‹ Commentaires et lettresChapitre 21 sur 96 · Gaspard de Coligny, amiral de France · texte numérisé non relu

Gaspard de Coligny, amiral de France

3. Germain de Bonneval, dont nous avons parlé plus haut, ne laissa que deux filles, dont l'une épousa Jean de Gontault, seigneur et baron de Biron, qui se trouva par le fait de ce mariage l'un des héritiers du seigneur de Bonneval. Alais la majeure partie de ses biens, en vertu d'une clause de substitution établie par

comme l'on peult bien juger qu'ilz les servoiut plus pour l'amitié qu'ilz leur portoinct, que non par ambition ny avarice qui fut en eux, et que ce qu'ilz demandoinct au Roy c'estoict plus pour les bons serviteurs que le Roy avoict que non pour eux mesmes! Or fault scavoir si ceulx qui sont descendeus d'eux meurent de faim pourcella. Hz en sont plus estimés et lîonnorés par tout le royaulme de France que ceux qui en ont uzé aultrement.

Maintenant je veulx parler de moy mesme, qui ne suis jamais esté cogneu, sinon pour ung homme de peu et de rien, si ce n'estoict les moyens que le Roy m'a baillés pour acquérir la rennommée, que j'ay guaignée non seullement dens le royaulme mais par toute la chrestienté; et loue Dieu et le remercie de la grâce qu'il m'a faict de m'avoir faict entrer en la cognoissance du Roy, par là où j'ay acquis ce que j'estime plus que tous les biens de ce monde, qu'est l'honneur et réputtation en laquelle j'ay immortalizé le nom de Monluc, par l'ayde de Dieu, et pour loial et fidelle subject et serviteur du Roy ; et, encores que je n'aye acquis, en si long temps qu'il y a que je porte les armes, que pour quatorze ou quinze mil franx de biens, si ne m'a l'on jamais ouy plaindre du Roy, pour ne m'avoir récompencé des services que je luy ay faictz ny de ce que j'ay prins tant de playes en luy

son père, passa à son frère Jean, et plus tard à son neveu Gabriel de Bonneval.

Gabriel de Bonneval, que Monluc désigne ici, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, fort en faveur auprès des princes de la maison de Navarre, prit peu de part aux guerres de religion. Il mourut vers 15U0.

faizant service; estimant plus tousjours la réputtation et rennommée que j'ay acquize, en luy faizant service, que tous les biens qu'il m'eust sceu fere; et n'y a rien au monde qui m'aye tant réconforté aux grandes playes que j'ay receues que ce qui se me présentoict tousjours devant mes yeux, que je les avois prinses en faizant service à mon Roy ; n'y ayant jamais voullu espergner la vie ny la personne, comme il appert en mon corps ; et aussi mes playes m'en portent bon tesmoeignage. Et, quand je seray mort, à grand peyne dira-on que j'en apporte le jour de la résurrection en paradis tout le sang, oz, nerf et voynes que j'ay pourté au monde du ventre de ma mère ; et auserois asseurer que je suis aujourd'huy le plus content homme de France, de Dieu et du Roy, et ne veux nier que sa Majesté ne m'aye faict part de ses bienfaictz, car il a donné l'évesché de Condom à mon filz le chevalier*, qu'encores que monsieur le cardinal de Guize en tire six mil livres de pencion, si luy vault-il encores dix mil franx tous les ans ; et avecques cella s'en est allé à Padoue estudyer, disant que puisqu'il avoict prins le chemin de l'Esglize , il ne vouloict point que l'on luy reprocheast qu'il fut ung ygnorant évesque.

