Fossano, ville forte du Piémont
3. François, marquis de Saluées, frèi'e et héritier de Michel- Antoine, marquis de Saluées, mort en 1528 au service de la France. I) prétendait au marquisat de Montferrat et soutenait ses droits devant Charles-Quint, juge suprême des affaires d'Italie en qualité d'empereur. Antoine de Lève lui promit de lui faire gagner sa cause et le détacha ainsi de la France. Le marquis de Saluées, investi d'un commandement important en Piémont, livra les passages et les places aux Impériaux, qui entrèrent en France en i 336. Cette trahison faillit manquer son effet. Montpezat s'enferma dans Fossan avec quelques compagnies, et arrêta pendant plus d'un mois toute l'armée ennemie. La ville se rendit enfin le 6 juillet i S36. {Art de vérifier les dates, t. I, p. 767.) La trahison du marquis de Saluées et le siège de Fossan, sont très-bien racontés dans les mémoires de du Bellay (liv. II, édit. du Panth.^ p. S47, 565 et suiv.). François de Saluées mourut vers 1537. (Chazot de Nantigny, Généal. hist., t. II, p. \'\.) On conserve à la Bibliothèque impériale (f. fr. vol. 2998) un recueil de ses lettres, la plupart adressées au grand maître de Monîmorency.
4. Gabriel d'Astarac, baron de Fonterailles, fils de Jean de Fonterailles, colonel des Albanais sous le règne de Louis XII, fut tué au siège de Metz en 1 3o2. ^Blbl. imp., F. Clerambault, vol. LVIII, fol. 797.) Suivant le P. Anselme, il n'est pas certain que la famille de Fonterailles appartienne à l'illustre maison des d'Astarac.
en vie, el de monsieur d'Ainbigeous', el celles de CobissonMe Languedoc, et Christophe Goast', qu'estoict d'Alexandrie, avecques sept compaignies d'Ytaheus. Je ne sçanrois dire si les compaignies de monsieur de Boutières et de Villebon y estoinct; bien me souvient de celle dudict seigneur de Barbazieux. Et tant que l'Empereur demeura à Aix nous demeurâmes tousjours audict Marseille, et ne s'y fist aucune faction que cestuy-cy que je veois escripre.
Comme l'Empereur eust demeuré long temps à Aix, attendant sa grosse artillerie pour nous venir battre, les vivres luy dimmoinct tousjours de plus en plus. Pendent ces entreffaictes le Roy arriva en Avignon, là où sa Majesté feust advertie que si l'on brusloict quelques molins que l'Empereur tennoict vers Arles, et mesmes ung qu'estoict à quatre lieues d'Aix, nommé le molin d'AurioUe, que le camp des ennemys seroyt bien tost affamé. Et fist tanter la fortune par le baron de La Garde*, qui avoict une compaignie de gens de pied, et le cappitaine Thorines, guidon de monsieur
1. Jactjues d'Araboise , baron d'Aubigeoux , capitaine d'une compaignie de légionnaires du Languedoc. Il mourut en 1536 au siège de Marseille. {Histoire du Languedoc^ t. V, p. 139.)
2. L'édition originale des Commentaires et toutes celles qui l'ont suivie, portent seulement: «■ et celles de Languedoc. »
3. Christophe Goast, colonel italien au service de la France. Du Bellay l'appelle Guast. Il fut tué en 1537 au siège de Gazai de Montferrat. Il commandait alors douze cents Italiens sous les ordres de Burie. (Du Bellay, p. 653.)
k. Le baron de la Garde, connu sous le nom de capitaine Poulin ou Paulin, successivement soldat, capitaine, ambassadeur et général des galères du roi. On le voit figurer, dans les montres de l'an 1537, comme capitaine de mille hommes de pied, en garnison à Montcalier. (Bibl. imp., F. fr., vol. 3120, fol. 99, 111,
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le comte deTandes', et à d'aullres, d'aller brusler lesdictz molins qu'estoinct vers Arles et en vindrent à bout. Et néaiitmoingz les espions rapportoint toujours au Roy qu'il falloict brusler ceux d'AurioUe, d'autant qu'ilz norrissoinct ordinairement toute la maison de l'Empereur et les six mil soldatz, vieux Espaignolz, lesqiielzil tennoicttousjours pressa personne. Le Roy manda plusieurs foys à messieurs de Barbazieux et de Monpezat d'hazarder une trouppe d'hommes pour aller brusler iceulx molins d'Auriole. Et le premier à qu'il présenta l'exécution feust audict Cliristopbe Gouast, lequel la reffuza; et dizoict qu'il y avoict cinq lieues jusques au molin d'Auriolle, et qu'il failloict combattre le molin là où il y avoict soixante hommes de garde dedens et une compaignie entière dens la ville, et que, par ce moyen, il luy falloict fere cinq lieues à aller, et autant à revenir; et que, causant ceste longue traicte, allant ou revenant, il seroict deffaict sur les chemuis, car bien tost l'Empereur seroit adverty, pour n'y avoir que quatre lieues dudict Auriolle
115.) Quelque leinps après, il fut envoyé en ambassade à Constantinople. En 1545 « s'étant un peu trop emporté rigoureusement, en Provence, contre les hérétiques de Mérindol et Cabrières, » il fut disgracié et emprisonné. (Brantôme, édit. du Panth., t. I, p. 399.) Vers 1550, il fut pourvu d'un commandement important dans la Méditei'ranée. On conserve à la Bibliothèque impériale (Coll. Gaignières, vol. 342) sa correspondance avec le roi et le duc de Guise, de l'année 1550 à 1558. Ces lettres, presque toutes datées de Marseille, sont relatives à ses opérations maritimes.
