‹ Commentaires et lettresChapitre 10 sur 96 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

Nous suivons de préférence la leçon du second manuscrit : il est écrit avec plus de soin que le premier •, c'est entre ses feuillets que nous avons découvert les notes de Balagny. Malheureusement il est incomplet; mais l'identité des deux copies doit les faire considérer toutes les deux comme également dignes d'autorité. Il suit de là que nous avons pu prendre indifféremment l'un ou l'autre manuscrit pour guide et recourir avec la même confiance au premier, lorsque les dégradations du second nous obligeaient à l'abandonner.

Nous nous étions flatté de ramener l'orthographe à un type unique et de résoudre par une série de règles les difficultés qu'elle présente. L'étude des travaux des Estienne, des Ramus, des Nicot et surtout la lecture des manuscrits du temps nous a convaincu de l'inutilité de cette tentative. Les hommes du seizième siècle ne s'appliquaient, en écrivant, qu'à reproduire les sons du langage; chacun avait sa manière de les représenter : de là une anarchie complète. Toute règle, même la plus rationnelle, la plus conforme à l'étymologie , serait donc arbitraire. Suivant les conseils et les exemples des critiques les plus autorisés nous avons adopté l'orthographe du texte original. Nous n'oserions cependant présenter nos deux manuscrits comme représentant fidèlement l'orthographe de notre auteur, puisqu'ils ne sont pas autographes; mais, par leur origine et leur date, ils ont plus d'autorité que les combinaisons du philologue le plus exercé et nous inspirent plus de confiance que le résultat de nos propres recherches. Les mêmes motifs obligeaient à suivre leurs variations innombrables. Souvent dans une page et jusque dans une ligne, le même mot se présente de plusieurs façons différentes. Ainsi les verbes, à l'imparfait, prennent, à la troisième personne du

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pluriel, la finale oint ^ oinct, ou iont; quelquefois même le changement de 11 en Y offre au copiste un choix de dispositions nouvelles. Cette désinence des imparfaits ne se trouve qu'à l'état d'exception au seizième siècle, mais l'exception est ici la règle. Les prétérits aimèrent sont presque toujours écrits aimarent dans nos deux copies et même dans l'édition originale ; il faut peut-être attribuer cette terminaison à Monluc lui-même. Toutes ces singularités gi-ammaticales sont reproduites dans l'édition nouvelle. Nous ne nous permettons que les corrections suivantes : régler la ponctuation, distinguer les lettres I et J, U et V, ajouter des accents partout où la prononciation les exigeait. L'orthographe de notre texte offre parfois des combinaisons si inattendues que nous avons cru utile de venir au secours du lecteur par tous les moyens que donne la typographie moderne. D'ailleurs le manuscrit nous autorisait par son exemple. On y trouve çà et là des accents, des traits d'union et des apostrophes, semés capricieusement, il est vrai, mais qui prouvent que ces signes n'étaient pas inconnus au copiste.

Nous avons conservé le titre de Commentaires et la division en sept livres : le titre, comme conforme à la tradition et aux intentions de Monluc, qui aimait à imiter César; la division en sept livres, comme attribuée à l'auteur lui-même par le biographe de Lurbe, son contemporain. Elle répond d'ailleurs à la division de la matière.

Plusieurs notes sont composées de documents inédits. Ici l'abondance des matières présentait un danger, celui de grossir démesurément le volume ', nous espérons l'avoir évité. Dans l'indication des sources imprimées nous avons donné la préférence aux témoignages des contemporains ; ainsi l'on trouvera souvent cités, outre les mémoires et les

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