demain quelques ungs du païs, pour me résoldre avec eulx quel chemyn vous devés tenir pour entrer en Béarn, et ne fauldray incontinant vous en advertir. Cependant, j'ay faict partir monsieur de la Chappelle, mon nepveu, pour s'en aller droict à eulx faire pourter tant de vivres que nous puvssions vivre avec vostre camp sept ou huict jours en Béarn. Et espérant m'aprocher de vous et vous joindre dans mercredy, j'ay esté très ayse de ce que le cappitaine Maussan m'a dit qu'il vous plaist faire pourter douze cens lances et munition de pouldre, qu'est une bonne provision, estant

\ . Atalbaniser^ fortifier.

impossible d'en recouvrer par deçà, l'ayant monsieur de Terride despandue entièrement. Qu'est la fin, me recommandant à vostre bonne grâce et priant Dieu vous donner, Monsieur, en parfaicte santé longue et heureuse vie.

Du camp d'Aire, ce XXP" d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" 86.)

[Aire, 22 août 1569.]

Monsieur, je vous envoyé le cappitaine Mausan pour vous advertir du chemin qu'il nous semble que devez tenir pour entrer en Béarn, qu'est qu'il nous est adviz que devés prendre vostre chemin droit à Massiac où monsieur de Bellegarde et moy nous joindrons avec vous ; et de là nous yrons droict à Morlas et de là à Coarraze, où vous pourrés passer la rivière, ou plus bas, pour entrer en Béarn. J'ay faict ce jour d'huy deux dépesches à messieurs de Lusse, d'Andaux, de Domesain; l'une que j'ay envoyé par la voye de Saint Sever, et l'autre, par ung jeune homme qui s'est hazardé pour aller trouver le dict sieur de Lusse et aller dans Oloron porter une lettre que j'ay escripte à monsieur d'Esgarrabacques ', le

1. Le seigneur d'Esgarrebaque suivit mal les instructions de Monluc. Il abandonna Oloron à la première sommation (Poydavant, t. I, p. 3G:2). Il mourut peu après en Navarre (Lettre de Laplace à Fourque vaux, décembre 1569; Arch. nationales, R. 1511, n° 162).

priant de tenir pour six jours et que dans ce temps vous le secourrës. Je vous envoyé la coppie de la lettre de monsieur de Lusse. J'adverty monsieur de Bellegarde pour se rendre demain sur les neuf heures à l'abbaye de Betous, pour résouldre du chemyn que devons tenir pour vous aller trouver; l'advertissement que j'ay des ennemys est que la plusparl de ceulx qui estoient à Pau, passarent hier là la rivière et s'en vont droict à Oloron, menans huict pièces de batterye. J'ay envoyé monsieur de la Chappelle à Aux pour faire suyvre force vivres à vostre camp, affin qu'il puisse vivre en Béarn. Ma femme, qui est à Cassaigne, m'a escript des nouvelles qu'elle a d'une saillye que monsieur de Guyse a faict devant Poictiers \ Geste nouvelle m'a esté confirmée sur l'heure mesmes par monsieur de Monferrand, gouverneur de Bourdeaulx. Sy elle est véritable, à peyne prendront-ilz Poictiers, comme ilz se vantent de ce faire. Je ne fauldray de vous tenir adverty à toute heure de ce qui concernera vostre entreprinse. Et sur ce je me recommande très humblement à vostre bonne grâce; suppliant Dieu vous donner. Monsieur, en très bonne santé, longue et heureuse vie.

D'Ayre, le XXH"^^ d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

Monsieur, depuis la présente escripte, la Breuille, vostre maistre d'hostel, m'est venu trouver en ce

1 . Coligny assiégeait Poitiers depuis le 22 juillet ; la ville était défendue par le duc de Guise , Mayenne et quelques autres seigneurs. Le siège fut levé avant le 9 septembre.

lieu, à qui j'ay au long discouru la résollution que j'ay prinse, pour la vous communiquer, affin qu'il vous plaise m'en mander là dessus vostre intention ; et aussi je vous supplie faire apporter quatre cens lances et force pouldre, vous asseurant que vous verrez une belle noblesse.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr,, toI. 3242, f" 88.)

[Nogaro, 23 août 1569.]

Monsieur, monsieur de Bellegarde et moy nous sommes trouvés en chemyn et avons discoureu longuement ensemble. J'ai prié mon nepveu, monsieur de Leberon, présent pourteur, vous aller trouver et vous faire entendre la résolution qu'avons prinse pour recepvoir là dessus voz commandemens, il vous dira comme toutes choses sont passées, despuys ma dernière letre, en Béarn, et vous fera entendre plus particulièrement toutes choses que je ne vous puys escripre; vous priant le croire comme fériés à moy-mesmes; et me remectant à sa suffîzance, ne vous feray plus longue letre, fortz pour me recommander très humblement à vostre bonne grâce, et prye Dieu vous donner. Monsieur, en parfaite santé, longue et heureuse vye.

