DE BORDEAUX
[Lectoure, 27 octobre 1569.]
Messieurs, vous scavés comme depuis Iroys ans il n'y [a eu'] de bledz à guière grand pris, qui m'a faict garder les [miens] jusques à présent, que j'ay trouvé ung marchant qui me [les] acliepte un pris raisonnable, en luy permectant de les charger pour en accomoder nous voisins, ce que je luy ay accordé de faire, vous ayant bien voleu fere ce mot de lettre pour vous prier fort de vostre part le consentir et avoir agréable, et moy[ennant] vostre volonté, par monsieur de La ville que je vous envove expressément. Et si vous m'employés en quelque autre endroict, vous cognoistrés en quelle obligation vous mi'arés mis, par ce plaisir que je recepvray de vous et de quelle affection je m'en revengeray partout où vous m'employerez. Et espérant que le lirez, je clorray la présente de mes humbles recommandations à vous bonnes grâces , suppliant Dieu vous donner. Messieurs, en parfaite santé longue et heureuse vie.
De Leictore, ce XXVIP" octobre 1569.
Vostre bien bon amy à vous fayre plaisir.
De Monluc*.
( Lettre originale ; signature autographe j Arch. mun. de Bordeaux; communication de M. Barkbausen.)
1. Les marges de cette lettre ont été détruites par l'incendie de 1862. Nous rétablissons entre crochets les mots qui manquent à l'origmal.
[Lectoure, 8 novembre 1569.]
Sire, je scay bien que vous n'aurez trouvé bon que j'aye quitté le gouvernement, pensant bien que pour cella je laisse de faire comme j'ay toujours aecoustumé, je vous supplie très humblement croire que j'aimeroys mieulx estre mort que d'avoir faly à chose aucune qui appartienne à vostre service, et n'en demande d'autre lesmoignage que toute la noblesse, cappilaines et tous les estais de la Guyenne. Ce qui me l'a faict faire, ça esté à cause que je voyois bien qu'il adviendroit ce que nous voyons à ceste heure, qui est la perte de toute la Guyenne, la ruyne des esglises et monastères, de la noblesse, et par conséquant de tout le pauvre peuple. Et ayant par troys foys gardé la Guyenne à vostre Majesté sans avoir qu'une petite poignée de gens qui me demeuroit; et pour cela vous n'arrestiez de tirer force de gens à cheval et de pied de ce païs, l'argent de toutes les tailles ordinaires, derniers emprunts et autres subsides; et voyant qu'il fault qu'il aylle tout au contraire et que ce que j'ay conservé se perde, vostre Majesté ne doit trouver mauvais si je ne veulx perdre ce que j'avoys acquis avec si grand soing et travail, bazardant ma vie, qui estoit d'avoir gardé la Guyenne par trois fois en tous les trois troubles, dont il n'y a princes ny potemptats Crestiens qui n'ayent ouy parler de mes actions et qui ne m'estiment pour avoir servy mon roy et maistre de si grande loyaulté, comme j'ay faict; je n'ay peu
faire de moings que de me mettre au désespoir, ayant toutesfoys toujours réservé ne laisser rien en arrière de vostre service, comme je n'ay faict à pavne de ma vie.
11 est advenu que Fabian mon fils a été détroussé et mes lettres perdues, par lesquelles je donnois sentiment à vostre Majesté de ce que j'en pensois offrir qu'elle y pourveust de bonne heure. Depuys je vous ay escript par Dagron, commis de l'extraordinaire des guerres, comme tout alloit en perdition, marchant l'ennemy pas à pas tout au long du plat pais, qui a demeuré plus de trois sepmaines à venir jusques à Condom, n'auzant entreprendre de marches davantage, sinon à mesure qu'il voyoit sa commodité, saccaigeant et bruslant toutes les esglises et maisons des gentilzhommes, rançonnant villes et villages et les hommes particuliers, quant ils les pouvoient prendre, de sorte qu'ils ont augmenté leurs finances de plus de cent cinquante mil escus, oultre l'argent tiré des esglises, où ils n'ont layssé ung calice de Dacqs jusques à Agen et aux portes de ceste ville'.
