Lacune dans notre copie
longtemps a, exécuté si vostre Majesté m'eust faict délivrer de l'argent pour l'artillerye. Vous mandiez à monsieur deVallence que je m'aydasse des deniers que ceulx de Bourdeaulx disoient avoir assemblé pour l'entreprinse de Blaye ; je supplie très humblement vostre Majesté croire que^ si les dicts deniers eussent esté assemblés et prêts, j'eusse exécuté la dicte entreprinse de Blaye ou crevé en la peyne; mais ils n'ont oncques esté assemblés ny prests. Et par deux foys j'ay esté à Bourdeaulx pour la dicte entreprinse, où n'ay trouvé pas ung denier de prest et levé comme ils avoient promis, dont messieurs le baron de la Garde, de Montferrand, vostre procureur général et autres vos officiers, mesmes le dict sieur de Vallence, vous pourront rendre certain tesmoignage. Estant là ils me disoient que je m'acheminasse et que l'argent seroit bientost prest; mais je ne me suis vouUu fier ni engaiger sur leurs parolles, m'ayant trompé plus de vingt fois ; et par ce. Sire, ne fault faire estât des dicts deniers.
Monsieur de Vallence, à l'arrivée du cappitaine Montault, s'est trouvé par deçà, auquel suis allé parler pour trouver moyen d'avoir quelques deniers; et m'a dit que tout ce qu'il peult faire, c'est de me faire délivrer quatre ou cinq mil livres, et avec cela fault que je fasse la dicte entreprinse. Ceulx de Tholoze m'ont promis bailler quelque artillerie et munitions et pouldres, en m'obligeant à eulx, comme j'ay faict, car autrement n'en ay peu recouvrer. J'ay mandé monsieur de Monlferrand de faire acheminer ung canon, qui est à Bourdeaulx, avec le plus de munitions qu'il pourroit, et aussy que, suyvant vostre intention.
il s'aclieminast promptement , droict au Mont de Marsan, avec sa compaignie et le régiment d'infanterie qu'il a, où il trouvera monsieur de Montespan, pour s'en aller ensemblement au devant de Fartillerye, qui me vient de Bayonne. Je fais marcher lundy prochain celle que j'ay en ceste ville et espère estre le vingt sixiesme du présent devant Rabastens en Bigorre , et de là m'en iroy droict à Nay et à Pau , espérant que Dieu me fera la grâce de faire quelque chose au contentement de vostre Majesté \ J'ay donné ordre au cappitaine Aspremont, présent porteur, vous dire quelque chose de ma part pour le faict de la dicte entreprinse du Béarn. Je supplie très humblement vostre Majesté le croire de tout ce qu'il vous dira.
Sire, je ne veulx oblier à vous dire comme le dict cappitaine Aspremont a esté durant ces guerres toujours employé sans discontinuer pour vostre service avec une compaignie de gens de pied, pour laquelle a seu refaire et entretenir en bon estât et bien fournye de bons hommes. Il n'a espargné chose qui aye esté en sa puissance, et pour ce les ennemys luy ont pillé, saccaigé et bruslé ses maisons et biens, l'ayant destitué de tout moyen pour pouvoir doresnavant faire service à vostre Majesté avec les équipages qu'il a eus jusqu'à présent. Je vous supplie très humblement, Sire, avoir pitié de luy et le récompenser de
A . Suivant une lettre de Martin de Gurpide , agent espagnol , les forces de Monluc en entrant en campagne montaient à 1 0 mille hommes de pied, 1500 chevaux et d8 pièces d'artillerie. Nous soupçonnons un peu d'exagération dans ces chiffres (Arch. nat., K. 4516, n° 5).
quelque chose, ce qui sera si bien employé qu'en aucun autre qui vous ave fait service durant ces guerres *.
Sire, je supplie Dieu vous donner en très bonne santé, très longue et très heureuse vie. D'Agen, le VIIP^ de juing 1 570.
Vostre très humble et très obéissant suget et serviteur,
De Monluc.
(Lettre rapportée du Saint-Pétersbourg et communiquée par M. le comte de Laferrière.)