De Noguero, ce XXIir^ d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale; .-igaature autographe; BiUl. nat., f. fr., vol. 3242, f° 93.)

[Nogaro, 25 août 1569.]

Monsieur, despuys que mon nepveu de Leberon est parti d'ycy pour vous aller trouver, monsieur de la Grave est arrivé avec des lettres du roy, de la royne et de Monsieur, qui est cause que je me rendray jeudy matin à Aux et vous apourteray les dictes letres, et admeneray Tiionsieur de Bellegarde, car il est nécessaire que promptement vous entendiés le tout. Et si vous n'estes encores à Aux, et n'en fussiés que deux ou trois heures, s'il vous plaisoit vous y advancer, affin que de là nous pourvoiryons à ce qu'il commande, que sera bien difficille, veu le désordre en quoy sont les affaires de par desà; mais il fauldra que vous advisés à tous les moyens que nous poiu-rons tenir. Que sera fm, après m'estre recommandé humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu, Monsieur, en très bonne santé, vous donner longue et heureuse vye.

De Nogaro, ce XxV'"^ d'aoust 1 569.

Vostre obéyssant serviteur,

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" 91.)

[Vic-Fezensac, 25 août 1569.]

Monsieur, j'ay receu la lettre que m'avez escripte; et pource que je vous ay dépesché monsieur de Jje-

beron, mon nepveu, instruict au long des affaires du pays de Béarn et de la perte d'icelluy, et que monsieur de la Grave, de qui je vous faisois mention par ma letre, est arrivé, il m'a semblé bon que je me doibz achemyner pour vous aller trouver et vous discourir sur quelque chose concernant le faict de la guerre. Je ne sçay sy le trouvères bon ; toutesfovs je vous supplie. Monsieur, vous vouUoir advancer avec vostre train seuUement jusques à Gymont, où je m'en voys tout droict, car je ne puys m'acheminer plus avant vers Tholoze. Aussy sy vous trouvés bon ce que je vous diray, il n'est jà besoing que voz forces s'avancent davantage, ains qu'elles demourent où elles sont de présent. Bien pouvés, s'il vous plaist, faire courir le bruict partout que vous lesfaictes achemyner en toute dilligence droict audict pays de Béarn. Et pource que j'espère vous veoir bientost, je ne vous escriray autre chose par la présente, me recommandant très humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner, INIonsieur, en très bonne santé, longue et heureuse vye. De Vie Fezenssac, le XXV"^^ d'aoust 1569. Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" 96.)

[Auch, 26 août 1569.]

Monsieur, depuis que monsieur de Joyeuse s'en est allé j'ay receu ung advertissement, lequel je vous

envoyé, et le trouve véritable à cause que j'en ay receu deux semblables^ de Saint-Sever et de ces quartiers-là. Je ne sçay sy vous serez de mon oppinion^ qui est que je pense que les ennemys veuUent laysser le pays de Béarn armé de gens d'icelluy mesmes et se veuUent puis retirer. Hz ont mandé à la rivière de Garonne que tous tant à pied que à cheval se rendent en dilligence avecques eulx à Pau. Par cela on peult cognoistre qu'ilz se veuUent renforcer encore de tant de gens qu'ilz pourront. Au reste monsieur de Bellegarde m'a mandé que ceulx de Tarbes ont grand nécessité de pouldre, qui seroyt cause, sy l'ennemy se présente devant, de la perte de la ville. Je vous prie. Monsieur, les en vouUoyr faire accomoder de quelque quantité, laquelle ilz veullent bien payer. Je m'achemyneray après disner pour aller trouver ledit sieur de Bellegarde à Marsiac. Et en cest endroist je me recommande très humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner. Monsieur, en très bonne santé, longue et heureuse vye.

D'AUX, le XXyi""" d'aoust 1 569.

Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, t ^00.)

[Auch, 26 août 1569.]

