‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 48 sur 98 · Il s'agit de Damville · texte numérisé non relu

Il s'agit de Damville

Tholoze ; et arrestâmes tous deux de faire merveilles pour vostre service, où j'offroys de luy obéyr non seulement pour le service de vostre Majesté mais pour son particulier.

J'appelle Dieu à tesmoing que si vostre Majesté m'eust mandé de faire ellection de personne de vostre royaulme de France pour venir commander en ce pays, réservé messieurs les princes du sang, je l'eusse choisy, ayant telle oppinion de luy qu'il ne désireroit sinon de combattre. Le commencement en fust fort bon, de secourir monsieur de Terride, non que je veuille excuser l'erreur du dict sieur de Terride, car s'il se fust volu retirer au\ terres de sa Majesté, comme je l'avois adverty, il ne fust tombé en cest inconvéniant, pource qu'estant nos forces jointes ensemble nous eussions faict teste à l'ennemy. Un chacung scait bien que j'estois le plus loin de dix lieues et le plus tard adverty : si fus-je encores à temps à Aire et à Saint Sever avec trois compaignies de gens d'armes et cinq de gens de pied pour le secourir, attendant des forces pour le tirer hors du chasteau d'Hortès. Et demeuray neuf jours, après qu'il fust perdu, à Ayre. A la fin monsieur de Bellegarde vint avec sa compaignie et celles de messieurs d'Arné, Larboust, et une compaignie de gens de pied pour la seconder. Que l'on regarde ce que nous avons faict, allant ensemble d'un bon accord, pour combattre le dict Montgommery despuysque nous avons prins le Mont de Marsan, et si je ne demeuray trois jours, après qu'il m'eust laissé dans le Mont de Marsan, avec six compaignies de gens de pied que j'avois admené et celles de messieurs de Gondrin et de Fontenilles et

la myenne ; et ne me demeura pas deux cens hommes des dictes compaignies de gens de pied^ car ils s'en allèrent pourler le butin qu'ils avoient faict, n'en pouvant les cappitaines estre maistres, qui est chose qui se faict ordinairement quant le soldat a gaigné; et les faudroit tous atacher qui en voldroit estre maistre. Si est-ce que tout incontinant ou bien peu de jours après ils se rendirent tous et leurs cappitaines.

Et pendant ces trois jours, <î^^6 je demeuray seul et à cinq petites lieues du camp de l'ennemy, je fis tirer plus de six cens charretées de bled de la dicte ville du Mont de Marsan , le faisant pourter vers Goiissies et en plusieurs maisons de gentiltzhommes, avec inventaire pour nous ayder pour le passaige des Espaignols; mais les ennemys ont eu cestuy-là et le nostre davantaige. Et y eusse encores demeuré tant qu'il en y eust ung grain. Mais tous les gens de cheval me demeurèrent sur les bras, n'ayans plus foin ne paille dans la ville ne à trois lieues aux environs; Qui fust cause que je m'en vins et pour refaire les compaignies et pour faire marcher gens de toutes parts pour luy ayder à combattre les ennemys. Et à peine de ma vie, si vous ne trouverez que Montgommery a demeuré onze jours entiers dans Condom et monsieur le mareschal autant dans Tholoze despuis son retour du Mas, et cependant j'estois à la teste de l'ennemy, et si j'ay perdu une heure de temps ny dormy quatre heures en une nuyt, je veulx perdre la vie. Je ne veux nyer qu'il n'y ayt faulte; aussi estelle toute évidante, estant le pays perdu et ruyné. Et pour entendre qui est cause, je supplie très

humblement vostre Majesté vouUoir députer quelqu'ung pour en informer ; et s'il se trouve que j'en soys coupable, que ma teste en réponde. Je n'ay poinct de faveurs en court; cella est cause que je suys accusé estre cause de la perte du païs. Vous ne scaurés jamais la vérité qu'il n'en soit enquis.

