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Jacques de Daillon, seigneur et baron du Lude et de Sau

une gloire immortelle, pour avoir soustenu le siège ung: an entier avec toutes les extrémités du monde. Celuy-là en rapporta honneur et Frauget honte el ruine; ainsi va le monde et la fortune. Cependant si quelque prince ou lieutennent de Roy passe les yeux sur mon libvre (peult-estre en pourra-t-il lire de plus inutiles), qu'il notte par cest exemple et aultres que j'ay veu et que peult-estre je pourray cotter cy-après, qu'il est très dangereux de s'ayder de celuy qui quitte son prince et seigneur naturel , non pas qu'on le doibve refuser quand il se vient jecter entre ses bras^ mais on ne luy doibt donner une place avec laquelle il puisse faire sa paix et r' entrer en grâce avec son prince ; ou pour le moings, si on le faict, que le temps ayt apporté une telle asseurance qu'il n'y aye nul doubte. Car cependant comme il se sera accoustumé au pais où il vient exilé et fugitif et aura acquis et receu des bienfaicts, si od le veult employer, mettes le le loing de ceux avec lesquelz il peut avoir praticqué. A ce que j'ai ouy dire aux cappitaines de l'Empereur, quand bien Charles de Bourbon eust prins Marseille et la Provence, l'Empereur n'eust pas faict ceste faute de la luy bailler en garde, quoiqu'il luy eust promis. Mais passons oultre.

Toutes les compaignies de gens de pied estans cassées, sauf celles qu'on mist en garnison, et ne voulant m'enfermer dans les murailles, je retornay à la compaignie de monsieur le mareschal de Foix, jusques àce que le Roy Françoys entreprint le voyage pour aller

tray, conseiller et chambellan des rois Louis XII et François I", sénéchal d'Anjou.

combattre monsieur de Bourbon *, qu'estoict venu d'Italie assiéger Marseilleavec le marcquis de Pesquere\ Lequel sieur de Bourbon pour ungdespits'estoicttourné du costéde l'Empereur: il n'y a rien qu'ung grand cœur n'entreprenne pour se venger. Et pour ce que le Roy ne permist à monsieur le mareschal de Foix que de menner vingt hommes d'armes de sa compaignie, j'arrivis trop tard à Feslection qu'il en avoict faicte et me despitis pour n'avoir esté mis au rolle, dont, pour l'amour de moy, cinq ou six gentilhomes me firent ceste honneur de venir avecques moy, pour nous trouver à la bataille, avec résolution de combattre avec les gens de pied. Je laissis mes grandz chevaulx à ma garnizon en Langueudoc là où estoict nostre compaignie. Monsieur de Borbon n'attendit point le Roy, ains leva son siège après l'y avoir tenu six sepmaines^ Le seigneur Rance

1. Charles, duc de Bourbon, né en 1489, célèbre sous le nom de connétable de Bourbon. Diverses causes le détachèrent peu à peu de la cause du roi. Vers la fin de l'année dS23, il sortit de France en fugitif et se mit au service de l'empereur. Son talent militaire, mis au service de ses anciens ennemis, leur assura le gain de la bataille de Pavie. Le 6 mai 1527, il fut tué sous les murs de Rome (Récit du sac de Rome, par J, Buonaparte ; Vie du connétable de Bourbon, par Guill. de IMariilac et Ant. de Laval).

2. François-Ferdinand d'Avalos, marquis de Pescaire, grand chambellan du royaume de Naples, mort le 29 novembre 1 S25, pendant qu'il assiégeait Sforce dans Milan. Il était l'époux de la belle Victoria Colona, poëte, aimée de Michel-Ange, illustre par sa beauté, son talent et sa vertu.

3. Les auteurs de VArt de vérifier les dates (t. I, p. 634) ef. M. ChampoUion [Capt. de François I", p. 9) se sont trompés sur les dates du commencement et de la fin de ce siège célèbre. Le 4 août, dit positivement Honoi'é de Valbelle, témoin oculaire, dans son Journal manuscrit, parurent les éclaireurs de Bourbon devant la ville de Marseille, et, le 5 du même mois, il invCiStit la place. Le