Monsieur, j'ay veu voz letres, et deux heures avant la venue du porteur d'icelles, je vous avois

dépesché ung messager pour vous porter les advertissements que j'avois des ennemys ; et puysque n'ay ce bien de vous veoir^ me suys résollu partir présentement pour m'en aller à Marsiac, espérant y estre demain et entrer en conseil avec monsieur de Bellegarde et autres estant audit camp, pour arrester ce que sera à faire, sellon les advertissemens que auront peu apprendre, pour incontinant m'en aller d'une course à Libourne, pour y mectre le meilleur ordre qu'il me sera possible, afïin de garder que l'ennemy n'y puisse faire aucune surprinse; mais ce ne sera que je n'aye premièrement pourveu de deçà à tout ce qui sera requis, et dont vous aurés advertissement certain et de tout ce qui surviendra d'heure à autre.

Au demourant, j'ay veu le pouvoyr qu'avez faict publier, lequel est sy ample qu'il semble desroger a l'autorité que sa Majesté m'a donnée en ce pays et gouvernement de Guyenne. Je ne le dis pour aucune difficulté que je face de vous obéyr, car oultre ce que je le doibs, comme vous estant mareschal de France, je vous veulx toute ma vie obéjr et servir pour la singulière amytié et affection que je vous porte et ay tousjours portée. Mais d'aultant que sadicte Majesté ne m'en a mandé aucune chose et que vous ne m'en avés aussi rien dit, lorsque vous suis allé trouver, ny depuys escript, ains la seulle publication m'en a donné l'advertissement, qui me faict penser que sa dicte Majesté ne veult point que je m'en entremette plus. 6y ainsy est, c'est ce que je désire, que j'ay assés souvent demandé, pour monstrer que je n'ay envye de commander avec tant de

peyne et fascherye. Toutesfois je veulx bien envoyer vers elle pour en sçavoir son intention. Cependant vous prie me voulloir mander cependant la vostre. Et ne trouvés mauvays sy j 'envoyé vers sadicte Majesté, vous asseurant que je ne le fais à autre fin que pour seullement sçavoyr et entendre sur ce ses voulloirs et intentions, et qu'il n'y a chose qui me puisse refroidii' en rien que soyt de l'affection que j'ay tousjours eue à son service et au vostre particulier. Et sur ce je me recommande très humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner. Monsieur, en très bonne santé, longue et heureuse vye. D'Aux, le XXVI'"^ d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteui'.

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol, 3242, f" 97.)

[Marsiac, 27 août 1569.]

Monsieur, monsieur de Jalenques a assisté au conseil que nous avons tenu en ceste ville, là où s'est trouvé monsieur de Bellegarde et plusieurs autres chevaliers de l'ordre, qu'il vous dira. Nous avons discoureu longuement ce qui peult survenir de l'affaire de ce pays; et après avoir le tout bien pesé, avons esté générallement d'oppinion de ne debvo\T attendre l'ennemy soubz l'espérance d'une retraicte, car ce seroyt la plus grant deffaveur que nous sçaurions faire au rov et à vous avec voz forces, ayant l'ennemy à deux lieues d'icy. Mais au contraire nous

a semblé bon de nous retirer peu à peu, comme nous partons présentement pour cest effect, tirant vers Auch et Condomoys. Et pource que ledit sieur de Jalenques vous dira, oultre ce que je vous mande, comme toutes choses se passent, je ne vous feray la présente plus longue, sy ce n'est pour me recommander très humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner. Monsieur, en tpès bonne santé, longue et heureuse vye.

De Marsiac, le XXVIP^ d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" ^02.)

[Cassaigne, 29 août 1569.]

Monsieur, j'ay receu la letre que m'avez escripte, de laquelle je n'ay peu me garder me mectre en colère, pource qu'il me semble que les reproches que vous me faictes que je ne doys ainsin habandonner le pays m'a touché trop, car je vous asseure que cella n'a jamais esté de mon volloir ny délibération. En premier, monsieur de Joyeuse m'a dict et vousmesmes me l'avez escript que puysque toutes les villes de Béarn estoient perdeues et monsieur de Terride prisonnier, ne tenant rien en Béarn, les ennemys ne nous conbatroient, s'ilz ne voulloient, ayant toutes les villes et le pays pour eulx ; qui est chose véritable, et que pour cesle occazion vous vous en alliés après vostre première entreprinse,

