Boisson du pays faite avec des pommes
'i. Le passage suivant est altéré dans les éditions précédentes. « // fit mettre tout en bataille; mais comme il fust un peu éloigné de la ville, il vit venir nos enseignes de gens de pied que le seigneur de Gramond conduizoit, lequel luy raconta ce qui estoit advenu et me fit cest honneur de luy tesmoigner que j'estois cause de leur conservation et salut, mais qiie fy estais,... »
de pied que monsieur de Gramond raennoyt, lequel luy compta comme toutes chozes estoinct passées et ne me donna si peu de louange qu'il ne luy dict que j'estois cause de les avoir irestous sauvés, mais que j'y estois demeuré pour gaiges. Le cappitaine Carbon n'estoit encores arrivé, pource qu'il attendoict tousjours nouvelles du cappitaine Compai, qui luy debvoit pourter asseurance du succès de mon combat. Mais à la fin il arriva lorsque desjà toutes les trouppes estoinct retirées dens la ville : auquel monsieur de Lautrec dict ces motz : « Eh bien, Carbon, estoict-il temps « ast'eure de fere une telle folie que vous avés faicte? « Que n'est pas si petite, que vous ne m'ayés mis en a craincte de perdre ceste place de Bayonne, qui est « si importante. » Il luy respondit : « Monsieur, j'ay « faict la plus grand faute que je fisse jamais, et « jusques icy ne m'esloict advenu : mais puis que a Dieu a voullu que nous n'ayons esté deffaictz, je « ne me garderay d'horesnavant d'entreprendre une « telle folie. » Monsieur de Lautrec luy demanda s'il y avoict nouvelles de moy*; il luy dict qu'il avoict laissé le cappitaine Compay derrière veoir s'il en entendroict aucunes, combien qu'il me tennoict plus pour perdu qu'aultrement. Hz demeurarent encores ung long temps hors la ville se promennans , en attendant nouvelles; et au bout d'une grand pièce arriva le cappitaine Compai et luy demanda s'il avoict
1 . Ce qui suit jusqu'à et leur raconta la belle rctraicte est inédit. On lit seulement dans les anciennes éditions : « // luy dict qu'il pensoit que je fusse perdu : mais cependant qu'il se promenoit près la ville arriva le capitaine Compai lequel les assura que j'estois sauvé et leur raconta.... »
ouy nouvelles de moy, lequel leur respondit que j'estois derrière, et leur racoDla la belle retraicte que j 'a vois faicte en despit des ennemis et à leur barbe, sans avoir perdu que cinq hommes, et qu'il estoict impossible que les ennemis n'eussent souffert beaucoup de perte*.
Alors ledict sieur s'en entra dans la ville bien ayse de ce que nous avions faict si peu de perte. Et, après son soupper, le cappitaine Carbon et monsieur deGramond me vindrent quérir au logis démon cappitaine, pendant que je souppois , et m'amenarent audict seigneur de Lautrec, qiiy me fist aussi grand chère qu'il eust sçeu fere à gentilhomme de France, me disant ces motz en gascon : « Monluc^ mon amie, you nou- « blideraj jamai lou service qu'ahes fait au Roi, et v m'en souviera tant que you vivrai^. » il n'y a pas moings d'honneur de fere une belle retraicte, qu'aller à ung combat. Et encores qu'il ne feust guières caressable de son naturel, j'ay souvent remarqué ceste faute en liiv", si est-ce que pendant tout le soupper il me fist cette faveur, laquelle tousjours despuis il me continua : car, quatre ou cinq ans après, allant au royaulme de Naples et se resouvenant de moy, il me despécha de Paris en Gascogne ung courrier avec une commis-
1 . Le passage suivant est altéré dans les éditions précédentes : a Je ne fus pas plutôt arrivé à mon logis qu'un gentilhomme me vint chercher de la part de M. de Lantrée, lequel me fist aussi grand chère »
2. Cette phrase est en français dans les deux manuscrits des commentaires : a 0 be, Monluc, je n'oblieray jamais ce service que vous avés faict au Roy et m'en souviendra tant que je vivray. »
sion d'une compaignie de gens de pied , me priant de l'accompaigner au voyage qu'il fist à Naples, et despuis m'a tousjours plus estimé que je ne 'vallois. Voilà le premier lieu , auquel je me trouvis jamais commandant et où j'ay commencé à gaigner quelque réputation.