de Cere', geiitilhonime romain des plus agueris et expérimentés, et le sieur de Brion^ y estoint dedens, avec bonnes forces que le Roy y avoit envoyées. Ledict sieur de Bourbon se trouva trompé et ses intelligences courtes : le François ne sçavoit lors que c'estoict de se rebeller contre son prince. Dès lors qu'il sentit que le Roy s'approchoit, il se retira par les montaignes et descendit au Piémont par Salusse et Pignerol et aullres vallées, non sans beaucoup de perle. Il se sauva à Milan, laquelle il feust conslrainct, et le viceroy de Naples aussi, de quitter et sortir par une porte, pendant que nous entrions par l'aultre. Le seigneur

lundi 28 septembre, Bourbon et Pescaire levèrent le siège (Bibl. imp., f. fr., vol. 5072, fol. 79, et suiv.). Cet historien donne sur ce siège des détails mis en œuvre par M. Mignet dans un de ses plus beaux récits. {Revue des Deux-Mondes, t. XXVI.)

4 . Renzo di Ceri, gentilhomme romain, appartenait par alliance à la maison des Ursins. (ImhofF, Geneal. ital., p. 313.) Il défendit Marseille en général consommé. Brantôme rapporte une chanson sur ce siège, faite en son honneur ( édit. du Panth. litt.^ t. I, p. 280).

2. Philippe de Chabot, comte de Charny et de Busançais, connu sous le nom d'amiral de Brion, favori de François I". En 1541, Chabot, convaincu de concussions , fut condamné à l'amende et au bannissement. Plus tard, François I", à la prière de la duchesse d'Étampes, lui rendit ses biens et ses charges et envoya en disgrâce le maréchal de Montmorency son rival. Chabot mourut le 1" juin 1543. (ïhevet, historiographe de France, Fie des hommes illustres j in-12, t. V, p. 297.) Son tombeau, tranféré au Louvre pendant la Révolution, est un des plus beaux morceaux de sculpture du musée des monuments français, « II portoit une devise fort propre pour lui, à sçavoir une balle à jouer pleine de vent, avec ces mots : concussus surgo. » (L'Estoile, édit. Michaud, 1. 1, p. 11.) Le procès de Chabot est imprimé au chap. ix du livre VI des Recherches sur la France, de Est. Pasquier.

Antlioine de Levé ', qui estoict l'ung des plus grandz cappitaines que l'Empereur ayt eu, et croy que, sans les gouttes qui le travailloint fort, il eût surpassé tous ceux de son aage, fut choisi pour estre mis dens Pavie avec quelque troupe d'Âllemans, pour l'opinion qu'on avoil que le Roy douroit là, comme le faict il fit. Le siège dura sept ou huict mois.

Cependent monsieur de Bourbon s'en alla en Âllemaigne, là oii il brigua tant avec l'argent que monsieur de Savoye luy avoit preste, qu'il amena avec luy dix mil Alemans et fist venir quatre ou cinq cens hommes d'armes de Naples. Et ayant dressé son camp à Lodes et es environs, car le Roy tennoict Milan, s'en vint donner la bataille au Roy, ung jour de SainctMathias*, étant pour lors nostre camp foible, à cause du long

i. Antoine de Levé, capitaine espagnol, originaire de Navarre. Soldat de fortune, il s'éleva par son mérite aux plus hauts grades militaires. Charles-Quint lui doana la principauté d'Ascoli et le duché de Terranova, en Italie. (A. Thevet, Fie des hommes illustres, in-12, t. V, p. 221.) Le recueil de biographies d'André Thevet, traité dédaigneusement par les éditeurs de la Bibliothèque historique de la France, nous paraît très-digne de confiance. L'auteur était historiographe du roi et se trouvait en situation de puiser aux meilleures sources. Il mourut en 1S90, à l'âge de 88 ans. Ainsi, il était le contemporain de la plupart des hommes dont il a donné la vie. Le P. Mongaillard, le créateur de l'histoire de la Gascogne, a écrit l'éloge scientifique d'A. Thevet. (Mss. de la biblioth. du séminaire d'Auch.)

2. Le 24 février 1523. Une lettre du trésorier Babou à la reine Louise de Savoie, en date du 3 février, décrit le champ où la bataille se livra quelques jours après. Cette même lettre raconte une assez vive escarmouche, qui avait eu lieu la veille, et dont le roi était sorti victorieux. A la suite de ce combat, dit Babou, « le Roy a dormi en homme de guerre. » (Coll. Gaignières, vol. 30<), fol. 35.)