pour reprendre les places de vostre gouvernement, et que vous partiriës lendemain après que ledit sieur de Joyeuse vous seroit arrivé. Et voyant cella et que je n'estois pour leur donner baptaille dans le pays, j'ay layssé à troys lieues de Marciac cinq compaignies de gens de pied et le bai'on de Gondrin avec le service de gens de. cheval, pour recepvoir toutes nouvelles qui viendroient tant du costé de Tarbe que de Dacqs, affîn que, sy l'ennemy prennoit le chemyn de Dacqs, j'eusse cependant ung corps de gens de pied ensemble pour me aprocher de Mont de Marsan; et, s'ilz prennoyent le chemyn par oii ilz sont venuz, que ce sera marchant là où vous sériés. Et cependant j 'envoyés monsieiu* de Fontenilhes et monsieur de Madailhan, mon lieutenant, faire une cavalcade, jusques auprès du Mas et Castelgeloux, pour attraper cent ou six vingtz chevaulx que a le jeune Calonges; lesquelz sont en chemyn, et dans demain au soir, s'il ne s'en est retourné en Béarn, vous en oyrés parler. Je me vollois tenir icy pour entendre toutes les nouvelles qui me viendroient tant du costé de Dacqs, Tarbe, Bordeaulx, Libourne et Périgort, pour puys après me résouldre là où je serois plus nescessaire et là m'achemyner. Et ay mandé homme exprès jusques à Périgueulx, Libourne, Dacqs et dans leur camp, pour me tenir adverty. Et cependant, pour satisfaire au roy, que encores par l'advocat de sa Majesté de Bourdeaulx, nommé du Sault, il me mande de m'en aller audit Libourne, je ne l'ay volleu faire, ains y ay envoyé le lieutenant de Fabian, mon filz, et une compaignie de gens de pied pour le renforcer; et mon

nepveu de Leberon y arrivera au soir, pour faire extrême deligenee de fortiffier la place, et pour entendre de tous costés si monsieur l'admirailh revient pour l'assiéger, affîn de y courir avec tous les bons serviteurs du roy qui sont par deçà. Voylà ma dellibération, n'en ayant jamais prins d'autres ny volunté de le faire.

Or puysque je voys à ceste heure que vous layssez voz premières entreprises de reprendre les places de vostre gouvernement et que vous vous résoulvez de donner la bataille en ces quartiers de Guyenne, je vous supplie faire estât que vous ne me sçauriés au monde donner ung plus grand contantement que celluy-là. Et quant je serois à Libourne, je m'en viendrois en poste pour me trouver auprès de vous. Et s'il vous plaist dresser vostre camp à Lisle ou à Gymont, nous nous rendrons tous auprès de vous et les constraindrons de prendre le chemyn des Landes pour aller passer la Garonne, ung à ung, où nous les attraperons; et n'y aura poinct de faulte. Vous suppliant, incontinent la présente receue, me mander si vous estes en ceste délibération, car incontinant je me rendray auprès de vous et beaucoup de gentilzhommes que je manderay encores en Périgort, Agen et autres endroictz. Et sur ce, attendant de vos nouvelles, je me recommande très humblemient à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner. Monsieur, en très bonne santé, longue et heureuse vye.

De Cassaigne, le XXIX™' d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteur,

De Monluc.

J'ay dict quelque chose au cappitaine Valettes louchant l'argent et autres choses de la royne de Navarre que les ennemys en apportent; je vous supplie de croyre et considérer le proufTit que cela leur rapporte.

(Lettre originale; signature autographe ; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" 4 04.)

[Condom, 30 août 1569.]

Monsieur, je vous ay renvoie le cappitaine Valette, depuis le partement duquel est arrivé ung gentilhomme de monsieur de Tarride, qui m'a informé à plain de Testât des ennemys avec le nombre de leurs enseignes de gens de pied et compaignies de cheval, ensemble les lieux où ilz sont, comme pourrés veoir par le roole que je vous envoie. Et par là pourrés cognoistre que leur chemin s'adresse plus devers Sainct Sever que vers Tarbe, tellement que je pense qu'ilz veuUent passer à Tlionenx ou à quelque autre port es environs; d'aultant aussi que ledit gentilhomme m'a asseuré qu'ilz ont envoyé le cappitaine Calonges, qui est party, troys jours a, vers monsieur l'admirai, luy demander gens pour se saisir des passages de la rivière, afin qu'ilz se puissent plus aiseément conduii^e. Et croy -je que s' ilz se saisissent d'aucun port, ce sera sur la rivière de Dourdoigne. Cependant lesdiz enemys ne bougent jusques à ce qu'ilz aient eu nouvelles dudit Calonges. Et par cela pourrés adviser ce que vous avés affaire. Et s'il vous plaist vous en venir à l'Isle en Jourdain ou à Lavil

de Lomaigne, nous aurons moïen de les combattre. De ma part je ne fauldray vous aller trouver aussi tost que serés aiTivé et que me manderés. Cependant j 'envoyé quelques gens pour renfourcer la garnison de Libourne.

