Jean de Nogaret de la "Valette, mort en
3. De Biran, seigneur de Gohas, d'une famille noble de Gascogne, lieutenant du sieur de la Mothe-Gondrin en Piémont (liv. v des Commentaires). Il prit une part importante aux guerres civiles de la Guyenne et fut tué dans la tranchée, au siège de la Rochelle, en 1573. (Brantôme, édit. Buchon, t. I, p. 643.) Nous citons, comme la meilleure, l'édition des œuvres de Brantôme, publiée dans le Panthéon littéraire, en l'absence de l'édition plus complète que les éditeurs de la Bibliothètiue elzévirienne ont laissée inachevée, et en attendant celle que M. Lalanne prépare pour la Société de C histoire de France,
4. Le capitaine B;)zordan, maistre de camp de la légion de Guyenne, commandée par Terride. Il fut tué au siège de Montauban, en 1502 (Voyez le livre v des Commentaires).
trer et en leurs patries niesme, où nul n'est prophète, ilz sont lionnorés de grandz et petis, non pour le lieu d'où ilz sortent, ny pour le bien, mais pour leur mérite. Or peult-estre qu'il y en aura aulcungz qui diront : si je ne desrobe le Roy et les soldatz, puis que j'ay charge ast'heure, comment achepteray-je desbiens pour pourveoir mes enfans? Encores respondray-je à cella : voullés-vous enrichir voz enfans de mauvaise rennommée et répultation ? O le mauvais héritage que vous leur laisserés! veu qu'il fauldra que pour vostre mauvaize rennommée et réputtalion, ilz baissent la teste parmy les grandz de là où il fault qu'ilz tirent des biens et charges honnorables. Et quelle différence y aura-il du recueil et du compte que fera le Roy et tous les princes des enfans qui seront sortis de telz pères que j'ay dict, aux voslres qui n'auseront paroistre devant personne et porteront la honte de leur père sur leur front. Et peult-estre qu'il y en aura qui diront qu'aux charges que j'ay eues du Roy j'ay faicîz de grandz proffictz et que j'en peux parler à mon aize : j'atteste devant Dieu et l'appelle en tesmoing si en ma vie j'ay eu trente escus davantage plus que de ma paye ; et en quelque estât et honnorables charges que j'aye euës, soyt en Ylalie , ou en France, j'ai tousjours esté constrainct d'empromter de l'argent pour m'en revenir.
Quand je m'en revins de Sienne où je commandois, monsieur le mareschal d'Astrossy * me donna cinq cens escuz, comme desjà j'ay escript ^ Et à mon re-
■1. Pierre Strozzi, maréchal de France.
2. Ce passage prouve que ceUe remonstrance a été écrite après \es Commentaires. (Voyez la préface de cette édition.)
tour deMontalsin et à la seconde fois, monsieur de Beauclair, qui estoict nostre tbrésorier, sercha les bourses de toutMontalsin pour me trouver trois cens cinquante escus,pourme conduire jusques à Ferrare : et si avois-je dix gentilshommes avec moy. Et, comme j'ay desjà escript, monsieur le Duc * m'en donna quand je m'allay mettre dens Verseil et puis pour me conduire jusques à Lyon, oij je trouvay entre les mains de Catherin Jehan, maistre de la poste, deux ou trois mil franx, que Martineau" luy avoict laissé de mes estatz ; et avec cella me conduis devers sa Majesté. A ung homme de bien et vaillant jamais rien ne manque. Or je voudrois fort sçavoir si pour cella je suis allé à l'hospital, et si ne m'a cent fois plus approfitté d'avoir servy mes Roys et maistres en toute loyaulté que tous les larrecins que j'eusse sçeu jamais fere, O mes compaignons, prennes doncques exemple à ceux que, pour estre loyalz en leurs charges, lèvent la tête devant tout le monde et sont estimés et honnorés des petis et des grandz, et non à ceux que par leurs vices baissent la teste en leurs maisons ou bien leurs en fans pour eux. Le bien vous vient lors que vous y pensés le raoingz : ung seul bienfaict du Roy vous vauldra plus que tous les larrecins que vous sçauriés faire.