1 . Claude de Savoie, comte de Tende et de Sommerive, gouverneur et grand sénéchal de Provence, neveu du connétable de Montmorency. Il mourut le 23 avril 1566, après avoir été gouverneur de province pendant quarante cinq ans. (Bouche, Histoire de Provence^ t. II, p. 1047.)
jusques à Aix ; d'autre part, que ses soldats ne sçauroient fere dix graudz lieues sans séjourner. Geste response feust envoyée au Roy, lequel ne la print pour argent comptant et contremanda plus vivement qu'on la presentast à d'autres, et que, quand bien mil hommes se perdroinct à ceste entreprinse, il ne s'en donnoict pas de peyne, car le proffict en le bruslant seroit plus grand que la perte : tant on faictbon marché des hommes. Surquoy on la présenta à monsieur de Fontaraille, lequel une fois estoict résollu de l'entreprendre ; toutesfoys il y eut de ses amys qui luy remonstrarent sa claire perte, qu'ilz luy firent toucher au doigt; qui feust cause qu'il se reffroidist. Et maudarent au Roy le tout. Sa Majesté, qui tousjours avoict nouvelles du fruict qu'avoict faict la rupture des aultres molins, poursuyvoict tousjours après lesdicts seigneurs d'envoyer rompre ces molins.
Et ung jour après avoir assés entendeu le malconteritement du Roy et les raisons de ceux à qui l'on avoict présenté l'entreprinse, qu'à la véritté estoinct justes et raisonnables, je me mis à penser en moymesmes comme je pourrois exécutter ceste entreprinse, et que, si Dieu me faizoict la grâce d'en venir à bout, ce seroyt me fere cognoistre au Roy et retourner en la mesmes réputation et cognoissance des grandz que j'avois auparavant acquise, laquelle les deux ansd'oysiveté et la longueur de ma blesseure avoit faict esvanouir. Ce n'est rien, mes compaignons, d'acquérir la réputation et ung bon nom, si on ne l'entretient et continue. Ayant donc prins en moy ceste résolution de l'exécuter ou de crever, m'enformis au long avecques mon hoste qu'est ce qu'estoict du lieu où ces
inoliiis estoint. Il me dict qu'Auriole estoict une petite ville fermée de hautes murailles, là où il y avoict ung cliasteau bien murré, et ung bourg oij il y avoict iorce maisons, avec une grand rue par le milieu ; et iui bout dudict bourg estoict le molin à main gauche, qui vennoict de la ville, et la dernière maison dudict bourg; et qu'à la porte de ladicte ville y avoict une tour qui voyoit tout au tour de la grand rue dudict molin, et qu'homme ne s'auzeroict tenir devant icelluy ny au long de la rue sans encourir péril d'estre tué ou blessé; et delà le molin il y avoict une petite esglise à plus de trente ou quarante pas; et me dict qu'il failloict passer à Aubaigne, deux lieues de Marseille, et delà à Auriole il y en avoict trois, si l'on passoy t par la montaigne, ce que gens à cheval ne pouvoincl fere aucunement, et par le chemin des chevaulx près d'une lieue d'avantage ; et falloict passer une rivière que les chevaulx y avoinct tousjours eaue jusques à demy ventre, et que l'on avoict rompu tous les pontz. Après que mon hoste m'eust dict cella, je veois considérer que si j'enlreprennois l'exécution avecques grand trouppe, je serois deffaict : car, n'ayant que quatre lieues jusques au camp, l'Empereur en seroict incontinent adverty et envoyeroict sa cavalerie sur les chemins de mon retour, comme il advint; car, incontinent que nous arrivâmes au molin, le cappitaine du chasleau advertist l'Empereur. Ainsi je pensis qu'il me valoict mieux l'entreprendre avecques peu d'hommes, estans tous bien en jambe et vailianlz, affîn que^ si je venois à bout de l'entrepiinse, je me puisse retirer par ung chemin ou aultre. Considérant qu'encores (jue je me perdisse avecques petit nombre, la ville de
Marseille ne seroict aucunement en dangier d'estre perdue; qu'estoict ce que plus se disputoict au conseil , que perdant mil ou douze cens hommes qu'on jugeoit nécessaires pour ceste entreprinse, ladicte ville de Marseille se mettoict en dangier, mesmes en attendant un siège. Et priay-je mon hoste de me trouver trois hommes qui meguydassentbien lanuict, et qu'à poinct nommé ilz m'amennassent deux heures devant jour au molin , ce qu'il fit. Et, après avoir bien consulté avecques eux, je les vis fort délibérés , et d'ailleurs mon hoste qui leur mettoict le cœur au ventre : je leur donnay à chascun un coble d'escuz , et les fiz retenir à mon logis. Cecy pouvoict estre environ midy; et avois desjà disputté avec mondict hoste combien d'heures duroict la nuict pour lors, et avions conclud que, pourveu que je partisse à l'entrée de la nuict, j'aurois le temps qu'il me failloict.