Le gentilhomme qui m'a adverty de tout ce que dessus m'a aussy asseuré, pour l'avoir veu^ que le vingt uniesme de ce mois d'aoust* les ennemys, ayant faict sourtir hors de Navarrens monsieur de Tarride, monsieur de Sainct Félix, monsieur d'Amou et monsieur de Bazilhac, la nuict, dressèrent quelques eschelles à une maison où monsieur de Saincte Colonne, monsieur de Pourdéac, monsieur de Gerderest et autres* avec eulx estoient; et faignant qu'ilz s'estoient vouluz sauver par lesdictes eschelles , pour avoir quelque occazion et moïen de les massacrer, entrarent dans le lougiz où ilz estoient couchés , avec des espées et dagues, dont monsieur de Saincte

1. Ainsi tombe le récit imaginé par Favyn {Hist. de Navarre, liv. XIV), et adopté par presque tous les historiens. Ils assurent que le massacre des prisonniers d'Orthez fut commis le 24 août, et que Charles IX, en apprenant cette nouvelle, jura « qu'il ferait une seconde Saint-Barthélémy en expiation de la première. »

2. Les autres capitaines tués furent d'Aidie, Goas, Sus, Abidos, Candau, Sallies et Favas. Pour justifier ce crime, on prétendit plus tard que ces capitaines étaient sujets de la reine de Navarre, et qu'ils avaient été traités non comme prisonniers de guerre, mais comme coupables de haute trahison. La reine Jeanne d'Albret écrivit le 21 septembre au duc d'Anjou qu'ils avaient été punis pour « avoir voulu se sauver des prisons où ils étaient.... « ayant été tués à coups d'arquebuzades par les soldats de la ville, a estant sur la teste d'une maison qu'ilz avoient jà gaignée. » fCoU. Harlay S.-G., vol. 223, 2, f» 89.)

Colombe, n'ayant aucunes armes, se saisit d'une pièce de bois qui estoit en sa chambre, et se deffendist tant qu'il peust, et monsieur de Pourdéac housta une espée à ung des ennemys, avec laquelle il luy couppa ung bras. Toutesfoys finallement ils furent trestous meurtris ensemble, le nombre de dix avec eulx, comme ledit gentilhomme m'a asseuré, pour les avoir veuz mortz, d'aultant qu'il avoit moïen d'aller et venir partout, s'estant donné à monsieur de Sérignac, frère de monsieur de Tarride, qui luy faizoit avoir accès partout où il voulloit. Le camp des ennemys est à Theze, à deux lieues d'Ortès, et tiennent d'estendue jusques auprès d'Arzac. Et partit-il hier à midy d'avec eulx.

Ledit Calonges partist, six jours a, de leur camp et passa la rivière de Garonne, trois jours a, qui sera cause que messiem^s de Fontanilhes et Madailhan ne l'auront peu atacquer pour le combattre. Ledit gentilhomme m'a en oultre dit qu'il estoit lougé ung jour avec le viconte de Monclar, lequel tenoit propoz avec celluy de PauUin et les autres principaulx de leur trouppe, en quelle sorte ilz pourroient avoir le chasteau de Foix; lors l'ung d'iceulx dit qu'il ne failloit qu'ilz s'en souciassent et qu'ilz l'auroyent bien ayseément, pource qu'ilz détenoient prisonnier le filz du chastelain, lequel, si son père ne leur veult rendre ledit chasteau, ilz faù-ont pendre. Et ne reste, sinon qu'ilz passent par devant, car, occasion de cela, ilz l'auront à leur ellection toutesfois et quantes qu'ilz le vouldront. Qu'est tout ce que pour le présent je vous puis escrire, me recommandant très humble ment à votre bonne grâce , priant Dieu vous donner.

Monsieur , en très bonne sancté, longue et glorieuse vye.

De Condom, ce XXX'"' aoust 1569.

Vostre obéissant serviteur.

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f, fr., vol. 3242, f* 407.)

Cassaigne, 31 août 1569.]

Monsieur, j'ay ce jour d'huy receu ung pacquet de monsieur d'Andaux, par la voye du gouverneur d'Acqs; et ay envoyé le propre original de sa lettre et de celle que le vice-roy de Navarre' luy a escript, au roy, par ung gentilhomme que j'envoye à sa Majesté en dilligence, tant pour l'advertir des affaires qui sont survenuz que pour l'évesché de Condom, affin que aucun ne m'y puisse donner quelque venue ^; et m'a semblé bon de vous envoyer la coppie de tout ce dessus, comme fais. Au reste, j'ay esté aujourd'huy adverty que pour tout certain les ennemys prennent le chemin droict à la ville de Saint Sever, laquelle ilz se font fortz d'avoir bien ayséement, ce que je croy qu'ilz feront sy vous ne vous avancez vers Gymont; et me double qu'ilz em-

1 . Jean de la Cerda, duc de Médina Cœli, marquis de Collogudo, comte du Port-Sainte-Marie, vice roi de la basse Navarre.