O que bien hureiix sont les soldatz qui suivent telz cappitaines! Que pour leurs vertuz et valleur sont estimés par tout le monde, et combien leur vie et
1 . Hercule d'Esté, duc de Ferrare et de Modène. Vovez le liv. m des Commentaires.
2. Martineau, secrétaire de Biaise de Monluc, devint contrôleur des armées pendant les guerres civiles. Voyez la Correspondance.
réputation leur est asseurée soubz telz cappitaines ( Et en quelz malheurs et opprobres tombent ceux qui suivent les aultres! Car, de suivre les cappitaines vertueux et vaillans, vous apprennes et aquérissés tout honneur et réputation, pour parvenir au mesme degré que sont voz cappitaines : et, au contraire, suyvre les aultres, vous ne pouvés aprendre que vices et chozes de peu de valleur, qui vous amenneront plustost à la ruynede vostre vie que non à l'exaltation de l'honneur et de vostre nom, n'ayant peu aprendre d'eux aultre choze que le peu de valeur qui a esté en eux. Soubz ung mauvais maistre on demeure long-temps aprentif et encores après ne sçait-on pas beaucoup. Que si vous estes déchargés de ces trois vices et que vous avés l'honneur devant les yeux, il est impossible que tout ne succède bien; pour le moingz aurés-vous ce contentement, si vous vous proposés de mourir en gens de bien. C'est la récompense de la guerre et ce qu'on doibt désirer.
Il y en a ung quatriesme; si vous ne le pouvés esviter, au moings allés-y sobrement, sans vous perdre : c'est l'amour des femmes. Ne vous y engagés pas, cella est du tout contraire à ung bon cœur. Laissés l'amour au crochet lors que Mars sera en campaigne, vous n'aurés après que trop de temps. Je me puis vanter que jamais affection ny folie ne me destourna d'entreprendre et exécutter ce qui m'estoict commandé. A ces honmies-là, il leur fault une quenouille et non une espée. Et, oultre la desbauche et perte de temps, ce mestier amenne une infinité de querelles et quelquefois avec voz amis. J'en ai veu plus combattre pour cette occnsion que pour le désir de l'honneur. O la grande
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vilennie que l'amour d'une femme vous desrobe vostre honneur et bien souvent vous face perdre la vie diffamer !
Quant à vous, soldatz, je vous recomande sju' toutes cliozes l'obéissance que vous debvés à voz cappitaines, affin que vous apprennes de bien commander quelque jour : car il est impossible qu'ung soldat sçaiche bien commander qu'il n'aye sçeu plustost bien obéyr. Et nottés qu'en l'obéissance se cognoist la vertu et sagesse du soldat, et en la désobéissance se pert la vie et la réputtation. Un cheval rebours ne fit jamais rien qui vaille. Et ne debvés rejecter en arrière la remonstrance que je vous faiz ! pour avoir veu tant de chozes en mon temps, que je serois bien ignorant etdespourveu d'entendement si je n'avois retenu l'heur de l'ung et le malheur de l'aultre; ce qui m'a occasionné sur mes vieux et derniers jours escripre ce livre. Qu'est la fin de ma remonstrance aux cappitaines et soldalz.
Or commenceray-je. Qu'ayant esté norry page du duc Anthoine de Lorraine ^ et de madame la duchesse, sa femme ^, à laquelle ledict seigneur duc me donna, et après m'avoir mis hors de paige et donné une place d'archier en sa compaignie, estant monsieur de Bayard '
1. Antoine, duc de Lorraine (1489-4544), fils et successeur du duc René. Quoique sa résidence ne fût point en France, il avait une compagnie d'hommes d'armes payée par le roi. Bayart en fut lieutenant jusqu'en i 521 , après le siège de Mézières.