Après la prinse du Mont de Marsan, monsieur le mareschal s'en alla en son gouvernement de Languedoc pour assiéger Mazères, laquelle il a prins par composition et retourna tout incontinant après à Tholoze, où il a demeuré dix ou douze jours, ayant tout son camp aux environs dudict Tholoze, et cependant ledict Montgommery s'est venu jeter à Condom,
i . Presque à la même date , le b novembre , le parlement de Toulouse écrivait au roi que Mongonmery pillait la Gascogne et s'approchait de Toulouse avec mille hommes de pied et mille cavaliers (coll. Harlay S. G., vol. 323, 2, f° 461).
comme je vous ay escript par monsieur de Fieux , vous faisant entendre Testât de la Guyenne, ce que j'avois auparavant faiet par ledict sieur Dagron et ung chevaulcheur d'escuyerie de vostre Majesté, nommé Audebert. Et n'a tenu à moy que je n'aye solicité ledict sieur mareschal pour les venir combattre par plusieurs lettres, dont je vous ay envoyé les coppies. Cependant j'advertissois le demeurant de la noblesse de Quercy, qu'estoit près monsieur de la Chappelle Louzières, lequel s'est tout incontinent rendu à Moyssac avec quarante-cinq gentilzhommes, car le jeune Saint Projet avoit le demeurant près dudict sieur mareschal, ayant retiré la garnison qui estoit à Liborne, sinon une compaignie envoyée près monsieur de Montferrand, d'envoyer trois ou quatre cens harquebusiers ; et si luy-mesme y voulloit venir, n'estant à craindre que, puisque monsieur le baron de la Garde est devant Bourdeaulx avec ses galaires, inconvéniant en adviendroit, lequel sieur de la Garde j'ay pareillement prié nous prester troys cens hommes d'armes ; et ne pense jamais à ma vie avoir faict une plus grande diligence que j'ay faict à assembler des gens, affui qu'il eust cest honneur de combattre et defFaire le comte de Montgommery.
Mais tout cella ne m'a servy de rien, sinon d'acquérir une haine mortelle de luy, ne m'estimant en en parolle, que, si j'estois son valet de table, il n'en parleroit pas plus indignement qu'il faict, jusques à dire qu'il me rendra le plus petit cappitaine de la Guyenne, ce qu'il ne scauroit faire, estant ma réputation assez cogneue, ne cuydant point qu'il ayt faict en sa vie plus honorables faits que moy. Il me me-
nace de me faire rendre compte de tout l'argent qui a esté levé sur les villes, disant qu'il en a commission de vostre Majesté. Il fault qu'il s'adresse au recepveur Mailliac, qui a receu tout l'argent qui a esté levé de la Guyenne de quelque nature que ce soit. De ma vie je n'ay esté thrésorier ou recepveur. Et s'il se trouve qu'il en soit venu la valeur d'ung sol à ma bourse^ qu'il m'aille de la vie si c'est leur argent, duquel les Estats du pays sont imposés. Et faut tenir que vostre Majesté leur fasse rendre compte en quoy l'argent a esté employé.
Les affaires ont esté tirées en telle longueur et a on tant temporisé que messieurs les Princes et Fadmirail arrivent aujourd'liuy ou demain à Montauban, qui sont en nombre de cinq ou six mil clievaulx. Et tout incontinant qu'il* a entendu les nouvelles, s'estant seullement achemyné jusques à Grenade, s'en est retourné dans Tlioloze, nous a tous laissés en blanc; me reprochant aussy que je m'estoys formalisé contre sa maison pour le gouvernement de ceste ville, à rencontre du cappitaine Lussan; mais qu'il me le rendroit bien. Par là, Sire, vous pouvez cognoistre comme il me l'a gardée, m'ayant escript à son arrivée et estant sur les chemins qu'il ne désiroit autre chose sinon que nous joignissions ensemble pour faire quelque bon et notable service à vostre Majesté, disant qu'il me voulloit croire de tout ce que je luy conseillerois et me tenir comme son père. Et, pensant que son zelle fust comme il me disoit de la paroUe, je me mys en chemin pom^ l'aller voir à