SON PREMIER PRESIDENT EN LA COUR DU PARLE- MENT DE THOLOSE, A THOLOSE
[Lectoure, 22 octobre 1569]
Monsieur, dès mercredy les eiinemys entrarent dans la ville d'Eauze, qu'est vostre ressort; et, par les advertissemens que j'ay receu, ilz doyvent estre à Condom au soir, et après aux environs de Lectore et en tout ce pays jusques à la rivière de Garonne, sans empeschement; car je n'ay que troys compagnies de gens d'armes et six ou sept de gens de pied, avec lesquelz et sans plus grandz frais je ne sçauroys empescher que les ennemys ne soient maistres de la Guyenne de Dacqs jusques à la dicte rivière de Garonne. Et prévoyant ce dangier, j'ay escript par troys ou quatre foys puys peu de jours à monsieur le mareschal Dampville, comme vous pourrez voir par la responce qu'il m'en a faict, que je vous envoyé, et par là pourrés entandre son intention, qu'est de garder seullement les passaiges de la rivière, sans volloir plus oultre venir conbaptre les ennemys, leur donnant par ce moyen liberté de ruyner le pays. Et voylà de quoy nous a servy la venue dudit sieur mareschal, avant l'arrivée duquel les aflfaires alloient fort bien en tout ce pays, et vous, qui commandiés de par delà au faict des armes, et que monsieur de Bellegarde et autres cappitaines ne faisoient rien que par vostre commandement, dont j'en fus marry pour le peu d'espériance que vous avyés au faict des armes, de quoy je m'accuze; en Quercy estoient
monsieur de Montauban , les seigneurs de la Cluippelle Louzières et de Saint Projet; en Rouergue, les seigneurs de Cornvsson et de Lestiiing, le seigneur de Cassanelh; et moy estoys en ces quartiers, j)ourvoyant aux affaires, de sorte que tout y alloit bien, et les ennemys ne f'aisoient que de petites courses de peu de faict.
Il me semble que mondit sieur le mareschal discort fort mal et ne prend le déshonneur que Mongommery faict à sa repputation , actendeu le peu de forces qu'il a eu esgard à celles dudit sieur mareschal, et qu'il a affaire audit INIongommery, duquel on n'a heu jamais oppinion qu'il allast bien à la guerre, et les sciens ne l'extimoient que bien peu. J'ay escript audit sieur mareschal, comme pourrés veoir par la coppie des lettres que je vous envoyé, par lesquelles je ne luy escriptz point ces particullaritez ', pour qu'on ne cuyde que envie ny mauvaise volunté me menue en son endroict; mais à vous à qui l'affaire touche, et que ce pays duquel l'ennemy taiche de sov emparer est en vostre ressort, j'ay voUeu vous escripre plus particullièrement, et vous prie remoustrer audit sieur mareschal le tort qu'il faict à sa renommée. Il ne sera pas atenu de beaucoup à ceulx qui luy bailleront contraire advis. Quant à moy, j'en appelle à Dieu, la noblesse et le peuple en tesmoing de quelle volunté je y veulx aller; et me contanteray de ce qui est escript en l'Escripture Vox populi ,
1. Monluc plaçait mal sa confiance : il est probable que sa présente lettre fut communiquée à Daraville , car elle se trouve parmi ses papiers.
i^ox Dey; ne pouvant, avec le peu de forces que j'ay, empescher la ruyne de tant de villes, villaiges et ung infinité de maisons de gentilzhommes, à mon grand regret. Qu'est tout, me recommandant de bien bon cueur à vostre bonne grâce; priant Dieu, Monsieur, vous donner en santé heureuse et longue vie. De Lectoure, ce XXir^ d'octobre 1569.
Vostre frère, amy et serviteur.
De Monluc.
Despuys la présente escripte, monsieur le grand séneschal de Guyenne m'a escript une lettre en laquelle sont ses motz : «Nous avons heu quelque advertissement à Bourdeaulx que monseigneur de Montpansyer et monseigneur de Guyse vous viennent trouver avec quelques forces pour combatre Mongommery, car il est grandement nécessaire le garder de passer, pour le service du roy. Je vous ad vise aussi. Monsieur, que les ennemys sont à Condom, à ce soir; qui est tousjours s'aprocheret gaigner pays.»
