‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 62 sur 98 · Le roi Henri III · texte numérisé non relu

Le roi Henri III

2. Balagny était fils de l'évêque de Valence. Malgré ces mots mon fils, i\ est certain que la lettre est de l'auteur des Commentaires. Le sujet de la lettre et l'examen de la signature ne laissent aucun doute.

chose que concerne grandement vostre service , et aussi de vous faire une très humble et, si je ne me trompe, très juste dolléance de ce que, sans avoyr fally, il vous a pieu me retrancher la moytié du pouvoir que m'aviez donné. Ce n'est poinct l'ambition qui me mené, et singuUièrement au pays de Guyenne, où j'ay commandé l'espace de dix ans avecques aucthorité de lieutenant de roy; et en suys sorty avecq tel honneur que mes ennemys, ou plutost dire mes envieulx, seront toujours contrainctz d'advouer que, avant avoir eu aulcune charge ny aultre quallité que de seigneur de Monluc, je n'aye combatu pai' deux foys et rompu le camp de ceulx de la relligion et prins par assault une vingtaine de villes, et faict par ma dilligence que une cinquantaine d'aultres se rendirent d'efroy. Et comme aussy ne pourra-on nier que, sans aulcun commandement ny du feu roy ny d'aultre, je n'aye esté suivy de mil à douze cens gentilzhommes, si bien que le feu roy et la royne, vostre mère, m'escripvirent, et je garde bien les lectres, qu'ilz tenoient de moy la Guyenne que je leur avois par deux foys recouverte. Quand ung aultre, que qui soict, il en aura faict aultant que moy, je porteray patiemment qu'on me le veule préférer.

Pom" le moings veux -je espérer que les choses passées, dont la mémoyre est encore récente, vous feront comprandre que je n'ay poinct pencé à reprendre le gouvernement, dont, après m'en estre dignement acquitté, je me estoys démys. Et encore moingz ay-je voulu ou songé de diminuer aulcunement l'aucthorité du sieur de la Valette, ny du sieur de Losse, ny aultre, qui ayt tiltre de gouverneur de par deçà.

Bien est-il vray que^ après qu'il vous eust pieu me faire mareschal et me donner la Guyenne pour mon département, con^me il appert par le pouvoir qui m'a esté donné sans l'avoir poursuivy, je vouluz exécuter ce que m'aviez commandé, mais ce a esté avec telle modestie et discrétion que j'ay déclaré, en présence de beaulcoup de gentilshommes, audict sieur de la Vallette, que je ne vouloys rien entreprandre sur son estât ny aultrement me mesler des affaires, sinon pour la guerre à laquelle je luy faisois office de luy assister comme compagnon et amy; s'il vouloict que ce fut en la Gascongne et qu'il jugeast que ainsi se deubst faire, je estois prest de l'acompaigner; s'il vouloict passer deçà la rivière, je feroys le semblable ; s'il ne vouloict prendre ni l'ung ny l'aultre party, nous regarderions avecq une commune amityé de nous secourir l'ung l'aultre, et tacherions à faire quelque grand et notable service à vostre Magesté. Mais je ne scay qui l'a peu mouvoir à se porter tout aultrement envers moy qu'il n'avoit faict, il y a vingt ans; tant y a que les portemens en sont telz, et vous, Sire, les avez tant approuvez que je ne voy pas que je puisse satisfaire à ce que aviez espéré de moy, ainsi que plus à plain vous dira ledict Ballagny, mon filz, s'il vous plaist de l'escouter, comme je vous en supplie très humblement, et croyre ce qu'il vous en dira de ma part, et m'y faire telle responce que ceulx, qui en ont tant ouy parler, congnoissent que despuis m'avoir honoré du tiltr-e de mareschal, vous n'avez rien changé de la bonne oppinion et estime que vous aviez de moy. Et, quelque chose qu'il en advienne, je mectray toujourz penne de faire congnoistre à ung

chacun que je ne désire rien tant que de vous faire très humble service.

Sire, je prye le Créateur vous donner en parfaicte santé très longue et très heureuse vye.

D'Agen, ce XVIIF^ jour de novembre 1574.

De votre Magesté trè humble et trè obéissant sugett et serviteur,

De Monluc.

(Lettre originale; ces derniers mots : De votre, etc. et la siguiiture sont autographes; collection de M. Rathery.)

Lettres sans date ou qui nont été communiquées a V éditeur que pendant V impression des deux derniers volumes.

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