Vous cappitaines, mes compaignons, qui me ferés cest honneur de lire peult-estre ma vie, nottés que la choze au monde que vous debvés désirer le plus, et prier à Dieu qu'il vous y veulhe ayder, c'est de sercher l'occasion par laquelle vous puissiés monstrer ce que vous valés, quand vous commencés à pourter les armes : car, si à vostre commensement vous demeurés victorieux, vous faictes deux chozes entre aultres. La première, c'est que vous vous faictes louer et estimer aux grands, et de mesmes par leur rapport serés cogneuz du Roy, de quy nous debvons tous espérer la récompense de noz bons services et labeurs ; et la seconde si est que, comme les soldatz cognoissent ung cappitaine qu'à son commensement est demeuré victorieux, tous les vaillans hommes reserchent d'estre à luy, espérant que, puis qu'il a eu si bon commensement, toutes chozes luy doibvent succéder heureusement, et par ainsi ilz seront employés. Car c'est le plus grand despit qu'ung homme de bon cœur puisse avoir, lors que les aultres prennent les charges d'exécuter les entreprinses et ce pendant il mange la poule du bon homme auprès du feu. Ainsi vous vous trouvères tousjours accompagnés de braves hommes , avecques lesquelz vous continuerés à gaigner honneur et réputation. Et au contraire, si vous estes malheureux au commencement, soict pour vostre faute
OU laschetë, tous les bons hommes vous fuyront, et ne vous demeurera que gens de peu de valleur, et avecques ceux là, quand vous sériés le plus brave homme du monde, vous ne pouvés gaigner aultre choze que mauvaise réputation. Vous adviserés donc à estre soigneux quand vous vous trouvères à ce commencement d'acquérir cette réputatior. Voillà mon exenjple qui vous pourra servir de quelque choze. Je n'avois alors que dix neuf à vingt ans. Et encores que ce ne soict pas grand cas de ce rencontre que je vous ay descript, si est-ce que des petits faicts de guerre quelquefois on faict beaucoup de profficts. Souvenés-vous, mes compaignons, quand vous vous trouvères en estât de veoir une grande force sur voz bras, laquelle vous pouvés tenir en bride par la perte de peu d'hommes , de ne craindre poinct le hasard. Peult- estre que la fortune vous sera favorable, comme elle feust à moy. Car je puis dire que, si je ne me feusse présenté pour la conduicte des cent hommes de pied, qui firent très bien leur debvoir, que toute la cavalerie des ennemis estoict sur noz bras, laquelle nous n'avions moyen de soustenir.
Or, incontinent après, le camp des ennemis se retira en Navarre et monsieur de Lautrec cassa la mo\ tié de toutes les compaignies, sauf les deux enseignes de monsieur de Cauna', celle du baron Johan de Cauna, et de monsieur d'Aussun, estant chescun de trois cens hommes ; qui feust la première fois que jamais l'on avoict
1 . Famille ancienne de Gascogne, alliée aux Pardaillan, aux Lauzières de Thcmines, aux Gabaston de Bassillon. Une petite-fille de cette maison épousa Pierre-Bertrand de Monluc, fils de Tauteur des Commentaires. (Bibl. imp., Cab. des titres, doss. Cauna.)
réduict les compaignies à ce nombre , car auparavant elles esloinct toutes de cinq cens ou de mil hommes : cjui apportoit beaucoup de soulagement aux fmances du Roy, parce que tant de lienlennens, enseignes, sergens et aultres officiers emportent beaucoup de paye, que aussi le commandement d'ung bon nombre d'iiommes appelle les gentilshommes de maison à ces charges, lesquelz à présent les desdaignent, voyant tant de cappitaineaux ausquelz on voit donner ces charges sans avoir donné coup d'espée.