Et, pour ne trompeter mon voyage, je vins à monsieurs de Monpezat le premier, et luy diz ce que je voulois fere et que je ne voulois prendre que six vingtz hommes que je choeisirois en la compaignie de monsieur le séneschal, d'où j'estoislieutenent. En quelque part que je me suis jamais trouvé, j'ay tousjours prins peine de discerner les bons des mauvais et juger leur portée ; car tous ne sont pas propres à toutes chozes. Ledict sieur de Monpezat trouva fort estrange mon dire; et, pour l'amitié qu'il me portoict, me conseiiloictde ne fere ceste folie, mais qu'on m'en bailleroict cinq cens si je les voulois. Je iuy diz que je ne le voulois entreprendre avec cinq cens, ce que je ferois bien avec six vingtz , et le tourmentay tant qu'il feust constrainct d'aller parler avec monsieur de Barbazieux, qui
le trouva encores plus estrange, et volsist sçavoir de moy les raisons et par quel moyen je voulois exécutter ceste entreprinse avec si peu de gens. Je luy diz que je ne voulois déclairer à personne la façon que je y voulois procéder. Monsieur de Monpezat luy dizoict tousjours : « Laissés-le aller ; que quand bien il se « perdra et si peu de gens^, la ville n'en sera pas perdue, i< et à tout le moingz nous contenterons le roy.» Monsieur de Villebon se mocquoict de moy et disoict à monsieur de Barbazieux : « Laissés-le aller, car il pren- « dra l'Empereur, et serons tous esbahis qu'il le nous « admènera demain matin prisonnier en ceste ville. » Or il ne m'aymoict guières, pour une bizarrize ^ que nous avions eue au portai ReaP. Et ne me puis tenir de luy dire qu'il sembloict ung coigne-festu, qu'il ne voulloict rien fere ny laisser fere les aultres. Le tout se passa en risée, encore que je feusse à demy en colère : il ne me falloict guières picquer pour me fere partir de la main. Le séneschal de Tholose, mon cappitaine, adhéroict à mon oppinion. Et sur l'heure il me feust donné conged d'aller choeisir six vingtz hommes sans plus; ce que je fis, et ne prins qu'ung centenier et les cap d'escoades, et le demeurant tous gentilhommes, y en ayant une bonne trouppe en ceste compaignie là, laquelle en valloit bien cinq cens. Ce n'est pas tout d'avoir des hommes ung grand nombre ; quelques fois il nuict plus qu'il ne profficte : car je priay monsieur de Barbazieux de fere fermer les portes de la
1. Var. du premier ms. : «byzarrerie. » Var. de l'édit. origin.: « attaque. »
2. Probablement Poggio reale, palais bâti par Alphonse II, près de Naples.
ville, estant bien asseuré que beaucoup de gens me suivroinct; ce qu'il fict. Et ne tarda ung heure que mon entreprinse ne feust sceue par toute la ville. Et justement au soleil couchant, je me rendiz à la porte avecques mes six vingtz hommes, où il n'y avoict que le guichet ouvert. La rue estoict si pleine de soldatz, qui vouloinct sortir, qu'à peyne pouvois-je recognoistre les miens, et leur commanday se tenir tous par les mains l'ung à l'autre; je les cognoissois tous. Et, comme je feuz près de la porte, monsieur de Tavanes", qui est encores en vye, qui a esté despuis mareschal de France, vint à moy, estant pour lors guidon de la compaignie de monsieur le grand escuyer Galiot, avecques quinze ou vingt gentilhommes de ladicte compaignie, tous de ce cartier de deçà, lequel me dict voulloir venir avecques moy. Jeluy priay plusieurs foys de rompre son oppinion, mais c'estoit autant de temps perdu, car il estoit résoUu, et ceux qu'estoinct avec luy. Or, pour venir à l'entreprinse, messieurs de Rarbazieux, de Monpezat, de Routières, de Villebon et séneschal de Tholose, estoinct hors la porte et sur le guichet, nous tirant l'ung après l'aultre. Et, comme monsieur de Tavanes volsist passer, monsieur de Barbazieux ne le vouloict permectre, luy disant qu'il ne
1 . Gaspard de Sauix, seigneur de Tavannes, page de François I", capitaine de cinquante hommes d'armes, se distingua aux batailles de CerizoUes et de Renty. Il fut le conseiller du duc d'Anjou pendant la campagne de 1369, et reçut, l'année suivante, le bâton de maréchal de France en récompense de ses services. Tavannes fui l'un des principaux instigateurs des massacres de la Saint-Barthélémy. Il mourut gouverneur de Provence en 1S73. Ses mémoires, écrits par son fils, contiennent le récit de l'expédition des moulins d'AurioUe. {Mémoires de Tavannes, édit. du Panth. litt.^ p. 73.)
seroict pas de la partie , et là il y eust de la colère d'ung cousté et d'autre; mais, quoy qu'il feust, il s'en fist accroire et passa le guichet, qui feust cause qu'on me retint quinze ou vingt hommes de ceux que j'avois choeisis , mais je ne perdiz rien au change ; et ce retardement feust cause qu'il feust nuict cloze avant que nous nous missions en chemin. Or, monsieur de Castelpers\ lieutenent de monsieur de Monpezat, qui me pourtoict grand amytié, ayant entendeu la mocquerie que l'on faizoict de moy, se délibéra de monter à cheval, car ilz avoinct, quinze ou vingt hommes d'armes de ladicte compaignie, ayant chescun recouvert ung bon cheval"; lequel avoict parlé à monsieur de Monpezat au sortant de la porte, et le pria n'estre malcontent s'il venoict à l'entreprinse, luy disant que j'estois gascon, et que si je n'en venois à bout, les François se moqueroint de moy. Monsiein- de Monpezat le trouva ung peu aigre ; à la fin il le laissa venir, et coreut monter à cheval, pou vans estre environ une vingtaine.
