‹ Commentaires et lettresChapitre 22 sur 96 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

M' estant^ retiré chez moy, en l'aage de soixante et quinze ans, pour trouver quelque repos, après tant et

i . Le début des Commentaires, dans les manuscrits et dans les éditions imprimées, présente de notables différences. En comparant les deux textes, on s'aperçoit que la leçon des manuscrits appartient à une rédaction un peu [«lus ancienne. Elle ne mentionne pas la dignité de maréchal obtenue par Monluc en 1574 et réduit à soixante et onze ans l'âge de l'auteur. Ces différences prouvent que l'auteur retoucha ce passage de ses mémoires à la fin de sa vie. Nous avons adopté la version imprimée comme le produit de la dernière rédaction. Voici le texte du manuscrit : a Le seigneur de Monluc, se trouvant en l'aage de soixante unze ans, ayant pourté les armes l'espace de cinquante deux et commandé quarante neuf ans , en enseigne , lieutennent , cappitaine en chef, maistre de camp, gouverneur de places, lieutennent de roy deux fois en la Tuscane et une fois en Guienne, de sorte qu'il se peult dire aujourd'huy le plus vieux cappitaine du royaulme de France, pour la longueur du temps qu'il a pourté les armes; et ayant esté estorpié presque par tous ses membres d'ar-

tant de peines par moy souffertes pendant le temps de cinquante-cinq ans que j'ay porté les armes pour le service des Roys mes maistres, ayant passé par degrés et par tous les ordres de soldat, enseigne, lieutennent , cappitaine en chef, maistre de camp, gouverneur des places, lieutennent du Roy es provinces de Toscane et de la Guienne et mareschal de France ; me voyant stropiat presque de tous mes membres d'arquebuzades, coups de picque etd'espée, et à demy inutile, sans force et sans espérance de recouvrer guérizon de ceste grande arquebuzade que j'ay au vizage ; après avoir remis la charge du gouvernement de Guienne entre les mains de Sa Majesté, j'ay voulu employer le temps qui me reste à descripre les corabatz ausquelz je me suis trouvé pendant cinquante et deux ans que j'ay commandé : m'asseurant que les cappitaines qui liront ma vie, y verront des chozes des-

quebuzades, mesmement dernièrement d'une au travers du vizage, luy a semblé n'avoir plus les forces, ny guières espérance de guérir, pour exercer la charge qu'il auroict pieu au Roy luy donner, l'auroit reraize entre ses mains. Et, s'estant retiré à sa maison, attendant tousjours la guérizon qu'il plairroict à Dieu luy donner, a voullu employer son temps a escripre les combatz aux^ quelz il c'est trouvé durant ce long temps qu'il a pourté les armes et qu'il a commandé. Car peult-estre que les cappitaines qui liront sa vie apprendront de chozes desquelles ilz s'en pourroinct ayder, se trouvans en telles occasions , qui leur pourroict pourter proffict et réputation. Et encores que Dieu luy ayt donné grandz fortunes aux combatz qu'il a faictz, si ne veult-il poinct que Ton pense qu'il atribue la loange à aultre qu'à Dieu ; car quant on veiTa les combatz auxquelz il c'est trouvé , l'on jugera tous jors que c'est oeuvre de Dieu. Par quoy il fault que nous tous, qui j)ortons les armes , pensons que ce n'est rien que de nous sans l'ayde divyne. Et pour ce que les escriptutcs.... »

quelles ilz se pourront ayder, se trouvans en semblables occasions, et desquelles ilz pourront aussi faire i)rofict et acquérir honneur et réputation. Et encores que j'aye eu beaucoup d'heur et de bonne fortune aux combatz que j'ay entreprins, quelquefois, comme il sembloit, sans grande raison, si ne veux-je pas que l'on pense que j'en atribue la bonne yssue et que j'en donne la louange à aultre qu'à Dieu : car quand on verra les combats où je me suis trouvé, on jugera que c'est de ses œuvres. Aussi l'ay-je tousjours invoqué en toutes mes actions avec grande confiance de sa grâce : en quoy il m'a tellement assisté que je n'ay jamais esté deffaict ni surprins en quelque faict de guerre où j'aye commandé, ains tousjours rapporté victoire et honneur. Il fault que nous tous , qui portons les armes, ayons devant les yeux que ce n'est rien de nous sans la bonté divyne , laquelle nous donne le cœur et le courage pour entreprendre et exécutter les grandes et hazardeuses entreprinses qui se présentent à nous.