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siège et des maladies qu'il y avoit eu. Et encores, pour maie fortune, le Roy avoit peu auparavant casse trois mil Grisons, qu'ung colonel du pais mesme commandoit, lequel s'appelloit le grand Diau\ Et croy que ce feust pour esvitter la despense. Hé ! que ces petites mesnageries apportent quelquefois de perte ! Oultre ce, quelques jours avant, envoya monsieur d'Albanye ' avec beaucoup de forces à Rome, pour dresser ung camp, pour se jecter de là dens le royauîme de Naples, qui n'approfita de rien. Car à nostre grand malheurnous perdismes ceste bataille, et toutes ces entreprinses revindrent à néant.

Le discours de ceste bataille est publié en tant de lieux, que ce seroict perdre temps à moy d'y employer le papier. Je diray seulement qu'elle ne fust guieres bien conduicte ne plusieurs endroits de nostre costé, qui fut cause de fere perdre ceux qui faisoint leur debvoir^ Or, encores que nostre camp feust foible, si ne se feust pas perdue la bataille, sans qu'on n'y eust

i . Monluc est ici en désaccord avec du Bellay et fait un injuste reproche au roi. Les Grisons, emportant leur solde, abandonnèrenl le camp français cinq jours avant la bataille, sous prétexte d'aller défendre leurs foyers contre les attaques du seigneur Medequin ou Medici de Musso, plus tard marquis de Marignan, capitaine au service du duc Sforza. (Du Bellay, édit. du Panth. lin., p. 404.)

2. Jean Stuart, duc d'Albany, prince du sang royal d'Ecosse, Le roi lui avait donné une armée pour tenter sur le royaume de Naples une diversion qui ne réussit pas. Il mourut en 1536. (Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, t. I, p. 353.) On conserve à la Bibliothèque impériale (f. fr., vol. 3075) un recueil de quarante et une lettres écrites par le duc d'Albany au roi et au grand maître de Montmorency.

3. Le passage suivant, jusqu'à : le Roy feust prins, est inédit.

autrement combatu qu'on n'y fist. Je ne veux poinct desduire icy la raison, ce que je pourrois bien fere, car j'en ay ouy disputter au seigneur Frédéric de Boge, qu'estoict prisonnier, et au cappitaine Sucre, qu'estoict à l'Empereur, à la maison de la marquize d'EscaldasouP, là où monsieur le mareschalet monsieur de Sainct Pol feurent appourtésblecés. Le Roy feust prins; monsieur le marescbal de Foix prins et blessé d'une barquebuzade densla cuisse, qui luyentroict dens le petit ventre; monsieur de Sainct PoP, prins et blessé de treze playes, lequel avoict été laissé pour mort au camp et despoilbé tout en chemise; mais ung Espaignol luy coppant ung doit pour avoir une bague qu'il ne pouvoict arracher, le fist crier, et eust la force de lever la voix et parler. Et', estant recogneu, priai' Espaignol de le fere appourter chez la marquize d'Escaldasoul densPavie, estant bien certain que, si monsieur le marescbal estoict en vie, il setrouveroict là pour quelque raison qu'il iuy avoict dict, estant eux deux compaignons et ainsi se nommiont. Plusieurs aultres grands seigneurs y mo-

i. Escaldazol ou Scadalfol, ou Escarsaflor, suivant Brantôme, dame italienne que le maréchal de Foix avait aimée pendant son séjour à Pavie.

2. François de Bourbon-Vendôme, comte de Saint-Pol, avait fait ses premières armes en allant au secours de Mézières défendue par Bayart. Une lettre du trésorier Babou à la régente, en date du i" février 1525, nous apprend que le roi avait laissé à Milan Saint-Pol et le maréchal de Foix pour assurer les communications de l'armée, mais que, à l'annonce de la bataille, ils étaient accourus à Pavie. (Coll. Gaignières, vol. 309, fol. 31.)

3. Ce passage est altéré dans les éditions précédentes : « Et ayant esté recogneu fut apporté avec ledict sieur marescbal dans Pavie, au logis de la marquise de Scadalfol. Plusieurs aultres grands.... »

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riirent, comme le frère du duc de Lorraine^, monsieur l'admirai de Chabannes' et plusieurs autres prins: entre lesquels estoint le Roy de Navarre^ messieurs de Nevers*, de Montmorency, de Brion et aultres. Je ne veux taxer la mémoire de personne pour la perte de ceste bataille, ne marquer ceux qui firent mal leur debvoir, mesmement en présence de leur Roy'.

