‹ Commentaires et lettresChapitre 9 sur 96 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

laisse deviner comment ce manuscrit passa plus tard entre les mains du président de Mesmes. Celui-ci avait épousé, en 1628, une fille de Balagny ; à la suite de ce mariage, sans doute, les papiers et les livres du souverain de Cambray, entre autres la précieuse copie des Commentaires, entrèrent par voie d'hérédité dans la riche bibliothèque de l'hôtel de Mesmes où ils se trouvaient encore en 1731, lorsque le roi en fit l'acquisition. Telle est l'origine du manuscrit qui nous a servi de guide. 11 faut ajouter à ces motifs de confiance ceux que fournit la lecture d'un texte plus incorrect mais plus vigoureux, par conséquent plus conforme au génie de l'auteur.

Enfin la leçon même de Florimond de Remond nous fournit çà et là de précieux arguments en faveur de la version nouvelle. On lira au commencement du livre IV le récit du siège de Vulpian. Ce récit, fort abrégé dans les anciennes éditions, est notablement complété par nos manuscrits qui nous présentent , de cet important fait d'armes et de ses suites , une relation détaillée en place d'une mention sommaire. Reste à déterminer l'auteur du passage inédit : or, les faits nouveaux qu'il contient, Monluc les rappelle clairement au milieu du livre VI : « On m'en presta une aultre, quand le roy Henri m'envoya en Piémont, après le retour

de Sienne, à la prinse de Vulpian comme fay escript

cy-dessus. » Il nous apprend ainsi , par ces derniers mots, qu'il est l'auteur du nouveau récit du siège de Vulpian et porte lui-même un témoignage en faveur de l'authenticité de notre texte.

Une seule autre copie des Commentaires est signalée. Fevret de Fontetes dans la Bibliothèque historique de la France rapporte comme appartenant au marquis d'Aubais : « Mss. Commentaires de Monluc abrégés, sans au-

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cune omission des noms de personnes et de lieux, avec un supplément et des notes historiques, chronologiques et généalogiques, qui font connaître les noms de ces mêmes personnes et de ces lieux. » Tous les catalogues sont muets sur cette indication. Pour retrouver les traces de ce manuscrit, nous nous sommes rendu dans la province qu'habitait le savant éditeur des Pièces fugitives. liC château d'Aubais a été brûlé à la fin du dernier siècle avec sa riche bibliothèque; rien n'a été sauvé : donc si le volume désigné par Fevret deFontetes s'y trouvait encore en 1793, on doit désormais le considérer comme perdu.

Une tradition locale nous apprit cependant qu'une partie des livTcs avait été vendue quelques années avant la révolution. On conserve en effet dans les dépôts publics de Nîmes, de Montpellier, d'Aix, un assez grand nombre d'ouvrages provenant de la bibliothèque du marquis d'Aubais et sous le n" 13899, à Nîmes, un catalogue d'une partie de ses livres manuscrits. Ce recueil contient la correspondance de la dame d'Urre, marquise d'Aubais, avec le savant Séguier, archéologue nîraois, et divers bibliophiles du temps. On y voit que la marquise, héritière de son mari, vendait peu à peu sa collection. Séguier en avait dressé une liste détaillée que l'on envoyait aux riches acquéreurs. Les Commentaires ne s'y trouvent point. Une note répétée plusieurs fois nous fait connaître qu'il ne reste plus à Aubais que des livies sans valeur. Le manuscrit original des mémoires de Monluc, une copie même du seizième siècle, aurait mérité d'être catalogué.

Le marquis d'Aubais lui-même dans son savant recueil des Pièces fugitives ne le mentionne jamais. Cependant, quand il avait un manuscrit digne de confiance entre les mains, il le citait avec tout l'orgueil d'un bibliophile, de

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préférence même aux éditions imprimées. Il faut conclure de ce double silence que 1 indication de Fevrel de Fontetes se rapporte à un des volumes justement négligés par Séguier.

Bien plus, nous croyons que ce manuscrit des commentaires était l'ouvrage même du marquis d'Aubais. Séguier rapporte que ce grand travailleur résumait par écrit les livres qu'il lisait*; il y ajoutait des notes détaillées. Ces tableaux historiques servaient à ses travaux d'éditeur. Or ces termes même « Commentaires de Monluc abrégés^ sans aucune omission des noms de personnes et de lieux, avec un supplément et des notes historiques, chronologiques et généalogiques » nous font penser que le volume signalé

est l'un de ces résumés.

La perte de ce manuscrit, devenue sans nul doute irrévocable, sera toujours à regretter à cause des notes qui l'accompagnaient ; mais l'œuvre bien plus importante de la collation du texte n'y aurait probablement trouvé aucun secours.

Il ne nous reste plus qu'à faire connaître les règles qui nous ont guidé dans notre travail. De la comparaison des deux textes il résulte pour nous : 1° que les Commentaires ont été écrits entre 1569 et 1572; 2" qu'après le siège de la Rochelle en 1573, Monluc ajouta de nouveaux chapitres à son livre, entre autres les /?e7;^o;^fra7^ce^, qui dans l'origine formaient un ouvrage à part. Les manuscrits nous fournis-

1 , Le manuscrit de Nîmes cité plus haut nous apprend que le marquis d'Aubais avait écrit un résumé analogue de la grande histoire de de Thou.

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sent la première rédaction ; la seconde se trouve dans l'édidition de Florimond de Remond. Mais les fautes de lecture et d'impression dont elle est remplie, les lacunes de la copie que le premier éditeur avait entre les mains, les coupures prudentes et surtout les retouches de style qu'il se permit d'y faire, nous interdisaient de la prendre pour base de notre travail. Nous avons donc préféré la leçon du manuscrit en y ajoutant, bien entendu, les passages que Florimond de Remond nous a conservés. En résumé, compléter le texte des Commentaires à l'aide de l'une ou de l'autre version, corriger les altérations, rétablir l'orthographe des noms propres, tel a été notre travail. Les amis de la prose alerte et originale du seizième siècle apprécieront l'importance des parties publiées pour la première fois. Des pages entières sont ajoutées aux anciennes éditions. On remarquera que nos additions complètent heureusement ce qui précède et ce qui les suit, qu'elles dissipent l'obscurité présentée quelquefois par les récits mutilés de Moulue et qu'elles occupent toujours dans le corps de l'ouvrage une place marquée d'avance par une lacune.

Lorsque les deux textes s'éloignaient l'un de l'autre et accusaient ainsi une double rédaction, nous avons reproduit, sous forme de variante, la leçon que nous repoussions. Nous avons donné un assez grand développement à cette partie de notre travail. On trouvera peut-être que le bas des pages est encombré de notes ; suivant nous elles étaient nécessaires : obligé de choisir entre deux leçons souvent différentes, nous avons voulu présenter au lecteur les deux textes en litige pour lui donner la faculté d'exercer sa critique. Monluc d'ailleurs mérite d'être traité comme les grands écrivains, et les diverses rédactions de ses récits sont dignes d'être recueillies.

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