Et pource que les escriptures plaisent à aucuns et desplaisent à d'aultres et que les liseurs trouveront peult-estre estrange et pourroinct dire que c'est mal faict à moy d'escripre mes faictz, lesquelz je debvois laisser escripre à ung aultre, en cella je respondz que, pourveu que Tons escripve à la veritté et que l'on atribue la louange à Dieu, ce n'est pas mal faict. Le tesmoignage de plusieurs qui sont encores en vie, fera foy de ce que j'ay escript. INul aussi ne pouvoit mieulx représenter les desseins, entreprinses et exécutions , ou les faicts survenus en icelles, que moy mesme, qui ne desrobe rien de l'honneur d'aullruy.

Le plus grand homme qui jamais ayt esté au monde, qu'est César, nous en a monstre le chemin , ayant luy mesmes escript ses Comentaires, escripvant de nuict ce qu'il exécuttoict de jour. J'ay donc voulu dresser les miens, mal polis , comme sortans de la main d'ung soldat et encore d'ung Gascon, qui s'est tousjours plus soucié de bien faire que de bien dire : lesquelz contiennent tous les faicts de guerre ausquelz je me suis trouvé, ou qui se sont exécutés à mon occasion, commençant dès mes premiers ans que je sortis de page, pour montrer à ceux que je laisse après moy, qui suis aujourd'huy le plus vieux cappitaine de France, que je n'ay jamais eu repoz pour acquérir de l'honneur en faisant service aux Roys mes maistres, qui estoîct mon seul but; fuyant tous les plaisirs et voluptés qui destournent de la vertu et grandeur les jeunes hommes que Dieu a doués de quelques parties recommendables, et qui sont sur le poinct de leur advancement. Ce n'est pas ung livre pour les gens de sçavoir, ilz ont assez d'historiens, mais bien pour ung soldat, cappitaine, et peult-estre qu'ung lieutennent de Roy y pourra trouver de quoy apprendre. Pour le moingz puis-je dire que j'ay escript la véritté, ayant aussi bonne mémoire à présent que j'eus jamais, me resouvenant et des lieux et des noms, combien que je n'eusse jamais rien escript. Je ne pensois pas en cest aage me mesler d'ung tel mestier : si c'est bien ou mal, je m'en remets à ceux qui me feront cest honneur de lire ce livre , qui est proprement le discours de ma vie.

C'est à vous, cappitaines, mes compaignons, à qui principalement il s'adresse : vous en pourrés peult-

estre tirer du proffict *. Vous debvés estre certains que, puisqu'il y a si longtemps que j'ay esté en vostre degré et si longuement exercé la charge de cappitaine de gens de pied, de maistre de camp par trois fois, comme desjà j'ay escript , de colonel , il fault doncques que vous croyés que j'ay retenu quelque choze d'esté estât là, et que par longue expérience j'ay veu advenir aux cappitaines beaucoup de bien et à d'aultres beaucoup de maux. Et, de mon temps, il en a esté desgradés de noblesse et des armes, d'aultres perdu la vie sur ung eschaffault, aultres déshonnorés et retirés en leurs maisons, sans que jamais les Roys ni aultres en ayent voullu plus fere compte. Et au contraire, d'aultres en ay veu parvenir, qui ont pourlé la picque à six franx de paye , fere des actes si belicqueux, et se sont trouvés si cappables, qu'il en y a eu prou qu'estoinct filz de pouvres laboreurs et se sont mis par devant beaucoup de nobles, pour leur hardiesse et vertus. Et, pource que toutes ces chozes sont passées par-devant moy, j'en puis parler sans mentir. Et encores que je sois gentilhomme, néantmoingz si suis -je parvenu degré par degré, comme le plus pouvre soldat qu'aye esté de long temps en ce royaulme : car je suis venu au monde filz d'ung gentilhomme, que son père avoict vendeu tout le bien qu'il possedoyt, hormis huict cens ou mil livres de rente ou revenu. Et, comme j'ay esté le premier de six frères que nous avons esté, il a failleu que je fisse