2. Robert de Gontault, évêque de Condom , était mort le 25 août d569. Il eut pour successeur Jean de Monluc, fils de l'auteur des Commentaires et de sa première femme , Jeanne Ysalguier.

porteront aussi Dacqs , pource qu'il n'y a point de

gens. Par quoy, je vous supplie, Monsieur, vous

voulloir avancer avec vostre camp en toute dilli-

gence. Et ne se fault attendre qu'ilz s'en vueillent

retoui'ner par où ilz sont venuz, car ilz ne pren-

droient le chemin qu'ilz prennent. Et ne vous diray

autre chose pour le présent, sy ce n'est que la dilli-

gence est le faict du gain de la guerre, de laquelle, je

m'asseure, vous userés à ce coup qu'il en est tant

besoing. Et me recommandant très humblement à

vostre bonne grâce, je vais prier Dieu vous donner,

Monsieur, en très bonne santé, longue et heureuse

vie.

De Cassaigne, le dernier d'aoust 1569.

Vostre obéyssant serviteur,

De Monluc.

(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242. f" HO.)

» [Cassaigne, l^"" septembre 1569.]

Sire, j'ay prié le sieur de Moreau, mon cousin, présent portem% d'aller de ma part vers voz Majestés pour vous faire entendre au vray Testât des affaires de deçà et le succès de ceulx de Béarn, vous suppliant très humblement le vouloir entendre comme à moy-mesmes, et vous asseurer. Sire, que, si vous eussiez esté en la place de monsieur de Terride, je n'eusse peu faire une plus grande et extrême dilligence pour vous secoiu^ir que j'ay faict pour luy à peine de ma teste. Ledict sieur de Moreau vous dis-

courra l'ordre que j'ay donné en ce pais, il vous plaira voulloir sur ce prendre une bojine et briefve résollution et me renvoyer le dict sieur de Moreau promptement , instruit de ce qu'il plaist à vostre Majesté que je face, sans temporiser longuement à faire les dépesches, car le temps que l'on emploie sans rien faire donne loysir aux ennemys d'exécuter ce qu'ils veullent. Et, m'asseurant que lediet sieur de Moreau n'obliera rien à vous dire de ce qui concerne vostre service, je ne vous en feray la présente plus longue, suppliant Dieu vous donner. Sire, en très bonne santé très longue et très heureuse vie. De Cassaigne, ce premier de septembre 1 569.

Vostre très humble et très obéissant sujet et

serviteur,

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Cassaigjie, pr septembre 1569.]

Monsieur, j'ay receu la lettre que m'avez escripte par ce courrier, et voy bien que vous estes résollu de demourer vers Muret, qui est au contraire de ce que j'espérois, car le cappitaine la Vallette m'avoit dit que vous ne désiriés autre chose que combatre les ennemys, ce que vous ne pouvés faire demourant là; et vous en voy bailler la figure : en premier, il n'y a rien plus certain qu'ilz sont à trois petites heues de Saint Sever et à cinq du Mont de Marsan, où ilz yront en ung jour; et de là jusques à Tho-

nenx et au Mas, où ilz prétendent passer la Garonne, il n'y a que dix lieues, lesquelles ilz feront en deux jours à leur ayse. De là où ilz sont jusques à moy, il V a douze lieues, et d'icy jusques à vous quatorze, qui sont vingt-six. Avant que je sois adverty de leur parlement, ilz seront au Mont de Mai^san, et plus tost que celluy par lequel je vous advertiray soit à vous, ilz seront sur le bort de la rivière. Or regardez , s'ils vous plaist , sy, pour bonne dilligenee que vous puissiez après faire, vous les sçauriez garder de passer, ayant à cheminer vingt-huiet ou trente lieues; par quoy vous y adviserés, s'il vous plaist.