Et pource qu'il y a beaucoup de gens qui ont voullu dire qu'il a prins le chemin de l'Esglize que me voyant desfavorizé , ne pouvant espérer d'avoir

i. Jean de Monluc, chevalier de Malte, soutint vaillamment le siège de 1565 contre les Turcs. Il devint évèque de Condom en 1571 et mourut en 1585, Il était fds de Biaise de Monluc et d'Antoinette Ysalgnier sa première femme. {Gall. christ. ^ t. II, col. 969.)

jamais aulcung bien, l'on se trompe ; car c'est pour ce qu'il a prins la croix de Sainct Jelian, encores qu'il fust bien june, et qu'il la prinse de bonne volonté, sans contrainte , et que le Roy Henry , vostre père mesmes, l'envoya au grand Maistre à Malte, pour luy bailler. Que tant pour l'honneur qu'il a reçeu de ce que le Roy l'avoictesleu pourceste vacquation, qu'aussi pour n'avoir jamais eu volonté de la laisser, il a voullu la continuer, ayant oppinion que, s'il faizoit aultrement , Dieu l'en pugniroict. Et j'espère que Dieu luy fera la grâce qu'il fera tant de services au Roy que sa Majesté récompensera Monseigneur le Cardinal de Guize d'esté pension, et ainsi il n'aura que prou de bien. Et croy que, s'il eust suivy les armes, il n'eust guières esté moingz que ses frères, car son commensement l'a démonstré , tant pour la réputtation qu'il a acquize au siège de Malthe, que là où il s'est trouvé pardeça.

Et quant au dernier, il a espouzé l'héretière de Montesquiou \ qui n'a pas moingz de sept ou huict mil livres de rente; et je luy ay donné Chabannais-, que Monsieur de Lioux ^, mon frère , m'avoict donné par

i. Fabian de Monluc suivit son frère Pierre dans la malheureuse expédition de Madère, et ramena en France, après la mort du chef, les restes de sa petite armée. Il fut tué en 1S73, au siège de Nogaro en Gascogne. Il avait épousé, le 9 janvier 1570, Anne de Montesquiou, à la condition que ses enfants joindraient le nom de Montesquiou à leur nom. Son fils, Adrien de Monluc-Montesquiou, prince de Chabanais, connu sous le nom de comte de Carmain, joua un rôle important pendant le règne de Louis XIII.

2. Chabannais, principauté en Angoumois, à deux lieues de Rochechouart.

3. Joachim de Monluc, dit le jeune Monluc, seigneur de Lioux,

son lestement. Et encores bien qu'ilz soint en procès, j'ay tant de fiance au Roy et en la Reyne, et en vous, Monseigneur, que ferés en sorte que son droict luy sera gardé. Et , avecques ce bien là, il a de dix à onze mil livres de rente.

Et quant à moy j'ay, ou d'espergne que j'ay faict de mon bien, ou de quelques dons que le Roy m'a faictz sur les Huguenaudz ou quelques hommes de la Religion, que les courtz des Parlemens de Tholoze et Bordeaulx vouloint exéculter, lesquelz je leur ay demandés en récompence que j'avois secoureu et l'une ville et l'auitre sans y avoir aulcune obligation, je veux dire par charge que j'en eusse , lesquelz ilz m'accordarent , dont iceux prisonniers me donnarent sept ou huict mil escuz; et tout ensemble j'ay tousjours tenu aux intérestz, avecques cinq mil franx que le feu évesque de Condom me donnoict tous les ans ; que tout ensemble me guaignoit de l'argent, lequel je meltois aussi aux intérestz ; et m'entretenoys des guaiges du Roy, qu'au commencement estoinct trois mil franx par an, et les deux mil de la pencion de mon bon maistre le Roy Henry, que tant que je vivray je ne l'appelleray aultrement , et trois mil

prince de Chabannais par acquisition, chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme ordinan^e de sa chambre, gouverneur d'Albe en 1 553, mourut en 1567. Il avait épousé une demoiselle deFages, dontil eut un tils unique mort en Piémont en d558. Ce fils lui-même était marié, suivant Boivin du Villars, mais n'avait point d'enfant. {Mémoires^ livre IX). On conserve à la bibliothèque impériale des lettres de Joachim de Monluc, notamment dans le volume 443 de la collection Gaignières. M. le duc de Dino a publié , dans ses Chroniques siennoises, une lettre de Joachim de Monluc, qu'il attribue à son frère Biaise.

franx que la Reyne me fit donner d'avantage à Angoiilesme , qu'en tout estoict huict mil , et avecques unne de mes maisons où je tirois la despence de mes bledz et vins.