Or, pour desduire ceste entreprinse (encores que ne soit pas la conqueste de Milan, elle pourra servir à ceux qui en voudront fere leur proffict), comme nous feusmes sur le plan Sainct-Michel, je baillis au cappitaine Belsoleil, centenier de nostre compaignie, soixante hommes, et j'en retins les aultres soixante, comprins monsieur de Tavanes avec sa troupe ; et luy baillay
1. Raymond de Castelpers, \-icomte de Candars, d'une famille noble de l'Albigeois, s'était signalé à la défense de Fossan sous les ordres de IMontpezat.
2. Voici le sens de cette phrase : car quinze ou vingt hommes de ladicte compaignie avoinct chescun recouvert un bon cheval.
une bonne guyde, s'accordant toutes trois ensemble, luy disant qu'il nefailloict poinct qu'il s'approcbast de moy de cent pas et que nous marcberions tousjours à demy grand pas. Et comme monsieur de Tavanes et moy nous commensanies à nous acheminer, arriva monsieur de Castelpers, que nous n'avions jamais entendeu sa délibération (aussi la fit-il sur l'heure que nous passions le guichet), ce qui nous destarda plus de demv heure. Etala fin feust résolu qu'il prendroict le chemin des chevaulx, et luy baillay aussi une de mes guydes, ([u'il fist monter en croppe; de sorte que nous eusmes trois trouppes et chascune sa guyde. Et luy diz que, quand il seroict au bout du bourg, qu'il s'arrestast dernier l'esglize ; car, s'il entroict dens la rue, la compaignie qu'estoict dens la ville les ihueroict ou à leurs chevaulx; pourquoy, qu'il ne s'approcbast poinct qu'il n'entendist nostre combat. Et ainsi nous despartismes et cheminasmes toute la nuict, et jusques à Aubaigne trouvâmes beau cheuiin; et de là, jusques à Auriole, nousalasmestout par montaignes, que je croy qu'il n'y passoict que de chèvres. Et comme nous feusmes à demy cart de lieue d'Auriolle, je fiz haltou, et diz à monsieur de Tavanes qu'il me falloict parler à Belsoleil et qu'il m'attendist, lequel je trouvay à cent pas ou plus près de nous. Et parlant à luy et à sa guyde, luy diz que quand nous arriverions auprès du bourg, qu'il ne me suyvist poinct, mais qu'il prind le chemin qui alloict droict à la porte de la ville, entre le bourg et ladicte ville, et qu'il s'arrestast à la porte d'icelle tout contre; car il failloict qu'il gaignast deux maisons des plus proches de ladicte porte, et que prompteman les perçast pour garder que les ennemis n'ouvrissent
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OU peussent fere sortie et nous iiuyre; et que là il combatist sans nous secourir aucunement. Et de main en main fiz dire aux soldatz que nul n'eust à abandonner le combat de la porte pour \'enir à nous au molin, et qu'ilz fissent ce que le cappitaine Belsoleil leur commanderoict.
Et alors retournay vers monsieur de Tavanes et nous acheminâmes. Et falloict que passissions bien près du chasteau et de la muraille de la ville; leurs sentinelles nous criarent par deux fois : Qui va là ? A quoy nous ne respondimes rien et cheminions tousjours. Et comme nous fumes bien près du bourg, nous laissâmes le chemin du cappitaine Belsoleil, et coulâmes par dernier les maisons dudict bourg. Et arrivés que fusmes au bout où estoict le molin, il fauzist descendre trois ou quatre degrés de pierre pour entrer en la rue, où nous trouvâmes une sentinelle qui ne nous descouvrist qu'à la longueur d'une picque de luy et nous dict : Qui vive? Je luy respondiz : Espaigne. Leur cry n 'estoict pas Espaigne mais Ympery^ parquoy il nous tira sans rien toucher. Lors monsieur de Tavanes et moy nous jectames à coup perdu dens la rue, et fusmes bien suyvis; et en trouvâmes trois ou quatre des ennemis dehors sur la porte du molin, qui se jectarent hastivement dedens. Ladicte porte estoit faicte à deux parties, avec une barre qui fermoict le tout; à l'une partie y avoict ung grand coffre dernier, et l'aultre, ladicte barre la tennoict presque fermée, et ilz estoinct au dernier. Tout ledict molin estoict plein de gens, hault et bas : car ilz estoinct soixante avec leur cappitaine, qui estoict dedens, lequel n'avoict rien que veoir au cappitaine de la ville, ayant
chascung sa charge. Et failloict que nous entrissions là l'ung après l'aultre. Monsieur de Tavanes se volsist jecter dedens, mais je le prins par le bras et le tiray en arrière, et y possay dedens ung soldat qu'estoict dernier moy. Les ennemis ne tirarent que deux, harcquebuzades, pour ce que n'eurent le loeysir, estans tous endormis, sauf ces trois ou quatre qui estoinct en la rue devant le molin, qui avoint esté mis là pour leurs sentinelles. Et comme ledict soldat feust dedens je diz à monsieur de Tavanes : « Entrés ast'eure, si « vous voulés. « Ce qu'il fist, et moy après luy. Et commençâmes à menner à bon escient les mains, n'y ayant qu'une seule clarté sur le planchier \ Et gaignames le hault par ung degré de pierre assés large, et deffendoinct ce degré du hault dudict planchier. Cependent je fiz sortir dehors ung soldat dire aux aultres qu'ilz montassent sur la couverture du molin et qu'ilz le descouvrissent et leur tirassent dedens; ce que promtement feust faict. Et comme les ennemis entendirent que noz gens esliont sur ladicte couverture et desjà ieurtiroint, ilz se jectoinct dedens Teaue par une fenestre qu'il y avoict dernier ledict molin, Néantmoingz nous montâmes l'eschelle et y thuasmes prou de gens, prennant leur cappitaine, blecé de deux playes, avec sept aultres, tous blecés aussi. Le reste feust thué ou sauvé par ladicte fenestre.