Pendant le séjour que je fiz en l'armée, je me retirois tousjours au camp avec le cappitaine dict Castille de Navarrou, sans prendre aulcune solde; lequel, le jour de la bataille, mennoit les enfants perdus et me pria luy fere compaignie, ce que je fiz avec quatre ou

1 . François de Lorraine , comte de Lambesc , né à Bar le 24 juin 1S06, fils de René II, duc de Lorraine, et de Philippe de Gueldres. (Dorn Caimet, Histoire de Lorraine, t. I, p. CLXXV.)

2. Jacques de Ghabannes, seigneur de la Palisse, successivement grand n[<.aître et maréchal de France. Fait piisonnier à la bataille de Pavie, livrée malgré ses conseils, il fut brutalement tué, dit Brantôme, par un capitaine espagnol nommé Buzarto. (Brantôme, t. I, p. 202. Voyez Thevet, Hommes illustres, t. V, p. 109.)

3. Le roi de Navarre fut retenu prisonnier au château de Pavie et ne s'évada qu'au mois de décembre 1 52S, comme l'a démontré M. Champollion. {Captivité de François /", p. 85.) Aux preuves données dans ce savant ouvrage, nous pouvons ajouter celle qui résulte d'une lettre écrite par le roi de Navarre à François \", datée de Pavie, le 2 octobre \ 525, et qui prouve qu'à cette date le roi de Navarre se trouvait encore entre les mains de ses ennemis. (Coll. Gaignières, n° 465, vol. 2, fol. 12.)

4. Louis de Clèves de Nevers, comte d'Auxerre, époux de Catherine d'Amboise, dame de Chaumont, mort en 1545.

5. Une tradition propagée par des chansons populaires et par François P' lui-même dans ses poésies, rapporte que le roi fut trahi à Pavie. M. Rey {Captivité de François /", in-8 , 1837, chap. VII, VIII et ix) a résumé toutes les opinions qui se sont produites sur ce sujet.

cinq gentilhommes qu'estoinct \enus avec moy. Et feuz prins prisonnier par deux gentilhommes de la compaignie du seigneur Anthoine de Levé, lesquelz le sabmedi malin me laissarent aller, ensemble deux des gentilhommes qu'estoinct avec moy; car les trois morurent : ilz voyoint bien qu'ilz n'auroint pas grandz finances de moy. Lors je m'en aliz droict à la maison de ladicte marcquize, ayant desjà entendeu que monsieur le mareschal y esloict là blessé, lequel me fist fort grande chère, m'ayant au paravant tenu pour mort. Je le trouvay avec monsieur de Sainct Pol : toutz deux estiont dens ung grand lict, et monsieur de Montegean*, blessé en la jambe, dens la mesme chambre, dens ung petit lict de camp. Là j'entendiz les discours et la dispute que le seigneur Frédéric Boge et le cappitaine Sucre faisoinct à part de l'occasion de la perte de la bataille, lesquelz taxoint de grand faute noz François, mesme plusieurs particuliers au nom desquelz je pardonne. Je jugeay leur opinion très bonne, estans tous deux grands cappitaines^ Etencores que j'en eusse veu une^ partie, néantmoingz, ayant retenu le dire de tous deux, auserois bien promettre de mètre par escript la véritté dont procéda la perte, aussi bien qu'homme du rovaulme de France ; mais je ne m'abuze poinct à cella, ains seullement à mètre par escript les fortunes que j'ay eues en commandant. Ce que je leur ouys

i. René de Montejean, chevalier de l'ordre du roi, maréchal de France en 1528, devint, la même année, gouverneur et lieutenant général en Piémont. Il mourut en lo39. (Forquevaulx, Fies de plusieurs capitaines, in-4, p. 355.)

2. Le passage suivant jusqu'à : Ce que je leur ouys, est inédit.

3, Le sens ici exige ; n^ en eusse veu qu une..,.

dire m'a despuis servy en d'aultres exécutions, avec ce que j'en jugeay moy-mesme, comme doibvent fere tous ceux qui ont envie de parvenir par les armes.

Il fault non seullement cercher les occasions de se trouver aux combatz et batailles, mais aussi estre curieux d'escouter et retenir l'oppinion et raison de ceux qui sont gens expérimentés sur la faute, perte ou gain qui s'en est ensuivy : car certes c'est grand sagesse de bien apprendre et se fere maistre aux despens d'aultruy. La France a long temps ploré ceste perte et la prinse de ce brave prince, qui pensoit trouver la fortune aussi favorable comme à la journée des Suisses'; mais elle luy tourna le dos et luy fit veoir combien il importe à ung Roy ne se trouver luy-mesme à la bataille, veu que bien souvent sa prinse menne avec soy la ruine de son estât. Toutesfois Dieu regarda le scien d'ung œil de pitié et le conserva : car les victorieux perdirent le sens, esblouis de leur victoire. Que si monsieur de Bourbon eust tourné vers la France, il nous eust mis à deviner.