J'ay despendu tousjours honnorablement tant à ma maison queaylleurs, et tout le reste estoict au guaing, de sorte que je me suis trouvé avoir quatre vingtz ou cent mil franx. Et en ay baillé à l'intérest quarante mil pour marier ma filhe Charlotte-Catherine \ qui a cest honneur et à moy aussi que le Roy et la Keyne l'ont tenue sur les fons , et à la dernière trente mil ; et à ma femme-, pour les grandes peynes qu'elle a prinses en mes grandes mailadies et principallementen ma blesseure (que je veux dire que monsieur de \'allence, mon frère, et elle sont autant cause de m'avoir sauvé la vie, après Dieu, que les médecins et chireurgiens qui m'ont pencé), je luy ay donné quatorze mil franx; et je m'entretiens des intérestz qui en sortent

i. Charlotte- Catherine de Monluc, fille de l'auteur des Commentaires et d'Ysabeau de Beauville, fut tenue sur les fonts baptismaux, le 2b mars 1565, par le roi d'une part, la reine-mère et Mlle de Guise d'autre part. Elle épousa Aymeric de Voisins, baron de Montant, lieutenant-yénéral au gouvernement de Provence. (Testament d'Labeau de Beauville communiqué par M. Beautenips- Beaupré.)Le baron de Montaut appartenait à une des familles les plus anciennes de la Gascogne.

2. Ysabeau-Paule de Beauville, fille de François, seigneur et baron de Beauville, et de dame Claire de Souspez, douairière de Sartigue, épousa, le 31 mai 1564, au château d'Estillac, Biaise de Monluc. On trouvera leur contrat de mariage parmi les pièces Justificatives. Après son veuvage, elle épousa, le 23 novembre 1579, le comte François d'Escars. (Les contrats des deux mariages d'Isabeau de Beauville ont été retrouvés à Mantes par M. Beautemps-Beaupré.)

et du bien de ma maison. Que tout ensemble je puis avoir de dix à douze mil livres et deux ou trois mil escuz que je tiens dens mes coffres pour me fere enterrer , ou bien pour les despendre en ung besoing pour le service du Roy; et s'il se trouve que j'aye ung escu d'avantage, je le donne au Roy ou à qui luy fera la rellation que j'en aye d'avantage.

J'ay estéconstrainct mettre toute ma vie par escript et déclaire tout ce que j'ay au monde, pource que l'on m'a mandé que l'on avoict faict entendre au Roy, à la Reyne et à vous, Monseigneur, que j'avois guaigné trois cens mil escuz. Que j'aymerois mieux estre mort que si cella estoict véritable; car s'il l'estoict, je ne pourrois avoir eu cest argent sans avoir prins des fînnances du Roy et de la pillerie que j'aurois faict sur son peuple ; et à l'amitié que tous les trois Estatz de la Guyenne me portent , on peult cognoistre si cella est vray ou non. Et comment pense-on que j'en aye prins? Que le Roy me doibt encores quatre ou cinq mil franx de ma pention du temps que j'estois son lieutennent, et, si j'eusse voullu toucher aux finnances du Roy, je pouvois plus tost prendre les guaiges qui me sont deubz.

Et, si j'estois si avare comme l'on m'a voullu fere, le Roy et la Reyne m'ont voullu donner six mil franx de pention sur l'espergne, en lieu des six mil que monsieur le cardinal de Guize tire de pention sur l'évesché de Condom. Or leurs iMajestés sçavent la responce que je leur en fiz, ne les voullant aucunement accepter; leur mettant en avant qu'aux grandz affaires où le Roy estoict, n'estoict pas temps que ses bons, fidelles subjectz et serviteurs eussent pention sur l'es-