1 . La belle recommandation aux capitaines , qu'on va lire, forme une pièce séparée dans le second manuscrit des Commentaires (f. fr., vol. 5011), et porle le titre de : Remonstrance aux cappitaines de gens de pied.

cognoistre le nom de Monluc, de nostre maison, aveajiies aillant de périlz et basardz de ma vie que soldat ny cappitaine qu'aye jamais esté. Et n'ay eu en ma vie aiilcung reproche de ceux qui me commandoint, ains autant favorizé et estimé que cappitaine que fut en l'armée où j'estois. Et s'il y avoict quelque entreprinze de grande importance et hazardeuse à exécutter, les lieutennens du Roi et les colonelz me la bailloinct aussi tost ou plustot à exécutter qu'à cappitaine de l'armée. L'escripture de mon livre vous en rendra tesmoeignage.

Or, à l'heure que je commençay seullement à porter enseigne de gens de pied, je commençay aussi à comprendre ce que doibt fere ung qui commande, et apprennois l'exemple de ceulx qui faisoint des faultes. Premièrement j'apprins à me chastier du jeu, du vin et de l'avarice, et cognoissois bien que tous cappitaines qui seroinct de ceste complection, n'estoint pas pour parvenir à estre grandz hommes, mais plustost pour tomber aux malheurs que j'ay escriptz : que fut cause que je jectay de moy toutes ces trois chozes, que la jeunesse engendre aisément. Et vous veux-je escripre icy le domage que porte à la rennomméed'ung chef qui en est garny. Premièrement je commencera y par le jeu. Le jeu est de telle nature qu'il assubjectit l'homme à ne fere jamais aultre choze, ny avoir aultre pensement, soyl en guaing ou en perte : car, si vous guaignés, vous estes tousjours en peyne pour trouver gens à qui vous pourrés jouer, ayant oppinion que vous guaignerés tousjours davantaige , et ne ferés jamais aultre choze jusques à ce que vous aurés tout perdu. Et, comme vous aurés tout perdu, vous voilà entrer en

désespération, et ne ferés que serclier jour et nuict où vous pourrés trouver de l'argent pour rejouer et veoir si vous pourries reguaigner ce que vous aurés perdu. Or comment voulés-vous doncques penser fjue vous vous puissiés acquitter de la charge que le Roy vous aura baillé , veu que vous applicqués vostre temps en unneaultre choze? Et, au lieu de songer à pipper vostre ennemi, vous pensés à pipper les cartes ou les dés. Cela vous divertit du tout de vostre charge : car vous debvés estre ordinairement parmy voz soldalz, affin de les cognoistre nom par nom, s'il vous est possible, d'aultre part pour garder qu'ilz ne facent clioze dont vous en puisse venir reproche du lieutennent de Roy ny de vostre colonel; davantage pour garder qu'entr'eux n'y aye aulcuue mutinerie, car il n'y a rien plus pernilieux en unne compaignie que les muttins. Comment voullés-vous doncques avoir le cœur à tout ce qui est besoing que vous faciès en la charge que vous tenues, si vostre esprit est tousjours occuppé au jeu, en perte ou en guaing, qui vous baille cent et cent escarmouches le jour et vous met hors de vousmesmes ? Fuyés cella , mes compaignons , fuyés , je vous prie, ce meschant vice, lequel j'ay veu causer la ruine de plusieurs, non seulement en leur bien, mais en leur honneur et réputation.