Je mandis au cappitaine Belsoleil qu'il princt courage de combatre la porte de la ville, car le molin estoict à nous. Et pource que l'alarme estoict grande
i . Var. du premier nis. : « aucune clarté saut" une au
planchier. »
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dens ladicte ville, ceux de dedens s'essayarent par trois foys de voulloir sortir, mais nez gens les tennoinct de si court qu'ilz n'osoinct achever d'ouvrir la porte ; et je luy envoyay encores lapluspart de noz gens pour le secourir. Et nous nous attendismes àbrusler le molin et primes tous les ferremens d'iceluy, mesmes ceux qui servoinct à torner la meule, affm qu'ilz ne le peussent reffere ; et ne bougeâmes de là que le molin ne feust du tout bruslé haut et bas, et lesdictes meules roulées dans l'eaue. Or monsieur de Tavanes feust marry quand je le retiray en arrière; et après, en nous en retournant, me dict pourquoy je ne l'avois laissé entrer le premier, pensant que je vouleusse donner l'honneur aux soldatz. Je luy respondiz que je cognoissoYS bien qu'il n'estoict pas encores ru/é, et que ce n'estoict le lieu pour mourir un sy homme de bien que luy, et se falloit garder pour une bonne bresche et non pour ung chétif molin.
Sur ces entrefàictes arriva monsieur de Castelpers, et laissa sa trouppe dernier Tesglize, venant à nous à pied. Pendant ce le jour commensoyt àapparoistre. Je priay monsieur de Tavanes et monsieur de Castelpers de se retirer dernier ladicte esglize; car les harquebuzades tomboint fort espaisses comme de pluye au long de la rue, et que desjà l'on y pouvoict descouvrir les hommes qui passoint; et leur diz que je m'en allois retirer Belsoleil : sur quoy ilz alarent dernier ladicte esglize. Et, comme je faizois retirer noz gens les ungz après les aultres, courans deçà et delà le long de la rue, monsieur de Castelpers se présenta avecques ses vingt clievaulx au cousté de l'esglize ; qui nous fist ung grand bien, car peult-estre qu'ilz feussent sortiz. Je n'euz
que sept ou huict hommes blessés ; et tous pouviont cheminer, sauf ung qu'estoict gentilhomme, nommé Yi^naulx; et le chargeasmes sur ung asne, de ceux que nous avions trouvés dens le niolin. Et après nous nous commençâmes à relirer vers le hault d'une montaigne, presque le chemin que monsieur de Castelpers avoict faict. Et conmie les ennemis veirent que nous estions si peu, ilz sortirent tous après nous; mais nous eusmes desjà gaigné le hault de ladicte monlaigne quand ilz arrivarent au pied, et, avant qu'ilz feussent sur le hault d'icelle montaigne, nous estions au fond de l'aultre costé, preslz à en monter ung aultre, car tous ces cartiers là sont collines. Et n'allions jamais que le pas, et ainsi nous acheminasmes droict à Aubaigne. Or avois-je commandé aux soldatz que j'avois mennés, que chescun se portast ung pain, lequel mangearent par les chemins, et, quelque peu que j'en avois faict porter aussi, le départis aux gens d'armes de monsieur de Tavanes; et nous-mesmes en mangions cheminans tousjours. Et metz-je ce manger par escript, alfin que quand ung cappitaine fera une entreprinse de longue traicte, qu'il porte quelque peu à manger pour rafreschir les soldatz, affin qu'ilz puissent soustenir plus longuement le travail : car l'homme n'est pas de fer. Or aslheure seront les douleurs, car comme nous fumes à Aubaigne, deux lieues de Marseille, nous commençâmes à entendre l'artillerie des galères et delaville, (jui sembloict salve d'harquebuzerie. Nous pensions reposer ung peu audict Aubaigne; mais feusmes constraini'tz de passer oultre sans aultre rafrechissement , entrant en disputte de ce que nous debvions fere. Nous nous asseurasmes bien que l'Empereur estoict arrivé
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devant la ville et que de mesmes il l'assiégeroict, et à nous impossible d'y pouvoir réentrer; ce qui nous faisoit souvent despiter. Et maudismes plusieurs fois l'entreprinse, nous voyans enfermés dehors, et tout tomboit sur moy qui estois l'autheur. Monsieur de Castelpers se resoleust une foys de s'en aller donner de cul et de teste à travers le camp de l'ennemy, pour réentrer dens la ville : mais, comme il nous vint dire son adviset nous volsist dire adieu, luy remonstrames qu'il s'alloict perdre pour son plaisir, et que puisque nous avions faict tous ensemble une si belle faction, dont le roy en auroict grand contentement, nous nous debvions perdre ou sauver les tous ensemble. Lecappitaine Trebonz, guydon de la compaignie de monsieur de Monpezat, luy remonstra aussi qu'il le debvoictfere. Et ainsi résolusmes de laisser le grand chemin, allans au travers des montaignes à main gauche, pour aller tomber dernier Nostre-Dame de la Garde, faisans dessein que, si nous ne pouvions entrer dens la ville, le cappitaine de la Garde nous receproict. D'esté sorte destornasmes nostre chemin, qui feust bon pour nous : car Vignaulx et les blecés prindrent le grand chemin droict à Marseille, et ne firent cinq cens pas qu'ilz ne rencontrassent quatre ou cinq cens chevaulx que l'Empereur avoict envoyés au devant de nous pour nous combattre, ayant esté adverty par ceux d'Auriolle de l'exécution que nous avions faicte. Et, sans que l'Empereur se trouva party la nuict pour venir devant Marseille, et que les raessagiers ne trouvarent de long temps à qui parler, je pense que nous eussions este deffaitz ; car l'Empereur ne le sceust qu'il ne feust jour, et envoya promtement ces quatre ou cinq cens
chevaulx sur le chemin d'Aubaigne, qui ne firent aulcung desplaisir audict Vignaulx, ny à ceulx qu'estoict avec luy, sinon leur ostarent les armes.