Le lundy après monsieur de Borbon commanda que tous ceux qui estoint prisonniers et qui n'estoinct poinct pour payer ranson eussent à vuyder le camp et s'en aller en France. Je feuz de ce nombre , car je n'avois pas grand finance. Et pour nostre asseurance nous fist conduire par une compaignie de gens de pied et ung aultre de cavallerie, mais sans vivres ny moyen quelconque : car tout ce que nous mangeasmes, jusques à ce que nous fusmes à Ambrun , ne feust que raves et tronsons de choux que nous mettions à

i . Bataille de Marignan, 13 et 1 4 septembre 15dS.

cuire sur les charbons. Avant partir, monsieur le mareschal me commanda de porter ses recommandations au cappitaine Carbon et à* toute la compaignie, leur priant à ceste heure fere mieulx qu'ilz n'avoinct jamais faict et de se rendre auprès de monsieur de Lautrec son frère, maintenant que le Roy estoictprins. Et me fist une remonstrance pour la pourter à ladicte compaignie, telle que, jour de ma vie! je ne pleuris tant pourung coup. Le tout concistoict en la prinse du Roy et en la conservation du royaulme. Ce feusl le lundy, et le vandredy après il moreust. Et encores que les remonstrances feussent pitoyables et luy bjecé à la mort, si est-ce que je ne cogneuz jamais que sa parolle diminuast. Ains me commanda dire au cappitaine Carbon qu'il espéroit bien lost estre guéry et sortir de prison, ne pensant estre si fort blessé qu'il esloict, car il estoict homme robuste et de grand cœur.

Je m'en vins tout à pied sans lance jusques à la Redorte en Languedoc, près Lesignan, où j'avois laissé mes grandz chevaulx et armes avec quelques accoutremens qui me firent ung grand bien. Après la mort de monsieur le mareschal, monsieur de Lautrec fist

i , Le passage suivant jusqu'à : monsieur de Lautrec fit donner la tierce partie^ au commencement de l'alinéa suivant, est altéré

dans les anciennes éditions : « et à ses compaignons, lesquels

il priait ne s'estonner pour ceste perte, ains s'esvertuer pour faire mieux que jamais et qu'ils eussent à se rendre près de monsieur de Lautrec son frère. Sur quoy il me fit une très belle remonstrance, laquelle ne se passa sans beaucoup de larmes, ce qu'il prononça avec une parole ferme et asseurée, combien qu'il fust fort blessé, aussi mourut-il le vendredi après. Je m'en \'ins à pied sans lance jusques à la Redorte en Languedoc, où estoit sa compaignie. Après sa mort, monsieur de Lautrec..., »

donner la tierce partie de la compaignie au cappitaine Carbon, quy ne Iny demeura guières^ de tant que bien tost après ung mescbant bomme, natif de Monpellier, qui avoict favorizé le camp de monsieur de Borbon devant Marseille, le tbua par derrière auprès de LuneuP, courant la poste; qui feust aussi grand domage que de cappitaine qui moreust il y a cent ans. Et cuyde-je que, s'il eust vescu aux guerres que nous avons veu despuis, il eust faict merveilles et beaucoup de gens se feussent faictz grandz cappitaines aprenans de luy : car tous les jours on pouvoict apprendre quelque cboze à sa suytte, estant le plus vigilant et diligent, grand entrepreneur et grand exécuteur que j'aye à ma vie cogneu. Et l'aultre tierce partie de ladicte corapaignie feust donnée au cappitaine Lignac d'Auvergnie, qui ne la tint guières longuement aussi, pource qu'il perdistla veue et moreust ^ La dernière et tierce partie à monsieur de Négrepelice, père de cestuy-cy * qui vit aujourd'buy, en la compaignie duquel j'avois ung mien

1. Lunel, ville du diocèse de Montpellier. Monluc dit que Carbon de Monipezat mourut peu après la bataille de Pavie. Suivant une lettre de INIarguerite d'Angoulême, que M. Génin croit être de l'année 1536, Carbon vivait encore à cette époque, [Lettres de Marguerite, t. I, p. 301 .)