Au reste, quant aux quatre mil Hespaignolz, je vous ay ce jour d'huy matin dépesché ung pacquet et vous ay envoyé ung double de la lettre que monsieur d'Andaux m'a escript, et de celle que le duc de Médina Celi, vice-roy de la basse Navarre, luy a escript à luy. Par là vous pourrés veoir qu'ilz ne pourront estre si tost prestz que lesditz ennemys ne soient passez, s'ilz veullent s'en retourner, comme l'on m'asseure par tous les advertissemens que j'ay de tous coustez. Quant à ce que me mandés que j'ay cy-devant escript et conseillé au clergé d'Aux de se sauver, je ne pouvois faire de moins, si de tout point je ne voullois laysser ces pouvres gens en prede aulx ennemys, m'ayant asseuré monsieur de Joyeuse que, dès lendemain que nous tinsmes le conseil à Aux, vous repasseriez toutes vos forces à Tholoze pour de là vous en aller suyvre vostre première entreprinse. Et de moy je n'estois assés fort, sy les ennemys eussent prins ce chemyn-là et à Condom, pour les empesclier. Sy vous voulliés advan-

cer en çà, nous secourerions Saint Sever qu'ilz empourteront et peult estre Daeqs. Toutesfoys ma rësollution est telle que, s'ilz le veullent forcer, je m'iray perdre avec trois compaignies de cavallerye et cinq d'infanterie que j'ay pour le secourir; non que je les vueille combatre, mais je me mectray en quelque lieu auprès : que, encore que je n'y puisse de rien servir, sy ne veulx-je pas que l'on dye que je l'ay laissé perdre sans m'en estre aucunement approché. Et en cest endroict je me recommande très humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner. Monsieur, en très bonne santé longue et heureuse vie.

De Cassaigne, le premier de septembre 1569. Vostre obéyssant serviteur.

De Monluc.

Ayant entendu ces nouvelles que monsieur de Lussan me manda et qu'il vous en advertist, je m'acliemineray demain droict à Casteljaloux et le Mas avec les cinq compaignies des gens de pied et les trois de gens à cheval, ayant envoyé quérir celle de monsieur de Gondrin, qui est derrière; et ne veulx que l'on dye les ennemys avoir passé sans que je les aye veuz. Et vous asseure que de tout ce que je pourray je les empescheray sur leur passage.

^ (Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat,, f. fr., vol. 3242, f" Î12.)

[Agen, k septembre 1569]

Sire, monsieur de la Grave, présent porteur, vous dira en quel lieu je me trouve en son arrivée par deçà, et s'en retourne vers vostre Majesté bien instruit par iDeaueoup de gens de bien comme voz affaires sont allés au pays de Béarn. Oultre les mémoires que j'en ay baillé et dit de bouche audict sieur de Moreau, je les estime tous deux si gens de bien qu'ils ne vous desguiseront la vérité. Quant à moy, je ne veulx ny prétends charger ny descharger personne, vouUant toutesfois que, où vostre Majesté saura que j'en suis coulpable de la moindre chose du monde et que je n'aye faict mon devoir, elle me face trancher la teste. J'ay baillé audict sieur de Moreau une carte par laquelle vous verrez où les ennemys se sont assamblez, le chemin qu'ilz ont prins, là où ilz ont passé les rivières, et la grand distance qu'il y a eu toujours entre eulx et moy, qui est pour le moins de vingt cinq ou trente lieues. Non que pour cela aussi je veuille excuser monsieur de Terride, encore que la Marque s'en aille vers vostre Majesté pour ce faire, car la faulte est énormément grande, je vous veux bien dire que j'ay tousjours, comme tout le monde sçait de par deçà, faict une sy grande dilligence que, sy vous feussiez esté en la place dudict sieur de Terride, je ne l'eusse sceu faire plus grande pour vous secourir.

Au reste, Sire, quant à la ville de Libourne, vostre Majesté pourra veoir par les instructions dudict

238 Lettres

sieur de Moreau l'ordre que j'y ay donné et par ledict sieur de la Grave ce qu'il en a veu et entendu, qui me suffit pour ceste heure, vous voullant seullement dire que, sy vous ne vous liastez d'envoyer des forces de vostre camp par deçà, Montgomery amènera à monsieur l'admirai trois mil hommes de pied et douze cens chevaulx, qui renforcera et raffreschira de beaucoup son camp , comme vostre Majesté peult estimer. Il luy porte six cens mil escus, par le moyen de quoy ilz feront de beaucoup prolonger la guerre; cecy adviendra donc si vous n'y prenez garde, car je ne les en puis empescher, n'ayant que trois compaignies de gens d'armes et cinq de gens de pied, par quoy vostre Majesté advisera, s'il luy plaist, ce qu'il est besoing de faire pour le mieulx. Et ne vous en feray la présente plus longue, sy ce n'est pour vous supplier très humblement vouUoir entendre et croire ledict sieur de la Grave comme à moy-mesme; suppliant Dieu vous donner. Sire, en très bonne santé très longue et très heureuse vie.

D'Agen, le lY''' de septembre 1569.

Vostre très humble et très obéissant sujet et

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et commuaiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Agen, k septembre 1569.]