Voilà comme les trois occasions sont passées. Et si je vous ments d'ung seul mot, je veulx. que vostre Majesté me face trancher la teste; et comme la no» blesse a été réduicte, avec femme et enfants, en ceste ville à telle nécessité qu'ils n'ont maison aucune; ny ayans peu faire conduire bledz, vins ou autres choses nécessaires. Ils se sont tous assemblés pour luy escrire une lettre dont ils vous envoient le double, à laquelle il n'a jamais volu respondre par escript, sinon avec injures déshonnestes, touchant à l'honneur des ungs et des autres, et générallement à tous nous estimant aussi peu que rien. Et moy, pensant que ceste lettre le mouveroit à venir, sans scavoir le fond de ce qui estoit dedans, je m'en suys couru à Agen pour envoyer encores vers messieurs le baron de la Garde et de Montferrand, là où monsieur de la Breuille, maistre d'hostel du dict sieur mareschal, m'est venu trouver et tesmoignera des hastives dépesches que je faisois à tout le monde pour venir au combat, et, sans le secours de Bourdeaulx, luy a faict toucher au doit que j'avois prests de douze à quatorze cens harquebuziers ; et luy ay offert par le dict la Breuille, en la présence de monsieur de Merville, grand séneschal de Guyenne, qui m'est venu trouver, incontinant que je luy ay escrit pour se trouver au combal avec partie de sa compaignie.

ayant l'autre icy auprès, que je me rendroy auprès de luy non pour commander sinon comme simple soldat et l'obëyr pour vostre service, l'asseurant que je n'oblieray rien de tout ce que Dieu m'a aprins au combat, et que je luy feray dire le proverbe des antiens que jamais bon cheval ne devient rosse; ayant faict marcher les trois compaignies que monsieur de Leberon et trois ou quatre autres menoient, et deux cens harquebusiers de la garnison d'Agen et les garnisons de ceste ville et de Fleurance. Et le priois par le dict la Breuille de s'avancer jour et nuict à Fleurance ou aux environs de cesle ville et que le lendemain nous y rions enserrer l'ennemy dans Condom. IjC dict sieur la Breuille, ayant entendu mon office, s'en retourna devers luy le plus comptant du monde.

Je croy que la lettre que la noblesse luy escripvist l'a fasché et qu'il a prins quelque oppinion que j'en estois la cause, de laquelle je veulx perdre la vie si j'ay jamais entendu la substance, sinon sommairement, en montant à cheval et venant à Agen pour faire marcher tout ce dessus. Et à mon retour j'ay trouvé response pleine d'injures et de mespris contre moy et la noblesse'.

Sire, je receus hier lettres de monsieur de Montferrand me mandant qu'il admène mil harquebusiers^, mais estant messieurs les Princes à Montauban,

1. Damville avait écrit au roi, le l"'^ novembre, de Grenade, pour se plain<lre de Monluc et rejeter sur lui les malheurs de Terride. Sa lettre contient presque les mêmes accusations que la lettre de Monluc (coll. Harlay S. G., vol. 323, 2, f° 147).

2. Monferrand, trop faible pour résister aux partis ennemis qui sillonnaient la province, ne put rejoindre alors Monluc, ni lui

comme le sieur de Castelsagrat a mandé à monsieur de Brassac, chevalier de vostre ordre, nos forces ne seroient suffisantes pour combattre. Voyant donc cette troupe inutile, je mande pour le dict sieur de Montferrand me prester trois cens harquebusiers pour les mettre en la ville d'Agen, et qu'il s'en ramène le reste vers Bourdeaulx et Libourne pour garder que les ennemys ne puyssent attenter aucune chose.

Sire , je supplie le Créateur en très parfaicte santé vous donner très longue et très heureuse vie.

De Lectore, ce VI1I'°* de novembre 1569.

Vostre très humble et très obéissant sujet et

De Monluc.

( Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)

[Agen , 12 novembre 1569.]

Sire, je vous ay escript ces jours passés par monsieur de Cauterane (?) au long de l'estat des affaires de deçà ; despuis monsieur de Bayaumont est venu en ce pays, où il arriva mercredy dernier, s'en allant vers monsieur le mareschal luy pourter vostre commandement, qui est, comme on m'a dict, de combattre Montgommery fort ou faible, quant il se devroit perdre et nous aussi. Geste nouvelle m'a tant pieu et plus que toute autre qu'on m'eust sceu ap-

envoyer les arquebusiers qu'il demandait (coll. Harlay S. G., vol. 323, 3, f" 275).