En ceste façon alames tout le long du jour, avecaues le grand chault, de montaigne en montaigne, sans trouver goutte d'eaue, tellement que nous cuydames tousmorir de soif. Or nous pouvions tousjours veoirle camp de l'Empereur, et entendions fort clairement les escaramouches,tout de mesmes que si nous y eusssions esté. Monsieur de Castelperset ses gens d'armes alloinctà pied comme nous, tirans leurs chevaulx parles brides. Et, comme nous arrivâmes près ISostre- Dame de la Garde, le cappitaine du chasteau, qui pensoit que fussions ennemis, nous tira trois ou quatre coups d'artillerie et nous contraignist jecter dernier de rochiers. INous luy faisions signe des bonetz, mais pour cella il ne cessoit de tirer; à la fin nous luy envoyâmes ung soldat pour luy faire signe, et cessa de tirer comme il entendist que c'estoit nous. Et, comme nous fusmes devant Nostre-Dame de la Garde, nous vismes l'Empereur qui se retiroict par là où il estoict venu ; et Christofle Goast, qui avoict tenu tout le jour l'escaramouche, commensoyt aussi à se retirer devers la ville. Alors nous commençâmes à descendre la montaigne. Et comme messieurs de Barbezieux et de Monpezat, qu'estoinctsur la porte delà ville avec quelques aultres cappitaines, nous descouvrirent, volsirent réentrer dedens, pensant que fussions des ennemis : mais à la fin quelqu'ung dict que si nous en estions, ceux de la Garde nous tireroinct, et aussi ledict sieur de Moupezat recogneust monsieur de Castelpers. Nous arrivâmes donc à la porte de la ville, là où nous fu-
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mes fort caressés, et mesmement quand ilz entendirent que nostre entreprinse estoit si bien sortie àeffaict. Et parlarent avec le cappitaine du molin, qu'estoict blessé à la teste et au bras, et ainsi chacun se retira dens la ville. Or pensois-je bien que monsieur de Barbazieux, lors que le Roy arriva à Marseille, me presentast à sa Majesté, et luy dict comme j'avois faict l'entreprinse, affin d'estre cogneu de luy : mais tant s'en fault qu'il le fist qu'au contraire il s'attribua toute l'honneur, disant que c'estoict luy qui avoict esté inventeur de ladicte entreprinse et qui la nous avoict baillée à exécutter. Monsieur de Monpezat se trouva fort malade, qui n'en peult rien dire, de sorte que je demeuray autant incogneu du Roy que jamais. Je le descouvris par le moyen du Roy Henry de JNavarre, qui me dict avoir veu les lettres que ledict sieur de Barbazieux en avoict escript au Roy, par lesquelles il s'at'tribuoict toutte l'honneur de ladicte entreprinse. Monsieur de Lautrec n'eust pas faict cella. 11 siet mal de desrober l'honneur d'autruy : il n'y a rien qui descourage tant ung bon cœur. Monsieur de Tavanes, qui est en vie, peult tesmoigner de la véritté. Et si estce que ces ruptures de molins, tant d'ung cousté que d'aultre, mesmement ceste-cy, mirent le camp de l'Empereur en si grande nécessitté, qu'ilz mangeoinct le bled pisté' à la turcque; et les raisins qu'ilz mangeoinct mirent ce camp là en ung si grand dezordre de maladies et mortailies% mesmement parmy les Alle-
i. Pisté, vieux mot, du latin pistare, pétrir. Les éditions pré • cédentes portent : pilé.
2. Mortailles^ vieux mot, du latin mortnlia, obsèques, cérémonies funèbres. Les éditions précédentes portent : mortalité.
mandz, que je pense qu'il n'en retorna jamais mil en leur pays\ Yoillà la fin de ceste enlreprinse.