La seconde pour le regard du vin. Si vous estes subject au vin, vous ne pouvés esviter que ne tombiés en aussi grand malheur ou plus que celluy qui joue : car il n'y a rien au monde qui assopice tant l'esprit de l'homme et qui le menne tant à dormir que le vin. Car, si vous ne bevés guières, par conséquend vous ne mangerés pas trop ; car le vin appelle le manger, pour

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plus longuement prendre le plaisir de boire. Et à la fin, avant que sortir de vostre repas, estant plein de vin et de viandes, il fault que vous vous mettes à dormir; qui seroit peult-estre au temps que vous debvés estre parmy voz soldatz et compaignons et près vostre colonel et maistre de camp, pour entendre tousjors (juelque choze de ce qu'ilz auront entendeu du lieutennent de Roi, affîn de regarder si quelque occasion se pourroict présenter, où vous puisses employer vostre hardiesse et sagesse. Encores amenne le vin ung aiiltre péril, qu'est que, comme le cappitaine est yvre, il ne se sçaict [se] commander, ny moingz commander les aultres, et se mettra à frapper ses soldatz sans aulcune raison. Et encores qu'il en y eust, il debvroit cbastier son soldat, premièrement avecques remonstrances et menaces ung peu aigres, luy remonstrant que, s'il y retourne plus, ne luy fanlt espérer aultre choze que le chastiement. Et ne trouvés- vous pas meilleur le chastiement de vostre soldat avecques parolles et mennaces que non à coups d'espée, le thuant et mutilant des membres, ce que le vin vous constreindra de fere? Et ne pensés pas en estre plus crainct davantage, mais hay mortellement de tous voz soldatz. Et quelle faction pouvés-vous espérer de fere avecques soldatz qui vous haïront? Je vous piie me croire, car j'en ay veu au liant d'expérience qu'aultre de mon aage : que je suis constrainct d'escripre d'avoir veu mourir quatre cappitaines en ma vie, que leurs soldatz propres les thuoint par derrière, pour la mauvaise versation qu'ilz faisoint avecques eux. Hz sont hommes comme nous, et non pas bestes : si nous sommes gentilshommes, ilz sont soldatz; ilz ont les armes en

main , les((uelles mettent le cœur au ventre à celuy qui les porte. Le vin vous faict souvent, à la première faulte, acharner contr'eux sans discrétion , car vous n'estes pas à vous. Une aullre choze se vous prépare en cecy que jamais ie lieutennent de Roy, vostre colonel, ny maislre de camp, ne vous bailleront entreprinse lionnorable à exécutter, qui pourroict estre cause de tout vostre avancement; et diront : voulésvous bailler unne telle exécution entre les mains d'ung yvroigne, qui sera yvre à l'heure que faudroict qu'il fut en ung bon sens pour cognoistre ce que fault qu'il face pour l'exécution, qui ne fera rien que perdre les hommes et la réputtation et avec sa faute causera vostre perte? O mauvaise reunommée que ce vin vous donrra, puisqu'il fault qu'on n'espère de vous aulcune choze que vaille ! Fuyés doncques, mes compaignons, fuyés ce vice aussi meschant, et plus vilain et sale que le premier.

Et pour la troisiesme , le cappitaine ne doibt estre avare aucunement. Car encores que le vin et le jeu se puissent appeller vices, l'avarice leur tient bonne compaignie. C'est elle qui cause ung million de maux. En premier lieu, l'avarice porte à ung cappitaine de malheurs aussi grandz ou plus que le jeu ou le vin. Car, si vous laissés vous domyner à l'avarice, vous n'aurés jamais soldat qui vaille auprès de vous : car tous les bons hommes vous fuyront, disans que vous aymés plus tost ung escu qu'ung vaillant homme; de sorte que vous n'aurés que gens de peu de valleur auprès de vous. Et au premier heu qui se présentera, là où il faudra que vous paroeissés, vous serés abandonné ; et fauldra que vous perdes la vie, ou que vous en

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fuyés. Et ne vous fault espérer qu'en la mort ny en la vie vous puisses recouvrer vostre réputtation. Car si vous estes mort, encores que vous ayés faict vostre debvoir, l'on dira que la grande avarice qui estoict en vous vous a amenné à la mort pour n'avoir eu de gens de bien en vostre compaignie. Et, si vous vous sauvés en fuyant, asseurés-vous que vous mettes ung seignal en vostre front qu'il sera difficille que vous l'en puisses jamais ouster, à tout le moingz qu'il ne faille que vous bazardés à tous périlz vostre vie, pour effacer la mauvaise réputation que vous aurés acquize. Que sera bien difficille que une fois ou aultre il ne vous en porte la vie ou quelque membre. C'est la paye ordinaire des bazardeux. Et dira-on encores pour toute récompense que la désespération, en quoy vous serés tombé de la faulte qu'avés faicte, vous a conduict à fere ce que vous avés faict et non ung bon cœur ou une belle résolution. O que tant d'aultres malheurs pourrois-je bien mettre par escript, qui sont advenuz et adviennent aux cappitaines avares!