Or monsieur de Lautrec me donna celle de mon cappitaine, encorce que pour lors je n'eusse atteint que l'aage de vingt ans. Et fiz monstre pour cent cinquante, qui feust la première que je fiz jamais en chef. Quinze jours après paracheva de les casser toutes, sauf les quatre susnommées qu'il laissa à Bayonne, et s'en alla en poste à la court; qui enhardit noz ennemis à redresser le camp et mettre le siège devant Fontarabie, laquelle ilz prindrent avant que monsieur de Lautrec feust de retour. La perte de ceste place procéda de la faute ou meschanceté d'ung nepveu du conestable de Navarre^ nommé Dom Pedro de ]Navarre% comme
i . Dom Louis de Beaumont, comte de Lérins, connétable de Navarre, neveu, par sa mère, dona Léonor d'Aragon, du roi Ferdinand ; il mourut en 4 529. {Nécrologe de Franchomme ^ ann. 1529, Bibl. impér., f. fr., vol. 744.) — Le nécrologe de Franchomme , que nous aurons souvent à citer, est un recueil biographique de la fin du seizième siècle. On y trouve des indications souvent inédites sur les personnages connus et des notices assez détaillées sur des hommes dont on chercherait ailleurs vainement le nom. L'intérêt de ce manuscrit n'avait pas échappé au savant iMonlfaucon, ({ui souhaitait même de le voir imprimé.
2, Dom Pedro de Navarre, de l'illustre maison de Gramond,
l'on disoyt, filz du feu mareschal de Navarre, lequel, ayant esté bany d'Espaigne parce qu'il soustenoict la part du Roy Henry de Navarre \ fust mis dans cette ville avec quatre cens hommes Navarrois banis comme luy et pour le mesme faict : où il feust despuis si bien solicité par son dict oncle qu'il se tourna de son costé avec toute sa compaignie, ce qui feust cause de la perte de la place. Et encores que les ennemis eussent faict de grandz brèches, si est-ce que la place ne se feust pas perdue. Et parce que je n'y estois pas et que je ne veux parler pour ouir dire, je n'en diray aultre choze si ce n'est que le cappitaine Frauget', qui la rendit et qui s'en deschargeoit sur ledict Dom Pedro, lust desgradé à Lyon. La perte de ceste place nous osta ung grand pied que nous avions en Espaigne. Ce fust là où quelques ans auparavant le sieur de Lude^ acquit
fils de ce maréchal de Navarre que Ferdinand le Catholique fit décapiter à Fimancas. « Les aînés de la maison de Gramond, dit Olhagaray, ne s'intitulent de Gramond, mais de Navarre.... Dom Pedro était de l'ancienne maison de Gramond. » [Histoire de Béarn et Navarre, p. 36S). — Il ne faut pas confondre ce personnage avec l'illustre Pedro Navarro, qui mourut, en 1S28, au service de la France, pendant l'expédition de Naples.
1. Henri II d'Albret, né en avril 1303, mort le 25 mai 1553, fils de Jean d'Albret, roi de Navarre. En 1526, il épousa Marguerite d'Angoulème, sœur de François 1*'. De ce mariage naquit la reine Jeanne. Henri d'Albret, dépouillé par le roi d'Espagne d'une partie de son royaume, passa sa vie à susciter des ennemis à ce puissant voisin.
2. Le capitaine Frauget, lieutenant du maréchal de Chastillon. Arrêté par les ordres de Lautrec après la perte de Fontarabie, il fut conduit à Lyon, jugé et condamné à la dégradation (Du Bellay, liv. Il) . André Favyn a donné le récit de son procès {Hist. de Navarre, liv. xii, p. 731 etsuiv.).