Doncques nottés, cappitaines, qu'encores qu'il v eust plus de l'heur que de la raison et que j'y allay comme à taton, si est-ce que l'entreprinse feust fort bien compassée. Et ne suis pas d'adviz que vous pensés que cecy feust du tout de mon heur, que vous ne regardiés bien aussi que je n'obliay aulcune choze de tout ce qu'il me failloict fere pour venir au bout de Texécution. Et d'ailleurs il fault que vous nottés que le principal de mon fondement estoict que l'ennemy, qu'estoict dedens la ville, pour la raison de la guerre, ne debvoict sortir de son fort jusques à ce qu'il auroict recogneu noz forces ; ce que difficillement pouvoict fere pour l'obscuritté de la nuict. Et néantmoingz, si ne me fiay-je pas tant en ceste raison que je ne leur baillasse une bride, qui feust Belsoleil et sa trouppe. Jl fault souvent bazarder, car on ne se peult pas asseurer de l'issue : je tennois presque asseurée la prinse du molin, mais je jugeay tousjours le retour dangereux.
Or l'Empereur se retira * avec sa perte et sa honte,
i . L'armée impériale se débanda pendant cette retraite précipitée. On lit même, dans une lettre de Vendôme au sieur de la Rocliepot, qu'une partie des Allemands vint offrir ses services au roi. (Lettre du 13 octobre 11536, copie, Mss. Cleiambaut, vol. 47, fol. 5571.)
2. Le jour du départ de l'empereur, mal indiqué par les auteurs de V^rt de vérifier les dates, est précisé par Honoré de Valbelle, dans son journal manuscrit : a Le mercredi après diner, -13 de septembre, l'Empereur aussi confus que désespéré de n'avoir peu prendre Marseille, se mit en chemin pour s'en retourner. » (F. fr., vol. 5072, fol. 204 \\)
OÙ ce grand cappitaine, Anne de Montmorency, lors grand maistre et despuis connestable, acquist beaucoup d'honneur. Ce feust une des plus grandes pertes qu'il receust jamais. Son grand cappitaine, Antoine de Levé, mourut de regret, à ce qu'on dict. J'ay aultresfois ouy dire au marcquis de Gouast que ceste entreprinse estoict sortie dudict seigneur Antoine de Levé seul. Luy et son maistre cogneurent que c'est d'attacquerungRoy de France dens son royaulme. Après que l'Empereur s'en feust retourné, je ne volsis plus estre lieutenent de la compaignie de monsieur le sénescbal , lequel , s'il eust peu , me l'eusse toute remise entre mes mains. Monsieur de Routières me fist ceste honneur de me présenter son guidon, que je ne volsis accepter, ayant mis mon oppinion sur les gens de pied plus que sur les gens de cheval; et me sembloict que je parviendrès plustost par le moyen d'enfanterie , que feust cause que m'en retournay à nostre maison.
Quelque temps après, je volsis aller en Piémont suyvre monsieur de Boutières, qui estoict lieutennent de Roy, et passis à Marseille oii monsieur le comte de Tende me retint six ou sept moys. Et^ comme l'Empereur dressa ung camp pour aller assiéger Théroane, le Roy en mesme temps en faizoict dresser ung aultre pour la secourir. Je prins lors la poste et m'en allay à la court, où monsieur le grand maistre, qui dsspuis a a esté conestable, me donna une compaignie de gens de pied et ung aultre au cappitaine Guerre. Et incontinent dressâmes nosdictes compaignies à Paris et aux environs, et fusmes tous deux delà garde de monsieur le dauphin, qui despuis a esté le Roy Henri second. Le
camp marcha à Hedin et à Coiichy le ChasteaiiS lesquelz feurent prins par monsieur le grand maistre, comme feust aussi Sainct-Venant, et après que noz ennemis n'eurent peu rien fere devant Theroane, laquelle monsieur d'Ânnebaut refreiscbit à la barbe des ennemis. Mais par malbeur, à la faute de quelques jeunes gentilhommes qui volsirent rompre leurs lances , ilz cercharent les ennemis, lesquelz les défirent; tout fut prins, le sieur d'Annebaut^ et aultres. Peu de jours après, les Impériaux se retirarent, comme fist aussi le camp du Roy. Quant à moy, voyant qu'on ne feroict pas grand cas en ce quartier là, je m'en retornay après en Provence, où j'avois laissé mes grandz cbevaulx et armes. Et, huict ou quinze jours après, je receuz ung pacquetdudict seigneur grand maistre, là où il y avoict une commission pour dresser deux enseignes et marcher en Piémont, où le Roy s'en alloict pour secourir Thurin, y estant dedens monsieur de Routières. Et incontinent montay en poste pour m'en venir en Gascoigne : de sorte qu'en huict jours j'euz dressé les deux compaignies, et fiz mon lieutenent le cappitaine Merens. Et estant près Tholose, je luy laissay la trouppe et prins la poste, ayant entendeu que monsieur le grand
1 . Le premier manuscrit des Commentaires et les éditions imprimées portent : « Couchy le chasteau. » Le second : « Anchy (Ancy) le chasteau. » La première version est préférable à cause de l'éloignement de la petite ville d'Ancy.
2. Claude Annebaut, baron de Retz, que Charles Quint appelle Annibal {Commentaires, édit. K. de Lettenhove, p. 42), maréchal de France et gouverneur du Piémont en 1538, ambassadeur à Venise en 1S39, dirigea en 4S45 une expédition contre les côtes d'Angleterre. Il mourut, le 2 novembre 1S52, à la Fère, en Picardie. (P. Ans., t. VII, p. 177.
maistre estoict desjà arrivé à Lion et ({u'il marchoict en haste pour gaigner le pas de Suze, où il monstra qu'il n'estoict pas apprenty à la guerre ; et, puis que je ne me pouvois trouver, avec lesdictes compaignies, près de luy à ce combat, je m'y voulois trouver seul. Je ne sceuz toutesfois fere si bone diligence que je ne trouvasse désjà le Roy à Sorges, et monsieur le grand maistre estoict deux journées plus avant. Sa Majesté me commanda m'en retourner au devant de mes compaignies et me rendre avecques Ambre' et Dampons', qui en avoinct chescun autres deux , et que monsieur de Cbavignv^ nous commanderoict; me mandant en oultre qu'allissions mettre le siège devant Barsalonnette, prendre toutes ces valées et nous saisir de toutes les villes des environs.