2. Suivant du Bellay, Lignac d'Auvergne prit part à l'expédition de Napies en qualité de capitaine de tiO hommes d'armes ; il ne mourut donc qu'après 'lo27. [Mémoires de du Bellay, liv. III.)

3. Antoine de Carmain, sieur de Négrepelisse, épousa, le 5 novembre 1517, Françoise d'Aure d'Aster. Il devint lieutenant du gouverneur de Guyenne et mourut en 1527. (Bibl. imp., Cab. des Titres, doss. Carmain.) Son fils, Louis de Carmain, siour de Kégrepelisse, prit une part importante aux guerres civiles. Voyez le liv. V^ des Commentaires,

cousin germain, nommé le cappitaine Sérilhac, qui pourtoict son enseigne'.

Cependant madame la Régente, mère du Roy, et tous les princes ligués avec elle, traictarent et moyennarent la délivrance du Roy, de sorte que ce grand Empereur, qui s'estoit forgé la conqueste de ce royaulme, ne conquist ung seul pouce de terre. Le Roy en son affliction tira secours de ses propres ennemis , lesquelz avoint suspecte la grandeur de l'Empereur. Sa Majesté, estant de retour, se ressouvenant des injures et indignités qu'il avoict receues pendant sa prison, ayant tenté tous les moyens pour retirer Messeigneurs ses enfans% feust forcé de venir aux armes et renouveller la guerre. Ce fust lors que le voyage de INaples feust dressé soubz la charge de monsieur de Lautrec, lequel m'envoya ung courrier en Gascongne, pour dresser une compaignie de gens de pied comme j'ay desjà dict; ce que je fiz en peu de jours. Et luy mennay sept à huict cens hommes, dont il y en avoict quatre ou cinq cens harquebuziers, combien qu'en ce temps-là n'en y avoict encores guières en France ; desquelz monsieur d'Aussun en demanda la moitié pour dresser sa compaignie, ce que luy accordis. Et fismes noslre partaige auprès d'Alexandrie, après la prinse

i. Jean, seigneur de Sédillac, par corruption Sérillac, dans le comté de Gaure, diocèse d'Auch^ fils de Jean de Sédillac et d'Anne de Monluc, tante paternelle de l'auteur des Commentaires. (Généal. de Faudoas, in-4, 1724, p. 217 et 218.)

2. Après le traité de Madrid, le roi remit entre les mains de Charles-Quint ses deux fils comme gage de ses promesses. Les deux princes furent traités assez durement. On trouve dans le Cabinet historique (t. II, p. 218) une curieuse lettre d'un témoin oculaire sur leur captivité.

de laquelle monsieur de Lautrec envoya messieurs de Gramond et de Monpezat* assiéger le chasteau de Yyjeve^, devant lequel, en faisant les approches et les tranchées pour mettre l'artillerie, je feuz blessé d'une harquebuzade par la jambe droicte, qui feust cause que je demeuray boyteux. fort longtemps, ne pouvant cheniinner : de sorte que je ne pus estre à l'assaut qui se donna à Pavie, laquelle feusi emportée et demy-bruslée^. Et me pourloit-on après le camp tousjours en une litière ; toutesfois avant que monsieur de Lautrec partist de Palme * pour marcher droict à Boloigne, je commençis à cheminer et feuz guéry incontinent après.

Or au près d'Ascouly de Tione* y avoict une petite ville, nommée Porcheanne®, sur le hault d'une montaigne, que de touscoustés il failloict monter tousjours, sauf de la part des deux portes. Là c'estiont retirés

1 . Antoine de Lettes prit le nom de Montpezat pour obéir aux volontés d'Antoine Desprez de Montpezat, son oncle, mort sans enfant. Après la bataille de Pavie, François I*""" l'envoya à la régente pour lui annoncer la perte de la bataille. (Portef. Fontanieu, 195d96.) En 1536, Montpezat s'illustra par la défense de Fossan, place forte du Piémont. En 1543, il devint maréchal de France et mourut après 1544. (Marquis d'Aubais, Pièces fugitives pour servir à Chistoire de France, tome III, Mémoires d'Ambres, p. 56.)

2. Vigevano, château fort dans le duché de Milan sur le Tessin.

3. « Pour la mémoire qu'avoient les soldats de la bataille qui avoit esté perdeue quatre ans auparavant. » (Du Bellay, édit. du Panth. litt., p. 424.) Voyez les Mémoires de Vieilleville ^ par V. Carloix, liv. I, chap. m.

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