2. Renée de Bourbon, fille de Gilbert de Bourbon, comte de Montpeuîier, < t de Claire de Gonzague, duchesse de Lorraine,
3. Pierre du Terrail, seigneur de Bayart, surnommé le chevalier sans peur et sans rejiroche (1475-1324). — La vie de Bayart a été écrite par un de ses contemporains , et publiée sous le titre de : Chronique du loyal sernteur (1 o27). C'est un des plus agréables
pour lors son lieuteiinent; et, bien-tost après revenu chez mon paire*, il me print oppinion que les guerres commenseroint plustot en Italie qu'en Fiance, et il me print envie d'aller en Italie, sur le bruict qui couroict des beaux, faicts d'armes qu'on y faisoict ordinairement. Et en ceste oppinion mondict paire me donna quelque peu d'argent et ung cheval d'Espaigne pour m'en aller en ladicte compaignie : et, sans y fere long séjour, je me mis en chemin pour exécutter mon dessein, remettant à la fortune l'espérance des biens et honneur que je debvois avoir. Et, comme je feuz à une joinée de la maison, je trouvis près Lectore le seigneur de Caslelnau^, homme vieux et qui avoict longuement pralicqué l'Italie. Et, sans me fere cognoistre, m'enquis longuement à luy qu'estoict-ce du pais d'Italie : lequel m'en dict tant de chozes bonnes et grandes et me raconta tant de beaux exemples de guerre, qui
récits du seizième siècle. — Voyez aussi : Vie et gestes du chevalier Bayait, par Symphorien Champier. 1525. — On conserve à la Bibliothèque impériale un recueil de lettres du chevalier sans peur et sans reproche, écrites de -1515 à 15£0 (f. fr., vol. 2962).
\ . François de Lasseran-Mansencome , seigneur de Monluc , épousa en premières noces Ameline de Trais. Après la mort de sa première femme, eu 1509, il épousa Françoise d'Estillac de Montdenard, dame d'Estillac en Agenais. (P. Ans., t. VII, p. 290 et 291). Il habitait la chàtellenie de Monluc, en face d'Aiguillon, sur la rive gauche de la Garonne.
2. Monluc désigne probablement ici Jean de Castelnau, seigneur de Mauvissière, d'abord page du duc de Bourbon, puis enseigne et capitaine de gens de pied, qui servit en Italie sous les rois Louis XII et François I". Il épousa noble demoiselle Françoise du Mesnil, et fut père de l'illustre Michel de Castelnau, auteur des Mémoires. (Le Laboureur, Mémoires de Castelnau, additions, géoéalogie de Castelnau, p. 37.)
s'y faisoint tous les jours, que, sur ce rapport, sans séjourner ni arrester en lieu que pour repaislre, je prins mon chemin droict à Lyon et de là passay le mont Ginebre et m'en allay à Milan, n'excédant encores l'aage de dix sept ans ; où je trou vis deux de mes oncles, frères de ma mère^ nommés les Estillac*, bien estimés et en bone réputation en ce cartier là, estant lors à monsieur de Lescut *, frère de monsieur de Lautrec', qui feust marescbal de France et despuis tousjours appelle monsieur le marescbal de Foix, lequel me donna une place d'arcbier en sa compaignie, ce qu'on estimoict beaucoup en ce temps-là ; car il se trouvera que de grandz seigneurs estoinct aux compaignies, deux ou trois en place d'arcbier *. Despuis tout s'est abastardi.
i. Les sieurs d'Estillac, frères de la seconde femme du père de B. de Monluc, moururent sans enfants . Monluc hérita de leurs biens.
2. Thomas de Foix, sire de Lescun, frère puîné de Lautrec, a bon capitaine, dit Brantôme, m'ais pourtant plus hardy et vaillant que sage et de conduicte. » D'abord destiné à l'état ecclésiastique et nommé évéque de Tarbes, il étudia à Pavie; mais, entraîné par son caractère aventureux, il prit les armes et devnnt maréchal de France en 1S21. Blessé à la bataille de Pavie d'une arquebusade au bras, il se fit apporter au logis d'une dame qu'il avait aimée pendant le cours de ses études. Il y mourut neuf jours après. On conserve à la Bibliothèque impériale plusieurs recueils de sa correspondance (f. fr., vol. 2968, etc.).
3. Odet de Foix, vicomte de Lautrec, frère de la duchesse de Chateaubriand, lieutenant-g'énéral du roi en Italie, en 1515. Le 29 avril 1522, il livra et perdit la bataille de la Bicoque. En 1527, il fut chargé de conquérir le royaume de Naples. Pendant le siège de cette ville, il fut atteint d'une maladie contagieuse et mourut. (P. Ans., t. III, p. 142.) Voyez , sur la mort de Lautrec, la note de la page 104. On conserve à la Bibliothèque impériale plusieurs recueils de lettres du sieur de Lautrec (fr. fr., vol. 2978, etc.).