Estant moy à Marseille, feuz adverty que mes deux compaignies c'estoinct desbandées. Et, comme l'ambi-
i . François de Voisins, baron d'Ambres, capitaine et diplomate. (Lettres de Marguerite cT Jngouléine , t. I, p. 316.) Il devint sénéchal du Lauraguais, gouverneur de Castres et de Lavaur, et mourut à Avignon en 1576. (Mis d'Aubais, Pièces fugit., t. III, p. 51 , généalog. de Voisins.)
2. Darapons figure, comme capitaine de deux cents hommes de pied des vieilles bandes françaises et gasconnes, dans une montre de novembre 1348 ou 1549, faite en Normandie. (Coll. Gaignières, vol. <t31, fol. 34.) En 1554, ou le retrouve « commissaire et contreroUeur ordinaire des guerres » près du camp commandé j)ar le Daui)hin. (Ib., vol. 412, fol. 65 )
3. François le Roy, seigneur de Chavigny, comte de Clinchamp, parent de Montmorency, ser\ât en Piémont sous Brissac, et fut envoyé à Metz, en 1556, pour remplacer le maréchal de Vieilleville comme lieutenant du roi. Mais il s'aquitta ^i mal de sa charge, dit V. Carloix, qu'il ne put demeurer à Metz que cinq semaines. {Mémoires de Fieillevillej liv. VI, chap. xlviii et xlix.)
tion du monde est grande, mon frère, monsieur de Lioux manda ii mon lieutennent qu'il l'attandist, temporizant par le pays, et qu'il ressembloict une compaignie, et, soubz ombre des deux miennes, il marcheroict. Mon lieutennent mal - advisé s'y accorda , nonobstant la promesse qu'il m'avoict faicte de fere cinq ileuesle jour. Et comme mondict lieutennent eust laissé le grand chemin et torné devers Albigeois pour temporizer, se rendist devant une ville nommée Flsle, où les habitans d'icelle lu y reffuzarent les portes ; que feust cause qu'il y donna l'assault et l'en emporta'. Mondict frère, qui estoictà une jornéede luy avecques sa trouppe, n'y sceuct arriver que cella ne feust faict. Et, après qu'ilz eurent saccagé ladicte ville, ilz eurent si grand craincte de marcher que tous se desbandarent. Ungchef nedoict guières abandonner sa trouppe, si ce n'est par grande occasion. Le désir que j'avois d'estre des premiers me fit quitter la mienne ; ce qui feust cause de ce désordre. Et feuz constrainct de redresser deux aultres compaignies en Provence, là où monsieur le comte me favoriza fort; et fizma monstre à Villeneufve d'Avignon, faizant si grand diligence que j'arrivay encores deux jours avant Ambres ny Dampons es dictes vallées. Et prins le chasteau et la ville de Mieulan, où je fizhaltou, attendant monsieur de Chavigny et les compaignies desdicts d'Ambres et
1. Ce fait se trouve rapporté dans le Journal de Faurin sur les guerres de Castres, avec les détails suivants : a Monluc, dit cet annaliste, dont la compagnie ravagea les environs de l'Isle-lez- Gaillac en octobre 1537, ayant pris la Chartreuse de Saix et voulant se sauver, passa heureusement cette rivière, mais sa troupe s'y noya. » (d Aubais, Pièces fug. t. III.)
Dampons, qui combatoinct le passage de Lauzet^, lesquelz n'y eussent sceu entrer, car toutes les vallées esloinctlà qui le deffendoinct. Et, comme ilz entendirent que j'avois prins Mieulan, les Espaignolz qui estoinct à Barselonnette et qui estoinct aussi allés défendre le passaige, ilz se retirarent par les montaignes, car je tennois le grand chemin de Barselonnette ; et les communes, voyant que lesdicts Espaignolz s'en alloinct, abandonnarent de nuict ledict passaige, et ainsi entrarent^ dedens. Nous alasmes assiéger Barselonnette, devant laquelle demeurâmes trois sepmaines, où j'euz uneharquebuzadeparle bras gauche : toutesfois ne me toucha' aux oz,mais bien à la chair^ et feuz bien tost guéry, n'en tenant pas grand comte, sauf qu'il me fauzist quelques jours pourter mondict bras en escharpe. Puis après, ayantleRoy secoureuThurin, sa Majesté s'en retourna. Et, pour ne m'estre trouvé au Piémont, tous trois fusmes mandés en ramenner noz compaignies. Monsiem' d'Ambres s'en alla trouver sa Majesté en poste et fit tant que luy en laissa une; et, comme j'entendiz la grand difficulté qu'il y avoict eu, j'en ramennay les miennes en Provence et me retiray à ma maison. Aussi fit-on une trefve pour dix ans*, voyant qu'on n'avoict peu fere la paix. Cecy ay-je vouUu mettre par escript, encores que ce nesoyt rien qui vaille, mais pour monstrer à tout le monde
\. Probablement Lauzaret.