pergne, sinon ce fiist quelque pouvre gentilhomme qui ne s'en peult passer ; et que ceux qui luy en demandoinct en ce temps icy, s'en pouvant passer, monstroinct qu'ilz ne le servoint poinct par amytié qu'ilz luy portassent. Et pour ce, Monseigneur, que j'ay dict en ce préambul que je pense estre ung des plus contens hommes de Dieu et du Roy et de ma fortune qui soit au jour d'huy en ce monde, j'ay vouUu coucher icy toutes mes raisons pourquoy je diz que je suis content, et aussi pour monstrer à tout le monde le contraire de ce qu'on m'a voullu charger. Que s'il se trouve ung mot de vérité de ce que l'on luy a voullu fere entendre, sa Majesté ne fera pas son debvoir, si ne me faict trencher la teste. Et, pourveu que je demeure en la bonne grâce du Roy, de la Reyne et vostre et de monsieur vostre frère, je me diray tousjours le plus content homme de ce monde. Et quant aux aultres princes et seigneurs qui m'ayment, je suis leur très humble et très obéissant serviteur; et quand à ceux qui ne m'ayment, je m'en suis bien passé jusques icy, comme je feray d'icy en avant. Et pour monstrer au Roy, à vous et à tout le monde comment je suis avare, je veux dire, et à la veritté, que j'ay donné , despuis le commensement d'esté dernière guerre, unze chevaulx d'Espaigne et deux corciers. Et affin qu'on ne pense point que c'est mensonge, je nommeray ceux à qui je les ay donnés*. Premièrement, j'ay donné ungcorcier à mon-

1. Ce qui suit, jusqu'à la tin de l'alinéa, se retrouve dans le septième livre des Commentaires : Nous renvoyons le lecteur, pour les personnages cités dans ce passage, aux récits des guerres civiles.

sieur de Brassac, qui m'a suivy toutes ces guerres à ses despens, gentilhomme de dix mil livres de rente, que les ennemis luy ont tousjours tenu tout le bien qu'il a en Xantonge et en la Cliallosse, et ses cbevaulx luy estoint mortz ; qu'encores au jourd'liuy il ne le donrroit pour quatre cens escuz ; ung aultre courcier au cappitaine Consseil, que, vingt ans a, a porté les armes avec moy et estoict, au siège de Sienne, lieutennentdu cappitaine Charry ; et, au commensement de ces guerres, je luy ay donné mon enseigne. A monsieur deMadeillan, son frère, qui est mon lieutennent, ung cheval d'Espaigne, qu'aujourd'huy ne le donrroict pas pour quatre cenz escuz, ny son frère, le courcier pour autant -, au chevalier de Romeguas, que toute ceste guerre m'a suivy, ung cheval d'Espaigne qui m'avoict cousté deux cens soixante quinze escuz ; et à Mongayral, seigneur de Gazelles, (ses chevaulx se luy brusiarent à Saincte Foy), m'ayant aussi tousjours suivy et pour ce qu'il est pouvre gentilhomme, encores qu'il soyt bien vaillant, comme tesmoeignera monsieur de Sanssac , et qu'il avoict avecques luy toujours ung scien frère et ung scien nepveu, je luy donnay deux cens escuz, dont il en achepta ung cheval; et, pour ce que bientost après se luy en moureust ung que luy estoict demeuré, je luy donnay ung cheval d'Espaigne fort et puissant, pour pourter bardes, duquel, après la paix, en a eu seze cents franx. Ung aultre cheval d'F'spaigne au cappitaine La Bastide, qui tousjours avoict suivy monsieur de Brissac, ung bien vaillant gentilhomme qui est mien parent. Ung au jeune Beauville, mon beau frère, pour ce que le scien luy avoict esté thué à une sortie