Je sçay bien que vous me dires : et que feronsnous si n'espargnons de l'argent et gaignons sur la paye des soldatz! Quand la guerre fauldra, nous irons à Thospital, car le Roy ny personne ne fera compte de nous : et nous sommes pouvres de nous-mesmes. En cella je vous respondray : voulés-vous croire que le cappitaine vaillant et saige, grand entreprenneur et grand exécuteur, aille mourir de faim en ung hospital, comme s'il y en avoict en ung camp à centaines? Ce seroict une bonne choze pour le service du Roy et pour tout le camp, s'il y en avoict seuUement unne douzaine. Doncques efforcés -vous de mettre unne

jambe dens ceste douzaine et efforcés-vous d'y entrer par vostre hardiesse, sagesse et bonnes complections et vertu. Car ces douze ne peuvent pas tousjours vivre; et mort ung, si vous n'y pouvés mettre encores tout le corps, vous y en mettrés pour le raoingz la moytié : et au premier qui mourra après, vous estes dedens. Et voullés-vous doncques croire que le Roy ny les princes qui auront eu cognoissance de vostre valleur, vous laissent aller à l'iiospital? O! ceste craincte ne doibt eslre mize en avant par les saiges et vaillans cappitaines , mais par les yvroignes, par les joueurs, par les avares et par les gens qui ne vallent rien. Car s'ilz occupoint leur exercice aux chozes grandes et esloigner tous ces vices, que j'ay escriptz, avec leur diligence et vigilance, rien ne leur peult manquer. Je diz que ce seroit beaucoup s'il y en avoict une douzaine en ung camp : mais quand bien il y en auroict une centaine, le Roy est prou riche pour garder que telles geus aillent à l'hospital. Et quand bien le Roy promtement n'y pourroict suppléer, il n'y a prince ny seigneur qui auroict esté aux guerres où vous vous sériés marcqué de la marque d'ung homme de bien, qui ne soict bien aize d'en retirer quelqu'ung auprès de soy et qui ne serche les moyens pour vous fere fere quelque bien au Roy et vous avancer à quelque grade. Et d'aultre part pensés-vous que le Roy vous laisse tousjours en ung pouvre estât ou charge? Ne le croyés pas : car on serchera tousjours à bailler les grandz charges à ceux qui se seront bien acquittés des petit tes. Doncques fuyés ces vilains vices qui vous conduiront à tout malheur et espousés les vertuz.

F^t qu'ay-je esté moy mesmes qu'ung pouvre soldat

comme vous? Qu'ont esté, et qui sont encores tant de vaillans cappitaines qui sont en vie et de qui le Roy et tout le monde faict grand estime? Sommes-nous, qui sommes en vie, enrichis de la paye de noz soldatz ? avons-nous acbepté de grandz biens des larrecins que nous ayons faict en noz charges? J'en veulx nommer cjuelques ungz de ceste Guienne, pource qu'ilz ne peuvent avoir rien acquis que je ne le scaiche, ny moy qu'ilz ne le scaicbent. Quelz ' grandz biens ont acquis messieurs de la Valletle *, de Gobas ^, de Caussens et de Pancillac, ung Bazordan* et aultres qu'il y en a? Que s'ilz me scavent monstrer que tous ensemble ayent acbepté en leur vie pour cinq cens escuz de biens, je veux perdre la mienne. Et pour cella sont-ilz méprisés? Vont-ilz à l'hospital ? Que le Roy, la Reyne, Monsieur, et tous les princes et seigneurs de la cour font si grand compte d'eux, pour l'estimation que tout le monde en a, qu'ilz passent devant à beaucoup de grandz seigneurs. Que quand ilz se viennent rencon-

1. Ce passage est inédit jusqu'à : « Et pour cela sont-ilz.... »

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