(Lettre originale; signature autographe; Bibl. nat., f. fr., vol. 3242, f" \\b.)
[Lectoure, 23 octobre 1569.]
Sire, depuis dix ou douze jours en çà je vous ay escript par trois fois, la première par Dagron, commis du trésorier de l'extraordinaire, la seconde par ung chevaulcheur de vostre escuyerie, et la tierce par ung des gens de monsieur de Madaillan, vous faisant par toutes ces lettres amples discours de
l'estat de vos affaires du coustë de deçà. A présent beaucoup de chevaliers de l'ordre et autres gentilshommes, qui vont en ceste ville de Lectore, ont esté d'advis avec moy vous envoyer le sieur de Fieux, présent porteur, pour faire entendre à vostre Majesté où sont vos ennemys et comme toutes choses se passent. Ils sont si avant dans le pays qu'ils sont à Condom, à trois lieues de ceste ville. Depuys qu'ils ont commencé de sortir de Béarn, j'ay par plusieurs fois escript à monsieur le maresclial Dampville, le priant s'avancer avec ses forces pour les combattre, comme il plaira à vostre Majesté veoyr par les coppies de mes lettres que je vous envoyé avec la dernière qu'il m'a escript. Lesdits ennemys gaignent tousj ours pays, ne leur faisant personne aucune résistaiice. Toutes les forces que j'ay sont trois régiments de cavallerie et six enseignes de gens de pied, que je mettray en ceste ville et à Fleurance. J'eusse laissé en ceste dicte ville une compaignie de gens d'armes, si eust esté qu'il n'y a que une yssue qui peult estre du premier coup bridée. Monsieur de Gondrin y commande et les sieurs de Panjas, chevaliers -de Romejas et de Monluc, mon fils, avec luy; une infinité de gentilzhommes et damoyselles se sont retirés en ceste ville pour leur seureté. On dit que les ennemys font venir dix huit pièces d'artillerie.
Par mes susdictes lettres je vous ay très humblement supplié de voulloyr envoyer monsieur de Mont pensier, m'asseurant que s'il plaist à vostre Majesté, puisque vous n'estes engagé à une bataille, vous ayant Dieu donné une si heureuse victoire, l'envoyer ou bien monsieur de Guyse, qui est plus portatif.
Quant l'un d'eulx ne viendroit que en poste, toute la noblesse et le reste des soldats sortiront pour combattre sous celluy qu'il plaira à vostre Majesté nous envoyer, ce qu'ils ne feront sous aucun autre. Autrement, Sire, il faut que je vous parle franchement que je voy vostre Guyenne perdue, la noblesse désespérée et se voyant sans secours; et le commun peuple se rend huguenaut pour conserver leurs biens et vyes. On dict en ung commun proverbe que le médecin pitoyable fait les playes véreuses : je ne vous dissimuleray point vos affaires pour la conséquence que j'en prouve, et affin qu'on ne puisse dire que je ne vous en ay adverty et que, si la Guyenne se perd, vous ne vous en preniez à moy, m'en faisant reproche. Au reste, Sire, j'ay retenu en ceste ville le cappitaine Petitbourg, qui a sa compaignie au régiment de monsieur de Lisle, pource qu'il entend beaucoup à deffendre une ville. Il vous plaira l'excuser s'il n'est pas avec sadicte compaignie. En escrivant ceste lettre, j'ay reçu une lettre de monsieur de la Chapelle Lozières, laquelle je vous envoyé. Et sur ce je supplie Dieu vous donner. Sire, en très bonne santé, très longue et très heureuse vie. De Lectore, le XXIIP" de octobre 1569.
Vostre très humble et très obéissant suget et
serviteur,
De Monluc*.
(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.) <
i . On lit au dos : Receue le JX"" novembre 1S69.
2 53. A MESSIEURS LES MAYRE ET JURATZ