DE BLAISE DE MONLUC. 2i

qu'il fit sur les ennemis, à Beauville mesmes; laquelle place il a tousjours deffendue. Ung autre au cappitaine Maussan, qui est de ma compaignie; qu'au rencontre qu'iiz eurent au près de Rocquecorn , son cheval luy fut thué entre les jambes, et luy bien blessé , et son frère et son beau filz blessés, aussi au près de luy. Ung aultre au cappitaine Romain, homme d'armes de ma compaignie , pouvre gentilhomme , aussi vaillant qu'homme qui portast armes de son estât. Ung aultie au cappitaine Monluc, mon filz, quand il revinct du camp', que ses chevaulx luy estoint mortz. J'en eusse prins cinquante fois, si j'eusse voullu, cinq cens escus. Ung aultre au cappitaine Mons, mon guydon, qui avoict demeuré prisonnier ung an à Montauban et est pouvre gentilhomme, lequel m'avoict cousté trois cens quarante cinq escuz. Ung aultre à Monluc ", mon nepveu, estant moy au lict et à la mort ; et, pource qu'on n'estoict pas encores bien certain de la paix, monsieur de Vallence et moy l'en fismes retourner à la court : et affin qu'il ne tint point en chevaulx qu'il

\ . Fabien de Monluc avait fait partie de l'armée de Xaintonge, commandée par le duc d'Anjou.

2. Jean de Monluc, seigneur de Balagny, fils de l'évèque de Valence, né vers 1S4S, légitimé en 1o67, mort en 1603. En 3 572, il suivit son père en Pologne. De retour en France, il s'attacha au duc d'Alençon, qui le lit gouverneur de Cambrai en 1581. En ^5^<9, il embrassa le parti de la Ligue. Bientôt, voyant décliner la fortune des Guises, il se soumit à Henri IV, qui lui laissa en récompense la souveraineté de Cambrai et le créa maréchal de France. Ses exactions lui aliénèrent ses nouveaux sujets, et, les Espagnols ayant mis le siège devant la ville, Balagny fut chassé de Cambrai. On conserve à la Bibliothèque impériale un recueil de lettres du sieur de Balagny (f. fr., vol. 3399), et une collection de pièces sur sa souveraineté éphémère (f. Dup., vol. 191).

ne fisse cognoistre de là où il sortoict, je luy donnay le cheval que j'avois tousjoiirs gardé pour moy. Et trois qui m'en sont mortz, dont l'ung estoict bardable, qui m'avoict cousté quatre cens cinquante escuz, lequel je voulois envoyer à sa Majesté, comme je diz à monsieur des Roches, premier escuyer, à Biron ; et m'est mort d'une grande courvée, que je fiz pour aller secourir le Mont de Marsan, qu'on m'apporta nouvelles que monsieur de Montamat l'alloict assieiger ; et pour le grand chemin qu'il fit ce jour là, la graisse luy fondit et moreust. Et si ce que m'ont cousté * les chevaulx que j'ay donnés, ou ceux que j'ay perdus, avec ce que me cousté mablesseure, ne se monte plus de trois mil escuz plus que je n'ay guaigné de toute ceste guerre, je veux estre desgradé des armes et de noblesse.

Et voillà, monseigneur, les trois cens mil escuz que j'ay guaignés. Or, monseigneur, puisque vous estes le chef des armées après le Roy, doncques debvés-vous estre protecteur de l'honneur des gens de bien, qui ont fideliementet loyaulment servy le Roy envers tous et contre tous. Et vous supplie très humblement doncques , soies protecteur de la mienne, qu'on ne me peult nier que je ne sois tel; mes blesseures en portent bon tesmoeignage; et, que si l'on a voullu fere entendre au Roy, à la Reyne et à vous choze indigne d'ung homme de bien, fere en sorte que leurs Majestés n'en croient rien, à toiit le moingz qu'ilz ne m'ayent ouy, et que ce que l'on m'auroict ou voudroicl char-

4. La France au seizième siècle n'élevait plus assez de chevaux pour sa consommation. La Relation des ambassadeurs vénitiens signale leur cherté et leur rareté. (Voyez t. I, p. 396 et 492.)

ger ne soit bien clariffié. Et vous supplie très liumblement m'en donner tousjours advis, comme nostre vray protecteur, affin que, pour ne l'entendre, je ne puisse estre surprins de ce qu'on me pourroict accuzer. Et ne faictes pas double que je ne me descharge bien de ce fardeau, sentent ma conscience nette, d'une part, et les tesmoeignages de tous les gens de bien, de quel estât que soint, de l'aultre ; et tout le temps de ma vie je vous demeureray très fidelle et très obéissant serviteur.

DE

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