Le sens est : après la mort de monsieur de Lupé
3. Charles de Foix, comte de Caudale, de la branche cadette de la maison de Foix, Il périt dans cette campagne. Les fils aînés de cette illustre famille portaient le nom de Captai de Buch, en souvenir du grand capitaine, connu sous ce nom au quatorzième siècle. {Mémoires de Thou,)
tous iioz picquiers dernier iiiig grand rampart, que le susdict conte Pedre INavarre avoict faict fere, qui duroict à main droicte ou à main gauche près de deniymil. Tout joignant y avoict ung grand portai de pierre, par lequel dix ou douze hommes eussent peu passer de front; et croy qu'anciennement il y avoict eu porte, car tout l'arc y estoict et faict en voûte. Ce rempar se joignoict avecques le dict portai à main gauche et à main droicte. Nostre bataillon estoict à cent pas du portai, et celluy des bandes noires estoit à trois cens pas pkis en arrière que le nostre, et la meilleure partie des gens à cheval estoinct encores plus en arrière. Monsieur le marcquis, monsieur de Candalle, le conte Hugues, le cappitaine Artigueloube et presque tous les cappitaines, tant Ytaliens que Gascons, alarent avecques eux pour favoriser et veoir la descente dudict prince. Ledict sieur de Candalle avoict six enseignes, trois Piémontoizes et trois Gasconnes. Hz firent leur demeure si longue à ladicte descente qu'ilz y demeurarent plus de deux grosses heures, et ne penserois pas mentir si je disois trois : car ilz firent disner ledict seigneur prince avant qu'il descendist de la galère. Quelques fois ung peu de séjour apporte ung grand malheur; il eust plus valu que luy et tous les siens eussent faict ung bon jeusne. Mais la vanité du monde est si grande qu'il semble que c'est se rabaisser, si on ne marche tousjours avec toutes les pièces qui appartiennent à la principaulté, et cependent on faict force pas de clerc. Il vault mieux marcher en simple gentilhomme et non pas fere le prince et fere bien, que non pas se tenir sur le hault bout et estre cause de quelque désordre et malheur.
Cependent le cappitaine Artigiieloube in'avoict miz avec soixante ou quatre \inglz harquebuziers sur ung carrefourc de chemin bien prèsdelaMadaleine, qu'est une grand esglize à cent ou deux cens pas de la porte de INaples. Et à ung aultre carrefourc, à main gauche de moy, auquel lieu estoict ung petit oratoire, feurentmis trois ou quatre cens liarquebuziers des bandes noires et une enseigne de picquiers. Aussi en ce mesmes lieu et ung pueu à cousté feust mize la Irouppe de monsieur de Candalle, qu'estoict de deux ou trois cens harquebuziers, \yz-à-vyz de moy et à deux cens pas. Estant ainsi à mon carrefourc, je voyois sortir de Naples gens de pied et de cheval, qui vennoinct gaigner la Madaleine teste baissée. Je montay lors sur ung petit iîudlet que j'avois et m'en allay droict à la descente des galères. Tous les seigneurs et gentilhommes esloint encores dedans s'amusant à fere des accolades. Et leur fiz crier par quelques petits barquerots, qui alloint et venoint, que les ennemis sortoynt de Naples à Irouppes pour les venir embrasser et gaigner le dernier de la Madalenne et qu'ilz pensassent au combat, s'ilz vouloint. Il y en eut bien d'esbahis, car tous ceux qui font bonne mine n'ont pas tousjours envie d'en manger. Puis m'en retornay incontinent à ma trouppe, et m'en allay avec deux harccjuebuziers au long d'une haye quibordoict ung grand chemin jusqu'au près de la Madalene. De là j'apperceuz que ia cavalerie sortoict à pied, tenant la bride en une main et la lance en l'aultre, se baissant tant qn'ilz pouvoinct pour n'estre descouverlz, comme faisoint aussi les gens de pied, qui marchoint en tapinois dernier les murailles, qui estoinct sur le dernère de TEsglise. Je baillis soudain
94 COftIMENTAIRES
mon mullel à uiig soldat, pour en courir advertir monsieur de Candalle et le cappitaine Artigueloube, lesquelz il trouva décendans en terre. Et incontinent, sur le premier advertissement, ilz firent mettre une galère à la largue qui descouvroict tout ce que je leur avois mandé ; ce qu'ilz ne pouvoint fere estant au port. Geste galère commença à tirer force coupz de canon, dont me tlmarent deux hommes de ma îrouppe, tout auprès de moi, de sorte que les cervelles de l'ung et de l'aultre me sautarent au visage. Il y avoict bien là du danger, car tous les boulletz vennoinct là où j'estois, tant de ceste galère que des aultres, lesquelles firent le mesme : de façon que voyant que les coups renforçoiut toujours, car ceux des galères pensoint que je feusse des ennemis, je feuz contrainct de me jecter dans les fossés.