porter, pour le désir que j'ay de combattre; et feray tout ce qui sera en moy affin que ledict Montgommery et les Viscontes soient combattus suyvant l'intention de vostre Majesté, ayant opinion que ledict sieur maresclial suivra vostre commandement. Et si venons au combat espère que par là les gentilshommes et autres, vos bons et loyaulx subjeets du païs de Gascoigne, seront délivrés de la captivité où ils sont, et qu'ils retrouveront leurs biens et maisons qui sont occupées. Et seray participant de ce bien, recouvrant les miennes qu'ils tiennent \ Et supplie très humblement vostre Majesté croire qu'il n'a tenu à moy que ledict Montgonmery n'ait esté combattu, en ayant sollicité ledict maresclial tant par gentilshommes que par lettres, ne désirant autre chose que de combattre, non que je veille charger ledict sieur maresclial, mais pour vous supplier très humblement croire que c'estoit mon opinion et que, encores que je vous aie quitté ce gouvernement, n'ay esté, suys et seroy à jamais que très affectionné à vous faire très humble service. Et n'y a gentilhomme en France plus content que moy, moyennant que vostre Majesté croye et pense qu'il ne tienne à moy que ledict Montgommery n'ayt esté combattu et que je soys en vos bonnes grâces.

Je vous envoyé deux coppies de lettres que mon-

1 . Ainsi tombe un reproche formulé par Olhagaray et par plusieurs autres historiens contre Monluc. Ils accusent l'auteur des Commentaires de s'être accordé avec Mongonmery et d'avoir toujours reculé devant lui ; en retour de cette trahison Mongonmery aurait respecté tous les biens de Monluc et de ses vassaux (Olhagaray, p. 622j.

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sieur de Bellegarde jeune, commandant au camp en l'absence dudict sieur mareschal, m'envoya hier, et la coppie des responses que je luy ay faict; par l'une desquelles lettres il m'oste l'espérance de combattre, par l'autre m'en donne l'espérance. Toutesfoys pource que, par la créance de monsieur de Montbérault, son lieutenant, me mande luy dire les commodités et bailler les moyens d'entrer au combat, cella me faict perdre toute oppinion de venir au combat. Si est-ce que luy ay escript les moyens qu'en avons, comme supplie vostre Majesté veoir par les coppies de mes dictes responses, afin de juger s'il tient à moy qu'on ne combate. Et pensant, il y a quelques jours, combattre, envoyay advertir monsieur de Montferrand, lequel est arrivé depuis trois jours à Thonneins, ayant avec luy mil harquebusiers et trente salades, et faict halte au dict lieu, en attendant le retour dudict sieur de Bayaumont et la response que me fera le sieur de Bellegarde, lequel ne scauroit sitost m^archer avec le camp que nous ne partions encore plus tost pour le joindre et l'aller trouver et atacquer les ennemys.

Ledict sieur mareschal a mandé aux sieurs de Gondrin et de Fontenilles mener en son camp leurs compaignies et aussi audict sieur de Madaillan, mon lieutenant, l'aller trouver avec la myenne. Et ledict sieur de Gondrin luy a faict response qu'il ne pouvoit habandonner ce pays de deçà, estant à la teste des ennemys. Et croy que ledict sieur de Fontenilles en fera autant, estant aussy fort près des ennemys. Quant à ma compaignie, elle n'y peult aussi aller, ayant les ennemys en teste; et ne scay qui a meu le-

dict sieur mareschal de les mander venir en son camp et vers Tholoze, où il ne se parle point des ennemys, pour les ouster des lieulx où ilz sont tousjours à la guerre à la teste des dicts ennemys.

Sire je supplie le Créateur vous donner en très parfaite santé très longue et très heureuse vie. D'Agen, ce XII™^ de novembre 1569.

Vostre très humble et très obéissant sujet et serviteur,

De Monluc.

( Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et cummuniquée par M. le comte de Laferrière.)

[Agen, 9 janvier 1570.]

Sire, le XXX°" du passé advertis vostre Majesté comme les Princes et jadis ^ admirai avec leur armée estoient encores deçà la rivière de Garonne, Montgomnery et ses troupes delà, qui avoient perdu la commodité de leur pont, et que je n'attendois autre chose que la venue de monsieur le prince Dauphin* pour luy obéir, suyvant ce que vostre Majesté m'avoit escript, ayant advesti de toutes nouvelles des

1. Le parlement de Paris avait rendu le 17 mars 1569, contre Coligny, un arrêt qui le déclarait coupable de lèse-majesté et déchu de ses dignités (Preuves de l'Église galL, t. I, p. 152). La publication de cet arrêt fut d'abord suspendue jusqu'au 17 août par un ordre spécial du roi (coll. Dupuy, vol. 801, f** 22), et enfin ordonnée par une lettre du roi à de Thou , en date du 9 septembre [ibid., f» 29).

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