Madame, vous pourrez entendre par les sieurs de la Grave et de INIoreau comme les affaires de deçà vont et le succès de ceulx. de Béarn, mais le temps est aujourd'huy disposé de telle sorte que personne ne vous auze discourir aulcune chose que la moitié ne soit par dissimulation ; toutesfois je m'asseure que, si vous tirez l'un d'eulx à part, ilz ne vous cèleront la vérité, vous suppliant très humblement les voulloir entendre et croyre comme à moy-mesme. Au reste. Madame, vous m'avez commandé d'admonester et remonstrer à monsieur de Monferrand, d'autant qu'il a esté mis par vostre eslection en la ville de Bourdeaulx, d'estre vigillant aulx affaires et conservation d'icelle. Je vous dii^ay que je n'ay aucune hoyne contre luy, mais si pendant ces troubles il continue ceste charge, je vous asseure qu'il adviendra de luy comme monsieui' de Terride. Sy vos Majestés luy voulloient donner cinquante hommes d'armes pour venir fau'c service auprès d'elles et connaître quelque homme vieux et vigillant au gouvernement de ladite ville de Bourdeaulx, je m'asseure que voz affaires en iroyent mieulx *. Je ne désire qu'il y ayt personne par ma nomination à Paris

1 . Charles de Monferrand riposta à cette dénonciation de Monluc par plusieurs lettres, oia il rappelle aigrement la rivalité de Damville et de Monluc, qui livre la province aux coups de Mongonmery {Jrch. de la Gironde, t. II, p. 148; coll. Harlay St-Germ., vol. 323, 2, P 91 et 95).

de quoy l'on puisse penser que j'ay pourchassé d'en tirer ledict sieur de Monferrand ; d'autre part vous pouvez considérer le mal que je luy veulx quant je vous supplie luy donner lesdicts cinquante hommes d'armes. Et s'il plaist à vostre Majesté faire informer en ladicte ville de Bourdeaulx et demander tant aux grands qu'aux petits le soing qu'il a des affaires d'icelle et à quoy il applique donc le temps, vous trouverez que je ne vous en escris sans cause. Vous entendrez, s'il vous plaist, ce que je veulx dire par ledict sieur de la Grave. Quant à l'admonester, il n'a tenu qu'à cela, car je m'en suis beaucoup essayé, mais il a prins un tel ply qu'il n'y a homme qui le sceut ou peust redresser. Et ne vous en feray plus long discours, m'asseurant que voz Majestés y pourvoiront. Et sur ce je supplie Dieu vous donner. Madame, en très bonne santé, très longue et très heureuse vie.

D'Agen, le IV"' de septembre 1 569.

Vostre très humble et très obéissant sujet et

serviteur,

^ De Monluc.

(iLetIre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

24 9. a messieurs de la lande et consuls

d'agen.

[Saint-Maiirlce, 19 septembre 1569.]

Messieurs de la Lande et consuls d'Agen, je vous envoyé Mérigon et Imbertlion pour vous remonstrer la dilligence qu'il est besoing que vous faictes sans

rien espargner à la fortiffication et réparation de vostre ville. Je vous prie les croyre de ce qu'ilz vous diront et continuer de plus en plus lesdictes fortifications, faisant surtout abatre le molin de Renauld, et m'asseurant qu'ilz n'oblieront rien à voz dire de ce qu'il est nécessaire que vous faciès faire, priant Dieu vous donner en bonne saincté longue vie. De Sainct Maurice, le 19 septembre 1569. Vostre meilleur cousin et amv,

De Monluc*.

(Copie; Arc'li. iiiuu. d'Agen ; Rcg. cons., f" 241, V.)

[Agen, 18 octobre 1569.]

Sire, estant dernièrement à Lectoure, monsieur de Panjas, gouverneur de la dicte ville, me pria voulloir commectre autre au gouvernement d'icelle, disant qu'il n'y pouvoit vacquer et demeurer pour beaucoup de grands affaires qui luy estoient survenus en sa maison, lesquelz luy estoit besoing et nécessaire négotier. Toutesfois je croy que c'est pource qu'il n'est payé chasque moys de Testât de la compaignie qir'il a en la dicte ville, comme si en France toutes les compaignies estoient chasque moys païées. Sy est-ce qu'il a faict neuf monstres en troys moys. Et pource que, je scav, avez baillé la sénescliaussée

i . On lit à la suite de cette lettre une délibération consulaire qui constate que la lettre de Monluc, portant l'ordre de démolir « le molin de Saint-Georges et Renauld » fut signiûée à ]MM. la Lande et Cabasse, chanoines de Saint-Caprais, qui en référèrent au chapitre.

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