Et promtenient montarent à cheval monsieur le prince et au galop le firent sauver droict au camp; presque tous ses gentilshommes à pied courans après luy , lesquelz n'eurent pas grand loeisir de s'arrester avec nous, car je croy qu'ilz ne vouloint pas sitost mourir, puis qu'ilz ne faisoint qu'arriver. Leur haste feust si grande qu'ilz n'eurent pas loeisir de mettre à terre le lict, ni rien du bagaige dudict seigneur prince ; et y en eut qui demeurarent dedans les galères. Monsieur de Candalle et le comte Hugues ne firent pas ainsi; car ilz s'arrestarent au carrefourc, où estoinct leurs gens. Le cappitaine Artigueloube s'en alla au bataillon derrière le rempar. La (este commença à moy. Je ne sçay si c'est ou bonheur ou malheur, tant y a que tousjours je me trouvois où les coups se donnoint et là où on commençoit. Or une troupped'harquebuziersvinct
droict à moy courant : et, pour ce que j'avois mis dernier une levée de fossé, qui regardoict tout au long du grand chemin qui vennoict de la Madalene, une partie de mes harquebuziers, et l'aultre dens les fossés à main droicte et à main gauche en file, plus pour la craincte de nostre artillerie des galères que des ennemys, ilz s'approcharent de nous à moingz de vingt pas. Lors nous tirâmes tous à ung coup, que feust cause que cinq ou six hommes tombarent morlz par terre. Mes harquebuziers ne pouvoinct faillir de thuer, car tout le chemin estoict plein. Hz prindrent la fuitte et les menâmes jusques tout joignant la Madalenne. Alors ilz se renforçarent et se mirent hors du chemin à main droicte d'eux et du cousté où estoict monsieur de Laval de Dauphiné , avecques sa compaignie d'hommes d'armes, nepveu de monsieur de Bayard et père de madame de Gordes^, qu'est de présent, fort vaillant gentilhomme s'il y en avoict au camp. Monsitiur de Candalle, qui avoict veu ma cargue, et voyoict que tout se descouvroict et que l'ennemy à pied et à cheval entroict dans ung grand pred où estoict monsieur de Laval, craignist qn'ilz m'en fissent encores ung autre, et m'envoya cinquante harquebuziers de renfort. Et tout à ung coup ung bataillon d'Allemandz se présenta à cent ou six vingtz pas de moy, à main droicte. Cependant la harquebuzerie Espaignolle tiroicl de furie sur ceste gendarmerie, laquelle se retiroict au grand pas, droict au carrefourc de monsieur de Candalle : là où il feust faict ung grand erreur; je le veux
1. Guigonne Alleman de Laval, épouse de Bertrand Raimbaud de Siniiane de Gordes, gouverneur du Dauphiné en 1364. (Chorier, Nobil. du Dauphiné, t. I, p. 25, et t. III, p. 549.)
9fi COI\MENTAIRRS
escripre affiii que si aulcung qui le lira se trouvoict en roesmes estât, qu'il s'en souvint à l'advenir : car peult-estre les hazardz de la guerre les jecteront en rnes'ne estât.
Le comte Hugues et monsieur de Candalle avoinct mis sur le grand chemin les picquiers, sans laisser place pour retirer la gendarmerie, et failloict que monsieur de Laval passast par là maugré luy: car, entre monsieur de Candalle et moy, il y avoict ung grand fossé, où les gens à cheval n'eussent sceu passer. Et s'ilz eussent laissé le chemin libre et qu'ilz se feussent mis en bataille dernier le fossé, ilz eussent arresté sur le cul la furie des ennemis; ainsi monsieur de Laval se feust sauvé ayséement au long du chemin et eust faicl une honorable retraicte. Comme les ennemis virent que monsieur de Laval estoict conslrainct de prendre le trot, ilz le chargearent, gens à pied et gens à cheval, de cul et de teste. Et ledict sieur de Laval, s'estant jecté sur le grand chemin pour passer oultre, rencontra ces picquiers au milieu d'icelluy, et oultre son gré il feust contrainct de passer oultre. Et en passant mirent par terre tout ce qui se trouva devant eux , car nez picquiers ne pouvoint faire largue. Ce! la mit tout en désordre. Je cuidav enrager, voyant une telle incongruité. Or il n'en fault poinct donner le tort à monsieur de Candalle, pour ce qu'il estoict june et ne s'estoict encores trouvé en telle feste, mais au comte Hugues, qu'estoict desjà vieux soldat. Je ne veux pas dire qu'il ne fist bien vaillement : mais ce n'est pas tout d'estre vaillant et hardy, il fault estre sage , il fault prévoir tout ce qui peult survenir, veu qu'aux armes les faultes sont irréparables. Une bien légère
traîne souvent après soy une grande perte : comme il fîst à luy mesmes qui n'avoicl songé à tout. Car le conte Hugues fust prins prisonnier et monsieur de Candalle aussi , estant blessé d'une harcquebuzade en ung bras. Trois jours après, les ennemis le renvoyarent à monsieur de Lautrec duquel il estoict parent, voyans qu'il s'en alioict mourir, comme de faict trespassa lendemain qu'il feust appourté au camp, duquel le corps est enterré à Versse \
C'estoict un brave et bonneste seigneur, s'il en sortist jamais de ceste maison là, s'il eust continué comme il avoict commencé. Et ne cogneuz à ma vie bomme si soigneux à voulloir apprendre le laict de la guerre des vieux cappitaines que cestuy-là. Pour cest effet il se rendoit plus subject au conte Pedro Navarre, que le moindre de ses serviteurs. 11 desiroict entendre la raison de toutes cbozes et s'inforinoict de tout , sens s'amuser à ce que la jeunesse désire et aime. On le trouvoict plustost au quartier du conte Pedro Navarre qu'à celuy de monsieur de Lautrec. Aussi le conte disoict tousjours qu'il se nourrissoict là ung grand cappitaine. Et à la véritté, quand on le porta, ledict conte le baisa la larme à l'œil. Ce feust une grand perte. Tout ce que se trouva là feust mort ou prins, sinon quelques ungz qui se sauvarent par les fossés, sautant de fossé en fossé, encore feust-ce bien pueu de cboze. Les ennemis suyvirent très bien leur victoire en ce carlier là.
De ma part je m'acbeminay au long d'une grand haye de pred, faisant tousjours teste aux Allemandz le