‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 45 sur 98 · V— IG · texte numérisé non relu

V— IG

d'Armaignac à monsieur de la Valette, n'est besoing qu'il y ayt autre gouverneur que luy comme séneschal ou celluy qu'il y commectra, dont vous ay bien voullu advertir, affin que^ si quelqu'un vous venoit demander le dict gouvernement, il plaise à vostre Majesté ne le bailler à autre qu'au dict sieur" de la Valette, et cependant j'auray le cueur à la garde et conservation de la dicte ville, pource que je m'y tiens et y fais mon habitation. Et si cas est que vostre Majesté m'emploie hors de ce gouvernement, je la layrray es mains dudict sieur de la Valette comme vostre séneschal en la séneschaussée d'Armaignac.

Quant aulx affaires de deçà, j'ay aujourd'huy receu nouvelles certaines que Montgomery est sorti de Béarn avec la plus grande partie de ses forces et a laissé audict païs bonne garnison et l'artillerie, et qu'il estoit jà à cinq lieues d'Aux pour s'en venir passer la rivière de Garonne, et a-on oppinion que ce sera au Mas ou à Verdun, qui est à cinq lieues de Thoulouze , ce qui leur sera bien aisé à faire , de tant que monsieur le mareschal Dampville, avec toutes les forces qu'il a, s'est allé engaiger et assiéger Mazères, et moy je n'ay que trois compaignies de gens d'armes et six d'infanterie; et c'est bien peu de force pour les empescher. Toutesfois je tascheray par tous moyens avec ce que j'ay à la conservation de ce pays. Et supplie très humblement vostre Majesté croire qu'il n'a tenu à moy que Montgomery et ses forces n'ayent esté combattus, car j'y ay faict tout devoir pour ce faire; et combien que je sois certain qu'on vous aura faict entendre autrement et que I^ussan vous a dict et à Monsieur aussi, comme l'on

m'a mandé qu'il a tenu propos à mon esgard*, la vérité est néantmoings telle que je vous escris; et m'asseure, s'ils passent, ce qu'ils feront si autre empeschement ne leur est donné. On s'en deschargeoit autresfois sui' moy, sachant bien que je n'ay personne auprès de vostre Majesté qui présente mes affaires^ pour ne m'adresser jamais à personne qu'à vos Majestés^ dont vous ay bien voullu advertir en attendant vostre volunté et ce qu'il vous plaira me commander ailleurs hors ceste charge, suyvant ce que je vous ay mandé par le cappitaine Monluc, mon fils. Et sur ce je supplie le Créateur vous donner, Sire, en très bonne santé très longue et très heureuse vie.

D'Agen, le XYin^"^ d'octobre de 1569.

Vostre très humble et très obéissant sujet et serviteur, ^^ ^j^^,^^

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de La f arrière.)

I. Voyez les Commentaires, t. III, p. 331 et suivantes. Damville, qui pai' sa lenteur avait causé la défaite de Terride, incriminait, pour se disculper, la négligence de Monluc. On a lu dans le livre III la défense de l'auteur des Commentaires. Damville n'a rien écrit, mais il semble qu'il ait préparé sa justification, car il avait réuni dans un même dossier toutes les lettres de Monluc depuis le 26 mai jusqu'au 22 octobre. Ce dossier, qui a été conservé dans ses papiers, forme le volume 3242 du fonds français. Les seuls juges de ce différend, les témoins oculaires déplorent la mésintelligence des deux chefs catholiques sans se prononcer entre eux deux (lettres de Roffignac, Jrch. de la Giro/ide, t. II, p. 148; des jurats de Bordeaux, coll. Harlay S. G., vol. 323, 2, f° 87; de Monferrand^ ibid., f° 91 et 9o), etc. Le témoin le mieux informé et le plus expUcite est un espion du roi d'Espagne, Juan de Bardachin ; il donne tort à Damville (Arch. nationales. K. 1514, n» 1S4).

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